‹ La dépopulation de la FranceChapitre 68 sur 158 · L'INACTION EST STUPIDE ET CRIMINELLE · texte numérisé non relu

L'INACTION EST STUPIDE ET CRIMINELLE

Contre un mal aussi grave, certains sages professent qu'il n’y a rien à faire ! Ils disent que la France est perdue, et se résignent à assister à sa mort avec autant de sérénité qu'un physiologiste étudie les convulsions d’un petit lapin empoisonné. Que penseraient-ils d’un capitaine de vaisseau qui dirait : « La tempête est trop forte ! Je ne puis rien pour sauver mon bateau », et qui irait se coucher dans sa cabine. Hé ! mon ami, commande ton équipage ; épuise toutes les chances de salut. Ta tâche sera finie quand tu auras vingt pieds d’eau au-dessus de la tète. A ce prix, tu gagneras du moins de n’étre pas un lâche !

Rejetons donc avec mépris cette première opinion. C'est un blasphème et une sottise que de porter si promptement et si légèrement le deuil de la France. Un pays de 39 millions d’habitants riches, laborieux et patriotes comme le sont les Français, a encore des chances de salut, si dangereuse que soit la pente sur laquelle il se laisse glisser. En 1831, la France (actuelle) et l’Allemagne (actuelle) avaient une population à peu près égale. Aujourd’hui, l’Allemagne compte 26 millions d’habitants de plus que la France. Soixante ans sont peu de choses dans la vie d’un peuple : ce que soixante ans ont fait contre nous, soixante ans peuvent le faire en sens inverse.

La France et l’Allemagne sont comme deux familles qui,

également riches au début, auraient placé leurs fonds, l’une à 3 p. 100, l'autre à 4 1/2 p. 100. Si ces deux familles sont également économes, la seconde, au bout d’un demisiècle, sera beaucoup plus riche que la première. La déchéance de celle-ci sera-t-elle sans remède? Non. Il lui suffira de faire, sans tarder, un placement de son argent un peu plus avantageux.

Les familles françaises ont, en moyenne, un peu moins de trois naissances vivantes, et les familles allemandes un peu plus de quatre. Est-il impossible de déterminer les familles françaises à procréer une naissance ou deux de plus ?

Nous ne le croyons pas.

Les remèdes qu’on a proposés contre la dépopulation sont extrêmement nombreux. « Il faut les adopter tous, disait Jutes Simon, afin de ne pas oublier celui qui sera efficace. »

Il y a un autre motif pour les adopter tous, c’est qu’aucun, à lui seul, n est suffisant, mais chacun d’eux peut avoir une action. Les mesures contre la dépopulation ressemblent assez aux lois faites pour alimenter notre colossal budget de 4 milliards. Les impôts directs ne fournissent guère que la huitième partie de cet énorme total. Comment donc trouver cette somme écrasante ? On y parvient cependant en multipliant les mesures fiscales. L’impôt sur les bicyclettes ne produit que 10 millions; l’impôt sur les voitures et les chevaux, 16 millions; sur les billards, 1 million seulement, etc. Qu’est-ce que ces sommes misérables à côté des 4 milliards? Beaucoup moins que la centième partie! Cependant, c’est par leur concours qu’on arrive au prodigieux résultat.

11 en est de même des remèdes à la dépopulation. Chacun d eux isolé est peu de chose ; réunis, ils peuvent avoir une action. Ils opéreront comme opèrent les causes de dépopulation. Nous avons vu qu’il y en a plusieurs, dont chacune, isolée, parait insuffisante; le malheur est qu’elles se com-

DES REMÈDES A OPPOSER AU FLÉAU

plètent 1 une l’autre. Les mesures que nous allons proposer feront de même, nous l’espérons.

Toutefois, 1 opinion contraire s’appuie sur quelques faits historiques qu il importe d examiner. On prétend que déjà plusieurs fois le législateur a voulu combattre la dépopulation et que toujours il a échoué. Et on cite Aug’uste, Louis XI Y ; on ignore 1 expérience de la Bavière malgré son grand intérêt et son remarquable succès (voir p. 79).

