‹ La dépopulation de la FranceChapitre 60 sur 158 · PROPAGANDE FAITE · texte numérisé non relu

PROPAGANDE FAITE

Regard rétrospectif.

La pensée sacrilège de créer une propagande populaire pour répandre les pratiques néo-malthusiennes n’est pas née en France, mais en Angleterre, ensuite dans les Pays-Bas, puis en Allemagne. La France n’a fait qu'imiter ces trois pays.

Sans doute, on a vu en France, sous Louis -Philippe, des préfets conseiller à leurs administrés de limiter le nombre de leurs enfants (Allier, en 1838, Somme en 18422, etc.,) C’était à l’époque où la statistique démographique n'existait pas, et où certains économistes, faute des lumières de cette science, se laissaient égarer par la fausse doctrine de Malthus.

1. Les pages qui suivent étaient écrites, mais non publiées, lorsqu'à paru l'excellent petit volume de M«“> Leroy-AUais : Une campagne criminelle (1909), recueil d’observations faites de visu par une femme, de cœur. Son livre, très documenté, confirme et complète cette 4° partie.

2. Hans le même ordre d'idées, le Conseil municipal de Versailles, en 1852, créant un prix de tempérance de 1.000 francs, prescrivait de tenir compte des autres qualités domestiques du lauréat et notamment du nombre modéré de ses enfants.

On peut rappeler aussi qu’en 1851, sur le rapport de l’illustre Villemain. l’Académie française décernait un prix Montyon de 3.000 francs à un auteur qui développait cette pensée : « Heureux le pays où la sagesse publique et privée se réunissent pour empêcher que la population ne s’accroisse trop vite. »

Hâtons-nous d'ajouter que l'Académie française actuelle vient de se prononcer tout autrement. Elle a décerné des prix, vers décembre 1907, à deux familles nombreuses en les déclarant « saintes et héroïques » et en ajoutant : « Nous n'honorerons jamais assez les obscurs sacrifices dont leurs vies sont faites. »

Mais ces prélets s en tenaient à des principes généraux. On pouvait croire qu’ils recommandaient, comme Malthus luimème, le moral restraint , et non pas les pratiques ignobles dont nous allons avoir à nous occuper. Malgré cela, ces circulaires sont restées célèbres en raison même des protestations qu’elles ont soulevées à leur époque.

Ligues de propagande créées à 4 étranger.

Feu le Dr C. R. Drysdale, de Londres, fonda, en 1887, tlie malthusian League , qui ne méritait pas ce titre, car il déclarait vouloir « user des progrès de la science pour assurer à tous les jouissances de l’amour ». Cette ligue fut ciéée a 1 époque où le député Charles Bradlaugh se déclaîait bi u\ animent <c athée et néo-malthusien » en compagnie de Miss Annie Besant avec laquelle il annonçait hautement vivre à l’état d’union libre (au grand scandale des Anglais, car chez eux pareille chose ne s’avoue pas).

Al i ss Annie Besant, après la mort de Ch. Bradlaugh, a abjure 1 athéisme; elle s est faite théosophe, et elle est même actuellement « chief » (c’est-à-dire directrice) de cette religion néo-bouddhique.

Il y avait longtemps que le Dr Drysdale professait le néomalthusianisme et recrutait des disciples en Angleterre. Dès 1854 avait paru sur ce sujet un livre qui n’a pas eu moins de 32 éditions. Il est intitulé : « Éléments de science sociale., ou Religion physique, sociale et naturelle. Exposé sur la véritable cause, et sur le remède des trois principaux maux de la société : La Pauvreté, la Prostitution et le Célibat, par un étudiant en médecine. » L’anonymat de l’auteur n’a été dévoilé qu’après sa mort (en 1905). C’était un frère du fondateur de la Malthusian League. Cette ligue possède un journal, The Malthusian, créé en 1879 ; il continue à paraître régulièrement; son sous-titre est Une croisade contre la pauvreté.

Dans les Pays-Bas, existe depuis 1885 la ligue néomalthusienne (en hollandais : De Nieuw-Malthusiaansche Bond ) dont le but est ainsi défini par l'article 3 des statuts :

« a) La diffusion des connaissances relatives à la loi de la population, de ses conséquences et de son influence sur les mœurs et habitudes des hommes.

b) La diffusion des connaissances concernant les moyens légaux à l'aide desquels chacun peut empêcher les naissances trop nombreuses, dans le cas ou l’arrivée d'un enfant diminue les chances de bonheur pour les familles et même leur ôte toute possibilité d’une vie digne de l'humanité».

La ligue s’efforce d’atteindre ce but :

a) Par la publication et la diffusion d’écrits populaires gratuits ou à fort bon marché.

b) L'organisation de conféiences.

c) Et tous les arrangements possibles pour que des personnes compétentes puissent enseigner aux gens avant peu de ressources, les moyens dont il est question ci-dessus (art. 3, b).

Cette ligue se réclame notamment du nom de feu N. G. Pierson, ancien ministre des Finances des Pays-Bas, et auteur d’un traité d’économie publique dans lequel il dit : « On ne peut s’attendre à aucune amélioration véritable des conditions économiques si le nombre des naissances ne diminue pas considérablement. » Elle a été « sanctionnée comme personne civile » par décret royal du 30 janvier 1895. La ligne néo-malthusienne néerlandaise ne préconise que les « moyens légaux », c’est-à-dire qu’elle n’en est pas encore arrivée à faire l’éloge de l’avortement. Elle a publié notamment une petite brochure de 10 pages où sont décrites avec précision les sales pratiques qu’elle recommande.

Elle publie un journal intitulé het glukkig hitisgezin ( la famille heureuse ) au prix de 1 fr. 50 par an.

En Allemagne, le néo-malthusianisme a recruté ses adeptes plutôt dans le Wurtemberg, patrie de l’économiste malthusien, feule professeur Rümelin. Ils ont constitué en 1889, une ligue appelée Das Soz ial Harmonische Verein, dont le journal s’appelle Die Sozial Harmonie. Son influence ne s'est pas manifestée jusqu’à présent.

C’est seulement après ces sociétés qu’a été fondée en France la Ligue de la régénération humaine qui paraît être la plus active de toutes ces œuvres néfastes. Nous v revenons plus loin.

Mais achevons l’enumération des sociétés similaires créées à l’étranger :

A Barcelone fut créée, en juillet 1904, la Liga de la Regeneracion humana , copie exacte de celle de Paris. Elle publie un journal mensuel intitulé Salud y fuerza.

A Cuba fut créée une Ligue du même genre.

Enfin, à Chicago, parait un journal malthusien bimensuel, intitulé Lucifer [the light bearer) qui vient, en dépit de la liberté de la presse aux Etats-Unis, de recevoir un cheâtiment exemplaire (voir plus loin p. 239).

Ligue de la régénération humaine.

C’est le 30 août 1896 (trois mois après la fondation de l'Alliance nationale pour l’accroissement de la population française ) que fut créée à Paris la Ligue de la régénération humaine. Ce nom prétentieux cachait une ligue néo-malthusienne.

