SECONDE PARTIE
RAPPORTS D'ARRÊTÉS
Si j'ai réuni les Rapports d'arrêtés sous une rubrique et dans une série spéciale, ce n'est à raison ni de leur nombre ni de leur importance ; j'ai voulu seulement que, les ayant d'ensemble sous les yeux, le lecteur pût apprécier facilement le caractère de ces rétractations, en mesurer l'étendue, et, par les dates, en faire honneur, si honneur il y a, à qui de droit.
En règle générale, le Directoire ne revenait pas sur les arrêtés qu'il avait rendus. Le ministre de la police générale le savait si bien que, aux sollicitations, aux pétitions qui lui étaient adressées en faveur de déportés, il répondait qu'une procédure terminée ne pouvait être reprise que sur l'ordre du Directoire ou sur l'initiative d'un des Directeurs ; et cette initiative, il se gardait de la provoquer. Pour ébranler les décisions prises, il fallait des démarches et des apostilles puis-
XXXIV INTRODUCTION
santés ; encore devaient-elles être fréquemment réitérées. Témoin le prêtre constitutionnel Pigeot, de la Moselle, déporté à Tîle de Ré : il avait donné des gages à la République, toute la population était pour lui ; aucun des reproches qu'on lui faisait n'était fondé ; cependant il s'écoula une année entière, pendant laquelle on ne cessa d'agir en sa faveur, avant qu'il obtînt justice et qu'il fût libéré ».
J'ai compté 89 rapports d'arrêtés, qui s'appliquent à 274 personnes, dont 62 seulement de France et 212 de Belgique. Quel écart entre ces nombres et ceux que nous avons relevés pour les arrêtés ou pour les personnes qu'ils atteignaient ! En présence de pareils chiffres, comment parler soit de réaction, soit de clémence ou de justice ?
Il est fort rare qu'une nouvelle enquête, sérieuse et contradictoire, précède et prépare ces rétractations : un parti pris a dicté certains arrêtés ; un autre amène des décisions contraires. Combien de sursis ou de mises en liberté sont prononcés sans alléguer de motifs ! Le vent a changé : ceux que l'on condamnait la veille, on les acqpiitte aujourd'hui. Il y a les infirmités, le g^and âge : n'aurait-on pu y regarder plus tôt? Ainsi, tel est en démence, tel ne bouge plus de son fauteuil ; cet impotent qu'on n'avait pu même transférer en prison, on l'avait condamné à la déportation ! Voilà des séries de prêtres de la Meuse-Inférieure, des Deux-Nèthes, sexagénaires, octogénaires même, infirmes, quelques-uns aveugles : rapport a. D'autres prêtres sont mariés, pères de famille, exercent un métier : on lève l'arrêté. Ceux-ci n'ont jamais été prêtres, ou sont de simples frères lais : le monstrueux arrêté du 14 brumaire an VII ne leur est pas applicable. Tels prêtres sont des jacobins, hommes politiques, mariés, révolutionnaires notoires : Merlin (de Douai) et Revellière avaient fermé obstinément l'oreille aux réclamations des anciens terroristes Gamier et Bernard (de Saintes); les deux Directeurs tombés,