‹ La déportation ecclésiastique sous le directoireChapitre 8 sur 114 · CLERGÉ CONSTITUTIONNEL · texte numérisé non relu

CLERGÉ CONSTITUTIONNEL

Est-il vrai, comme quelques députés le reprochèrent au Directoire, comme l'abbé Grégoire en fait honneur au clergé constitutionnel, que le Directoire ait égaré ses foudres sur ces amis naturels de son gouvernement et qu'il ne les ait pas traités avec plus d'égards que des réfractaires ?

Si l'on regarde au nombre des déportés dans les deux clergés, il n'y a pas d'hésitation possible : de même que le clergé catholique offrait le plus de motifs ou de prétextes à la persécution, c'est lui aussi qui fut le plus éprouvé. Il n'en est pas moins intéressant de rechercher dans quelles conditions et dans quelle mesure le clergé constitutionnel eut sa part dans les poursuites.

Serments, actes de soumission aux lois, déclarations d'a-

I. Cf. SaliciSj p. 366; Le Mercier, p. 366; Portallier, p. 9a4} Louis Petit, p. 471 ; ce dernier n'était pas constitutionnel.

XXX INTRODUCTION

dhésion politique, les prêtres constitutionnels n'avaient rien refusé ; ils paraissaient hors d'atteinte. Il y avait pourtant deux cas dans lesquels ils devenaient suspects. Ainsi, s'ils se montraient respectueux de leur caractère sacerdotal, fidèles à leurs devoirs d'état ; s'ils offraient dans leur attitude religieuse comme une contrefaçon du prêtre réfractaire, le Directoire les tenait en défiance, il surveillait leur « fanatisme ; » il les considérait volontiers comme dangereux pour la tranquillité publique, en dépit de leurs opinions politiques. Il savait, en effet, que, de ces prôtres-là, il ne pouvait attendre des complaisances qui engageassent leur conscience; ils ne respectaient pas le décadi, ils ne fréquentaient pas les fêtes publiques, ils persistaient à faire enseigner le catéchisme dans les écoles ; par la forme, ils paraissaient attachés au gouvernement ; par le fond des doctrines, ils s'en séparaient. Maudru et Le Goz, deux évêques constitutionnels, avaient, dans leurs mandements qui suivirent le prétendu concile de 1797, critiqué les a institutions républicaines ; » l'arrêté de leur déportation fut rédigé : il n'y manqua que la signature.

L'autre classe de constitutionnels s'était jetée dans les luttes électorales, en opposition avec les visées du Directoire : c'étaient des hommes politiques. Le Directoire ne les en goûtait pas davantage, et, eussent-ils abdiqué, même avec scandalCf leur caractère ecclésiastique, fussent^ils même mariés, malgré tous ces gages, il les traitait en adversaires et ne se rappelait le titre de prêtre auquel ils avaient renoncé que pour les frapper plus sûrement. Leurs amis réclamaient ; des députés, anciens terroristes, intervenaient avec insistance : le Directoire ne se laissait pas fléchir et maintenait avec fermeté ses arrêtés i.

On peut dire avec vérité que c'est surtout contre les cons-

1. Citons Planier, Malteste-Lavergne et Dupuy, p. 3o4 «t 4i5; Deschamps, p. 179; Ghayrou, p. i55; Zabée, p. 197, etc. Deschamps avait apostasie; mais il avait appelé le 18 ftructidor c une journée infftme ; » il avait tourné en ridicule les opinions des Directeurs, etc. ; indé ira! ; on Taccnsa de royalisme et de haine contre le gouvernement républicain.

INTRODUCTION. XXXI

titutionnels, qui étaient en règle avec toutes les lois, que le Directoire recourut à la faculté dont il s'était fait investir de déporter « ceux qui troubleraient la tranquillité publique. 9 A défaut de textes légaux, c'était pour lui Targument suprême et la dernière arme de combat i.

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