‹ La dépopulation de la France; ses conséquences, ses causes, mésures à prendre pour la combattreChapitre 13 sur 149 · CO CO CO CO CO CO CO · texte numérisé non relu

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représentée par 2, d'atteindre les effectifs que peut réunir une population représentée par 3. » Gela est évident, mais il y a

trente ans. la population allemande d'âge militaire était représentée comme la nôtre par 2. et avant une douzaine d'années, cette population sera représentée par 4! voilà, hélas ! ce qu'il faut savoir! Voilà ce qu'il faut prévoir!

Nous ne croyons malheureusement pas que la France compense « la quantité par la qualité ». Rien n'indique que l'armement soit meilleur ni la discipline plus rigoureuse en France qu'en Allemagne. D'autre part, il est certain que la force physique des soldats allemands est supérieure k celle des soldats français. La l'orée numoriquede la population allemande permet, en effet, à son administration militaire de choisir les conscrits avec beaucoup plus de rigueur que ne peuvent le faire nos conseils île révision.

Deux ans plus tard (24 déc. 1900) M. Raiberti et M. Plichon et après eux M. Richard Waddington et quelques autres encore, ont vu la vérité d'un peu plus près encore que M. Aimond. Ils ont prédit que les effectifs des années prochaines seraient moindres.

Le 21 juin 1902, j'écrivais au Temps une lettre où j'annonçais que le nombre des conscrits diminuerait au moins pendant vingt ans. « Gela est fatal, inéluctable. On peut donc annoncer avec certitude quel sera le nombre approximatif des conscrits d'ici à vingt ans. Il sera inférieur de 35.000 hommes à ce qu'il est aujourd'hui. » (Suivait un calcul sommaire.) Cette lettre produisit alors un effet assez considérable. Elle fut reproduite, discutée, vérifiée, citée au Sénat, puis oubliée.

Enfin, M. Messimy, député, rapporteur de la loi des cadres, a exprimé il y a deux ans la même pensée et les mêmes chiffres, sous une forme très saisissante :

« Pour nous rendre appréciable sous une forme concrète et saisissante la chute successive des effectifs par suite de la diminution des contingents, nous avons, dans le tableau ci-

après, comparé l'effectif total des deux contingents qui étaient

présent s au mois d'octobre L907 a l'effectif total dos contingenta qui seront sons les drapeaux pendant la période des viu^t prochaines années.

« L'an prochain, en 1909, col effectif sera inférieur de N0 bataillons a ce qu'il était en 1907.

« Si l'on considère les années qui vont suivre, en les groupant par périodes quinquennales, la diminution de l'effectif sera en moyenne :

« De 94 bataillons pour la période de 1908 à 1912 ;

« De 110 — J913 à 1917;

« De 118 — — 1918 à 1922;

« De 154 — — 1923 à 1928;

par rapport à l'effectif de l'armée au mois d'octobre 1907.

« Sous une autre forme, on peut dire que si nous voulons maintenir nos unités aux effectifs qu'elles avaient en 1907 et qui n'avaient rien d'excessif, car les compagnies d'infanterie étaient à 119 hommes en moyenne — nous devrons d'ici vingt ans, supprimer cinq corps d'armée ».

11 faut ajouter ceci : En môme temps que nous perdrons cinq corps d'armée, chacun de nos voisins en gagnera dix !

Mais ce n'est pas tout : De ce que la quantité des habitants nous manque, il résulte que la qualité des soldats nous manque.

Les soldats français sont moins robustes que ceux des autres armées. Gela est fatal, puisque dans les autres pays, on peut éliminer non seulement les infirmes, mais aussi les médiocreSj et ne garder que les hommes de premier choix. En France, au contraire, on en est arrivé à prendre même les infirmes (pour les services auxiliaires) et les médiocres pour le service actif.

Cette infériorité physique des soldats se traduit dans les statistiques médicales de l'armée. La mortalité des soldats français (armée de l'intérieur seulement) a été en 1901-06, de 3,6 décès pour 1.000 soldats; ce chiffre est supérieur à celui qu'on observe notamment en Allemagne ; on a longuement discuté les causes de cette fâcheuse différence ; la seule cause sur laquelle on s'est trouvé d'accord est celle que nous venons de dire : à l'étranger on choisit les recrues ; en France on ne peut pas le faire.

Nous résumons ainsi ce douloureux chapitre :

Dans aucun pays, le service militaire n'est aussi lourd

qu'en France, parce que les hommes manquant en France, on les incorpore tous, tandis qu'ailleurs on fait, parmi eux, un choix. En France le nombre des jeunes hommes diminue et continuera à diminuer (au moins pendant vingt-cinq ans, — c'est un résultat dès à présent acquis — et très probablement pendant plus longtemps encore), tandis qu'à l'étranger, il augmente sans cesse. Malgré ce lourd fardeau, le pays ne parvient pas à avoir une armée aussi nombreuse que celle des pays voisins.

De plus, les puissances étrangères, ayant beaucoup plus de jeunes hommes qu'il ne leur faut de conscrits, peuvent choisir les plus forts tandis que nous ne le pouvons pas. Le soldat français est donc physiquement inférieur aux soldats des autres pays.

Ainsi, n'ayant pas la quantité, nous ne pouvons pas espérer avoir la qualité.

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