‹ La déportation ecclésiastique sous le directoireChapitre 9 sur 114 · FURENT EXÉCUTÉS · texte numérisé non relu

FURENT EXÉCUTÉS

Il faut distinguer entre les prêtres qui furent simplement condamnés à la déportation et ceux qui furent déportés réelle' mentj c'est-à-dire qui subirent la déportation à la Guyane, à rile de Ré, à l'Ile d'Oléron, ou à Rochefort.

Le Directoire signa 769 arrêtés qui visèrent nominativement i,a6o prêtres français, et, pour la Belgique, par des arrêtés tantôt individuels, tantôt collectifs, 876 prêtres, plus les 7,4^8 que frappèrent les neuf arrêtés du 14 brumaire an VII. J'ai pris soin, soit dans la suite des arrêtés, soit aux tables alphabétiques des noms, de marquer d'un astérisque chaque nom de prêtre qui fut réellement déporté, avec indication du lieu de sa déportation.

Il est facile d'en dresser la récapitulation. Sur les 1,260 prêtres français qu'atteignirent les arrêtés du Directoire, 375 seulement subirent leur peine : 8â à la Guyane ; !2Ôo à 111e de Ré ; ai à llle d'Oléron ; 11 à Rochefort ; i à l'Ue d'Aix. Pour les 875 prêtres belges, loi, réellement déportés, furent répartis ainsi : 29 à la Guyane ; 5i à l'ilé de Ré ; 18 à l'Ue d'Oléron ; 3 à Rochefort.

I. « La proscription des prêtres n^était plus le résultat d'un refus de serment, elle devenail un principe de la législation.... Ils frappent le prêtre, non pas à cause de son hostilité réelle ou présumée, mais à cause de son caractère.... Ils ont déclaré qu'à ravenir, en recevant le sacerdoce, on devenait un paria. » J'emprunte ces lignes à la seconde partie, t. I, p. 149) du nouvel ouvrage de M. Ludovic Sciout : Le Directoire; deux volumes de la première partie ont déjà paru (Didot) ; la seconde est sons presse.

XXXII INTRODUCTION

Ces chiffres nous conduisent à plusieurs constatations. La première, c'est que si l'on établit une proportion entre le nombre des personnes condamnées et celui des personnes réellement déportées, on trouve qu'un peu plus du tiers des prêtres français visés par le Directoire et un peu plus du huitième des prêtres belges subirent la déportation. Les deux tiers en France et plus des sept huitièmes en Belgique échappèrent soit par la fuite, soit en se cachant, à l'exception de ceux, dont le nombre est incertain, qui furent retenus en prison.

Mais, ne l'oublions pas, il ne s'agit ici que des arrêtés émanés du Directoire : le total général de la déportation est bien plus élevé. Ainsi, lorsqu'on se réfère aux listes de déportation de la Guyane, de l'ile de Ré et de l'île d'Oléron, on relève (pour ne pas parler des laïques) 253 prêtres à la Guyane, dont 3o belges ; 943 à l'Ile de Ré, dont 246 belges ; 193 à l'Ile d'Oléron, dont 136 belges : total, pour toute la déportation ecclésiastique, 1,388. Le Directoire ne fournit qu'un contingent de 476, soit à peine le tiers.

D'où vinrent les deux autres tiers ? C'est ici qu'on peut mesurer le très large rôle que jouèrent, dans l'exercice de la déportation, les administrations centrales, sous l'approbation, du reste, soit tacite, soit expresse et formelle, du Directoire 1. Les arrêtés qu'elles prirent furent non seulement plus nombreux, mais mieux exécutés. Elles avaient leurs victimes à portée, elles les frappaient à coup sûr ; et, tandis que l'arrêté du Directoire, venant de loin et lentement, restait quelque temps suspendu comme une menace qui avertissait de fuir, celui de l'administration centrale précédait ou suivait immédiatement l'arrestation. Il en est qui détaillent complaisamment les motifs de déportation ; mais combien d'autres sont de la rédaction la plus sommaire ! J'ajouterai même : pour

I. c Les Commissaires du Directoire Exécutif m^adresseront, dans les vingt-quatre heures, tous les arrêtés et avis que les administrations centraies auront pris relativement aux ecclésiastiques. » — Circulaire du ministre Duval, Appendice /, p. 44^

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