et plus
Ainsi plus les non assurés soni nombreux, plus la fécondité est élevée ; en d'autres termes, moins l'esprit de prévoyance est développé, plus la natalité a tendance d'être élevée.
M. Tallqvist a mis en relation la fréquence des livrets de caisse d'épargne et la fréquence des naissances :
1. Recherches statistiques su?* la tendance à une moindre fécondité des mariages, par J.-V. Tallqvist (1 vol., 140 p., Helsingfors, 1886). M. de Felice a refait les calculs de M. Tallqvist pour une période récente, et a reconnu leur constance.
Sur 1.000 habitants,
combien do livrets de
caisse d'épargne
en 1880.
Sur 1.000 femmes
de 15 à 20 ans,
combien de naissances
en 1 an (1877-81).
•22 départements .
li) —
France entière. . .
Du voit que plus les livrets de caisse d'épargne sont fréquents, plus est faible la natalité. L'auteur a varié ses recherches avec beaucoup de prudence ; il a tenu compte de l'éloignement des Caisses d'épargne dans les divers départements, du développement de l'industrie dans chacun d'eux, etc.. Toujours ces chiffres ont donné la même réponse.
Ce fait n'est pas spécial à la France, M. Tallqvist Ta recherché et Ta retrouvé en Suisse, en Angleterre, en Danemark, en Suède, en Norvège, en Italie, en Prusse.
Partout les résultats sont analogues. Voici, par exemple, comment se résument ses recherches en Prusse:
Sur 1.000 habitants Sur 1.000 femmes
combien de 15 à 50 ans,
de livrets de caisse combien de naissances
d'épargne (1881). en 1 an (1879-33).
6 districts. . .
Prusse entière .
La natalité des divers groupes de districts est beaucoup plus forte et, de plus, elle diminue moins vite qu'en France d'un groupe à l'autre, mais pourtant, en Prusse presque comme en France, on la voit s'affaiblir à mesure que Ton considère une généralisation plus grande de l'esprit d'épargne. On la voit aussi diminuer en Prusse, a mesure que
dans une contrée l'impôt sur le revenu produit davantage. D'où vient donc qu'en France seulement, la natalité s'abaisse au point de compromettre gravement l'avenir du pays ? Gela ne tient-il pas à ce que chez nous le nombre des épargnants est plus grand qu'ailleurs (voir page 116). N'est-il pas à croire que, dans notre France depuis longtemps républicaine et depuis plus longtemps démocratique, le sentiment qu'Arsène Dumont appelait la « capillarité sociale » ne soit plus généralisé que dans les autres pays? Cette expression ingénieuse, adoptée par plusieurs écrivains distingués, est entrée dans le vocabulaire courant. Cette capillarité sociale, notre regretté collègue la définissait ainsi :
Tout homme tend à s'élever des fonctions inférieures de la société à celle qui sont au-dessus. Guidée par un instinct infaillible et fatal, chaque molécule sociale s'efforce, avec toute l'énergie qui peut lui rester disponible, — sa conservation une fois assurée, et sans se soucier de ses semblables autrement que pour les dépasser, — à monter sans cesse vers un idéal heureux qui la séduit et l'attire comme l'huile monte dans la mèche de la lampe. Plus le foyer est ardent et brillant, plus cette capillarité sociale est dévorante1.
Quand l'espoir de s'élever vers une classe supérieure à la sienne est entrée dans l'esprit d'un homme, il tend à la réaliser par tous les moyens : l'un des premiers consiste, en France, à diminuer le nombre de ses charges et celui de ses enfants. M. Ars. Dumont l'a démontré par un grand nombre d'exemples étudiés sur nature en étudiant, sur place le plus souvent, les groupes de population les uns après les autres, dans d'intéressantes monographies communales (voir Annexes, p. 318).
Voici quelques passages d'un article qui a fait le tour de la presse allemande, et qui méritait ce succès2 :