11 est tout à fait injuste de mettre sur le même pied les admirables lois d’Auguste (que nous allons examiner) et 1 édit de Louis XIV. Celui-ci est ridicule; il n’a jamais reçu d'application, et ne pouvait pas en recevoir.

Comment Auguste sauva Rome de la dépopulation.

Il n’est pas vrai de dire que l’empereur Auguste n’ait pas réussi par des mesures législatives à relever la natalité des citoyens romains de son temps. Les documents statistiques datant de deux mille ans sont rares, mais ils prouvent justement le contraire. Ils montrent que sans Auguste la population romaine aurait disparu assez rapidement, et que sous son règne, après les lois très énergiques qu’il imposa à Rome, elle s’est au contraire assez rapidement accrue.

La vieille religion romaine — bien négligée du temps d’Auguste — imposait à chaque homme l’obligation d'avoir plusieurs enfants mâles (c’est-à-dire l'obligation d’avoir un nombre plus grand d’enfants des deux sexes), car eux seuls pouvaient offrir aux mânes des ancêtres les sacrifices nécessaires à leur repos. On trouvera la démonstration complète de cette proposition dans l’admirable Cité antique de Fustel de Coulanges.

Cette obligation religieuse parait avoir eu une sanction légale. Denys d Halicarnasse, qui avait compulsé les vieilles annales de Rome, dit avoir vu une ancienne loi

qui obligeait les jeunes gens à se marier (IX, 22). Le De legibus de Cicéron, qui reproduit presque toujours les anciennes lois de Rome, en contient une qui interdit le célibat (III, 2). C’est grâce à cette prescription religieuse, renforcée sans doute par des lois civiles, que le peuple romain, malgré des guerres incessantes, a pu grandira travers les siècles.

Mais les mœurs s’abaissèrent, et on vit dans les classes supérieures, et même chez Caton, régner la maxime à laquelle Polybe, un siècle auparavant, avait attribué la décadence de la Grèce : « Que le devoir d’un citoven est de ne pas éparpiller sa fortune. » Cette aberration morale avait tué la Grèce; de nos jours, elle tue la France.

Elle a failli tuer Rome. Je pourrais me référer à des textes; je préfère citer deux chiffres. Le recensement romain ne comptait que les citoyens romains, à l'exclusion des femmes, des enfants, des affranchis, des étrangers, et, à plus forte raison, des esclaves. Voici les chiffres qu’il a produits à vingt-huit ans de distance :

Nombre de citoyens romains :

Cens de 594 (159 avant J.-C.) .... 338.314 Cens de 622 (131 avant J.-C.) .... 317,823

Différence en moins .... 20,491

La disparition totale des maîtres du monde n'était donc qu une question de temps. On ne pouvait pas espérer que 1 univers se laisserait longtemps gouverner (pour ne pas dire exploiter) par quelques centaines de mille hommes, dont le nombre allait diminuant rapidement.

Pour y parer, on ne trouva d’abord pas d’autre remède que d accorder en bloc le droit de cité à de vastes catégoiies d Italiens, c est-à-dire, en fait, à des descendants d esclaves provenant de tous les coins du monde, médiocres héritiers des traditions romaines. On en nationalisa environ quatre millions ! C’est ainsi qu’aux vieux Romains héroïques

UES REMÈDES A OPPOSER AU FLÉAU 2oo

se substituèrent les fils de leurs esclaves : ils avaient le droit de se dire Romains puisqu’on le leur avait donné, et pourtant ils ne l’étaient pas, car ils n’en avaient guère la race ni les sentiments. Palliatif pitoyable, qui dissimulait la perte du peuple-roi sans la prévenir !

Jules César fit quelques lois pour favoriser les familles suffisamment nombreuses. Elles étaient bien loin d’avoir la sévérité de celles qu'Auguste devait faire un peu plus tard, et pourtant elles n’étaient pas insignifiantes. Par ses lois Juliæ agrariæ , il déclara que l’existence de trois enfants donne droit aux terres les plus fertiles. Nous avons quelque chose de pareil en Algérie, mais nous n’appliquons pas nos lois quand elles sont bonnes. César veillait à l’application des siennes : vingt mille pères de famille ayant trois enfants ou plus reçurent à ce litre des terres en Campanie, l'une des provinces les plus riches de l’Italie l.

