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L ABAISSEMENT DE LA NATALITÉ EST-IL DU A DES CAUSES D ORDRE MÉDICAL

De la fréquence de la stérilité absolue en France et à l'Étranger.

On a émis quelquefois la pensée que le défaut de naissances en France n’était peut-être pas dû entièrement à la

volonté, mais qu’il pouvait être attribué, au moins en partie, à des causes d’ordre physiologique ou pathologique. Nous devons examiner ce qu’il peut y avoir de vrai dans celte opinion.

Si basses que soient les mœurs familiales actuelles, on peut affirmer que la stérilité complète n’est à peu près jamais volontaire dans les ménages légitimes. Il y en a beaucoup qui ne souhaitent que un ou deux enfants, mais il n’y en a guère qui n'en veuillent point du tout.

« D’autre part un ménage qui a eu un enfant peut, dans la grande majorité des cas, en avoir d’autres. Presque toujours, s’il ne les a pas c’est qu’il ne veut pas les avoir. » (Rapport des professeurs Pinard et Cli. Richet.)

Donc si nous démontrons que la stérilité absolue n’est pas plus fréquente en France qu’ailleurs, il s’ensuivra que les familles françaises sont à peu près dans les mêmes conditions physiologiques que les familles des autres nationalités. Or, cela rendrait bien invraisemblable l’opinion que l’infécondité relative est organique et non volontaire; « car alors il faudrait admeltreyeci, qui est vraiment absurde, que les familles françaises ne sont différentes organiquement des familles d’autres nationalités que pour les naissances de beaucoup d’enfants, mais qu’elles ne sont pas plus stériles que les autres, dès qu’il s’agit de stérilité véritable » (Professeurs Pinard et Richet).

Établissons tout d’abord que la stérilité absolue, involontaire, n’a pas augmenté en France, quoique la natalité ait considérablement diminué. Ce que montrent les chiffres suivants :

France, moins la Seine, l’Alsace-Loruaine et les Deux Savoies. — Sur 100 familles, époux mariés, combien sont sans enfants vivants au jour du recensement :

Ainsi, en quarante ans, tandis que la natalité s’abaissait de 26 à 22, la stérilité n’augmentait pas ; elle n’est pas un facteur de la dépopulation delà France1.

Ce chiffre de 17,1 ménages sans enfants sur 100 ménages, ne représente pas réellement le nombre des ménages stériles, puisqu’il comprend les ménages dans lesquels tous les enfants sont morts (et par conséquent ces ménages n’étaient pas stériles) et aussi les ménages trop récents pour qu’il y ait eu des enfants, de sorte que le chiffre 17,1 est un maximum, et un maximum fort supérieur au chiffre vrai .

Ce chiffre doit-il être considéré comme supérieur à celui qu’on observe dans les pays étrangers ?

La question est discutée depuis longtemps déjà. Le D1' Jules Rochard, dans une discussion à l’Académie de médecine en 1895, donnait, surtout d’après des médecins allemands, une proportion de 16 p. 100 de ménages stériles, mais sans preuves à l’appui. Kisch [Causes et traitement de la stérilité chez la femme , traduction française, Paris, Steinheil, 1888) fournit d’assez nombreux documents, qui sont approximatifs, mais qui ne s’éloignent pas sans doute beaucoup de la réalité :

Combien de ménages stériles.

Nombre

Nombrt

î Sur

Époux.

de ménages.

Auteurs.

absolu.

100 ménages

Princiers et royaux .

Kisch. . .

Anglais .

Simpson .

il>7

Ecossais .

Duncan. .

Divers ....

Ansell . .

Totaux. . . .

1. Pour rendre ces deux chiffres comparables, nous avons dû exclure du calcul, oulre l’Alsace-Lorraine. les deux Savoies, puisqu’elles ne faisaient pas partie de la France en 1856, et aussi le départemenl de a Seine, pour lequel la statistique des familles sans enfants n’a pas etc faite en 1856. Si nous considérons, au contraire, pour 1896 la r rance entière, y compris les deux Savoies et le département de la Seine, nous trouvons que, sur 100 ménages, il y en a 17,1 sans

Il ne faut considérer de pareils documents que comme très approximatifs; car un médecin, si occupé qu'il soit, ne peut jamais faire qu’un nombre assez restreint d’observations, et ce sont des cas forcément un peu exceptionnels qu'il rapporte, \ iciés par une cause quelconque qui lui a fait voir tantôt plus, tantôt moins de ménages stériles qu'il n’y a dans la moyenne réelle des choses.

