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d’Espagne. Leur enseigne toile de Hollande, toute parsemée d’aiguilles et d’épées sans nombre. » ■

La traduction est facile à faire ; cela signifie évidemment que l’on fabriquait beaucoup en Espagne de ces dentelles communes appelées gueuses (fig. 71) et l’enseigne toile de Hollande parsemée d’aiguilles, que le point y était aussi une industrie importante et renommée.

On ne fabrique plus du tout de point à l’aiguille en Espagne, mais la manufacture de dentelles aux fuseaux qui s’y est continuée est bonne ; seulement, les dessins en sont du

goût le plus détestable, quoique depuis plus d’un siècle on y cherche à imiter les dentelles de fil, de soie noire et les blondes qui se fabriquent en France.

Dans le rapport sur l’Exposition universelle de 1851, on porte à trente mille le nombre des ouvrières en dentelle de l’Espagne ; il y a certainement beaucoup d’exagération dans ce chiffre.

A la fin du siècle dernier, Peuchet estimait à deux mille celui des ouvrières de la Catalogne. On y fait, disait-il, des dentelles façon de Flandres, mais plus communes, pour l’intérieur et les colonies (PI. XLVIII). Les dentelles de soie noire et les blondes y occupaient aussi bon nombre d’ouvrières; mais, pour ces dernières, c’est dans la Manche qu’il s’en faisait le plus, surtout de celles destinées à la confection des mantelets de soie noire ou de soie blanche.

La production espagnole était anciennement, comme de nos jours, bien insuffisante pour la consommation du pays et de ses colonies. La France et les Pays-Bas y ont pourvu pour la plus grande part ; au xvne siècle, on y envoyait des dentelles noires pour

ESPAGNE ET PORTUGAL

les mantes des femmes et des guipures grossières en fil, sans fond; puis, au xvnT siècle, tous les genres qui ont été à la mode. Mirecourt en fournissait annuellement des milliers de pièces1, le Havre et Dieppe fort peu, et, d’après l’appréciation de Peuchet, les envois du Puy s’élevaient à 200,000 francs pour l’Espagne directement, et 500,000 pour ses colonies, non compris ce que des colporteurs auvergnats et d’autres entremetteurs y importaient, régulièrement ou en contrebande.

Les dentelles du Portugal n’ont rien qui appelle une attention particulière ; elles sont généralement d’aussi mauvais goût que celles d’Espagne, et d’une fabrication moins belle.

Fig. 72. — Dentelle du Portugal.

La production n'en est pas importante ; c’est à Peniche, dans l’Estramadure, qu’on en fait le plus (Fig. 72).

Il y a aussi dans l’ile de Madère, à ce qu’il paraît, quelques ouvrières en dentelle.

On trouve également au Brésil, et dans les anciennes colonies espagnoles du grand océan Pacifique, quelques ouvrières en dentelle dont les produits se consomment dans ces pays. Ces ouvrages sont très-communs et donnent une image de la dentelle appelée anciennement gueuse. Ils démontrent que l’industrie y est restée stationnaire depuis le jour où elle a dû y être introduite par des colons portugais ou espagnols , probablement à la fin du xvii“ siècle.

A Cusco (province de Lima), écrivait Peuchet à la fin du siècle dernier, il se fait quelques dentelles qui ont assez d’éclat. « Cette industrie est communément entre les mains des religieuses qui occupent les jeunes Péruviennes, les jeunes métisses des villes qui, avant de se marier passent, la plupart, quelques années dans le cloître. »

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