Auguste fit beaucoup mieux. Auguste voulait la conservation de la nationalité romaine et de ses héroïques traditions. Il était avare du litre de citoyen romain; il ne le retira pas à ceux qui l’avaient reçu (ç aurait été impraticable), mais il ne le donna que rarement, et toujours à titre de faveur individuelle 2. Il voulait qu’aucun sang étranger ne se mêlât à la race romaine et que celle-ci se conservât par elle-même. Pour atteindre son but (et nous verrons qu’il l’a atteint), il fallait revenir aux moeurs et aux vertus antiques. C'est à quoi tendait la loi Julia, à laquelle il donna son nom de Jules pour montrer l’impor-

1. Campum Stellalem, majoribus consecratum, agrumque Campanum ad subsidia reipublicæ vectigalem relictum, divisit extra sortem. ne viginli miüibus civium quibus terni pluresve liberi essent (Suétone, Jules César, XX).

2. Maqni præterea existimans sincerurfi alqite ab omni colluvione peregrini ac servi lis sanguinis incorrupium servare populum, et civitatem romanam parcissime dédit, et manumittendi modumterminavit. Tiberio pro cliente græco petenti rescripsit, non aliter se daturum quam si præsens sibi persuasisset quam juslas petendi causas haberet. Et Liviæ pro quodam Iributario Gallo roganli, civitatem negavit, immunitalem oblulit , affirmons se facilius passurutn fisco detrahi aliquid, quam civilalis romanæ vulgari honorera (Suétone, Auguste, XL).

tance qu’il lui attribuait, et qu’il eut beaucoup de peine à faire accepter. Elle fut repoussée vers 726 et adoptée dix ans plus tard vers 736.

Cette loi, nous n’en avons pas le texte. Elle était fort longue, car elle contenait au moins 35 chapitres. Elle infligeait aux célibataires diverses peines, les unes destinées à les léser dans leur amour-propre (interdiction d’assister aux jeux, etc.), les autres, beaucoup plus graves, à les frapper dans leurs intérêts : ils étaient incapables de recueillir une succession. Evidemment il y avait dans les 35 chapitres dont se composait la loi, bien d’autres prescriptions du même genre, mais on ne sait pas au juste lesquelles, parce que les commentateurs (Gaius, Ulpien, etc.), n’ont pas distingué clairement les prescriptions de la loi Julia de celles de la loi Poppia Poppæa, adoptée en l’an de Rome 762 (9 ans après J.-C ).

Ces lois étaient très sévères. Montesquieu les regarde comme les plus belles des lois romaines ( Esprit des lois , liv. XXIII, chap. xxij. C’est en graduant le droit d'hériter qu’ Auguste parvint à relever la natalité. Le célibataire ne pouvait hériter; l’homme marié sans enfants et les femmes mariées qui n’avaient pas (selon les cas) trois ou quatre enfants n’héritaient que de moitié, etc. La loi faisait d’ailleurs grâce au pécheur pénitent; on lui accordait cent jours, à compter de l’ouverture du testament, pour se mettre en règle avec la loi {Gains, 2, 286) ; c’était suffisant pour se marier, mais un peu court pour avoir le nombre d’enfants requis.

Les pères de trois enfants à Rome (quatre en Italie, cinq dans les colonies) étaient exempts de charges, privilège très apprécié, comme le montrent un grand nombre de textes (Suét. Cl. xv, xvi, xix ; Galba xiv, xvii ; Plin. Jun., ii, 13; x, 2, 95, 96; Gel/., liv. II, 15, etc., etc.

Ces lois, complétées par plusieurs autres, eurent un retentissement extraordinaire. Depuis la loi des XII tables,

DES REMÈDES A OPPOSER AU FLÉAU 257

on n’en avait pas vu d’aussi considérables. On les appela leges « les lois ». A côté d’elles les autres ne comptaient pas. Elles n’étaient pas du goût de la haute société romaine ; il n avait pas fallu moins que l’autorité d’Auguste, pesant quarante ans sur le Sénat, pour les faire adopter.