Il vaut donc mieux chercher la vérité dans les statistiques générales comportant de grands chiffres.

Le recensement de 1896 nous donne des documents plus précis sur la proportion de ménages stériles en France.

Nombre

Nombre

Sur 1.000 ménages,

Durée

de ménages

de ménages

combien

du mariage.

recensés.

sans enfaDts.

sans enfants.

De 0 à 2 ans.

De 3 à 4 —

De o a 9 —

De 10 à 14 —

De 13 à 19 —

De 20 à 24 —

De 25 à 49 —

De 30 à 60 —

Durée inconnue.

Ce tableau est d’une grande importance. Il nous montre d’abord que le nombre proportionnel des ménages sans enfants va en diminuant, à mesure que la durée du mariage est plus longue. Contrairement à ce qu’on serait tenté de croire à première vue, le fait de n avoir point d enfants pendant quatre ans, voire même pendant dix ans ou quatorze ans, ne prouve pas qu’il n’y en aura pas plus tard. De quatorze à vingt-quatre ans, la proportion reste à peu près la même : c’est celle des ménages définitivement stériles. Elle est de il, 5 p. 100. 11 est vrai que ce chiffre n’indique pas la stérilité absolue, mais l’absence d’enfants vivants. Car le recensement ne tient pas compte des enfants qui sont morts (Professeurs Pinard et Richet).

On en tient compte dans la statistique de Berlin, et mieux encore dans celle de Rio de Janeiro.

Ce qui m’a permis d’établir le tableau suivant :

Sur 100 familles ayant duré de 15 à 25 ans :

Paris. . . .

Berlin . . .

Rio-Janeiro.

Ont eu des enfants Sont sans enfant

N'ont jamais

et les ont

vivant au jour

eu d’enfants.

tous perdus.

du recensement

On en peut conclure sans trop d’audace que la proportion des familles n’ayant jamais eu d’enfant quoique ayant duré de quinze à vingt-cinq ans est à peu près la suivante :

Paris . 13,3

Berlin . . 12,8

Rio-Janeiro . 11,3

La différence n’est donc pas considérable; elle est en notre défaveur assurément, mais on peut l’expliquer, en admettant, ce qui est vraisemblable, que d’assez nombreux ménages, n’ayant eu (volontairement) dans les quinze premières années de mariage que un ou deux enfants, les ont perdus, sans pouvoir, ou même vouloir les remplacer par d’autres venus plus tard. De sorte que le nombre de familles a}rant eu une progéniture et l’ayant entièrement perdue, — nombre que nous avons, d’après la ville de Rio-Janeiro, évalué à 2 p. 100, — est probablement plus considérable à Paris qu’à Rio- Janeiro.

En chiffres ronds, on peut dire que la proportion des ménages stériles varie de 10 à 13 p. 100 (chiffres qui se rapprochent assez de ceux que les gynécologistes avaient trouvés au moyen de documents plus imparfaits).

Par conséquent la stérilité physiologique n’est pas plus fréquente en France qu’ailleurs, et ce n’est pas là la cause de notre plus faible natalité.

Fréquence de la stérilité absolue dans ses rapports avec l’âge des femmes au mariage.

M. Kiær, de Christiania, dans sa belle étude, Die Fruchtbarkeit der Ehen, a montré les conséquences physiologiques de l’âge tardif au mariage des femmes. Nous ne nous attarderons pas à cette démonstration un peu étrangère à notre sujet. Nous nous bornerons à citer le diagramme que nous avons construit d’après le dénombrement de la ville de Berlin. On y voit que sur 100 femmes mariées de vingt à vingt-cinq ans, il y en a à peine 9 (exactement 8,7 qui soient restées sans enfant après dix ou quinze ans de mariage. Tandis que sur 100 femmes mariées de trente à trente-cinq ans, il y en aura 26 (exactement 25,8) qui seront sans enfant au bout de cette même durée de mariage.

