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morales ; M. de Constant -Rebecque ne dénaturerait pas V/mitation ; M. Littré (de l'Institut) ne se déclarerait pas disciple de Comte pour la seule science historirpie, et son cœur ne convierait point ses condisciples, non seulement à honorer la mémoire du maître, mais à assurer l'existence de M'"*' Comte. Tout cela a son côté fort louable que nous applaudissons de tout cœur, mais qui ne nous aveugle nullement.
Il est des intelligences qui passent toute leur vie dans l'un des trois états. Chaque type a sa raison d'être, son utilité, ses quahtés, et les défauts inhérents à ces qualités dominantes. La critique réciproque que se font les divers sectaires, est le crible qui peut seul séparer l'ivraie du bon grain. C'est de cette friction spirituelle que jaillit l'étincelle électrique qui foudroie l'erreur et fait briller la vérité. Quant h nous, nous sommes passés par les trois états, nous les comprenons et les cultivons simultanément; nous cherchons à les faire vivre en nous en bonne intelligence, en les élevant au quatrième et dernier état, l'état synthétique et harmonique. Nous cherchons autant que possible à nous préserver de l'exclusivisme et du simplisme aveugle dans lequel a croupi Comte et ses curieux disciples.
iNous sommes convaincus que, lorsqu'une doctrine a eu assez de puissance pour qu'un groupe d'hommes intelligents et instruits l'ait adoptée, affirmée, soutenue et défendue publiquement, elle ne peut avoir obtenu cet assentiment et cet honneur qu'à la condition de renfermer en elle, sinon toute la vérité, du moins un des aspects de la vérité. Alors
nous cherchons en quoi consiste cet aspect ; nous essayons, selon la mesure de nos forces et la nature de notre intelligence, de le dégager de la gangue, d'erreurs, de préjugés, d'illusions particulières à l'auteur et à ses admirateurs, afin de la réunir au faisceau des vérités particulières dont l'ensemble constituera la vérité intégrale.
La doctrine de Comte, étant la dernière née à la publicité, se présentant avec les caractères de certitude scientifique, avait de quoi éveiller notre attention. La chaude et savante réclame de M. de Lombrail, les accusations formulées contre toutes les doctrines que nous avons énumérées et qui méritent, ainsi que leurs adhérents, au moins un salut de cœur, ont aiguillonné notre curiosité cosmopolite. Or, ayant fraternisé en partie avec ces doctrines et leurs admirateurs, nous nous serions trouvé et serions encore, selon M. de Lombrail et son vénéré maître, dans les gobemouche, les ignorants, les rêveurs, les utopistes, les anarchistes, les pervers et les immoraux. Cette dernière épithète que les vertueux et immaculés disciples jettent fort à la légère à la face des gens, nous chauffe singulièrement les oreilles. Quand nous examinons la conduite des hommes k qui l'on prodigue cette ridicule et banale accusation, et que nous la comparons à celle des saints régénérateurs ou conservateurs, nous ne voyons aucune différence ; nous trouvons partout, sauf de très rares exceptions, de fort honnêtes gens dans toute l'acception reçue parmi les classes éclairées de la société. Or, des sectaires qui ont la prétention de posséder une doctrine universelle; qui traitent de
cliiinère, d'illusion, les dogmes de la religion chrétienne ; qui viennent faire de sa morale particulière, qu'ils s'imaginent être épurée par leur maître, des verges ou une massue pour fouetter ou assommer leurs collègues en rénovation, ces sectaires, disons-nous, nous paraissent en proie à une monomanie excommunicative très arriérée, ou emploient fort maladroitement une ruse de guerre pour faire passer leur marchandise comtiste sous les couleurs du pavillon moral lhéùlogi(iue. S'ils jettent leur vertueuse jtoussière aux yeux des douaniers de l'intelligence pour les aveugler, échapper à leur surveillance et arriver à bon port, ils se trompent lourdement : ils payeront double et triple droit, et seront fort heureux si leur cargaison n'est point confisquée et jetée à la rivière.