Elles atteignirent pleinement leur but , ce que prouvent les chiffres suivants :

.Y ombre de citoyens romains :

Cens de l’an 726 . 4,063,000

([Loi Julia, adoptée en l'an 736.)

Cens de l'an 746 . 4,233,000

En plus . 170,000

Au lieu d’une diminution, comme naguère, nous constatons une augmentation, mais elle est faible. La loi n’avait pas eu le temps d’agir. Elle opère au contraire très brillamment pendant la période suivante :

Y ombre de citoyens romains :

Cens de l’an 746 . 4,233.000

Cens de l’an 767 . 4.937,000

En plus . 704,000

La population s’est donc accrue à raison de 8 p. 1.000 en un an. C’est à peu près ce taux d’accroissement que présentait la population européenne il y a cinquante ans (aujourd’hui, elle s’accroît un peu plus vite).

Ainsi nous avons observé trois périodes (chacune de plus de vingt ans). Avant les lois d’Auguste, le nombre des Romains diminuait; pendant la période intermédiaire où leur application commença, accroissement faible; lorsqu’elles furent en pleine vigueur, accroissement très satisfaisant, semblable à celui du xixe siècle. Autant qu’on peut en juger, Auguste a donc atteint son but.

Les chiffres que je viens de citer sont empruntés à l’inscription d’Ancyre, admirable document dont on n’avait que des fragments, et que MM. Perrot, Guillaume et

Bertillon.

Delbet ont découvert, à peu près en entier, vers 1860. Cette inscription constitue le testament d’Auguste. Le vieil empereur y a retracé l’histoire sommaire de son long et o-lorieux règne. Il a eu le droit d’y inscrire cette déclaration simple et fîère : « J’ai fait des lois nouvelles; j’ai remis en honneur les exemples de nos aïeux qui disparaissaient de nos mœurs. »

Deux phrases de Tacite, c’est tout ce qu’on peut citer pour nier l’efficacité des lois d’Auguste. Tacite est assurément le plus admirable prosateur de l'antiquité. Mais c’est un historien toujours mécontent, conservateur entêté, incapable de louer une innovation quelconque . Voici ses deux phrases ; Relatum deindé de moderandâ Papid Poppæd, quam senior Augustus, post Julias rogationes , incitantis cælibum pœnis, et augendo ærario sanxerat : nec ideb conjugiaet educationes liberûm frequantabantur prævalidâ orbitate. Ceterum multitudo periclitantium gliscebat, càm omnîs domus delatorum inter pretationibus subverterentur : utque antehàc flagitiis, ita tune legibus laborabatur (Ann. III, 25).

Examinons ce texte phrase par phrase : « Il fut guestion d'adoucir la loi Papia qu’ Auguste vieilli avait établie, après la loi Julia, pour augmenter les peines contre le célibat et augmenter le Trésor. » Voilà déjà deux insinuations malveillantes :

1° « Auguste était vieilli quand il voulut la loi Papia »; ce n’est pas vrai, car il y avait quarante ans qu’il Ta voulait;

2° Il la fit pour augmenter le Trésor ; cette assertion est fausse. La loi attribuait non pas au Trésor, mais bien aux héritiers pères de famille, les biens dont les célibataires étaient privés (Gains, 2, 207). C’est seulement à leur défaut (c’est-à-dire lorsque la succession était en déshérence) queleTrésor public (plus tard, d'après Ulpien, le trésor privé du prince) prenait possession de ces héritages.

DES UEM KD ES A OPPOSER AC FI.ÉAU

facile, après cotte double inexactitude/, continue ainsi : « Si les maria f/ os, ni les éducations d'enfants n’en de > :mrent plus fréquents. » Il n’en sait rien du tout, car il n existait à Home aucune statistique de ce genre; sans la statistique d<-s naissances, comment saurions-nous, non- Français du xx' siècle, qu’elles sont rares en France, malgré les admirables moyens d information dont nous disposons ?

