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Sous la Révolution, mêmes préoccupations de surpeuplement : impôts plus lourds sur les célibataires (décret 14 janvier 1791); impôts spéciaux; décharge en faveur des pères de famille. Napoléon fait élever aux frais de l'État un des fils des familles de sept enfants (29 nivôse an VIII).
Jusque-là, toutes les lois et décrets n'avaient qu'un souci: le nombre était doublement nécessaire et comme force militaire et comme contribuables.
Cependant, dès 1790, un Italien, Ortès, entrevoit l'origine vraiment économique de la question de population; pour lui, l'homme se multiplierait à l'infini si les moyens de subsistance n'étaient limités comme le sol qui les fournit (1).
Un peu plus tard son compatriote Ricci avance que « la facilité des subsistances est la seule distributrice des hommes sur la terre » (2). Pour Beccaria (3), Briganti, Filangieri la population augmente avec la quantité de travail qui représente une plus grande quantité d'aliments; mais la population ne doit croître qu'en même temps que la quantité d'aliments produite. L'industrie s'exerçant pour combattre la « paresse de la terre » augmente la population en augmentant les aliments. F. Briganti (4) énonce que la population tend à rester dans des limites généralement peu variables et que les variations sont plutôt
(1) Onrès: Aiflessioni sulla popolazione delle nationi per rapporto all’economia nazionale, 1790.
(2) Ricci: Piforma degli istituti pit dellà citta di Modena, chap. I. (3) Beccara: Ælementi di Economia politica, chap. II.
(4) Filippo BRiGanTi: Æsame economico del sistema civile,
locales; le peuple qu'il préfère est celui « qui se nourrit dans l’aisance plutôt que celui quise multiplie dans l’indigence ». Un juste équilibre est donc nécessaire pour la prospérité des États.
Pour Mirabeau (le père), « la mesure de la subsistance est celle de la population. Les hommes multiplient comme des rats, s'ils ont les moyens de subsister ». |
Condorcet, Godwin, le principal adversaire de Malthus, sont optimistes. L'humanité peut croître en nombre et en bonheur à moins que le régime économique ne s y oppose. C’est la conception adoptée par les socialistes.
Puis vient le vénérable et consciencieux Malthus (1) qui après avoir beaucoup voyagé et observé, a publié ses lois si souvent mal comprises. Après avoir établi que « les moyens de subsistance ont une tendance à s'accroître suivant une progression arithmétique, tandis que la population tend à augmenter suivant une progression géométrique », il énonce : « L’observateur attentif de l’histoire est donc forcé de reconnaître que, dans tous les temps et dans tous les états
où l'homme a vécu ou vit dès à présent :
« a) L'augmentation de la population est nécessairement limitée par les moyensde subsistance ;
« b) La population augmente invariablement lorsque les moyens de subsistance s’accroissent, à moins qu'il n'existe des obstacles évidents et forts ;
(4) Marraus : Essai sur les principes de population, 11797et 1803).
RQ ee:
« c) Ces obstacles qui maintiennent la population au niveau des moyens desubsistance sont la contrainte morale, le vice et la misère. »
Pour remédier à l'excès de population et abolir la pauvreté, Malthus propose le retard dans le mariage et la chasteté avant celui-ci : c'est le moral restraint.
La doctrine malthusienne, intégrale ou mitigée, eut un grand retentissement en Angleterre, en Allemagne, en Italie et en France: Ricardo, J. Stuart Mill, Darwin lui-même l'admettent.
Ricardo dégage cette idée que la concurrence des ouvriers aboutit à réduire le taux des salaires d'autant plus que l'offre des bras est plus grande.
« L'obstacle quiempèche de bien comprendre le sujet ne provient pas de ces théories (malthusiennes), mais d'une idée confuse des causes qui, presque partout et toujours, font rester l'accroissement réel de la population tant en arrière de la capacité de multiplication », et plus loin: « On ne peut améliorer la condition des classes laborieuses qu'en changeanten leur faveur la proportion entre le capital et le nombre des travailleurs. Tout plan d'amélioration quin est pas basé sur cette vérité est illusoire, parce : que le progrès ne durerait pas (1). »
J.-B. Say conseille « d'augmenter les épargnes plus que les enfants ».
La pauvreté, dit Adam Smith, semble favorable à la génération.
(4) 3. Sruarr Mis : les Principes de l'Économue politique.
bé.
Marx accuse le capital de créer une surpopulation relative formant l’armée de réserve des chômeurs.
« Il faut, dit Sismondi, que le revenu croisse avec le capital, que la population ne dépasse pas le revenu qui doit la faire vivre », et plus loin : « et que la reproduction se proportionne également au capital qui la produit, et à la population qui la consomme (1). »
Pour Spencer, la fécondité des espèces varie en raison inverse du développement des individus. Dans l'espèce humaine, les classes inférieures sont plus prolifiques que les classes dites d'élite. Il invoque une sorte d’antagonisme physiologique qui existerait entre l'activité génératrice et l’activité cérébrale, et dénonce le féminisme comme facteur influant négativement sur la reproduction ; la femme devient de plus en plus en proie au surmenage mental et au surmenage physiologique.
Mais, avec Proudhon (1848), Bastiat (1850), Guillard (1855), Wolowski (1862), Le Play (1864) et Bertillon père, un revirement se produit. A la crainte de surpopulation, vient se substituer la crainte de la dépopulation de la France ; de nouvelles théories surgissent pour l'expliquer ; les remèdes les plus variés sont proposés pour la combattre : nous les étudierons dans les chapitres suivants.
Or, il est un fait constant en thérapeutique : dès qu'un grand nombre de médicaments sont proposés pour guérir une même maladie, aucun n'est vraiment spécifique et curateur ; le praticien ne peut faire que
(4) Sismoxn: : Nouveaux principes d'économie politique, t. 11, p. 257.