ALLEMAGNE, AUTRICHE ET SUISSE
Dentelles de Saxe, de Berlin, de la Bohême et de la Suisse. — Il existe en Saxe un vieux conte populaire qui a été recueilli, dit-on, dans un vieil almanach de Gotha 1 ; en voici la substance :
Une jeune fille de Nuremberg, Barbara Esterlein, née en 1514, épousa un riche maître mineur d’Annaberg, appelé Uttman.
Dans ce temps-là les jeunes filles de la montagne s’occupaient à une sorte de résille dont se servaient les mineurs pour maintenir leurs cheveux. Barbara Uttman s’intéressa à ces ouvrages, et, mettant à profit son expérience, — ayant appris, dit-on, d’une ouvrière brabançonne chassée de son pays par les cruautés du duc d’Albe, l’art de faire la dentelle, — elle leur enseigna d’abord un tricot fin, puis après, le réseau de la dentelle.
En 1561, avec le concours d’ouvrières qu’elle avait fait venir des Flandres, elle fonda une manufacture de dentelle; c’est alors qu’elle entreprit de fabriquer des dessins variés.
Barbara Uttman mourut en 1575, laissant soixante-cinq enfants et petits-enfants, réalisant ainsi une prophétie d’avant son mariage, qui lui avait promis autant de descendants que de mailles aux réseaux qu’elle ferait.
Et voilà comment aurait commencé l’industrie de la dentelle en Saxe 2 .
Ainsi que toutes les traditions, celle-ci a son contingent d’invraisemblance , ce qui ne l’a pas empêchée d’être acceptée comme l’expression de la vérité.
Ce ne sont pas les soixante-cinq enfants et petits-enfants qui étonnent, cela n’a rien de surnaturel et paraît être dans les conditions assez communes de la fécondité allemande ; mais, on se demande comment d’un tricot très-fin on a pu arriver à la dentelle, quand on sait qu’il n’y a aucune analogie entre l’un et l’autre travail.
1. Voir le rapport de M. Aubry sur l’Exposition universelle de 1851.