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remèdes pour augmenter la natalité, devrait bien
nous dire ce que deviendront les adultes correspon-
dant au nombre des naissances provoquées. Que deviendra son « bassin de capacité donnée » recevant plus de liquide que n’en laissera échapper son robinet de sortie ?
2° Les naissances appellent les décès : M. Bertillon, s’occupant d'augmenter les naissances, travaille de ce fait à augmenter les décès; sa conscience ne le lui reproche-t-elle pas?
D'autre part, quoi qu'il en soit, il serait naturel de chercher, par des mesures d'hygiène, à conserver le plus grand nombre d’existences possible ; ce ne sont pas seulement des vieillards que l’on peut sauver de la mort prématurée; les victimes des accidents du travail, les jeunes gens qui meurent à la caserne au moment même où ils allaient devenir pères de famille
ne sont pas des personnes âgées inaptes à la repro-
duction, au contraire. Ne nous permettra-t-il pas d’ « écarter la hache du bûcheron et de conserver ces arbres » trop prématurément frappés. Et puis ne vaut-il pas mieux conserver des arbres adultes que de les abattre trop tôt pour laisser la place à des graines ou à des stolons qui ne sont pas certains d'arriver à leur complet développement ? Où rencontrer un forestier assez ignorant pour préférer graine ou stolon à l’arbre lui-même ?
Cette loi de parallélisme ne saurait être vraie que pour un peuple donné, dont les moyens de subsistance seraient exactement mesurés au strict nécessalre pour l’entretien de la vie, sans aucune possibi-
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lité de les augmenter. Tout nouvel arrivant ne peut alors subsister qu’à la condition de prendre la place d’un partant. Mais il n'en est pas ainsi. On ne peut comparer la société ni à un bassin, ni à une forêt. Ici chaque convive est en même temps un cuisinier. Chaque progrès de la science crée une nouvelle quantité de subsistances permettant l’arrivée d’une nouvelle génération humaine ; ce qu’il y a de défectueux dans la société, c’est l’injuste répartition de ces subsistances : une infime minorité accaparant la production de l'immense majorité des travailleurs.
D'ailleurs, M. Bertillon lui-même (1) nous fournit des armes pour combattre cette loi de parallélisme, par l’exemple suivant extrait de la thèse du D' Lancry (1890). |
« Fort-Mardick (Nord), près de Dunkerque, est une commune constituée par Louis XIV, d'après les principes suivants qui sont encore en usage aujourd'hui. Toute famille nouvelle qui se constitue, lorsque l’un des conjoints est né dans la commune et que le mari est inscrit maritime, reçoit en usufruit 22 ares de terre, et en outre une place sur la plage pour la pêche au filet. La commune a recu de Louis XIV en tout 125 hectares de terre; ce qui n’est pas distribué en usufruit est loué 5.000 francs au profit de la commune. Les ménages concessionnaires ne peuvent concéder qu’à leurs enfants seulement les parcelles de terre qu'ils occupent; dans aucun cas la
(4) BerriLon : la Natalité en France, Rev. internat. de sociol., janv. fév. 1893. |
parcelle ne pourra être scindée. Il en résulte que les mariages sont nombreux — environ 11 p. 1.000 habitants, — et aussi précoces que le permet le service militaire (vingt-quatre ans); les naissances illégitimes sont par conséquent très rares (1 sur 60 naissances). Au contraire, la natalité légitime, et c’est là le point important, est extrêmement élevée: elle atteint 43 p. 1.000 habitants (France, 23), c’est-à-dire qu'elle n'est dépassée en Europe que par la Russie. Mais ce qui n'arrive pas en Russie, c’est que sur ces 43 enfants nés vivants, 33 atteignent l’âge de vingt ans. « Voilà donc un pays dans des conditions démographiques excellentes; ilest permis de les rattacher à son organisation si étrange. » (Bertillon.)
Ainsi, dans cette commune, le coefficient de natalité atteint presque le double de celui de l’ensemble de la France ; si la loi est exacte, la mortalité infantile devrait y être excessivement élevée, comme en Russie (268,6 pour 1.000 enfants de 0 à 1 an) (1). Or, alors que notre coefficient de décès est 168,3 p. 1.000 enfants de O0 à 4 an celui de Port-Mardick n’est que de 23,25 p. 1.000 de 0 4 20 ans. Aussi, sa population qui était de 615 habitants en 1851, s'est élevée à 1.481 en 1886, c’est-à-dire qu'elle a plus que doublé dans l’espace de trente-cinq ans, venant presque justifier la terrible loi de Malthus.
Nous ne pouvons nous empêcher de faire en passant une constatation venant à l'appui des opinions que nous avons émises au sujet des moyens propres
(1) Chiffres du Bulletin internat. de statistique, tome X, p. 36.