Si nous avons compris et justement apprécié l'œuvie de Comte, ses disciples ne resteront pas dans le farniente extatique des gens qui croient qu'ils n'ont qu'à admirer, à exposer, à propager la doctrine du maître pour convertir \q monde : ils emploieront leur savoir et leur bon vouloir à perfectionner \q vrai positivisme et à le dégager des erreurs, des lacunes, des inconséquences, des fausses appréciations et des moyens ultra-rétrogrades qui l'annulent et le rendent illusoire. Ils fouilleront, chercheront, et se poseront les nombreux pourquoi dont la solution les aidera à découvrir les comment qui manquent à la science, et sans lesquels le progrès positif est impossible.
En prévenant les disciples fervents de la fausse route qu'ils suivent, nous aurons fait l'office de la lanterne qu'on
place, la nuit, près des décombres déposés dans la rue pour prévenir les passants et leur éviter de se heurter et de se briser contre des ruines ; nous aurons ainsi fait de raltruisme. Si notre intelligence est trop faible et notre savoir trop borné, puisque Comte n'a nulle confiance dans les hommes capables de le comprendre et n'espère que dans la foi aveugle des femmes et des prolétaires pour le succès de sa religion, nous aurons rendu un vrai service à ses disciples en leur signalant les méprises, les faux jugements, et les répulsions instinctives, rationnelles ou morales auxquelles la doctrine donne lieu. Ils comprendront tout ce qu'ils ont à faire pour la rendre plus compréhensive, plus à la portée des intelligences vulgaires, qu'il faut éclairer et non séduire pour les opprimer, entreprise profondément immorale. Nous croyons que, sous tous les rapports, ils peuvent reprendre et refondre toute l'œuvre dite religieuse. Nous prétendons qu'une femme intelligente et illétrêe ne lira pas et n'étudiera pas un Entretien de son Catéchisme sans démonter sa mâchoire par le bâillement, et ne pourra arriver à la fin de ce savant abrégé sans devenir hydropositiviste.
Il est certain que Comte s'aveugle étrangement quand il s'imagine que des ouvriers qui n'ont reçu d'autre instruction que celle de l'école mutuelle, vont comprendre quoi que ce soit à sa synthèse que des bourgeois en général et beaucoup d'hommes instruits n'aborderont jamais. Il faut être tout-à-fait halluciné pour donner une liste de livres nécessaires à la direction des bons esprits populaires, liste
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composée de trente volumes de poésie, de trente volumes de science, de soixante volumes d'histoire, et de trente volumes de philosophie, de morale et de religion : provisions instructives destinées à des millions d'individus qui ne savent pas lire, et (pie la nécessité de gagner leur pain quotidien laisse d'ailleurs privés de tout loisir pour éclairer et développer leur spirituel. Comte s'imagine être au milieu d'une société de rentiers studieux ou d'élèves de l'Ecole Polytechnique. Croyant avoir créé la science historique, il double la dose des ouvrages qui la concernent ; il est le foyer de l'oïdium historiolatrique qui envahit le monde des intelligences pour le pourrir et le pétrifier. Ce savant a passé sa vie dans un état de somnambulisme permanent. Parodiant un jeu de mots évangéliques, nous dirons : Comte, tu lies qu'un conte ; sur ce conte, nulle Eglise ne se bâtira. Pour notre part, nous discutons en riant son pastichismc religieux et nous le rejetons en le ridiculisant de notre mieux, ainsi que l'infaillibilité scientifique qu'il s'arroge à fégard des travaux des réformateurs contemporains. Il est tellement aveuglé sur lui-même, qu'il ne s'aperçoit pas qu'il détruit à chaque instant la base scientifique sur laquelle il a la prétention d'élever son édifice. Pour \u\, savoir n'est pas prévoir, mais revoir, répéter, singer le passé fantastique humain ; tandis que savoir doit être trouver, chercher, suivre, imiter les lois du vrai cosmique et biologique qu'il méconnaît constamment.
Nous baffouons le moralisme hybride, mesquin, niais ou hypocrite de puritains effarouchés, superquintessenciés, de
prêtres inparlibus d'une religion mort-née, dans Fintention de les guérir de l'intolérance, du dédain fort peu modeste et encore moins altruiste qu'ils professent pour tout ce qui n'est pas leur ridicule doctrine. La maxime Qni se ronnaû samHiore n'a de valeur pratique pour le simple individil qu'à la condition des efforts altruistes pour l'éclairer sur son aveuglement, ses illusions rationnelles ou sentimentales : trop heureux quand sa cécité n'est pas incurable !
