BELGIQUE. — GUIPURES
ont pu agir parla main des gouvernants, pour étendre leur domination, elles ont atteint les dernières limites de la férocité et couvert le monde de ruines.
Au milieu de ces tempêtes politiques, sociales et religieuses, à travers les horreurs de la guerre, la Hollande, qui réussit à faire son indépendance sous le nom de république des Pays-Bas, trouva des compensations dans ses prises et ses conquêtes maritimes ’ ; mais les villes de la partie des Pays-Bas qu’on appelle maintenant la Belgique, soumises
Fig. S7- — Col en Point de Gênes. Prince d'Orange et de Nassau, d’après un portrait du temps.
à la suite d’une longue guerre de dévastations et de pillage, ne trouvèrent quelque repos qu’après la mort de Philippe II, qui arriva en 1598, et sous la domination de la maison d’Autriche, qui leur rendit une partie de leurs franchises.
C’est à ce moment que s’ouvrit pour la Belgique une nouvelle ère d’activité industrielle et commerciale et que commença de s’y établir l’industrie des dentelles; elle y grandit en peu de temps, s’étendant de Valenciennes à Anvers, et de Lille à Bruges. Ce fut une heureuse compensation des industries qu’avait ruinées la guerre, ou dont elle avait compromis l’avenir.
1. La Hollande s’empara des riches possessions que le Portugal, alors soumis à l’Espagne, avait dans l’Inde et ces conquêtes lui furent assurées par le traité de Westphalie.
L’industrie dentellière en Belgique, avant de donner à ses produits une originalité particulière, commença par copier les guipures italiennes gothiques, à bords terminés en pointes aiguës et profondément découpées (PL V. Fig. i); et de fait, c’était le genre qui convenait le mieux aux collerettes et aux manchettes godronnées, alors en usage. Un peu plus tard, sous Louis XIII, ces guipures, dont la légèreté avait, pour ainsi dire, rendu agréable l’excentricité grotesque des grandes collerettes à godrons, ne pouvaient plus convenir pour border des cols plats en toile qui se portaient rabattus sur les épaules, ni produire un effet suffisant sur les habits, qu’on s’était mis à galonner de dentelles ; il en résulta la création de nouveaux genres : le Point de Gènes (PL IV. Fig. i et 2], qui est une guipure de style gothique agrémenté de nombreux points d’esprit (Fig. 37), et la guipure mate de Belgique (PL V. Fig. 2 et 3), qui, tout en ayant moins de délicatesse et de légèreté dans la forme, n’en était pas moins d’un effet très-agréable par la finesse du tissu et la perfection des détails.
Jusqu’alors aucune des villes de Belgique ne s’était fait un renom particulier; il n’y avait pas encore la malines, la Valenciennes, l’application ou la guipure de Bruges, mais seulement deux unités de genre ; le point de Gênes et la guipure de Flandre ; on n’en sortait pas. Peu à peu les pointes aiguës ou arrondies des bordures s’abaissèrent jusqu’à devenir des bords droits (Pl. V. Fig. 4). C’est à ce moment que, d’une part, les dentelles de Valenciennes (PL VI), et de l’autre, celles de Malines, devinrent des types qu’on se mita copier ou à imiter dans toutes les fabriques, sauf en Italie. Depuis, si l’on en excepte la dentelle noire, et une époque très-courte sous Louis XIV, où l’on a fait en France le point d’Angleterre, les Flandres et les autres provinces de la Belgique ont conservé la suprématie pour toutes les fines dentelles aux fuseaux, suprématie qu’elles avaient déjà conquise antérieurement dans la fabrication des fines guipures.
Point a l’aiguille de Bruxelles. — « Le Point de Bruxelles, encore supérieur à celui d’ Argentan, pour le gotit et la délicatesse de l’exécution , est le plus estimé de tous les ouvrages dans le genre des points et dentelles; c’est aussi le plus cher, parce qu’il exige un travail long, recherché, qui rend la main-d’œuvre extrêmement coûteuse. »
Voilà ce qu’a écrit Roland de la Platrière* qui, reconnaissant, sans doute, son incompétence, se sera très-certainement adressé à quelque fabricant de Bruxelles, lequel lui aura fourni ces renseignements erronés, dans un intérêt facile à comprendre.
Pour être dans le vrai, il faut prendre tout à fait le contrepied de cette citation. A aucune époque, le Point de Bruxelles n’a égalé le Point d’Alençon, et encore moins celui d’ Argentan, qui lui était supérieur. Encore aujourd’hui, le point d’Alençon, quoiqu’il soit bien dégénéré, a une supériorité que personne ne lui conteste, et les tours de force des fabricants de Bruxelles, qu’on a vus étalés aux expositions universelles modernes, ne peuvent même lui être comparés.
Les reliefs du point de Bruxelles ont moins de saillie que ceux du point d’Alençon