Voici le passage le plus important de ses statuts :

Motifs. — « Négligeant toute condition imposée aux satisfactions sexuelles par les lois et les coutumes des divers pays, nous posons en principe :

« Que l'utilité de la création d’un nouvel humain est une question très complexe, contenant des considérations de temps, de lieux, de personnes, d’institutions publiques ;

<> Qu autant il est désirable, aux points de vue familial et social, d’avoir un nombre suffisant d’adultes sains de corps, forts, intelligents, adroits, bons,

« Autant il 1 est peu de faire naître un grand nombre d’enfants dégénérés, destinés, la plupart à mourir prématurément, tous à souffrir beaucoup eux-mêmes, à imposer des souffrances à leur entourage familial, à leur groupe social, à peser lourdement sur les ressources toujours insuffisantes des assistances publiques et de la charité privée, aux dépens d’enfants de meilleure qualité.

« Nous considérons comme une grande faute familiale et sociale de mettre au monde des enfants dont la subsistance et 1 éducation ne seront pas suffisamment assurées dans le milieu où ils naissent actuellement.

. " (^ ous ne contestons pas, de certaines réformes et améliorations permettront à la terre de nourrir plus tard un grand nombre d habitants ; mais nous affirmons qu’il est indispensable, avant de vouloir augmenter le nombre des naissances, d'attendre que ces réformes aient été exécutées et aient produit leur effet, et que du reste, la préoccupation de la qualité devra toujours précéder celle de la quantité).

Moyens d action. — « 1° Distribution, prêt, vente de feuillets brochures et livres.

« 2° Causeries familiales, conférences.

« 3° Consultations données par des praticiens dont les adresses seront fournies aux personnes intéressées. »

Le créateur de cette Ligue est M. Paul Robin, ancien Directeur de 1 orphelinat de Cempuis, emploi dont il fut révoqué par M. Poubelle, préfet de la Seine, pour divers motifs graves sur lesquels nous pensons qu’il vaut mieux ne pas insister.

^ Il appela cette ligue Régénération humaine parce qu'il s’imagine que, lorsque les naissances sont peu nombreuses, les enfants sont « sains de corps, forts, intelligents, adroits, bons. La préoccupation de la qualité doit toujours précéder celle de la quantité ». Il n’a d’ailleurs jamais dit sut quoi se fonde cette opinion paradoxale.

Son but n’est donc pas de supprimer la France, comme on pourrait le croire, mais de la « régénérer ».

Il dit volontiers que la France pourrait se contenter de

quinze millions d’habitants et même moins encore, pourvu qu’ils soient « sains de corps, forts, intelligents, etc... » Aussi le sous-titre de la société a-t-il été : « Bonne naissance. Education intégrale ». Ce sous-titre a été, par la suite, supprimé.

M. Robin reçut assez vite l’adhésion de deux députés, d’un ancien sénateur, M. Naquet (dont l’opinion paraît s’être amendée), de quelques journalistes et de quelques autres personnages notables.

Quoique le néo-malthusianisme fut pratiqué depuis Iontemps dans toutes les parties de la France, on fut d'abord choqué de le voir érigé en doctrine et en enseignement ; les discours de M. Paul Robin furent donc, dans les premiers temps, très mal reçus par tous les partis, y compris le parti socialiste.

L’impunité systématique que, d’abord, il n’osait pas espérer, contribua à faire considérer comme acceptables les doctrines que tout d’abord on avait repoussées comme inavouables. Sa propagande s’est affirmée sans cesse plus puissante et plus efficace. Telle est, très résumée, la triste histoire dont nous allons retracer les principaux faits.

Un des premiers actes de la Ligue de la Régénération humaine , fondée le 30 août 1896, fut de répondre à un article que j’avais publié dans Y Éclair sur la dépopulation de la France. L’ Éclair voulut bien insérer plusieurs réponses de M. Paul Robin jusqu’au moment où celuici, se répétant, devint trop fastidieux pour les lecteurs. Cette polémique fut reproduite par un grand nombre de journaux qui s’élevèrent avec violence contre M. Robin ; Le Temps et le Gaulois insinuèrent que les tribunaux devraient le poursuivre ; des poursuites furent réclamées en termes formels par le Journal, l'Écho de Paris, le Peuple Français (12 janvier 1897) le Figaro (13 janvier), le G il Blas (16 janvier), etc... La Libre Parole (14 janvier)

vit même, dans l’absence de poursuites, la preuve que M. Robin était pourvu de hautes protections, ce qui n’était, sans doute qu’une plaisanterie. Les poursuites réclamées par tant de journaux ne furent d’ailleurs jamais entreprises.

Il est très remarquable qu'à cette époque plusieurs journaux socialistes lui furent hostiles ; notamment la Lanterne, sous la signature de M. Maurice Allard, aujourd’hui député. Ainsi M. Robin se vit fermer tous les journaux et ne put insérer sa prose que dans la Voix des Communes, journal parfaitement inconnu qui se publiait à Yincennes.

Vers la même époque, les discours néo-malthusiens que M. Robin essayait de prononcer dans différents quartiers de Paris, soulevaient l’indignation et le dégoût général (salle de l’Harmonie, rue d’Angoulème, salle de la rue Drouot, etc...). On ne le laissait ordinairement pas achever.

L’année suivante, il fit paraître un journal autographié, intitulé Régénération ; puis il partit pour la Nouvelle- Zélande, espérant trouver aux Antipodes la société quelque peu anarchiste qu’il rêvait. 11 eut vite fait de voir que les lois économiques se vérifient à l’autre extrémité du monde, comme dans notre vieille Europe et il ne tarda pas à revenir. Son voyage lui a laissé de mauvais souvenirs dont je ne connais pas le détail. 11 s’est plaint qu’en Nouvelle- Zélande on n’ait pas goûté les doctrines de la « Régénération » quoique celle-ci dût « supprimer la maladie! ». Les médecins, intéressés à voir celle-ci désoler l’humanité, et « les piétistes », ont déterminé le pouvoir « à réprimer férocement l’émancipation sexuelle, donc à créer et développer l’abrutissement et la misère ». d’elles sont les rêveries qui hantent ce cerveau malade.

La ligue de la Régénération humaine fut « reformée » en septembre 1900. Déjà le journal La Régénération avait reparu en avril 1900 grâce à « deux souscriptions impor-

tantes » et avait pris dès lors l’allure qu elle a conservée depuis. Ce journal n’offre à peu près aucun intérêt. Il ne contient presque pas de documents et se borne à répéter toujours la même chose. Il est d’ailleurs rédigé en langage volontairement trivial et très souvent injurieux. Il n’a pas la tenue du Malthusian anglais.

Ce n est pas d ailleurs un journal pornographique au sens propre du mot. Il ne cherche pas la grivoiserie ni les mots à double entente. Ses paroles n'ont qu’un seul sens, très net : c’est très clairement qu’il cherche à supprimer la morale traditionnelle pour y substituer la sienne, qui est monstrueuse.

b ne partie au moins des collaborateurs de M. Robin sont des anarchistes ou des malfaiteurs avérés ; nous en prenons à témoin les déclarations de la Régénération elle-même, qui se plaint d avoir eu afîaire au début à « des escrocs, à des voleurs et à des arrivistes ». Plus tard, l’un des « régénérateurs », \ allina, a été impliqué dans l’attentat dirigé rue de Rivoli contre le Président de la République et le Roi d Espagne ; un autre, Mateo Moral, était l'auteur avoué de 1 attentat dirigé à Madrid contre le même souverain. INI. Sébastien Faure, l'un des principaux orateurs du groupe, professe des doctrines anarchistes ; Liard-Courtois, un autre régénérateur, se donne le titre de « ex-forçat » sur les affiches qui annoncent ses conférences.