C'est la faculté de la gaieté phrénologique méconnue par Comte et bannie de sa classification qui proteste en nous, et prend la liberté et le droit qu'il a répudiés aussi de se moquer de ce malencontreux révélateur, assez abandonné de sa grâce pour avoir la faculté du juste tellement atrophiée qu'il n'a pu soupçonner que la loi de la morale universelle pourrait bien être celle-ci : «Tous sont appelés, tous sont élus conformément et proportionnellement au titre et à l'essor de leur constitution physique, intellectuelle et affective qui fait accomplir à chaque individu sa tâche dans l'ensemble des efforts humains, selon la loi des actions et des réactions biologiques directes, inverses et mixtes, individuelles et collectives dans l'unité progressive. »
Comte, rétrogradateur excité par le plus vorace et le plus aveugle égoïsme, devrait , selon sa loi morale, être excommunié et son cadavre transporté au charnier des réprouvés. Mais cet ours religieux, écrasant la tête de l'humanité avec la bonne intention de l'améliorer devant la saine équité, ne peut que trouver miséricorde et absolution. Errare humanum est. Il a fait ce qu'il a pu, ce qu'il a su^
— no ~ Honorons sa mémoire pour la partie saine de ses travaux » repoussons ses erreurs en les faisant servir au triomplie de la vérité.
Le service (pi'aura rendu ce savant religionnaire aux chercheurs, c'est d'avoir, par sa tentative avortée, montré l'étendue des connaissances, la portée d'intelligence qu'il faut posséder pour aborder à notre époque une synthèse sociale à fondement scientifique, à culte artistico -industriel, à régime médico-passionnel et à développement progressif. Il est évident que la science de l'homme est le point capital qui fait défaut à notre époque, compromet et rend illusoii"es toutes les tentatives de reconstruction. Nous chercherons prochainement, à l'aide des travaux connus, inconnus, méconnus des temps modernes, à faire sortir cette question du vague, de l'incohérence dans lesquels elle est plongée, et qui tiennent en échec tous les efforts. Si l'on ne détruit que ce que l'on remplace, la double mission de destruction et d'édification sera d'autant plus longue, difficile, remplie de secousses politiques et sociales, que les hommes d'avenir ne sauront s'accorder sur félat des connaissances actuelles et des institutions présentes, qu'il faut justement apprécier pour les transformer dans le sens du progrès. La philosophie naturelle est la seule branche des connaissances humaines vers laquelle convergent les efforts de l'Europe savante distribuée en académies, en vrais conciles permanents reliés enlr'eux par l'amour de la vérité naturelle et de la vérité biologique. Leurs découvertes dans celte double connaissance conduiront à la physiologie so-
— ni — ciale expliquée et justifiée par l'histoire de tout le passé.
Quels que soient le ton, la forme et l'accent qu'emploie la critique, elle est toujours fort mal accueillie par les personnes qui en sont l'objet. Des hommes persuadés qu'ils méritent pour leurs travaux une partie de l'approbation, du respect et de la vénération qu'ils cherchent à concentrer sur leur idole, doivent être péniblement affectés de la voir repoussée, ridiculisée, brisée.
Dans cette situation morale, pour soutenir leur courage, ces personnes ne doivent pas oublier que notre destinée se compose de résignation et d'activité, et que la plus triste et la plus consolante condition de la loi du progrès social, c'est que, dans tous les genres de découvertes, le martyre des novateurs a toujours précédé» leur apothéose. Comte, en disparaissant de la scène de la vie avant que son œuvre fût plus ou moins bien appréciée à sa juste valeur, a dû à sa foi aveugle pour la vérité infaillible de sa doctrine, et à la vénération de quelques disciples fervents pour sa personne, le bonheur de jouir à la fin de sa carrière de la béatitude, des glorifications qu'il a cru mériter des générations à venir ; il a reçu ainsi sa part de récompense contemporaine.
Dans cette étude, nous avons été guidé et dominé par l'amour du vrai, du juste, du bon et du gai; nous avons agi selon la devise : Aime ce qui plaît, dis ce que sais et penses, fais ce que peux, advienne que pourra /