‹ La déportation ecclésiastique sous le directoireChapitre 4 sur 114 · Id · texte numérisé non relu

Id

6. Il faut ajouter à ce nombre les 7,4^8 prêtres frappés par l'arrêté du 14 brumaire an VII.

INTRODUCTION. XV

an VI). Les réclamations affinaient ; à peine si le Directoire avait le temps d'y répondre ; les commissaires devançaient ses ordres : les victimes arrivaient à Rochefort et étaient embarquées ponr la Guyane, avant que la clémence ou la justice eût pu les atteindre.

Sotin tomba en disgrâce à la fin de pluviôse an VI : un protégé de Merlin, Dondeau, lui succéda. Sans attribuer à ces personnages subalternes plus d'influence qu'ils n'en ont eu, on doit remarquer qu'il se produisit alors un certain ralentissement, et que, dans les trois mois de ce ministère (ventôse, germinal, floréal), la diminution des arrêtés et des personnes frappées fut très sensible. Dondeau avait-il personnellement quelque répugnance pour cette chasse au prêtre, qui rappelait la Terreur ? La disgrâce de l'ardent Sotin l'avait-elle averti d'être moins emporté? Il n'y a peut-être à cet affaiblissement momentané dans la répression qu'une cause toute naturelle : on avait tellement multiplié les arrêtés dans la première période que la matière déportable se trouva réduite pour la suivante.

Avec Lecarlier (de prairial an VI à brumaire an VII), les chiffres progressent sur les précédents, et, par le nombre sinon des arrêtés, du moins des déportés, rappellent ceux des premiers mois. Au début, c'était la France qui avait fourni le plus fort appoint; maintenant, c'est la Belgique. On sent que la guerre y fermente, qu'elle va éclater, qu'elle est déclarée et que la déportation des prêtres sera l'une des armes du Directoire. En prairial, 68 prêtres ; en messidor, io8 ; en fructidor, 129 sont frappés : voilà les arrêtés précurseurs de celui du 14 brumaire an VII, décret de proscription générale contre le clergé belge, analogue à celui que l'Assemblée législative avait porté, le a6 août 1792, contre le clergé français réfractaire. Ces arrêtés contre les Belges, c'est l'œuvre propre de Lecarlier, et si bien que, celui du 14 brumaire à peine rendu, il quitte le ministère de la police générale et se rend en Belgique pour y surveiller l'exécution de ces atroces mesures : la mort viendra l'y surprendre (1799).

XVI INTRODUCTION

Son successeur, le chevalier Daval, de la Seine-Inférieure, était un ancien conventionnel qui n'avait pas voté avec les régicides et qui s'était laissé confondre un instant dans les rangs des Girondins. Nous avons vu, à propos des commissions militaires, des traces de son intervention personnelle dans le sens de la rigueur : il n'en usera pas autrement à l'égard des prêtres. A son entrée en fonctions, il recueillit en deux circulaires la jurisprudence de son ministère pour tout ce qui touchait aux poursuites à engager contre les ecclésiastiques et les émigrés : sous des termes moins emportés, il reproduisait les théories et les pratiques de Sotin. En ses huit mois de pouvoir, il ût signer au Directoire cent soixantedeux arrêtés, comprenant cinq cent un individus ; il y avait dans le nombre deux cent quarante et im Français. L'opinion contemporaine ne sépara pas Du val des deux directeurs, Merlin (de Douai) et Revellière-Lépeaux : au 3o prairial an VII, il dut les suivre dans leur chute, et peu s'en fallut qu'il ne fût compris dans l'acte d'accusation que quelques membres des conseils voulurent un moment porter contre eux.

Ces deux personnages une fois tombés du pouvoir, le mouvement de persécution s'arrête court : de messidor an Vil à vendémiaire an VIII (quatre mois), il n'y a que cinq arrêtés ! Mais, si la plume qui signait infatigablement des arrêtés de déportation tomba enfin de la main des Directeurs i, l'exécution

I. Barras signa a83 arrêtés de déportation ; Revellière-Lépeaux, a3t ; Merlin (de Douai), i5a; Treilhard, 64; Reubeli, 34; Sieyès, 5. Lorsque, comme Revellière-Lépeaux, on a donné, et avec quel soin ! a3i signatures, parmi lesquelles celles des 9 départements de Belgique, il est étrange que, même après vingt-cinq ans écoulés, on ne s'en souvienne plus. Cependant, dans ses Mémoires récemment publiés, il a osé écrire : < Qu'on scrute en entier ma vie privée et ma vie publique : où verra-t-on Thommc sanguinaire signant chaque jour l'arrêt de mort de 60 ou 80 personnes de tout âge, de tout sexe, de toutes les opinions? » I, 299. — Ailleurs : c La liste de proscription, une fois close par le Corps législatif, le fut irrévocablement. La justice reprit toutes .ses formes et qui que ce soit ne fut inquiété. » II, i36. — Ailleurs encore : « Us se rejettent, et M— de Staël comme les autres, sur les persécutions et les cruautés qui succédèrent à la lutte. Mais ces persécutions, ces cruautés, où les a-t-on vues? Il n'a pas été lancé un seul mandat d'arrêt après le 19 fructidor contre qui que ce soit. • II, 141.

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INTRODUCTION. XVII

des arrêtés antérieurs n'en fut pas suspendue : on ne rappela pas les déportés de la Guyane, on ne vida pas les prisons, on ne rendit pas la liberté aux internés de Tile de Ré et de 111e d'Oléron. Non seulement ces deux îles conservèrent leurs hôtes, mais on continua à leur en expédier de nouveaux : de prairial à brumaire, elles en reçurent ensemble deux cent deux.

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