‹ La dépopulation de la FranceChapitre 15 sur 158 · DIMINUTION LU DÉVELOPPEMENT DU BIEN-ÊTRE · texte numérisé non relu

DIMINUTION LU DÉVELOPPEMENT DU BIEN-ÊTRE

La diminution de la population n’améliore pas le sort des classes laborieuses.

On a longtemps prétendu le contraire.

11 paraît bien inutile de rééditer ici le sophisme de Malthus, il est pour cela trop connu. 11 n'y a pas lieu de le réfuter longuement : les faits s’en sont chargés trop manifestement : la population de l’Europe s’est développée depuis Malthus, ainsi qu’il suit (Sundbarg) :

1800 . 188 millions d’habitants en Europe

1. « Poser cette question, disait encore M. Bertillon père, c’est demander s'il vaut mieux avoir des soldats pour repousser l’ennemi ou des écus pour le payer ! »

CONSÉQUENCES DE ^ABAISSEMENT DE LA NATALITÉ 3b

Ainsi la population, en un siècle, a fait plus que doubler.

Pourtant, jamais les subsistances n’ont été aussi abondantes qu aujourd hui. Les famines et même les disettes, si fréquentes autrefois, sont devenues presque inconnues en Europe, et même tout à fait inconnues dans l’occident de 1 Europe. Donc, sans méconnaître la valeur de l’œuvre de Malthus, œuvre très originale et parfois géniale, on peut affirmer que les craintes qui lui étaient inspirées par 1 amour de 1 humanité étaient tout à fait chimériques.

Mais pour beaucoup d’esprits simplistes, cette démonstration purement statistique et peu tangible ne subit pas. « ^ oyez la quantité des sans-travail, disent-ils; voyez la masse des misérables; ne vaudrait-il pas mieux pour eux n être pas au monde ? » Pur sophisme ! La plupart de ces sans-travail sont des ouvriers maladroits qui ne trouvent pas de travail parce qu’ils ne sont pas capables d’en produire de bon. Ils n’en sont pas moins fort à plaindre; mais leur proportion ne serait pas moindre parce que la population serait moins nombreuse, et on ne les emploierait pas pour cela davantage; on les remplacerait, ce qu'ou fait déjà, par des ouvriers étrangers et ils n’en seraient pas. plus heureux. — « Cependant, ne voit-on pas d’excellents-; ouvriers qui ne trouvent pas d’emploi? » En trouveraientils davantage parce que la population serait moindre ? Assurément non. Supposons un cordonnier qui trouve tous les ateliers au complet ; il est vite conduit à penser qu’il y a trop de cordonniers sur terre et que, si la population était moindre, leur nombre serait moindre aussi. Soit, mais il y aurait aussi moins de pieds à chausser et notre homme n’y gagnerait rien.

Le même raisonnement s’applique à toutes les professions sans exception. Il se résume dans cette formule connue : « L’homme est un débouché pour l’homme. » Malthus prétendait qu’au banquet de la vie, il n’y avait

pas place pour tout le monde. Il oubliait que les convives de ce banquet en sont aussi les cuisiniers, en sorte que le nombre des plats servis s'v proportionne au nombre de ceux qui les préparent. Pour qu’il commençât à avoir raison, il faudrait que le globe fût peuplé au point que les subsistances vinssent à manquer, ce qui n'est pas possible à notre époque, où le blé et la viande sont tellement abondants qu’on en est venu (d’ailleurs bien à tort) à leur fermer nos frontières.

Mais on insiste : « N’êtes-vous pas touché, dit-on, de voir des ménages qui gagnent à peine leur propre subsistance et qui sont chargés d’enfants qu’ils ne peuvent pas nourrir? » Nous en sommes aussi touchés que personne et nous y reviendrons. L’ Alliance nationale pour l'accroissement de la population française supplie l’Etat d’entourer l’enfant et notamment l’enfant malheureux de toute sa protection et de toute sa tendresse. Si l’Etat se refuse à les lui accorder, il manque à son devoir essentiel. Mais cette protection donnée à l’enfant ne doit pas aller jusqu’à vouloir l’empêcher de naître !

La diminution de la population n’améliore pas le sort des classes laborieuses considérées dans leur ensemble ; nous allons voir qu’elle l’aggrave.

L augmentation de la population ne peut pas faire baisser

les salaires.

Nous avons vu que l’augmentation du nombre des hommes est une source de richesse pour un pays.

C’est ce qu’exprimait, sous une forme assez plaisante, M. Clément Juglar (de l'Institut), jeune homme alors, vers 1840. A celte époque, un certain nombre d’économistes sérieux croyaient encore, à l’exemple de Malthus, que 1 accroissement de la population était une cause de pauvreté pour un pays. « C’est le contraire, s’écriait M. Clé-

ment Jug'Iar, avec sa verve habituelle. Avez- vous jamais vu que, dans une ferme, on se désole de la naissance d’un veau Bien loin de là, on l’accueille avec joie, comme un nouvel élément de richesse. Et vous regrettez la naissance d un homme, c’est-à-dire d’une nouvelle force, d’un nouveau facteur de travail et de richesse ! Quelle étrange contradiction ! Objecterez- vous que la destinée du veau est d’être mangé? Mais vous oubliez que celle de l’homme est de travailler, de produire et d’augmenter la richesse publique, c’est-à-dire le bonheur de l’humanité. »

On a prétendu que l’augmentation de la population a pour conséquence de faire baisser les salaires, et malheureusement une fraction du parti socialiste s’est laissée convaincre par ce sophisme.

Il est bien vrai que l'accroissement de population a pour effet d’augmenter l’offre de travail, mais on oublie qu’il a aussi pour effet d’en augmenter la demande exactement dans la même proportion, en sorte que la valeur de la célèbre fraction reste exactement la même.

Nous en avons déjà fait la démonstration, nous n’y revenons pas.

Même si cette démonstration laissait à désirer, elle serait corroborée par ceci :

Supposons que le manque de bras causé par le défaut de natalité fasse hausser les salaires en France; cette hausse ne pourrait pas durer, car les pays voisins ayant une natalité très supérieure et ayant par conséquent beaucoup plus de bras, ne verraient pas leurs salaires augmenter: donc ils pourraient produire à meilleur marché et concurrencer nos produits en ce qui concerne les marchandises mobiles. Premier détriment pour nous ! Mais ce n’est pas tout : ils pourraient aussi nous envoyer des ouvriers pour les industries qui ne peuvent exporter (industries du bâtiment, industries agricoles, industries protégées par des droits de douane, etc.). Ainsi la main-

d’œuvre étrangère forcerait aussitôt la nôtre à baisser ses prétentions. C’est en effet ce qui est arrivé pour un certain nombre d’industries, à la suite de grèves notamment; les unes ont fermé leurs ateliers et ont été remplacées par des articles importés, les autres ont fait venir des ouvriers étrangers ; quelques-unes même n’emploient absolument que des étrangers (l'industrie sucrière par exemple).

Dans ce cas, les émigrés étrangers ont pris, selon l’expression d’un auteur allemand, la place de nos non nés.

Ainsi la diminution du nombre des naissances ne peut pas augmenter sensiblement les salaires. Si cette augmentation avait la moindre tendance à se produire, la concurrence étrangère viendrait vite y couper court.

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