BELGIQUE. — POINT DE BRUXELLES
et ne sont point agrémentés de ces petits picots sans boucle, très-fins, qui adoucissent et veloutent, pour ainsi dire, les contours des lignes dans ce dernier.
Il y a encore, dans le travail d’Alençon, d’autres détails qui s’exécutent avec une perfection qu’on n’a point cherché à imiter à Bruxelles; il est probable que les fabricants n’en sentent pas la nécessité, ils travaillent pour des consommateurs qui ne mettraient pas le prix à des ouvrages perfectionnés.
Il serait difficile de fixer par une date l’époque où l’on a commencé à faire du point à Bruxelles, sa célébrité ne remonte pas au-delà du xvme siècle ; peut-être cette industrie y a-t-elle été introduite à la suite de l’édit de Nantes, par quelques émigrés protestants qui l’importèrent également en Hollande et à Berlin, où elle n’a pas survécu. Toujours est-il que Bruxelles est aujourd’hui la seule ville où le point soit l’objet d’un commerce important; mais, comme on a perdu l’habitude des belles dentelles, les ouvrages qui s’y confectionnent de nos jours, à l’exception de quelques belles pièces, ne sont guère dignes de ce nom. On y possède les éléments nécessaires pour bien faire ; mais on n’a pas souvent l’occasion de les mettre en pratique. Il y a si peu de personnes, parmi celles en possession de fortunes princières, qui ont le goût de la belle dentelle, qu’il faut bien se rabattre sur les genres apparents et économiser les façons! La Planche XXIX donne une idée du point à l’aiguille de Bruxelles , pendant la dernière moitié du xviii' siècle ; la Planche XXX contient deux spécimens du travail actuel.
Angleterre et Application. — Vers les premiers temps de l’établissement des manufactures de dentelles en Belgique, Bruxelles était peu connu pour sa production. Les principales villes commerçantes étaient alors : Anvers, Bruges, Gand, Ypres et Liège; mais, plus tard, Bruxelles étant devenu la capitale de la Belgique, le commerce s’y est centralisé, et cette circonstance y a favorisé le développement de l’industrie dentellière.
A la fin du xvn° siècle, on fabriquait dans le Brabant quantité de guipures, sans fonds à de'ssins courants, telles qu’on en faisait aussi aux environs de Paris et dans bien d’autres fabriques (PL XXXI, Fig. i et 2) ; mais elles étaient plus fines que partout ailleurs. Les guipures, que, vers la même époque, on faisait en Angleterre, étaient du même genre, sauf que les différentes parties de l’ouvrage étaient reliées ensemble par des brides picotées; et, qu’en outre, certaines portions du dessin étaient rehaussées de reliefs produits par une sorte de cordonnet, que l’on obtenait en massant tous les fuseaux , — comme cela se pratique encore de nos jours pour obtenir ces nervures à relief, appelés brodes, dans l’application de Bruxelles (PI. XXXII, XXXIV, Fig. 2 et XXXV) ; — on les rattachait ensuite, par un crochetage au fur et à mesure que se faisait le tissu, qui figurait les pétales des fleurs. Ces sortes de guipures étaient généralement fines et d’un effet plus agréable que celles de Brabant, ce qui leur valait une réputation supérieure et les faisait rechercher sous le nom de Point d’Angleterre. Les particularités inhérentes à cette dentelle justifiaient pleinement les préférences de la mode et naturellement la Belgique s’empressa de se soumettre à ses exigences, surtout après que les
anciennes guipures sans fond eurent cessé de trouver leur écoulement, non-seulement en Europe, mais encore en Espagne et dans ses colonies où, la consommation en avait été, antérieurement, très-considérable.
Les villes où on s’assimila le point d’Angleterre (Pl. XXXII) furent d’abord : Binche, puis Bruxelles, Bruges et leurs environs.
Binche avait anciennement la réputation de faire les plus beaux morceaux (Pl. XXXIII), les ouvrages de Bruges étaient les moins fins. Ce que l’on fait encore dans
Fig. 58. — Dentellière d’Anvers du xvne siècle, d’apres Mieris.
cette dernière ville, sous le nom de Guipures de Bruges (Pl. XXXIV. Fig. 1), représente entièrement l’ancien point d’Angleterre.
La production de cette dentelle étant devenue beaucoup plus considérable en Belgique qu’en Angleterre, Bruxelles gagna d’en être le marché principal; et ce qui a contribué beaucoup à ce résultat, c’est qu’on y a introduit dans les jours des points à l’aiguille beaucoup plus délicats et d’un effet plus joli que tout ce qu’on pouvait faire aux fuseaux. Ce mélange heureux du travail à l’aiguille au travail aux fuseaux a fait de la dentelle de Bruxelles imitée de l’Angleterre un produit supérieur qui a son originalité spéciale *.
La dentelle qu’on appelle maintenant Application est exactement la même, sauf qu’au lieu de relier après coup les differentes parties de l’ouvrage que l’on a faites séparément *, par un fond de brides picotées, on les applique sur un tulle mécanique
1. La bordure et le groupe de fleurs et feuillages dans le fond de la Fig. 3, Pl. XXXIV, sont aux fuseaux; les autres parties du dessin, le réseau ainsi que les jours, sont à l’aiguille.
2. Dans les dentelles qu’on appelle angleterre ou guipures de Bruges, que le fond soit de bride ou de réseau, les