ans 10-20 ans 20-30 ans 30-ïO ans k0-50 ans
Fis. 9.
On voit que la mortalité a diminué à tous les âges. Sauf une ltgèic augmentation avant 40 ans pour la période
1851-60, celte diminution a été progressive et régulière.
En ce qui concerne spécialement l’enfance, voici quelques chiffres complémentaires :
Suède. — Pour 1.000 naissances vivantes, combien de décès de 0 à 1 an :
La Bavière présente un exemple encore plus curieux.
La législation bavaroise, en vertu d'idées philanthropiques mal conçues, interdisait autrefois le mariage des pauvres. La nuptialité était faible ; la natalité (en partie illégitime) était faible ; la mortalité, faible aussi. Cela dura pendant les 20 premières années observées.
Cette loi fut abrogée (partiellement par la décision ministérielle du 28 mai 1862, entièrement par la loi du 16 avril 1868).
Aussitôt la nuptialité s’élève, la natalité s’élève considérablement (de 7 points), la mortalité s’élève (de 3 points) . C ela d ure vingt an s .
Puis la mortalité s’abaisse beaucoup (de 6 points) ; la nuptialité s’abaisse, la natalité s’abaisse (de 4 points). Toujours la natalité et la mortalité varient dans le môme
sens.
Cet exemple est d’autant plus remarquable qu’il montre
Bavière
Fig. 10. — Bavière. — Variations de la natalité et de la mortalité pendant les soixante dernières années du xixe siècle. — Sur 1.000 habitants, combien de naissances, combien de décès en un an, pendant chacune des périodes décennales indiquées (1841-1900) 1
comment une loi mal faite peut arrêter l’essor de la population \ Pendant les vingt ans où nous observons l’effet de cette loi, l’accroissement de la population n’était que de 5 p. 1 .000 ; elle est abrogée ; aussitôt ce chiffre double, il est aujourd’hui de il.
Ici, encore, l’analyse de la mortalité par âge est intéressante. Voici, tout d’abord, les chiffres qui concernent la première année de la vie :
1. Voici quelques détails sur cette loi qui fut abrogée le 16 avril 1868. Elle n'a jamais existé en Bavière rhénane. Jusqu’en 1826, elle ne s’appliquait qu’à la vieille Bavière (Haute et Basse-Bavière, Haut-Palatinat), à l’exclusion de la Souabe et des trois Franconies.
Le principe de cette loi existe depuis 1616. Les lois du 3 mars 1780, du 12 juillet 1808, du 11 septembre 1825, du l” juillet 1834 l'ont modifiée, généralement en l'aggravant.
En vertu de la loi de 1825 qui étendit l'action de la loi à toute la rive droite du Rhin, on ne pouvait donner l’autorisation du mariage à aucun régnicole, à moins qu’il n’eùt des titres à l’élection d'un domicile (Ansæssigmachung) ; celle-ci, elle même, ne s'obtenait que sous l’une des conditions suivantes : 1° un bien foncier libre d'hypothèque garantissant le paiement d'un impôt minimum de 45 kreuzers de 1825 à 1834 (porté en 1834 à un chiffre variant suivant les cas de 1 à 6 florins); 2» la possession d'une industrie; 3» un moyen d'existence assuré (le texte allemand est beaucoup plus long). La loi de 1834 permet l'élection de domicile (et le mariage) lorsque les moyens d’existence sont assurés par un salaire, mais donne, dans ce cas, aux communes un droit de veto absolu (justifié, croyait-on, par le devoir d’assistance imposé aux communes).
Une résolution du Landtag (10 novembre 1861) abolit les entraves apportées par l’édit du 10 juin 1813 à l’élection du domicile des Israélites et à leurs industries, et prit en considération les propositions lendant à faciliter l élection de domicile (et par suite le mariage) des autres Bavarois.
Une décision ministérielle du 28 mai 1862 fut rendue dans le même sens. Elle décida que pour tous les journaliers ( Taglœhnern ), ouvriers et domestiques, on pourrait considérer les moyens d’existence comme assurés, par la capacité, l'activité et l’esprit d’épargne ( Tiich tigkeit, Heiss uiul Sparsamkeit) . Une « instruction » du 21 avril 1862 avait déjà recommandé de faciliter les autorisations d’établir un métier (et par suite l’élection de domicile et le mariage).
La loi de 1834 fut entièrement abolie par la loi du 16 avril 1863 (en vigueur seulement à partir du !»'■ septembre 186S).
Bavière. — Sur 1.000 naissances vivantes, combien de décès de 0 à 1 an 1 :
De 1840 à 1855, la mortalité infantile reste à peu de chose près stationnaire.