Les tendances anarchistes se retrouvent presque à toutes les pages de Régénération. Elle se déclare à tout moment anti-militariste et anti-patriote.

Les principaux moyens de propagande employés par la Ligue, sont très variés et souvent ingénieux. Les voici :

1° Des brochures.

2° Des sections de la Ligue.

1. On a pensé quelles venaient d’un pays ennemi de la France. Rien n’est plus logique que cette supposition, mais elle n’est pas prouvée.

3° Des conférences familières.

— démonstratives.

— contradictoires.

De grandes conférences.

4° Des articles de journaux.

5° Des feuillets pour distribution.

6° Des étiquettes.

7° Des cartes postales.

8° Une image d’Epinal.

9° Des lettres à domicile.

10° Des cours à de jeunes ouvrières.

11° Des livres.

12° Des fêtes.

13° Une Agence pour unions libres.

14° Le commerce d’objets anti-conceptionnels.

13° Propagande faite par les camelots.

16° Un Congrès international.

Chacun des termes de cette liste mérite explication :

1° Quatorze petites brochures dont chacune ne coûte, le plus souvent, que 0 fr. 10 (les plus chères 0,7b). Elles sont très peu intéressantes et répètent toutes les mêmes choses. La principale est la traduction de la brochure hollandaise sur les moyens à employer pour éviter que l’amour soit fécond.

2° La création de sections de la Ligue de la Régénération dans un grand nombre de villes françaises. Au siège de chaque section, on trouve les petites brochures dont il vient d’être parlé ; mais surtout on peut y acheter le matériel « anti-conccptionnel ». On y trouve aussi un individu, souvent une femme, chargé d’indiquer la façon de s’en servir et de donner des « conseils ». Souvent, le sièû'e de ces sections est chez un herboriste ou chez un pharmacien, dont le commerce se trouve ainsi activé. On se demande même avec inquiétude si les « conseils » se bornent à prévenir la grossesse. Nous avons compté vingt-six de ces

sections en 1908. Mais notre liste est probablement incomplète.

3 Des conférences faites sur tous les points de la France (et quelquefois au dehors, mais souvent celles-ci ont été interdites par la police). La police française, au contraire, n a jamais rien dit, rien tenté pour interdire cet ignoble enseignement : Mieux que cela : Le maire de Tourcoingavant demandé en 1903, au Préfet de Lille, l'autorisation d interdire une conférence organisée pour engager les ouvriers à limiter leur famille, le haut fonctionnaire de la République fit la sourde oreille et la conférence eut lieu.

Ces conférences furent très nombreuses. J’en ai compté 133 jusqu au début de 1908, et très probablement je ne les ai pas toutes connues. Il y en a de plusieurs sortes : ce sont des causeries, ou des conférences familières. Il y a aussi des conférences « démonstratives » avec dessins représentant les organes génitaux des deux sexes, et la façon d’utiliser les appareils anti-conceptionnels.

Il y a aussi les conférences publiques (le plus souvent contradictoires). Des tournées de conférences ont été faites à plusieurs reprises en province, notamment parM. Sébastien Faure qui met un remarquable talent de parole au service des causes les plus ruineuses pour la société. MUe Nelly Roussel possède un talent plus remarquable encore et, par conséquent, plus malfaisant. Il faut citer aussi Mme Jeanne Dubois, et enfin M Paul Robin. Il n’est guère de ville quelque peu importante en France qui n’ait reçu une ou plusieurs fois la visite de l’un de ces singuliers prédicateurs.

Très souvent ces conférences ont lieu dans les Bourses du travail ou dans les Maisons du peuple ou dans des préaux d’école; souvent aussi dans des mairies, en un mot dans des salles qui ont été construites aux frais des contribuables.

M. le sénateur Piot s’est ému avec juste raison d’un pareil abus et Fa signalé au ministre de l’Intérieur.

Le 8 janvier 1903, M. Combes, président du Conseil, lui a répondu qu’il avait prié M. le préfet de la Seine de « refuser désormais l’usage des locaux communaux aux organisateurs de conférences de cette nature ». Le ministre paraissait ignorer que ce scandale s’était produit dans d’autres villes que celles de la banlieue.

A Paris même, les ordres du ministre et du préfet n’ont pas empêché M. Paul Robin de faire des conférences néomalthusiennes postérieurement à cette lettre, dans des préaux d’école. L'une d’elles eut lieu le 3 mai 1906 dans le préau de l’école de l’Avenue de la République, et l’autre le lendemain 4 mai dans le préau de l’école de la rue des Roulets. Peut-être y en eut-il d’autres encore.

Enfin les grandes conférences reçoivent une publicité exceptionnelle. Elles ont eu lieu, à peu près toutes, à Paris. De grandes affiches les annoncent. Elles sont présidées par un homme notable — député ou ancien député. La salle, qui est le plus souvent celle de l’hôtel des Sociétés savantes, est généralement pleine ; le public écoule sans conviction et répond (lorsque la conférence est contradictoire) par des réflexions qui veulent être spirituelles, et souvent par des coq-à-l’âne.

4° Articles de journaux. Les grands journaux ont presque toujours refusé d’insérer les articles néo-malt husiens. « Les chefs socialistes, voire anarchistes, nous sont franchement hostiles » disait Paul Robin en 1903.

Mais les articles de la Régénération ont été assez souvent reproduits ou commentés, quelquefois critiqués, par un certain nombre de journaux sans lecteurs qui pullulent en province. Cette propagande qui passe inaperçue a pourtant pu être très nuisible. Tous ces journaux, ou presque tous, sont socialistes et révolutionnaires, et la plupart appartiennent à des Syndicats ouvriers. Voici le titre de quelques-uns d’entre eux :

La Voix du Peuple. — Le Travailleur socialiste. — La Pensée

libre. — Le Réveil de l’esclave. — Le Jura socialiste. — Le Réveil syndical de Lens. (Ce journal a été signalé à la Tribune de la Chambre des Députés par M. Georges Berger, le 4 novembre 1908. — La réponse du Ministre n’a pas donné satisfaction à 1 interpellateur.) — L Ouvrier syndiqué de Marseille. — L'Ouvrier teinturier. — L Ouvrier de l'Est. — L'Idée socialiste de Lyon. — Le Combat. — Les Temps Nouveaux. — L'Ouvrier des Ports de Marseille. — L Action syndicale. — Le Parti socialiste. — Le Travailleur syndiqué. — - L Ouvrier forgeron. — L'Ouvrier des cuirs et peaux. — L Ouvrier teinturier apprêteur. ■ — Etc., etc. — - Le Libertaire (anarchiste) a toujours été néo-malthusien.

Parmi les grands journaux de Paris, il n'est guère que 1 Humanité qui ait accepté assez souvent des articles néomalthusiens ; plusieurs fois elle a publié le sommaire de Régénération. Lesautres grands journaux veulent ignorer cette funeste revue. Presque tous ont publié des articles où ils manifestent l'effroi que leur cause l'abaissement de la natalité.

5° Des feuillets pour distribution. Il y en a trois : Aux femmes. — Aux gens mariés. — Aux propagandistes.

6° Les Etiquettes. Ce sont de toutes petites affiches gommées, dites papillons, que les propagandistes sont invités à collersecrètement dans tout endroit public. Elles ne contiennent que quelques mots. Elles ont été inaugurées en 1905.

