‹ La dentelleChapitre 5 sur 77 · Voyez Rymer, tome VII, page 670. Londres · texte numérisé non relu

Voyez Rymer, tome VII, page 670. Londres

2. Tiré sans doute de Y Histoire des Ducs de Bourgogne par M. de Barante, qui cite cette particularité sans en indiquer

la source. *

3. Tous les encyclopédistes modernes affirment pourtant cette haute antiquité ; il 11’y en a pas un qui appuie son opinion d’une preuve quelque peu vraisemblable. C’est inouï pour un objet dont l’origine est si près de nous et si facile à trouver.

LES PREMIÈRES DENTELLES

puisque l’on s’obstine à imprimer les mêmes erreurs , il ne faut point se lasser de les relever ; c’est tout un champ de mauvaises herbes à déraciner.

Dans une publication récente, Les Grandes Usines de France, plusieurs livraisons sont consacrées à la dentelle. L’auteur, suivant en cela l’exemple de ses devanciers, a copié sans examen ni contrôle ; ainsi qu’eux, il fait remonter à une haute antiquité l’origine de ce tissu ; il avoue cependant, à l’instar de Roland de la Platière, qu’il n’a trouvé aucun document confirmant cette opinion^ et, comme M. Aubry, il cite, de confiance, le traité de commerce de 1390 entre les villes de Bruges et l’Angleterre, où il serait question de dentelles.

A son dire, les probabilités sont : que la dentelle est originaire de l’Orient, et qu’elle a été rapportée en Europe, pendant les grandes migrations des croisades, par quelque pieux voyageur.

Tout cela n’a rien de neuf, et a été imprimé plusieurs fois dans le courant de ce siècle ; mais quelle que soit l’autorité des écrivains qui ont épousé cette dernière opinion, elle ne peut suffire à la faire adopter par qui n’admet pas la révélation en histoire et ne s’incline que devant des preuves authentiques.

Or, non-seulement on s’est avancé sans preuves, mais on n’a pas même le vraisemblable pour soi.

A qui fera-t-on croire que les Orientaux, dont l’immobilité en industrie est proverbiale, ont connu autrefois la dentelle? Ils auraient donc cessé de la pratiquer à partir du moment ou les Européens la leur ont empruntée ?

On ne contestera pas que la dentelle, une fois inventée, dut obtenir, à ses débuts surtout, toute la faveur dont elle n’a pas cessé de jouir depuis ; si elle eût existé avant le milieu du xvi' siècle, assurément on la verrait poindre quelque part sur les vêtements et les lingeries des portraits antérieurs à cette époque.

Par ses qualités incomparables, elle est l’objet de luxe le plus propre à satisfaire la

vanité des riches et à exciter leur envie ; aussi, lors de son apparition, la nouveauté

ajoutant encore à sa valeur, chacun a dû être désireux de s’en pourvoir et de la montrer

sur soi ; il s’ensuit que les peintres ayant à faire le portrait de quelque grande dame ou

d’un grand seigneur, ceux-ci se seront empressés de se parer de leurs plus belles dentelles, et l’artiste n’aura certainement eu garde d’oublier de reproduire un ornement si bien fait pour ajouter encore à l’attrait de son œuvre.

Or , nous possédons des portraits bien authentiques, antérieurs au milieu du XVIe siècle, des spécimens incontestés des costumes qui ont précédé cette époque, aucun de ces nombreux témoins n’atteste son existence.

Il n’y a donc pas à hésiter, il faut reconnaître que l’origine de la dentelle n’est pas antérieure au milieu du xvT siècle. On doit s’étonner seulement de la persistance des écrivains qui ont parlé d’elle à lui donner une origine fantastique et inconnue, remontant à une haute antiquité, alors que le plus ignorant peut se convaincre de l’invraisemblance de leurs assertions, en jetant un simple coup d’œil sur le premiet recueil venu de costumes anciens.

Lorsqu’on rencontre la dentelle sur les portraits d’hommes, on la trouve aussi sur ceux des femmes ; c’est-à-dire que, lorsqu’elle fut connue, elle fut adoptée également par les deux sexes. Les deux portraits de François Ier qui sont au Louvre n’en laissent pas soupçonner l’usage de son temps ; aucun des autres portraits historiques qui y sont, non plus que ceux des galeries de Versailles de la même époque, n’en attestent l’existence, et le premier où on la découvre est un portrait de Henri II, à Versailles, qui a dû être peint vers les dernières années de son règne ; le col, brodé d’entrelacs de couleur, est bordé d’une petite dentelle bien simple et bien modeste.

A partir de cette date , la plupart des portraits historiques des deux sexes en sont ornés, ce qui rend l’étude de ses différentes transformations très-facile; seulement il n’est pas possible d'affirmer laquelle des deux dentelles, celle à l’aiguille ou celle aux fuseaux, aura été créée la première, parce que, en étudiant parallèlement les portraits et les recueils de dessins à dentelles du xvie siècle, on trouve une contradiction qui s’explique, mais ne résout rien.

La dentelle aux fuseaux n’apparaît que vers la fin du siècle sur des portraits très-rares de l’école florentine, tandis que, déjà vers 1557, on imprimait à Venise un

Fig. 9. — Passement aux Fuseaux, d’après Le Pompe. (Venise, 1557.)

recueil de dessins gravés pour le fuseau1. Le plus ancien recueil connu de modèles pour l’aiguille ne remontant pas au contraire au delà de 1580, cela laisserait supposer la priorité en faveur de celles aux fuseaux, ce qui ne serait pas conforme à ce que nous apprend l’examen des portraits ; mais cette contradiction prouve seulement que si le plus ancien recueil de points coupés ou dentelles à l’aiguille est parvenu jusqu’à nous, on en faisait avant qu’on n’eiit songé à graver et à imprimer des dessins pour cet usage.

Tout porte à croire que l’une et l’autre sont à peu près contemporaines; seulement celle à l’aiguille étant uniquement une combinaison nouvelle de différents points de broderie, on a pu s’y mettre tout de suite sans un long apprentissage, tandis que pour

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