En 1860-1865, elle s’élève brusquement, et reste très élevée jusqu’en 1875, puis elle diminue lentement, tout en restant fort élevée.
L’imperfection des anciens dénombrements bavarois jusqu’en 1871 ne nous permet pas d’analyser la mortalité des autres âges avec le détail désirable. Voici pourtant quelques chiffres :
Bavière. — Sur 1.000 habitants de chaque âge, combien de décès
annuels :
De 0 à 14 ans. De plus de 14 ans.
On voit que la mortalité n’a guère varié au delà de quatorze ans.
Pour les périodes suivantes, nous avons plus de détails :
1. Zeitschrift des Bayerisclien Statistichen Bureau, 1898, p. 286. Jusqu'en 1870, l'année démographique s’arrêtait en octobre.
Bertillon. 6
Bavière. — Sur 1.000 vivants de chaque âge, combien de décès
en un an :
91 et plus.'
On voit que, depuis trente ans, la mortalité a diminué à tous les âges.
Ces chiffres s’expliquent assez facilement. En 1862, l’abrogation partielle de la loi restrictive du mariage permet la conclusion d’un grand nombre de mariages pauvres. Les enfants très nombreux qui en proviennent sont pauvres et soumis à une mortalité élevée ; cependant la grande majorité survit, et la population se développe rapidement. Nous avons une mortalité infantile élevée, mais il n’y a aucun motif pour que la mortalité des adultes s’accroisse et en eflet elle reste la même. En résumé, pendant cette période, c’est 1 élévation de la natalité qui a amené une élévation de la mortalité parce que la « vie règle la mort ».
Le progrès du bien-être, de l’instruction, de la civilisation et de l’hygiène abaisse ensuite la mortalité à tous les âges. Aussitôt la natalité baisse, parce que « la mort règle la vie ».
Nous voyons donc successivement la natalité exciter la mortalité, puis 1 abaissement de la mortalité entraîner l’abaissement de la natalité.
Notre tableau (voir Y Annexe, p. 310) permet de multiplier, autant qu’on peut le désirer, les exemples de parallélisme des mouvements de population.
Nous consacrons des diagrammes aux principaux pays.
Un regard jeté sur ces diagrammes montrera la constance de la loi du parallélisme des mouvements de population 1 :
En Autriche, la mortalité augmente très légèrement pendant trente ans (31, 31, 32); la natalité augmente aussi 37, 38, 39). Puis toutes deux diminuent (mortalité : [32), 30, 27 ; natalité: [39], 38, 37).
En Prusse, le mortalité reste stationnaire pendant trente ans 26, 26, 26) tandis que la natalité augmente un peu [37, 38, 39), puis la mortalité diminue rapidement, la natalité diminuant aussi, mais plus lentement.
En W urtemberg, la natalité s’étant accrue beaucoup pendant trente ans (36, 41, 43), la mortalitéa eulamême tendance (29, 31, 31), puis les deux ont baissé (mortalité : 31], 26, 23 ; natalité : [43], 36, 34). Bade présente des mouvements tout à fait analogues.
Nous avons suffisamment parlé de la Bavière et de la Saxe.
1. Le lecteur remarquera que nous n’avons voulu considérer que des périodes d'observation très longues, en général, un demi-siècle. De plus, chacun de nos chiffres se rapporte à une période décennale. .
L'observation des années isolées, ou même des périodes quinquennales, n'aurait pas été aussi propre à cette étude. Une année mauvaise’ (guerre, épidémie, disette, crise commerciale grave) présente le plus souvent beaucoup de décès, peu de mariages, et ensuite peu de naissances; elle est suivie d’une période de réparation (peu de décès, beaucoup de mariages et ensuite beaucoup de naissances) qui lait compensation. Ainsi le parallélisme des mouvements de population ne s'observe pas dans les années isolées, bien au contraire. Lorsque l’on considère des périodes décennales, ces variations annuelles disparaissent et les tendances générales de la population apparaissent
plus nettement. ... , , , ,
Un observateur qui contemple une mer agitee peut sans doute noter les variations de niveau que produisent chacune des vagues qui déferlent devant lui. Mais, s’il veut se rendre compte du phénomène de la marée il doit faire abstraction de ces faits passagers, et prolonger beaucoup plus longtemps la durée de son observation.
Norvège
Danemark
Pays-Bas
Belgique Ecosse Irlande
Fig. J1 à 16. \ ariations de la natalité et de la mortalité pendant
la seconde moitié du xix° siècle.
Sur 1000 habitants combien de naissances .ligne supérieure), combien de décès pigne inferieure) en un an, pendant chacune des cinq périodes décennales indiquées au bas de la page. ^
Autriche a si France
Italie
rs.