J’en possède la collection complète. Toutes se terminent par ce refrain : « Ajmns peu d’enfants ». En voici une :

Dieu (?) bénit les nombreuses familles mais ne les nourrit pas Ayons peu d’enfants

qui a été employée, puis décollée par un passant1 qu’elle indignait ajuste titre, et qui nous l’a envoyée.

1. « Dieu n'a pas à nourrir les familles nombreuses, m’écrivaU-il en même temps. Elles se nourrissent elles-mêmes! » Cet homme courageux a le droit de parler ainsi. C’est le chef de la belle famille dont on trouvera l’histoire page 330.

Une ligue anti-alcoolique ayant usé de ce moyen de propagande, fut poursuivie en justice par les marchands de vin dont elle gênait le commerce. Cette ligue voulait servir les intérêts de la patrie : elle en fut punie.

Les malthusiens veulent sa mort : personne n’a le droit de les entraver !

7° Des cartes postales illustrées. — Elles sont d’une remarquable niaiserie.

8° Image d'Epinal. — Même remarque.

9° Lettres à domicile. — Ce sont des lettres que l’on envoie dans un certain nombre de villes et notamment à Paris, aux couples dont les bans sont publiés. On leur donne le conseil d’avoir peu d’enfants, et on leur indique comment ils pourront s’initier à la technique coupable. Ce mode de propagande a été imaginé par la section de Lyon en juin 1904.

10° Cours à de jeunes ouvrières. — On recrute à la sortie des ateliers de jeunes ouvrières, on les répartit par groupes d’une douzaine environ pour leur faire des « cours pratiques et démonstratifs » d’amour libre et sans dançrer. autrement dit des cours de débauche. Il faut ajouter que les « démonstrations » ne se font que sur des gravures — jusqu’à présent...

11° Nous dirons peu de chose des livres, quoiqu’ils soient très nombreux déjà. 11 y a parmi eux des livres d’économie politique; des livres de technique anti-conceptionnelle ; des romans (extrêmement médiocres d’ailleurs).

12° Des Fêtes . — Ces fêtes n’ont d’autre but que de rendre plus alléchantes les conférences. Voici le programme de 1 une il elles. Elle a eu heu le 22 septembre 1907 : « Grande fête champêtre dans le parc de Saint-Cloud; déjeuner sur l’herbe ; causerie familière ; chants ; jeux divers , dîner aux lampions ». Très souvent, on y joint 1 enlèvement d un ballon affublé il un nom ridicule tel que Maternité consciente ou Grève des ventres, etc... Souvent

il y a feu d’artifice, etc... Des fêtes analogues ont eu lieu à Monlereau, à Roubaix, et sans cloute ailleurs. Ces fêtes donnent aux sociétaires l’occasion de se confirmer réciproquement dans leur immoralité et d’amener de nouveaux adeptes.

13° Agence pour unions libres. — Cette prodigieuse agence de proxénétisme a été imaginée en avril 1906. Il semble bien qu’elle n’existe pas encore. Mais on s’en est activement occupé. « On a suggéré sa fondation à une personne qui aurait le temps de s’en occuper sérieusement, très désintéressée, mais qui pourrait ainsi améliorer sa situation ou créer un modeste gagne-pain indépendant à quelqu’un qui s’y donnerait tout entier. Nous avons déjà reçu des lettres que nous avons classées et conserverons ; nous les réserverons à l'agent désiré. » ( Régénération , avril 1906).

liu Commerce d objets anti-conceptionnels. — Nous possédons le prospectus qui en donne la liste, avec l'indication du prix, etc... Ce commerce est généralisé dans toute la France par le moyen des sections , par les pharmaciens et herboristes affdiés à la Ligue et aussi par des institutions ouvrières. Ainsi à Brest, au cours d’une perquisition faite naguère à la Bourse du Travail, on découvrit des objets ayant pour but de fournir les moyens pratiques de faciliter la diminution des naissances, et, en pleine réunion publique, un des meneurs, ouvrier de l'Arsenal, n’hésita pas à affirmer que ces objets se vendaient dans la Bourse du Travail ( Journal des Débats , 2 juin 1906).

15° Propagande par les camelots. — Ce système, très bien combiné, est exposé, avec indignation, par M. Franc- Nohain (1909) dans Y Echo de Paris :

Les badauds font cercle autour d'un camelot; c’est l'heure de la sortie des ateliers, et il y a là quantité de jeunes ouvrières, qui regardent d'un œil amusé un jouet qui paraît ingénieux.

— « Vingt centimes, quatre sous, — c’est donné!... » Bien des jeunes mamans, bien des ouvrières se décident. Le jouet leur est remis, enveloppé dans un prospectus imprimé, où se détache tout d’abord cet appel :

Aux femmes!...

Et l’ouvrière lit, et la jeune maman; elle lit qu’il existe une œuvre de la Régénération humaine, qui s’offre à lui enseigner ses « conquêtes scientifiques », à savoir l’art de ne pas avoir d’enfants, sans se priver d’amour...

Voilà l'abominable et cynique propagande que le gouvernement tolère dans la rue, sans s’aviser qu’il y a là, pis qu'un défi à la morale et une insulte aux honnêtes gens : un véritable péril national.

16° Le Congrès de la Fédération universelle de la Régénération humaine s'est tenu à Liège le 17 et le 18 septembre 1905. Il n’offrit aucun intérêt particulier.

D’autres moyens de propagande ont été essayés, mais sans succès :

1° M. Paul Robin s’était flatté de recueillir l’appui de quelque personnalité scientifique. Il a pu glaner chez les auteurs anciens quelques phrases compromettantes et fâcheuses (quelquefois même aussi des théories plus complètes) mais l’appui d’un savant vivant lui aurait été plus précieux, lous ceux à qui il s est adressé l’ont éconduit (. Régénération , juillet 1904).

Il a aussi exposé ses doctrines devant différentes sociétés savantes; il a constamment été repoussé, quelquefois assez rudement. Il a avoué lui-même que « lorsqu'on s’occupe de la question de Population dans des milieux scientifiques, c’est le plus souvent dans un sens diamétralement opposé au nôtre » ( Régénération , novembre 1902).

2° La Ligue a envoyé une lettre à tous les Conseils généraux pour leur demander leur adhésion. Pas un seul n’a donné signe de vie.

•V' Les tentatives faites pour obtenir l’appui de la Francmaçonnerie, ont donné lieu à des incidents difficiles à con-

naître puisque la Franc-maçonnerie est une société secrète. On en trouve pourtant l’histoire dans un livre intitulé le Grand Orient parBidegain (pages 201 à 215).

La majorité du Con vent de 1900 avait décidé l’impression et la publication d’un discours de M. le Dr Meslier (aujourd hui député) discours favorable à la thèse néomalthusienne. Le Conseil de l'Ordre, le 12 novembre 1900, n approuva pas cette décision. Il semble bien que le seul ou le principal motif de cette détermination fut la crainte de « nuire à la maçonnerie ». Et ce qui le confirme, c’est que le Conseil de l'Ordre accorda des fonds à M. Meslier pour publier sa brochure à titre privé. M. Meslier accepta cette solution (( en maçon discipliné», mais renonça à publier la brochure en question.

La Régénération n’eut pas plus de succès auprès de la Revue Maçonnique qui la repoussa assez brutalement, ni auprès de Y Acacia qui déclara, en juillet 1904, « que c'était là une littérature de maison close que le Parquet ferait bien de poursuivre ».

