Rapport sur l’Exposition universelle de
ESPAGNE ET PORTUGAL
dentelle, laquelle porte le nom d epuntas en espagnol *, et se prononce à peu près comme le pointas de l’Auvergne et du Velay, dont le patois a beaucoup d’analogie avec le catalan s.
11 résulte de l’application du mot puntas à la dentelle qu’elle pourrait bien avoir été introduite en Espagne par des colporteurs auvergnats, qui de temps immémorial commercent avec ce pays.
Quoi qu’il en soit, avec toutes, ces données, on n’arrive pas à un éclaircissement satisfaisant relativement à l’époque où on a commencé d’y en fabriquer ; mais on acquiert une preuve de plus que l’ancien réseuil, de quelque façon qu’on l’ait exprimé, dans toutes les langues, a toujours été la cause de la confusion qu’on a faite de la dentelle avec le lacis, ou le filet, soit uni, soit brodé.
Suivant de la Gomberdière, de son temps, les Espagnols ne se seraient pas fournis « ailleurs de passemens, tant de point coupé que d’autre, qu’à Paris ou l’Isle-de-France1 2 3. » Il s’ensuivrait que : au commencement du xvne siècle, les Espagnols n’en faisaient pas, ou fort peu.
Nous possédons une sorte de passementerie aux fuseaux, qui porte, chez nous, le nom de point d’Espagne, dont on a déjà parlé précédemment dans cet ouvrage 4 et qui se fabriquait souvent avec des guipures d’or ou d’argent. Etait-elle connue au xvn' siècle ? Il est impossible de l’affirmer, car on ne la rencontre guère dans les peintures anciennes que sur des costumes du xviiT siècle. Antérieurement, cependant, il était quelquefois question du point d’Espagne ; mais il est probable que cela s’appliquait à des dentelles de fil, soit aux fuseaux, soit à l’aiguille, comme cela a eu lieu pour les points de Gènes, de Raguse, d’Aurillac, etc. Il n’est pas impossible qu’il se soit agi de dentelles aux fuseaux fabriquées avec des fils d’or et d’argent, puisque cette dentelle a été très à la mode à la fin du xviT siècle, et non d’une passementerie quelconque. Toujours est-il qu’au milieu du xvue siècle, l’industrie des dentelles en Espagne devait avoir une certaine importance, à en juger par les citations suivantes empruntées à la Révolte des passements.
Il s’agit du défilé de l’armée des dentelles. On remarque dans le cinquième corps :
« Huit cent ballots de gueuse, commandés par le colonel Parcimonia, et portant une enseigne sale où on lisait quelques mots espagnols :
« No siempre relumba el coraçon. »
Hans le sixième :
« Quatre cents caisses de point de Gênes, point d’Aurillac, point d’Alençon, point de Raguse, et quelques autres qui marchaient sous la conduite d’un étranger, nommé point