‹ La dépopulation de la FranceChapitre 13 sur 158 · Voir page 39 le développement des villes · texte numérisé non relu

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en Allemagne.

Moindre accroissement de la richesse publique en France

et son accroissement plus rapide dans les autres pays.

Les parents d’un enfant unique ne sont pas obligés d’être aussi laborieux que ceux qui ont plusieurs enfants. Le besoin ne les y oblige pas.

Ainsi ils nuisent à la patrie doublement ; en ne contribuant pas suffisamment à sa perpétuité et, en outre, en ne produisant pas tout ce qu’ils peuvent produire. Il convient d'ailleurs de ne pas exagérer la portée de cette remarque et de reconnaître que la masse des Français sont restés laborieux malgré l’abaissement de la natalité.

Dans le même ordre d’idées, on doit remarquer que les fauteurs de grèves ont généralement très peu d’enfants et, en tout cas, c’est auprès des familles restreintes que leurs efforts ont surtout chance de réussir. Ils le savent et l’ont dit souvent. C’est même un des motifs qui leur font ouvrir l’oreille à la propagande néo-malthusienne.

Quelques patrons (trop peu nombreux) paraissent s’en rendre compte. Voici à ce sujet ce que nous lisons dans une circulaire industrielle :

«Actionnée par un moteur hydraulique, appuyée sur la collaboration d’ouvriers sérieux, presque tous pères de famille, sédentaires et réfractaires aux grèves, notre usine travaille dans des conditions de régularité et de bonne marche que1-.. »

Ainsi la diminution de la population, diminuant le nombre des consommateurs et le nombre et la valeur des producteurs, ne peut pas manquer de diminuer la production du pays, c’est-à-dire sa richesse. Vérifions s’il en est bien ainsi :

1. Beaucoup de patrons ne raisonnent pas de même. Pendant très longtemps, l’un des principaux épiciers de Paris interdisait le mariage à tous ses employés, pour un but que nous ne parvenons pas à nous expliquer. Cet abominable abus de pouvoir ne l'a pas empêché d’être décoré et redécoré.

Voir d'ailleurs ce que nous disons à propos de la loi sur les accidents du travail (p. 172).

Première vérification fournie par la statistique des donations et successions. — M. de Foville a utilisé depuis longtemps la statistique des donations et successions comme étant l’un des meilleurs indices que l’on ait de la richesse de la France.

Comme tous les mortels passent tour à tour au fatal tourniquet, le total des inventaires faits à leur décès donne une idée assez exacte des variations de la richesse de la France. Sans doute, cette statistique présente quelques doubles emplois ; sans doute beaucoup de gens tâchent d’échapper partiellement au fisc, et font des déclarations incomplètes; les enfants uniques, notamment, n’ayant à partager avec personne la fortune paternelle, ne s’en privent pas. Mais ces défauts (et quelques autres dans le détail desquels je n’entrerai pas) sont toujours et constamment les mêmes et ne vicient pas les comparaisons.

Au montant des successions, il faut ajouter le montant des donations, car, lorsqu’un père dote sa fille, il ne fait que lui consentir un « avancement d’hoirie ». La dot et la succession doivent donc être comptées ensemble. Ajoutons qu il convient de ne considérer que des movennes quinquennales. Les statistiques les plus anciennes datent de 182G. Les plus récentes, comme les plus anciennes, portent sur les chiffres bruts (passif non déduit.)

Ce thermomètre de la richesse montre que la France n'a jamais cessé de prouver son enrichissement depuis 182G jusqu’en 1893. Sur toute celte période, le progrès est ininterrompu, malgré les nombreuses bourrasques traversées par notre pays.

Sous la Restauration, « l’annuité d’évolution » (c'est ainsi qu on appelle le montant total annuel des successions et donations) n’atteignait pas 2 milliards de francs. Elle était de deux milliards et demi à la fin du règne de Louis- 1 hilippe, et de quatre milliards et demi à la fin du deuxième empire. La guerre elle-même n’arrête pas cet essor,

« l'annuité d’évolution » dépasse o milliards après la guerre, atteint, puis dépasse 6 milliards en 187G-85, et atteint presque le chiffre de 7 milliards en 181)1-95.

Il était logique de croire que la progression suivie pendant tout le xixe siècle continuerait. La richesse, en effet, augmente dans tous les pays autant et plus que dans le nôtre, et on n'avait aucune raison appréciable de craindre que son développement s'arrêterait. On attendait donc tranquillement le chiffre de 8 milliards environ pour l'époque actuelle.

Cependant, depuis quinze ans, non seulement les chiffres n'augmentent plus, mais ils diminuent, et, loin d’atteindre 8 milliards, ils sont tombés à six et demi. Ils se relèvent ensuite un peu, mais insuffisamment.

France — Successions el donations. Actif brut ( moyennes annuelles).

Millions de francs.

Ces chiffres ont été longuement examinés et discutés. On ne leur a trouvé que deux explications possibles qui peut-être sont vraies toutes les deux. Les uns (et M. de Foville paraît disposé à partager leur avis) en concluent que la richesse de la France a cessé de s’accroître. Les

grèves ont-elles tué assez d’industries, en ont-elles assez chassé à l’étranger, pour expliquer ce recul inquiétant ? Les lois sociales récentes, qui toutes aboutissent à interdire le travail ( interdiction du travail des femmes et des

enfants, limitation des heures de travail, interdiction de travailler le dimanche, etc.) ont-elles réussi à empêcher de produire? La dépopulation, le manque de bras qui en résulte, l’excès d’un protectionnisme qui accable l'industrie sans tirer l’agriculture de sa routine, ont-ils pu produire cette déchéance ?

Ou bien faut-il l’attribuer, comme d’autres économistes, à ce que les capitaux, effrayés des projets d’impôt en discussion depuis si longtemps déjà, vont chercher un refuge dans

Fis. 3. — F n. vn ce. - Annuité devo- les banclues de l’étranger ?

lution. Ce qu’elle devrait être, et Je lisais dernièrement un ce qu’elle est.

rapport statistique du maire d’une grande capitale étrangère qui se félicitait vivement

des nouvelles lois fiscales de notre pays, parce quelles avaient déplacé, au profit de sa cité, une partie de l’activité financière de Paris ! C’est à peu près ainsi que, il y a deux siècles, l’électeur de Brandebourg se réjouissait de la révocation de l’édit de Nantes, qui lui avait donné, aux dépens de la France, tant d’industrieux sujets !

Nous ne prendrons pas parti entre ces deux explications. Toutes deux sont plausibles, et, comme elles ne sont nul-

lement inconciliables, on peut supposer qu’elles sont vraies l'une et l’autre.

Les trois autres statistiques qui suivent nous font penser que, malheureusement, il s’agit bien d’un appauvrissement de la France, ou tout au moins d’un arrêt dans le développement de sa richesse.

Deuxième vérification fournie par la consommation de la houille. — La quantité de houille consommée est le chiffre qui résume le mieux le développement industriel d’un pays. Trois années suffiront pour résumer l’histoire d’un demi-siècle. Qu’on lise ces chiffres attentivement : ils sont formidables.

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