Co
co
CO
CO
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CO
co
Fig. 17 à 22. — Variations de la natalité et de la mortalité pendant la seconde moitié du xix8 siècle.
Sur 1 .000 habitants, combien de naissances (ligne supérieure), combien de décès (ligne inférieure) en un an, pendant chacune des cinq périodes décennales indiquées au bas de la page.
En Italie, la période d’observation est plus courte : la mortalité y a baissé de plus en plus vite; la natalité, d’abord stationnaire, a fini par suivre le mouvement.
Nous avons suffisamment parlé de l’Angleterre et de la Suède. En Écosse, le parallélisme de la mortalité et de la natalité est parfait. En Norvège aussi, toutes deux ayant une légère tendance à la diminution.
En France, enfin, les deux diminuent simultanément en sorte que la loi du parallélisme s’y observe comme ailleurs, mais la natalité décroît avec une rapidité tout à tait anormale. En Irlande, la natalité décroît également très vite, et la mortalité, qui est d’ailleurs très modérée, reste stationnaire. Il y a pourtant une très grande différence entre 1 Irlande et la France : en Irlande, les mariages existants sont au moins aussi féconds qu’ailleurs, mais les mariages sont très rares. En France, les mariages sont nombreux, mais stériles.
On voit donc la réalité de cette loi générale : si la mortalité est forte, la natalité est forte. Si la mortalité est faible, la natalité est faible. Si la mortalité s’élève, la natalité s élè\ e ; si la mortalité s abaisse, la natalité s’abaisse.
On peut comparer une société humaine à un bassin d’une capacité donnée1, et muni d'un flotteur, de façon à le tenir toujours rempli d’eau. Il y a un robinet d’entrée (c est la natalité et 1 immigration) ; mais il ne s ouvre que • dans la mesure où est ouvert le robinet de sortie (ce robinet de sortie c’est la mortalité et l’émigration). Impossible d’ouvrir l’un sans ouvrir l’autre.
Celte conclusion ne doit-elle pas rendre très modestes ceux qui croient pouvoir augmenter la population de la France en diminuant sa mortalité?
Admettons que nous puissions en effet diminuer la mortalité dans une mesure appréciable. L’histoire de l’Europe
1. Mais qui peut et doit s'agrandir avec le temps, grâce au humain (progrès de l’agriculture, essor de l’industrie, etc.).
travail
entière suivie pendant soixante ans nous montre que cette diminution de la mortalité sera suivie d'une diminution à peu près parallèle de la natalité. C'est la prédiction que faisait William Farr pour l'Angleterre en 1872. Elle s’est vérifiée, à la lettre, pour ce pays (p. 70).
Elle s’est vérifiée pour tous les autres.
11 n'v a aucune raison pour que la France échappe à la loi commune.
On pourrait même aller plus loin :
Si les enfants débiles, si les entants et adultes tuberculeux qu’on espère conserver à la vie, étaient en effet sauvés de la mort, la population contiendrait un plus grand nombre de valétudinaires (cela est évident), mais elle ne serait pas plus nombreuse (cela est démontré par les chiffres que nous venons d’analyser).
On peut comparer encore une société humaine à une forêt d'une étendue déterminée. Dès que le bûcheron fait des clairières dans la forêt, les rejets et les stolons bourgeonnent de toutes parts, et la forêt se reconstitue1, sans qu’on ait à s’occuper de son peuplement. S’il en est autrement, c’est qu’il y a quelque vice, quelque germe malfaisant qui contrarie l’effet bienfaisant de la nature. Il faut alors que le forestier recherche cette cause de stérilité et la supprime ; qu il éloigne la dent dévastatrice des chèvres et les autres animaux nuisibles qui détruisent les jeunes pousses de sa forêt. Mais que dire de celui qui, contre un pareil malheur, n’imaginerait autre chose que d’écarter la hache du bûcheron et de conserver ses arbres indéfiniment ! Il n’arriverait qu a vieillir inutilement sa futaie, et, finalement, serait vaincu dans cette lutte contre la mort, cai la loi des sociétés vivantes, des forêts comme des nations, c’est le renouvellement perpétuel des êtres.
1 . Avec autant d’arbres qu'auparavant — et même avec plus d arbres (car il faut admettre, si l’on veut poursuivre la comparaison, que la fertilité de cette forêt peut s’accroître grâce au travail de l’homme).
L’œuvre impossible tentée par ce forestier ignorant n’est autre que celle que conseillent des médecins trop confiants dans leur art.