Pax SALvaT, 6
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à relever la natalité. À Fort-Mardick, la terre appartient à tous, la mer appartient à tous, c'est presque en réduction l’image de la société collectiviste-communiste, au point de vue économique: les naissances sont très nombreuses, le chiffre des décès très faible, la population augmente rapidement.
Pour en terminer avec la réfutation de la loi affirmée par M. Bertillon et par d’autres démographes après lui, nous ferons encore la citation suivante : « Il est difficile, dit le directeur de l'Office du Travail dans son rapport adressé au ministre du commerce, il est difficile d'établir une corrélation entre la natalité et la mortalité; certains départements ont vu, en effet, s'accrottre leur natalité pendant que la mortalité y décroissait, comme par exemple, la Saône-et-Loire. Dans d’autres, la natalité etla mortalité grandissaient en même temps, comme dans la Meurthe-et-Moselle; dans d’autres enfin, comme le Morbihan, les naissances et les décès diminuaient à la fois. On ne saurait donc établir de bases sérieuses à des conclusions démographiques (1). »
Nous pourrions multiplier les exemples dans lesquels le parallélisme n'existe pas; dans la Seine, en 1897, 1l y a eu 422 naissances de plus qu’en 1896 et 56 décès en moins.
Enfin, si nous essayons d'appliquer cette loi au mouvement de la population en France depuis 1881 (2), nous ne rencontrons un vague parallé-
(4) Journal officiel, 5 décembre 1898, Rapport pour l’année 1897. (2) V. page. 31.
lise entre les naissances et les décès que pour dix années sur vingt. Une loi présentant 50 p. 100 d'exceptions ne saurait être une loi.
Nous avons terminé; on comprend maintenant pourquoi nous avons si fort insisté sur sa réfutation. Du moment qu'en France avec une natalité plus faible que celle de l'Angleterre, nous avons une mortalité plus élevée, nous avons le droit de chercher à faire intervenir chez nous le facteur qui donne de si excellents résultats chez nos voisins, en leur permettant d'économiser annuellement de 150 mille à 200 mille décès : l'application de sévères mesures d'hygiène.
" Le terme « mesures sévères » fera certainement crier à l'attentat à la liberté. Mais, depuis quelques mois, pour d’autres motifs il est vrai, nous sommes habitués à ces clameurs. Nous y répondrons par ce passage du rapport de M. le professeur Augagneur, maire de Lyon, sur le règlement sanitaire proposé pour la ville, en exécution de l’article premier de la nouvelle loi sur la « Protection de Ïa santé publique » du 15 février 1902 (1).
« Il se peut que certains articles du règlement sanitaire que je vous soumets paraissent un peu sévères : cette sévérité n'est choquante qu'en raison de notre mauvaise éducation sociale. Respecter les lois de l'hygiène, c'est faire œuvre de solidarité, c'est penser aux autres autant qu'à soi-même ; ces préoccupations ont paru, jusqu'ici, bien secondaires à trop de nos concitoyens ; leurs élus, plus à même
@) Rapport au Conseil municipal de Lyon, adopté en séance du 26 mai 1905.
par leurs fonctions de concevoir des vues d'ensemble, ont pour devoir de les leur rappeler. Pour prévenir l'extension d’une épidémie, pour empêcher qu’une population soit décimée par la maladie, il est bien permis d’infliger quelque gène à quelques individus. Au prix de désagréments insignifiants pour ces individualités, nous prévenons des souffrances et des morts sans nombre. »
Nous avons le devoir d’abaisser, dans la mesure du possible, en l’état actuel de la société, le chiffre de la mortalité dans les classes prolétariennes dans lesquelles la vie moyenne est jusqu’à deux fois et demie plus courte que celle des classes dites supérieures. La nouvelle loi sur la « Protection de la santé publique », accordant une très large initiative aux municipalités, peut être un excellent instrument de lutte contre la maladie et la mort ; mais, il faut l'avouer, tant vaudra la municipalité, tant vaudra la loi.
Si le règlement sanitaire proposé par la municipalité lyonnaise est parfait, il n’en sera, hélas ! pas de même dans toutes les villes et communes de France. C’est pour cela que le médecin a un noble rôle à remplir en usant de son influence morale considérable dans l'élaboration des règlements d’abord, et ensuite dans la stricte application des mesures prescrites.
Égalité politique, c’est bien ; égalité économique serait encore mieux ; ce serait même le meilleur moyen de lutte sanitaire; maïs en attendant sa réalisation, nous réclamons l'égalité devant le microbe et la mort, par l'hygiène sociale et privée.