On peut craindre que ces bonnes dispositions ne durent pas. Là comme ailleurs, la corruption fait son œuvre. En 1905, la loge maçonnique parisienne, les Trinitaires, a fait annoncer une conférence sur « l’intervention médicale pour éviter, abréger ou interrompre la grossesse ». Supposons (avec bienveillance, mais sans conviction), qu'il s’agit de l'intervention licite, justifiée parce que la vie de la mère est en danger. Ce sont choses dont on peut parler dans un cours d’obstétrique, mais non pas ailleurs.

Dans ces derniers temps, l’union a cessé de régner entre les funestes apôtres de Régénération. L’histoire détaillée de leurs querelles est peu intéressante. Il en est résulté la publication d’un nouvel organe intitulé Génération Consciente ; parmi ses rédacteurs se trouvent plusieurs députés.

Il fait exactement la même besogne que Régénération.

Par exemple, le numéro du 11 mai 1908 publie une

Bertillon. 15

convocation à une réunion de la section du XXe, « où le camarade H . fera une première leçon sur la physio¬

logie sexuelle et la prophylaxie anticonceptionnelle. Les -dames y sont spécialement invitées. »

Un autre journal, le Malthusien, lui fait concurrence.

Il convient d’ajouter que même parmi les anarchistes ou personnes professant des doctrines analogues, il en est qui repoussent le néo-malthusianisme. Elisée Reclus a traité leur doctrine de « grande mystification ». Bakounine, Krapotkine, etc..., les condamnent. Le compagnon Libertad, mort récemment, les réprouvait « au point de vue social ».

Si un nombre effrayant de syndicats ouvriers se sont laissé séduire par ces sophismes, d’autres les ont repoussés. A Versailles, la Bourse du travail a rayé de la liste de ses membres le Syndicat des coiffeurs pour avoir organisé une conférence de Mme Jeanne Dubois. M. Jules Guesde a flétri le néo-malthusianisme en termes formels à Roubaix (27 mars 1906). D'autres socialistes marquants n’ont pas été moins énergiques.

Exemple de propagande locale : Roubaix.

Pour résumer le mal qu’ont fait les membres de la Ligue de la régénération, le mieux nous parait être de résumer quelle a été leur action dans un des rares pays de France où la population prît naguère un développement suffisant, la ville de Roubaix.

Un cabaretier de cette ville a créé une «Ligue de la régénération humaine (néo-malthusienne) » qui donne, dans son estaminet, des fêtes et réunions périodiques. A chaque Assemblée, il est fait « un cours d’étude pratique sur les divers moyens d'éviter la consception « [sic). (Le cabaretier n’est pas très fort en orthographe.)

Ces cours, faits par le cabaretier lui-même, constituent un double crime contre la patrie, car ils se résument ainsi :

« Au lieu d avoir des enfants cju il faudra nourrir, venez dépenser votre argent à boire dans mon cabaret. » On v trouve d’ailleurs, au plus bas prix, tout le matériel « anliconseptionnel » (sic).

A 1 occasion de la « fête Noël néo-malthusienne », on a lancé un balon (sic) nommé Régénération humaine, avec feux d'artifices (sic).

La ligue se compose, parait-il, de deux cents membres, dont soixantes (sic) femmes environs (sic).

Qu'on ne croie pas inoffensives ces prédications immondes faites chez le marchand de vin et ces « cours d’études pratiques sur les divers moyens d’éviter la consception » (sic) A oici le résultat de ces « cours d'études pratiques » :

La ville de Roubaix a compté 3.837 naissances en 1897; c’est peut-être 1 année où elle en a eu le plus ; depuis cette époque, le nombre n’a cessé de décroître; il tombe à 2.368 en 1906. Voilà ce qu’ont produit neuf années de propagande immorale.

A Tourcoing, il y avait 2.443 naissances en 1898; il n’v en a plus que 1.673 en 1906.

A Lille, la décroissance est moins rapide, mais très sensible cependant.

Ces chiffres sont résumés par le tableau ci-dessous:

Nombre moyen des naissances en lin an pour 1.000 habitants :

Roubaix.

Tourcoing.

Lille

Or, il s’agit de la seule région de la France, avec la Bretagne, où la natalité fut quelque peu supérieure à la mortalité. Ces résultats déplorables, les Régénérateurs euxmêmes proclament qu'ils en sont les auteurs, et ils s’en réjouissent. « Ça marche ! disent-ils, ça marche ! »

La justice tolère tout cela. 11 paraît que la loi n’y peut rien.

Je parle de la justice et de la loi françaises, mais non pas de la loi belge! (qui d’ailleurs est identique à la nôtre). Notre cabaretier a voulu deux fois étendre ses opérations au delà de la frontière, qui est tout proche. Ce fut une grave imprudence : le commissaire de police belge le fit déguerpir dans la demi-heure.

Ceci mérite d’être précisé.

Si les autorités françaises se désintéressent de l’avenir du pays et regardent la patrie et la morale comme de vaines paroles qu’on peut publiquement bafouer, les autorités belges ne pensent pas de même. Le commissaire de police de Mouscron (Belgique) a empêché deux fois (le 12 février 1906 et le 28 avril 1907), la « Section roubaisienne de la Ligue universelle de régénération humaine » de faire, à la Maison du Peuple de Mouscron, une conférence démonstrative anti-co ne ep lionne lie .

Cette « démonstration » consiste dans l’exhibition de tableaux sur lesquels sont peints les organes génitaux de l’homme et de la femme, exhibition qui est accompagnée de toutes les explications développées dans les théories néomalthusiennes.

Le commissaire de police de Mouscron a interdit toutes ces belles choses, annonçant que s’il était passé outre à sa défense, il saisirait ces œuvres d’art et dresserait procèsverbal.

Il s’appuyait sur les articles suivants du Code pénal belge :

Art. 383. — Quiconque aura exposé, vendu ou distribué des chansons, pamphlets ou autres écrits imprimés ou non, des ligures ou images, contraires aux bonnes mœurs, sera condamné à un emprisonnement de huit jours à six mois et a une amende de vingt-six à cinq cent francs.

Art. 384. — Dans le cas prévu par l’article précédent, fauteur de l’écrit, de la figure ou de l’image, celui qui les aura

imprimés ou reproduits par un procédé artistique quelconque, sera puni d'un emprisonnement d'un mois à un an et d’une amende de cinquante à mille francs.

Voilà donc noire cabaretier réduit à opérer en France, où on le laisse faire.

Le 2 juin 1907, il a organisé une belle fête pour laquelle il a invité la population mouscronnaise à passer la frontière. Le soir, on a dû faire partir un ballon, bizarrement appelé « Grève de la maternité anli-piotiste ». Ce nom est un peu incohérent et contradictoire, mais non pas aussi incohérent que l’inexplicable indifférence de la justice et de l’administration françaises.

Un jugement du Tribunal de Lille a enfin vengé la morale outragée par le cabaretier-conférencier de Roubaix. Ce jugement a été obtenu grâce à trois pères de famille de Croix (Nord) inspirés probablement par quelques personnes capables de supporter les frais du procès. Ils ont été très habilement dirigés par un jeune avocat lillois,

Maurice Garni.