Les mêmes règles se retrouvent à tous les âges et pour toutes les durées de mariage.

Il en résulte cette règle : plus les organes féminins sont restés longtemps sans usage, plus il est fréquent qu’ils cessent d’être féconds. On remarquera l’extrême régularité des courbes de notre diagramme. Elle montre la constance et la régularité de la règle que nous venons de formuler.

Cette règle a été également démontrée par des documents australiens. Elle est conforme à une loi générale de biologie qui condamne à l’atrophie les organes sans usage.

Elle ne contribue d’ailleurs en rien à expliquer l’extraordinaire faiblesse de la natalité française. En effet, elle s’applique à la stérilité absolue, et nous venons de voir qu’elle ne paraît pas plus fréquente en France qu’à l’étranger. D’ailleurs les femmes ne se marient pas plus tard en France que dans les autres pays.

De la débilité des enfants, plus grande dans les classes aisées que dans les classes pauvres.

Nous allons citer certains faits qui seraient de nature, si on en exagérait l’importance, à atténuer un peu les conclusions qui précèdent.

Nous établissons plus loin (page 102) ce fait connu que la natalité à l’étranger, comme en France, diminue avec l’aisance. Nous n’hésitons pas à affirmer que cette différence est due à la volonté.

Et pourtant nous avons établi aussi ;

1° Que la mortinatalité est plus faible dans les classes pauvres que dans les classes aisées. Il est vrai qu’elle est très faible dans les classes riches (et il est vrai aussi que ces différences se sont atténuées à Paris).

2° Que la débilité infantile est plus fréquente dans les classes aisées que dans les classes pauvres.

La débilité infantile est caractérisée par la maigreur excessive du nouveau-né, l’insuffisance extrême de son poids, la gracilité de sa voix, etc... Cette cause de mort est donc entièrement différente de la diarrhée infantile, qui, bien au contraire, est incomparablement plus répandue chez les pauvres que chez les aisés ou chez les riches.

Ainsi, les pauvres ont moins de mort-nés et moins de débiles que les femmes aisées. Autrement dit, si misérable que soit le sort de la malheureuse ouvrière forcée de travailler jusqu’au dernier jour de sa grossesse, la situation de l’enfant qu’elle porte dans son sein est moins précaire que celle de l’enfant d’une bourgeoise.

J avais observé ces laits à Paris, à Berlin, à Vienne. M. Verrijn Stuart, directeur de la statistique des Pays-Bas, les a confirmés par une méthode plus directe. Nous avons admis, lui et moi, qu’ils s’expliquent peut-être par l’éducation trop sédentaire que reçoivent les filles de la bourgeoisie.

De la débilité des enfants issus de femmes surmenées.

Si remarquables que soient ces chiffres, ils ne doivent pas faire oublier que 1 extrême misère et nue le surmenaere sont cause cl interruption de la grossesse et de débilité de 1 enfant. C est ce que m'a montré notamment l'histoire statistique du siège de Paris. La mortinatalilé s'est élevée beaucoup (103 mort-nés pour 1 .000 naissances) à la fin du siège de Paris, puis elle est revenue à son chiffre moyen (72) ; mais neuf mois après 1 époque où elle s’était ainsi élevée, elle a recommencé agrandir (100), montrant ainsique la misère du siège non seulement avait tué le foetus déjà développé, mais encore avait glissé un germe de mort dans les enfants conçus pendant cette période néfaste. (Ann. statist. de Paris, 1894.)

Que le surmenage soit cause de la débilité de l’enfant, c est ce qu a établi le D‘ Bachimont, de Tourcoing’, élève du professeur Pinard : nous nous bornerons à relater ses principaux chiffres, calculés d’après 3.70G observations :

Poids moyens [en grammes] au jour de la naissance d'enfants dont les mères étaient dans les conditions ci-dessous :

Femmes ayant travaillé debout jus-

Primipares.

Pluripares.

qu’à la fin de la grossesse. . . .

Ouvrières en filature ayant travaillé debout jusqu’à la fin de la gros-

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