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La Dépopulation de la France

La Faculté n’entend donner aucune approbation ni improbation aux opinions émises dans les thèses ; ces opinions doivent être considérées comme propres a leurs auteurs.

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C’est une chose connue de tous que Îa natalité française est absolument insuffisante ; que la France se dépeuple ; qu’en face d’une natalité débordante des peuples voisins ; d'un accroissement rapide de leur population, notre stagnation crée pour nous un très grand danger.

Le but que l'on s'est proposé dans cette étude est de prouver qu'aucune des causes auxquelles on attribue communément en France, la diminution de la natalité, n'est la véritable cause de ce mal. Sans doute, toutes ces causes que communément on donne pour origine à la dépopulation de la France, contribuent à cette dépopulation ; mais il sera démontré qu'elles ÿ contribuent dans de faibles proportions. Réunies, elles ont peut-être une action importante, mais celte action est loin d’être la plus importante.

La véritable cause de notre mal effrayant, qui mène à la disparition de notre race, à l'anéantissement de notre nationalité, est sans contredit la mentalité française, l'âme française formée depuis des siècles par des évènements de toute nature, historiques, économiques, juridiques et autres.

L'on indiquera successivement d’abord les faits, résultant des statistiques ; puis les causes connues et habituellement acceptées comme le facteur principal de notre mal ; c'est-à-dire les causes physiologiques, les maladies, les guerres, les législations civiles et fiscales.

Puis, ensuite, la véritable cause, presque la seule, la mentalité française, l'absence d'idéal, la recherche du moindre elfort, basse mentalité qui peut être d’ailleurs, la résultante des causes ci-dessus.

Dans cette étude, il ne sera donné que le minimum possible de chiffres et de statistiques. Ces chiffres et ces tableaux, dans une étude de ce genre, qui touche à tant de points de sociologie, et de philosophie, ne devraient être donnés qu'en annexes et en appendices. Tous ces chiffres, dont on a fait souvent abus, rendent le travail aride, fastidieux. Ils coupent le fil de l'idée et interrompent une démonstration.

Et pour cela, on peut se placer sous l'autorité de Jean-Baptiste Say, qui dit : « En génétal, les évaluations statistiques, fussentelles exactes, ne sont jamais permanentes, ont en elles-mêmes peu d'utilité. Ce qui est vraiment utile, c'est de bien connaître les faits généraux, les lois générales, c'est-à-dire la chaîne qui lie les effets aux causes. Cela seulement peut indiquer la conduite qu'il faut tenir dans chaque situation où l'on se trouve. La statistique ne peut fournir à l'économie politique que des exemples pour faire comprendre des principes qui doivent être démontrés sans elle, ou pour les confirmer. Elle ne saurait fonder des principes. Ceux-ci ne peuvent être fondés que sur la nature des choses... » (?).

Dans la peinture du mal qui nous ronge : la Dépopulation de la France, pourrait-on être accusé d'avoir assombri les tons, d'avoir exagéré, d'avoir voulu, avec un pessimisme hors de propos, développer une sorte de paradoxe. S'il en était ainsi, cette erreur serait excüsable. On ne frappe les esprits et l'imagination que par des traits tranchés, accentués. Il est vrai d'autre part que cette accentuation peut avoir son danger et affaiblir le résultat que l’on se propose : en effet, le lecteur peut penser, en regardant autour de lui ce qui l'environne et en comparant avec ce qu'il lit, que le danger dépeint a été fort amplifié.

Mais je ne crois pas que ce dernier reproche puisse être fait.

(1) J.-B. SAY. — Trailé d'Économie politique, p. 110 à la note, 8e édition. Guillaumin, éditeur, 1876.

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Le mal réel est peut-être, plus grand, plus dangereux encore que l’on ait pu le dépeindre. Notre pays marche d'un pas certain à la disparition.

Plus de tombeaux que de berceaux : voilà l’'épouvantable perspective de la France. Dans ces derniers temps des statistiques ont démontré que certaines années, il y avait eu plus de décès que de naissances. Voilà le chancre terrible qui ronge notre pays, et qui le conduit à l’affaiblissement d’abord, à la diminution de toutes les branches de l’activité industrielle et commerciale, puis dans un temps que l’on peut préciser d’une façon mathématique, à la disparilion, à la mort.

Le docteur Jacques Bertillon, qui s'est fait l'apôtre de cette question et après qui, il reste si peu à glaner parle ainsi de ce mal moral.

«…. Comment empêcher la France de disparaître ? A côté de celte question vitale toutes les autres disparaissent, tant elles sont secondaires. Vous voulez instruire le pays, l'améliorer dans Le! ou tel sens ? Pour cela il faut d'abord qu'il existe. Or, chaque jour, il roule inconsciemment vers le néant.

«… Très peu le savent ! presqu'aucun n'y pense ! Les Français voient leur pays se suicider, sans rien essayer pour l'en empêcher. La mort de la France qui sera un des faits marquant du xx° siècle, étonne les étrangers el nous laisse indifférents !

«… Notre nation deviendra-t-elle une de ces nations minuscules qui n'existent que par la charité des autres ; ou bien riche, el parfaitement outillée comme elle l'est, excitera-t-elle la convoitise des plus forts et deviendra-t-eile une nouvelle Pologne ? Que deviendra notre langue ? Que deviendra le magnifique héritage intellectuel que nous ont légués les derniers siècles HE)

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