La plaidoirie très intéressante de M° Gand a été publiée sous ce titre: Contre une propagande immorale ; le nèomalthasianisme ; un jugement du Tribunal Civil de Lille (Lille 1907 L' Alliance nationale pour l'accroissement de la population française ne fut pas tout à fait étrangère au beau succès remporté par M° Gand, puisque son Bulletin fut honorablement cité et commenté au cours de la plaidoirie.

Nous avons vu que, en Belgique, la propagande néomalthusienne du cabaretier de Roubaix a été arrêtée net par le commissaire de police, au nom de la loi. En France, au contraire, l’autorité le laisse opérer à loisir.

Deux ouvriers et une dame veuve ont résolu de faire cesser ce scandale; ils se sont plaints d’avoir reçu à domicile un prospectus par lequel le cabaretier les invitait

à entendre « une conférence démonstrative », prospectus qu’ils jugeaient obscène en raison des saletés qui y étaient exprimées (en termes assez convenables, d’ailleurs).

Me Gand s’exprime ainsi :

« Notre intention première avait été de saisir de cette affaire le tribunal correctionnel. Mais le tribunal sait combien la jurisprudence interprète étroitement la loi de 1898 sur les publications obscènes. Aussi, malgré le caractère évident d’obscénité du prospectus incriminé, avons-nous préféré agir au civil « Sur quoi fondons-nous notre demande de dommages-intérêts? Sur deux moyens. Nous soutenons :

« 1° Que c’est adresser une injure gratuite un honnête homme que de lui envoyer un prospectus recommandant des procédés aussi immoraux, car c’est le supposer capable de recourir à ces honteuses pratiques.

« 2° Que c’est commettre une faute lourde que de distribuer ce prospectus dans une maison où il peut tomber sous les yeux d'enfants mineurs.

« C'est pourquoi nous réclamons une réparation pécuniaire ».

Ainsi, la loi correctionnelle ne permet pas, en France, de poursuivre de pareilles polissonneries, et c’est seulement par un détour que les plaignants ont pu. obtenir la condamnation d’un crime contre la patrie!

G est la h rance qui a été blessée et outragée, mais c’est là, aux veux de la loi, un détail insignifiant dont elle ne s occupe pas. Il faut, pour défendre notre nation contre de nouvelles injures, que quelques citoyens déclarent qu’ils ont été personnellement lésés. Ainsi, dans notre pays, un ciime publie n est rien, mais une ofïense personnelle, si indirecte qu elle soit, serait un fait plus grave et digne d'être réprimé... Quel non-sens!

Le Tribunal de Lille n’est fias responsable de cette absui dite. Il a rendu, dans l’espèce, un jugement très i emarquable analogue à celui du Tribunal de Paris, cité plus loin (p. 233).

Le cabaretier a été condamné à payer 100 francs à chacun des demandeurs.

Quoique beaucoup trop anodine, cette condamnation paraît avoir produit bon effet. Un correspondant digne de foi m’annonce que « la propagande néo-malthusienne, à Roubaix et dans les environs, paraît avoir cessé depuis le jugement obtenu contre le cabaretier G. Celui-ci, au lendemain de sa condamnation, s’était adressé à ses amis pour les prier de lui venir en aide. N'ayant trouvé aucun appui, il aurait cessé sa propagande ».

C'est le ministère public, puisqu’il s’agit d’un intérêt public, qui devrait intervenir. A ce malfaiteur, il faudrait opposer sérieusement une loi comme on l’a fait sans la moindre hésitation, à deux pas de là, en Belgique. La nouvelle loi contre l'outrage aux bonnes mœurs paraît en donner le moyen.

Propagande faite par d'autres néo-malthusiens.

La propagande coupable a été faite par d’autres encore que la Ligue de la Régénération humaine.

Il est regrettable d’avoir à mentionner ici la Chronique médicale, revue intéressante plus spécialement consacrée à l’étude des problèmes historiques qui relèvent des sciences médicales. Le Dr Cabanès, qui la dirige avec distinction, écrit (1er novembre 1904) qu’il serait instructif d’organiser un referendum sur les questions suivantes posées par le D1' Klotz-Forest : Admettez-vous ou rejetez-vous la prophylaxie anti-conce gtionnelle » ? Si vous l'admettez en principe, limitez-vous' son application aux cas médicaux , ou, au contraire , pensez-vous que des raisons sociales ou simplement individuelles peuvent la justifier ? Les lecteurs, généralement des médecins, ont diversement répondu. Les uns n'admettent cette prophylaxie (ensemble de mesures préventives employées pour éviter la grossesse) à aucun titre ; d’autres l’admettent dans certains

cas bien déterminés, d ordre médical; d’autres en font un droit absolu de l’individu.

Aucun médecin notable n a d’ailleurs jug’é à propos de prendre part à ce ref erendum (non plus qu’à un autre referendum relatif à l’avortement).

Il est encore plus fâcheux d’avoir à constater que M. Biieux a employé son superbe talent à écrire la pièce abominable intitulée Maternité (décembre 1903).

Le parquet a poursuivi, vers 1893, devant la Cour d’assises de la Seine, un ouvrage du Dr Brennus : Amour et Sécurité dont le titre indique suffisamment le contenu. Cet ouvrage a été acquitté par le jury pour les motifs les plus extraordinaires.

L’avocat du Dr Brennus, ou plutôt du prétendu médecin qui se cache sous ce pseudonyme, a lu au jury des traités de gynécologie dans lesquels on explique comment la grossesse peut être prévenue lorsqu’elle compromet la vie de la mère. « C’est de la science, cela, s’esl-il ensuite écrié ; mon client, le D" Brennus, a fait aussi de la science! » Et il a ainsi convaincu le jury. Il aurait pu, de même, justifier l’avortement artificiel, car les mêmes traites de gynécologie expliquent aussi comment il doit être pratiqué, lorsque la grossesse compromet la vie de la mère (bassin trop étroit, vomissements incoercibles, etc.). Mais il semble superflu de remarquer qu’un traité de gynécologie destiné à des médecins n’est en rien assimilable à Amour et Sécurité.

L acquittement de cette « œuvre scientifique » est un symptôme de la lâche mentalité de notre époque.

Le tribunal civil de la Seine eut occasion, peu de temps après, de réparer de son mieux l’erreur du jury.

L’éditeur d 'Amour et Sécurité profita de cet acquittement scandaleux pour redoubler de propagande, et il distribua largement, à titre de réclame, un certain nombre

de prospectus d’une obscénité très caractérisée. Plusieurs pères de famille assignèrent l’éditeur en dommages-intérêts, devant le tribunal civil, lequel, par un jugement fortement motivé, condamna l'éditeur à payer à chacun d’eux cinq cents francs à titre de dommages-intérêts.

