PROPAGANDE POUR L’AVORTEMENT CRIMINEL
réparer une maladresse ; les deux reviennent au même. D’ailleurs, d’après nos prétendus régénérateurs, « un fœtus n’est qu'une portion du corps d’une femme ; elle peut donc en disposer à son gré comme de ses cheveux, de ses ongles, de ses excréments ; l’oppression de dirigeants ineptes et malfaisants a seule pu en décider autrement » ( Régénération , sept. 1907). Et si la mère peut faire tuer sans scrupule cette « portion de son corps », pourquoi cesserait-elle d’aAroir ce droit, sous prétexte que cet « excrément » est sorti naturellement au lieu de sortir artificiellement? Et nous voilà conduits à justifier l’infanticide?
C’est ainsi qu'une aberration criminelle conduit insensiblement à une autre. On n’a pas encore discuté jusqu’à quel âge « l’excrément » peut être supprimé. Quelle est la limite dans l’horrible système de ces fous malfaisants?
Les rédacteurs de Régénération , depuis cinq ans environ. reviennent souvent sur l’utilité de l’avortement.
Ils n'ont pas fait encore l’éloge de l’infanticide mais ils y arrivent. Ils couvrent d'injures la Société protectrice de l'enfance Régénération, juin et juillet 1907). Ils ne s’en tiendront pas là (p. 245).
En mai 1908, le maire de Tourcoing put dresser la liste de vingt-six avorteuses avérées, et demanda qu’elles fussent poursuivies. Il fut peu satisfait du concours des autorités locales; mais, étant député influent, il eut plus de succès en s’adressant au ministère de l’Intérieur. Les agents de la brigade volante s’y prirent si bien qu’ils purent constater le consentement des vingt-six avorteuses à une opération d’avortement. Ils firent mieux encore. Ils adressèrent à une matrone une femme qui demanda à se faire avorter et surprirent en flagrant délit la matrone, l’instrument du crime à la main et introduisant cette main entre les jambes de la patiente étendue sur un lit dans la position voulue.
Il v eut ordonnance de non-lieu pour celle-ci et pour toutes les autres !
Bertillon.
Le motif de cette ordonnance de non-lieu n’a pas été divulgué. Un conseiller à la Cour de cassation à qui j’exprimais la surprise que me causait cette décision, m'a donné comme vraisemblable l’explication suivante : Notre droit pénal exige, pour qu’il y ait crime, qu’il y ait non seulement intention de nuire, et tentative suivie ou non de succès, mais encore un objet pouvant être victime de ce crime. Par exemple si un assassin guette sa victime, croit la voir dans l’ombre et lui tire un coup de fusil, et qu'il soit supposable que, croyant tirer sur un homme il a tiré sur un arbre, il n’y a pas lieu de le poursuivre; cependant il y a eu intention de nuire, il y a eu préméditation, il v a eu guet-apens, il y a eu exécution complète du crime, et ce crime n’a échoué que par suite d’une circonstance indé pendante de la volonté de son auteur. Malgré tout, la loi admet qu’il n’y a ni crime ni délit et ne fait rien pour empêcher l’assassin de recommencer.
C’est cette chinoiserie de la loi qui a sans doute fait abandonner les poursuites contre les avorteuses de Tourcoing, car il n’est pas démontré que la femme qui a demandé l’opération fût enceinte.
Cette histoire explique l’insignifiance du nombre des condamnations pour avortement, malgré l’extrême fréquence de ce crime.
Ainsi en 1903, il n y eut que 397 affaires d’avortement, chiffre qui n’a aucun rapport avec le nombre réel des crimes de ce genre qui se commettent, si modérée que soit l’évaluation qu’on en peut faire. Mais ces 597 affaires ne donnèrent lieu finalement qu’à 1 1 condamnations :
Voici en effet ce que devinrent ces 597 affaires :
481 classées sans suite.
90 suivies d’ordonnance de non-lieu.
2 — d’arrêts —
28 jugées contradictoirement.
12 — par contumace.
Total. 597