La lutte, d’ailleurs très nécessaire, qu’ils veulent soutenir contre la mort, pourra, sans doute, conserver un certain nombre de malheureux dont la fin prématurée doit nous toucher. Mais elle n’a, au point de vue du chiffre de la population, à peu près aucun intérêt. Outre qu’elle ne peut abaisser la mortalité que d’une quantité peu importante, cet abaissement même de la mortalité n’aurait probablement d’autre effet que de diminuer encore le nombre des naissances.
Cela montre une fois de plus qu’une réduction de la mortalité, si importante qu’on veuille bien l’espérer, ne peut pas contribuer sérieusement à sauver notre pavs du mal qui le ronge.
Nous avons vu (page 6) qu’il manque à la France pour qu’elle conserve son rang actuel dans le monde, 450.000 existences annuelles par an. Cherchons ce que nous donne un abaissement de la mortalité, dans l'hypothèse la plus favorable :
Le nombre moyen des décès en 1906 1 a été de 780.196, dont 354.702 concernant des individus de plus de soixante ans, et 76.692 autres, des individus de cinquante à soixante ans.
Restent 348.802 décès plus ou moins prématurés. Ce chiffre n’est-il pas l’éloquente démonstration de notre impuissance, car il est parfaitement évident que ce n’est pas là que nous trouverons les 450.000 existences annuelles qui manquent à notre pays.
Mais, dira-t-on, ce chiffre comprend 115.752 décès d’enfants de moins d’un an dont une partie, s’ils étaient mieux soignés par des parents plus instruits, plus intelli-
Dernière année publiée, analogue d’ailleurs aux précédentes.
gents et plus aisés, ne mourraient pas. Supposons que ce soit faisable. Il n’en est pas moins vrai que, si forte qu’on rêve 1 économie de vies à faire, même si on la supposait du tiers ou même, par impossible, de la totalité, ce ne serait qu un appoint insignifiant à la tâche redoutable qui s impose à nos contemporains !
Mais la loi du parallélisme des mouvements de population ne nous autorise même pas à espérer ce faible appoint. Elle nous montre que, toutes choses égales d'ailleurs, une diminution de mortalité serait suivie d’un nouveau recul de la natalité :
Dans le Gers, dans le Lot-et-Garonne, dans l’Yonne, dans un grand nombre d’autres départements, on compte ordinairement trois décès pour deux naissances1, c’est-àdire que la règle moyenne est la suivante : les deux parents meurent après avoir procréé deux enfants dont l’un meurt avant de s’être reproduit (ce qui fait bien trois décès pour deux naissances) ; le deuxième enfant n’est en quelque sorte que le remplaçant du premier. Sauvez celui-ci de la mort, vous empêcherez l’autre de naître; la population n’y aura rien ü’as’né.
Il faut donc nous attacher surtout à relever la natalité française. C’est de son insuffisance seule que vient notre faiblesse ; c’est seulement de son relèvement à un niveau normal que dépend notre salut.
Ceci nous explique l’erreur si répandue qui consiste à croire que la dépopulation atteint tous les pays.
Ceux qui daignent appuyer celte erreur sur quelques chiffres remarquent que la natalité (sur 1.000 habitants combien de naissances) diminue partout.
Mais ils oublient d’ajouter que la mortalité diminue d’autant. Elle diminue même un peu plus vite, en sorte
1. Ainsi, en 1906 : Gers, 3.503 naissances 4.797 décès; Lot, 3.544 naissances, 5.155 décès, etc.
que (voir p . 3 et p. 310) le taux d’accroissement de la population n a jamais été si élevé qu’à notre époque (partout excepté en France).
Nous résumerons ce chapitre ainsi :
Dans tous les pays, excepté en France,
Sous l’influence des progrès de la civilisation (suppression des disettes, etc.), la mortalité a baissé depuis un demi-siècle.
Cet abaissement de la mortalité s’est accompagné d’un abaissement de la natalité (qui en a été la conséquence, car nous avons vu que l’un ne va pas sans l’autre).
Il en résulte que l’accroissement de la population ne s’est arrêté nulle part, bien au contraire (excepté en h rance qui seule fait une lamentable exception).
D ailleurs, le nombre absolu des naissances va partout en grandissant rapidement (tandis qu’il diminue en France).
tout compte fait, l’accroissement de la population n’a jamais été aussi rapide qu’à notre époque (excepté en France où il est nul).
Pourtant la mortalité française, nous l’avons vu, est modérée ; elle est plus faible que celle des pays de sa latitude.
C’est donc uniquement au défaut de naissances qu’est due la dépopulation delà France.
Nous allons rechercher les causes de cette rareté des naissances.