Voici un extrait de ce jugement :

« Attendu qu'aucun doute ne saurait exister sur le caractère obscène du prospectus incriminé; que son envoi au demandeur constitue tout à la fois une injure faite au destinataire par l'offre qu’on le suppose capable d’accepter des œuvres de la basse obscénité, et un péril pour sa famille, exposée, par les précautions mêmes qu’a prises l'auteur de cette abominable propagande dans un but de méprisable cupidité, à lire cet indigne exposé des théories les plus contraires à la morale et des pratiques de la plus cynique dépravation; — qu’à supposer qu'il ne présente pas tous les éléments d’un délit relevant delà loi pénale et de la juridiction répressive, ce que le tribunal n’a pas actuellement à rechercher, il constitue tout au moins, et sans contestation possible, une faute lourde tombant sous l’application de l’article 1382 du Code Civil, et donnant à celui qui en souffre le droit d’obtenir de la justice civile la réparation du préjudice qui lui a été causé; que tout citoyen a le droit d'exiger que l’inviolabilité de son foyer domestique soit protégé contre l’envahissement de publications qui y pénètrent malgré sa volonté, l'offensant dans sa propre dignité, et exposant aux pires souillures, la moralité de ses enfants et des autres membres de sa famille; qu’en dehors de tout autre préjudice matériel, ce préjudice moral qui est, dans l’espèce, non seulement éventuel, mais actuel et direct, suffit amplement à justifier la demande dont le tribunal est saisi. »

Une poursuite, intentée à Béthune devant les tribunaux correctionnels, n’a guère eu plus de succès que n’en avait eu le procès intenté au D1' Brennus devant le jury de la Seine.

U Action Syndicale , journal de Lens, a été poursuivi devant le tribunal correctionnel de Béthune sous la prévention d’outrages aux bonnes mœurs pour avoir publié au cours du mois de février 1904, une série de moyens propres à prévenir la conception.

Celte publication était précédée de l’entrefilet suivant :

" Nous ne sommes pas partisans de la repopulation, car nous savons que, clans la société actuelle, plus on a d’enfants, plus on est esclave, et c’est pourquoi nous disons à nos camarades : Ne faites que les enfants que vous pourrez nourrir. Puisque nous ne pouvons restreindre l’amour, il faut donc éviter d'en subir les conséquences, il faut donc arriver à pouvoir aimer sans craindre l’enfantement ou ne l’avoir que quand on le désire.

« Les femmes ignorantes des moyens d’éviter la grossesse se laissent prendre, puis quand elles sont enceintes, eiles détruisent 1 embryon sans se douter qu elles se tuent elles-mêmes, car une femme qui se fait avorter se détériore le corps. Il ne faut donc pas éviter la maternité par l’avortement, il faut éviter la fécondation et pour cela, il faut employer les moyens préventifs, moyens qui non seulement n’offrent aucun danger, mais qui sont hygiéniques.

« Ces moyens serontexpliqués au prochain numéro. »

Ces articles, et d'autres encore, étaient signés impudemment : Adultérine.

Le samedi 28 février, une perquisition fut faite dans les bureaux du journal.

Son avocat plaida l’incompétence du tribunal, parce qu’un délit de presse doit être jugé par le jury. Le tribunal passa outre et, le 24 mars 1904, condamna deux des coupables à 50 francs d amende et le troisième à vingt jours de prison. En appel, la Cour de Douai les acquitta.

Ce fâcheux précédent n a pas arrêté un autre tribunal correctionnel :

Cn médecin a été poursuivi devant le tribunal de Bayonne, pour avoir publié une brochure propageant les préceptes et les pratiques du néo-malthusianisme. Son défenseur a plaidé l’incompétence du tribunal. Le tribunal a passé outre, et le 15 juin 1908, il a condamné le médecin à deux mois de prison avec sursis et, en outre, à 300 francs d’amende.

Beaucoup d autres ouvrag’es du même genre ont été publiés depuis cette époque. Quelques-uns se vendent

ouvertement, d’autres se cachent comme si leurs auteurs avaient conscience de leur abjection. Nous avons reçu, en 1908, une ignoble circulaire qui annonce un ouvrage ayant pour but d’expliquer aux femmes comment elles peuvent s’amuser sans danger, etc. Pour avoir ce précieux ouvrage, il faut envoyer 5 francs à une certaine adresse.

Si vous allez à cette adresse, vous trouvez, dans une sorte de taudis, une jeune femme qui ne possède pas l’ouvrage demandé, mais qui vous affirme que, contre 5 francs, elle vous le fera envoyer par le «docteur» qui l’a écrit, et qu’elle refuse de désigner plus clairement. Elle-même, la malheureuse, déclare qu’elle ne suit pas les infâmes conseils donnés par ce livre, et quand on s’étonne qu’elle en fasse le commerce, elle répond « qu’il faut bien vivre » !

Nous avons reçu la lettre suivante, accompagnée d’un petit imprimé violet, intitulé Mère à son gré :

« J'ai eu un enfant au début de mars ; quelques jours plus tard, je recevais les prospectus ci-inclus (bien entendu sans en avoir fait la demande, soit directement, soit indirectement, et malgré l'indication donnée sur la couverture). L’auteur est un malfaiteur public qui devrait, par la force de la loi, être mis hors d’état de nuire à la société. Je ne sais si vous êtes armé contre lui. Je le souhaite et, s’il est utile, mon témoignage vous est acquis. »

Hélas, non ! nous ne sommes pas armés contre ce malfaiteur public. Nous n’avons d’autre recours contre lui qu’un procès civil calqué sur ceux qui furent faits (avec succès, d’ailleurs) au soi-disant Dr Brennus et au cabaretier de Roubaix (voir pourtant p. 237).

Œuvre maternelle médicale. — Il faut être doué d’une audace extraordinaire pour nommer ainsi une agence «anticonceptionnelle», et pire encore peut-être. Elle fut créée vers 1907. Mais voici mieux encore : cette agence dirige un journal appelé Maternité , « le véritable guide des familles », qui a pour but de décrire, avec détails, toutes

les méthodes anti-conceptionnelles les plus modernes ; l'abonnement de six mois donne droit de recevoir à ce sujet des conseils médicaux gratuits, de vive voix ou par correspondance, donnés par « M. le médecin en chef de l’œuvre ». La même œuvre distribue « un catalogue illustré d’objets intimes », et vend lesdits objets. Elle vend aussi un livre également illustré, intitulé : Des moyens à employer pour n avoir pas d’enfants, ou la Grossesse facultative.

Ce livre, ces objets intimes, ces catalogues et ce journal, sont envoyés « discrètement, sans marque extérieure », ce qui montre que ceux qui les envoient et ceux qui les reçoivent, quel que soit leur abaissement moral, ont conscience qu ils font mal et qu’ils méritent le mépris public.

Ces prospectus, à en juger par le nombre des obligeants correspondants qui nous les adressent, doivent être distribués en très grand nombre et dans les différentes parties de la France.

Comment pourrait subsister un pays où de pareilles turpitudes sont tolérées, et où, malgré l’étendue et la généralité du mal, nul ne songe à les interdire et à les punir, ni môme à leur opposer le moindre obstacle ?

Ce commerce d’objets « anti-conceptionnels » est favorisé par des annonces rédigées en langage transparent et publiées par les journaux les plus répandus. Quelques-unes sont illustrées !

Jamais personne n’a pu dire l’avantage qu’il peut y avoii pour un pays à tolérer ces ignobles commerces et à permettre à un journal de les afficher. Ces infamies devraient être sévèrement punies.

Trop souvent nous avons constaté l’impuissance de la justice qui ne se trouve pas suffisamment armée.

Le gouvernement paraît se préoccuper enfin de la question. Voici ce que disait au Sénat le ministre de la Justice, en réponse à M. de Lamarzelle :

« M. D ah lax, garde des sceaux : Une publication qui n’a pas été signalée à cette tribune fait spécialement l’objet de l’attention de la chancellerie et du parquet de Paris. Elle émane d'une ligue instituée contre le trop grand accroissement des familles.