Achevons l’examen de notre texte : a... étant préférât > le de n'ai air pas (T enfants... toutes les 'maisons étaient houle ee /•- ée ■ par les délateurs ; an paraeant ,c’ était par les crimes que l’on souffrait ; alors , ce fut par les lm . >> Voilà donc où Tacite voulait en venir! La délation, plaie de la société romaine, l’exaspérait à juste titre; s’il condamne la loi Julia, c’est pour avoir une fois de plus le plaisir de stigmatiser cet odieux système de gouvernement. Le reste- fie sa phrase ne résiste pas un instant aux documents numériques que nous avons cités.

J’ai dit que les lois d Auguste mécontentaient la haute société romaine. Files furent donc altérées par Tibère et par plusieurs de ses successeurs, notamment par Caracalla. Constantin en effaça les derniers restes. C’est donc après leur suppression que Home s’affaiblit et succomba.

Insignifiance des édits de 1666 et 1667.

Autant les lois d’Auguste sont dignes d’admiration, autant les édits signés par Louis XIV, en 1000 et 1607, sont insignifiants. Ils n’ont jamais reçu aucune application par la raison qu’ils étaient inapplicables.

Un certain Jacques Savary, riche négociant de savoir et démérité, et très apprécié fie Colbert, avait eu« quinze enfants en 17 années de mariage, qui presque tous étaient vivants ». Ce fut lui qui inspira à ce grand ministre l’idée de récompenser les familles de 10 et 1 2 enfants.

L’édit de 1667 promit une pension de 1.000 livres à toutes celles qui avaient 10 enfants et de 2.000 à celles qui en avaient douze. Est-il nécessaire de faire remarquer : 1° Que des encouragements donnés à des familles aussi extraordinairement nombreuses ne peuvent avoir aucun effet sérieux sur la natalité, car ces familles resteront toujours à l’état de très rare exception. Ce sont les familles de 4 et 5 enfants qu’il faut encourager: 2° Que les pensions promises étaient beaucoup trop élevées pour pouvoir être payées. Même à notre époque néo-malthusienne, de telles promesses coûteraient au Trésor une trentaine de millions; or, le budget total des recettes sous Louis XIV (emprunts non compris) ne montait guère à plus de cent millions. C’était donc le tiers de son revenu dont le roi faisait cadeau. Il est vrai qu’il n’en savait rien car on n’avait pas fait la moindre évaluation de la dépense. On s’aperçut de son énormité seulement au nombre des demandes. On n’en admit pas même deux : on n'en admit qu’une seule. Et laquelle? Celle de Jacques Savary, le premier auteur de l’édit ! Il ne reçut pas la pension de 2.000 francs, mais il obtint du roi le canonicat deVernon pour un de ses nombreux enfants. C’était un homme pratique! 11 méritait la confiance de Colbert — pour les affaires où il n’était pas intéressé !

Nous avons vu d’ailleurs (p. 122) que si nous en jugeons par les documents parisiens — les seuls que nous possédions sur cette époque éloignée, — la natalité sous Louis XIV était très élevée; il n’était pas désirable qu’elle fut plus forte. Le malheur de cette époque était l’élévation de la mortalité, et c’est de quoi les édits ne s’occupaient point. La situation était donc justement inverse de ce qu’elle est de nos jours.

Il n’y a donc aucune assimilation à faire entre les lois d’Auguste et de celles de Louis XIV en faveur de la natalité. Celles de Louis XIV sont ridicules. Celles d’Au-

DES REMÈDES A OPPOSER AU FLÉAU 261

guste sont admirables, et les chiffres qui nous sont parvenus laissent supposer quelles ont pleinement réussi.

Revenons à présent à la France et à l’époque actuelle. Examinons les remèdes qu’on a proposé d’opposer au mal qui nous ronge.

Je rappellerai d’abord ceux qui me paraissent illusoires. On peut certes les appliquer, suivant le précepte de Jules Simon, mais on ne doit pas compter sur leur efficacité.

Page 1