L’historien de Thou vivait de 1553 à
qui se- réédite sans cesse, et dont l'effet est d’augmenter encore les embarras qui entravent le chemin du passé. Ce n’est pas chose facile après de déblayer tout cela; la crédulité humaine est si tenace à l’égard des racontars qui viennent de loin!
L’auteur du rapport officiel sur les dentelles admises à l’exposition universelle de 1851, M. Aubry, se range aussi, dans le précis historique dont il le fait précéder, à l’opinion, généralement admise, de l’antiquité des premières dentelles. Il prétend qu’il y a autant d’incertitude sur l’époque à laquelle elles remontent que sur le pays où elles ont pris naissance, et que la date la plus ancienne où il en soit question comme industrie est dans un traité de commerce, en 1390, entre l’Angleterre et la ville de Bruges.
Il y eut bien en 1390 un traité entre le comte de Flandre, « Les bonnes gentz des trois bonnes villes de Flandres, Gand, Bruges et Ypres », et l’Angleterre 1 ; mais il n’y est nullement question de dentelles, et l’on se demande à quelle source l’auteur a dû puiser ce renseignement erroné.
M. Aubry serait sans doute fort embarrassé de fournir la preuve de la vérité de l’assertion qui précède ainsi que des suivantes, qu’il aura probablement acceptées trop facilement et qu’il enregistre sans en citer les auteurs.
« Sous Charles V, dit-il (1364-1380), on portait déjà des dentelles en France. »
Le déjà est précieux ; notez qu’il s’agit d’un objet de luxe le plus coquet, le plus attrayant qu’on ait jamais inventé pour l’ornement de la toilette, et dont on veut que l’origine remonte à une haute antiquité! Mais qui donc en a conservé le dépôt pendant l’époque de barbarie qui a succédé à la civilisation romaine ? Dans quel coin de la terre s’était-elle mise en retraite ?
« En 1476, affirme M. Aubry, Charles le Téméraire perdit les siennes à la bataille de Granson 2 ».
Une fois la dentelle inventée, il a bien fallu lui donner un nom, et si elle existait longtemps avant le xiv° et le xve siècle, il serait étrange qu’on n’en trouvât seulement pas la dénomination dans l’un des glossaires ou dictionnaires du xvT siècle.
Rien n’autorise l’opinion qu’on a émise de sa haute antiquité 3, et l’obscurité de son origine n’est pas si difficile à pénétrer qu’on a voulu nous le faire croire.
Elle n’existait même pas en 1476, et conséquemment Charles le Téméraire n’a pas pu en perdre à la bataille de Granson. Cela est facile à démontrer, parce qu’il est facile d’établir, d’une façon irréfutable, l’époque de son entrée dans le monde, qui eut lieu vers le milieu du xvtc siècle seulement.
Mais avant de passer à cette démonstration, il ne faut rien laisser derrière soi, et