Plusieurs membres. — La ligue néo-malthusienne !

M. Darlax. — J'ai prescrit d'ouvrir une enquête sur les agissements de cette ligue et sur ses publications. J'attends que les résultats de celte enquête me soient adressés. Le Sénat peut être assuré que ma vigilance n'est point et ne sera jamais en défaut, que mon zèle ne se démentira pasetqu'il se traduira par une action énergique toutes les fois que la loi me fournira des armes suffisantes. ( Très bien! très bien!)»

Ceci date du 27 février 1907. Donc, depuis quatre ans, la question est toujours à l’étude. Elle y restera longtemps encore !

En attendant que le ministre de la Justice élabore les lois qui lui permettent une « action énergique », la magistrature a paru écœurée de l’intensité du mal, et elle a modifié sa jurisprudence. Elle veut bien admettre cette vérité évidente : que l’éloge et la pratique du néo-malthusianisme sont contraires aux bonnes mœurs! Ainsi fut jugé par le tribunal correctionnel de Rouen (12 mai 1909) et par celui de la Seine (21 juin 1909 et en outre 28 déc. 1909). Nous citerons le passage essentiel de ce dernier jugement :

Attendu qu’il résulte de l’instruction et des débats, la preuve que dans son journal, dans des cours et conférences, Humbert a prêché l’amour libre, l’égalité des sexes devant l’amour, la femme n’ayant plus à courir le risque de la grossesse, grâce aux « découvertes de la science », c’est-à-dire à l'emploi des préservatifs, et ne devenant mère que si elle le veut et à son heure; qu’une telle thèse est en elle-même immorale; qu'elle est une excitation permanente au libertinage et à la débauche ; qu’elle présente les plus grands dangers sociaux ;

Attendu que, subsidiairement, si le préservatif n'a pas été efficace, Humbert, avec plus de réserve, tout en ne conseillant pas l’avortement d'une façon expresse, laisse entendre que l’on peut y avoir recours, et insère dans son journal des annonces ou articles qui sont des indications et des provocations suffisamment claires ;

Attendu, enfin, que l’on doit relever dans Génération consciente, des écrits qui, ne préconisant pas les moyens anticonceptionnels ou abortifs, sont, néanmoins, obscènes ou contraires aux bonnes mœurs ;

Attendu que la loi de 1882, modifiée par celles de 1898 et 1908, na pas défini l’obscénité ou ce qui est contraire aux bonnes mœurs, mais qu’il résulte d’une jurisprudence qui s'accroît chaque jour, et que l’on doit considérer comme désormais acquise, que sont contraires aux bonnes mœurs et tombent sous le coup de la loi, notamment : 1° les publications ou distributions d’articles ou imprimés contenant des indications ou des annonces relatives aux moyens de prévenir la conception ; 2° celles ayant trait aux moyens quelconques de faire cesser les retards des règles, quelqu’en soit l’origine, qui sont des provocations à des manœuvres abortives ; « que tous ces écrits encouragent des pratiques immorales, éveillent dans l'imagination des idées malsaines et favorisent l’esprit de débauche » ;

Attendu que le Tribunal, sans avoir à les rechercher tous, n’a plus qu’à mentionner un certain nombre d’articles, imprimés, brochures, catalogues, contenant : a) des provocations à l'immoralité ou des indications sur les moyens de prévenir la conception et publiés ou distribués dans des conférences, sur la voie publique ou à domicile ; b) des provocations à l’avortement ; c) des outrages aux bonnes mœurs n'entrant pas dans ces deux catégories et qu’il déclare contraires aux bonnes mœurs.

Conclusion : 5 mois de prison et 3.000 francs d'amende.

Mesures prises à l’étranger contre la propagande néo-malthusienne.

La justice a été plus active dans les pays étrangers et surtout aux États-Unis, quelle ne l’a été en France.

La plupart d’entre eux ont entravé les opérations des néo-malthusiens. Nous avons déjà dit que la police belge a reconduit à la frontière, à deux reprises, les régénérateurs français. En Belgique aussi, vers mars 1906, une perquisition fut faite chez un néo-malthusien et son matériel fut confisqué. En Suisse, en octobre 1903, une dame qui voulait faire une tournée de conférences néo-malthusiennes, intitulées le Bonheur de la femme dans son rôle de

mère et la Limitation des naissances dans la classe ouvrière fut reçue à la gare de Fribourg par six gendarmes. La conférence dut être privée et il fut interdit aux femmes d’y assister. Dans les autres cantons suisses, la présence de la conférencière fut tolérée et elle fut libre de parler. En Espagne, M. Bullfi (vers mars 1906) fut traduit de vont le jury de Barcelone pour offense à la morale publique faite dans son journal Salud y fuerza. U fut acquitté par le jury. Le ministère public fit appel a minima , car la loi espagnole n'admet pas que le jury soit infaillible.

Malgré l’insignifiance de la propagande néo-malthusienne faite dans ces pays et quoiqu’elle soit bien loin d’y être aussi malfaisante qu’en France, on vient de voir qu’elle n’a pas laissé les pouvoirs publics indifférents. Mais la répression a été modérée et anodine.

Il n’en a pas été de même aux États-Unis, ce pays de toutes les libertés. Les lois, très variables suivant les Etats, ne prévoient pas de délits de cet ordre. Les condamnations n’en ont pas moins été fréquentes et souvent très fortes. Nous en citerons deux :

Le 10 octobre 1902, miss Idda Craddock fut poursuivie pour avoir distribué par la poste un livre néo-malthusien intitulé Vie maritale correcte . La plainte était déposée par la « Société pour la poursuite du vice », de New-York1; elle soutenait que ce livre était obscène, et réclamait pour l’inculpée plusieurs années de prison. La condamnation paraissait très probable, mais Idda Craddock ne l’a pas attendue ; elle s’est suicidée avant le prononcé du jugement .

Muses Harman, éditeur de Lucifer , organe néo-malthusien, a été condamné à quatre reprises différentes pour la publication de ce journal. La dernière condamnation qui

1. On voit, par parenthèse soit dit, que, à New-York, des Sociétés privées ont le droit de suppléer à l'inaction du ministère public. Le sénateur Bérenger voudrait leur faire donner le même droit en France. L’opposition très vive qu’il rencontre, notamment dans l'administration judiciaire, fait craindre qu’il ne réussisse pas.

s’élevait à un an de travaux forcés ( hard labor ) fut confirmée, sans appel possible, vers janvier 1906, par la Cour d’appel fédérale.

Ces condamnations sont d’autant plus remarquables que la presse et la parole sont parfaitement libres en Amérique; toutefois ceux qu elles blessent ont droit de s’en plaindre et d’exiger des réparations pécuniaires et pénales souvent formidables. Dans l’espèce, c’est le Post master general qui fut le plaignant. Il se trouvait offensé pour avoir été forcé de faire manipuler et colporter par ses employés des deux sexes, les ordures imprimées par l’inculpé. Il me parait bien probable que les scrupules du Post master general lui avaient été suggérés par le président Roosevelt, qui regarde le néo-malthusianisme comme une turpitude causant le « suicide d’une race » et qui s’est servi, en plusieurs occasions, de l’autorité absolue qu’il avait sur les postes fédérales (une des rares institutions américaines qui soient tout à fait indépendantes des autorités locales) pour réprimer des abus qui n avaient, avec le transport des lettres, qu’un rapport éloigné.

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