‹ La dermite granuleuse: de 1850 à nos jours; son traitement chirurgicalChapitre 10 sur 28 · IV. L'HABRONÉMOSE CUTANÉE · texte numérisé non relu

IV. L'HABRONÉMOSE CUTANÉE

1° /dentification du parasite.

Ni, de 1910 à 1915, peu de travaux sont publiés sur la question, pendant cette année 1915, l'étude de la dermite granuleuse fera un pas considérable en avant.

DESCAZEAUX signale, en effet, au Brésil l'affection connue sous le nom de ( Esponja ». Elle est due à la présence dans les tissus d’une larve de Nématode présentant de grandes analogies avec celles rencontrées par RIVOLTA, LAULANIÉ, FAYET et MOREAU, en Italie et en France.

Razer et HENRY, la même année, après étude d'une pièce fournie par DESCAZEAUX identifient le parasite qui ne serait autre que la larve d’un (« spi-

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roptèreé » du genre € Habronéma » parasite assez fréquent de l'estomac du cheval.

S'appuyant sur des documents qui lui sont fournis par DESCAZEAUX, RAILLIET tire les conclusions sui-

vantes :

a) Le parasite est un embryon d'habronème et l'affection doit porter le nom d’Habronémose cutanée.

b) Les formes cliniques de laffection varient dans une certaine mesure suivant le stade évolutif du parasite et suivant le climat.

c) Il est vraisemblable que l'infection s'effectue de dehors en dedans par l'intermédiaire des fumiers.

d) La prophylaxie doit comporter l’administration de vermifuge et la destruction des mouches.

Ainsi donc pour RAILLIET (les embryons de parasite passeraient de l'estomac dans l'intestin, puis seraient libérés dans les litières et les fumiers d’où ils pénètreraient dans la peau, à la façon des larves d’ankylostomes provoquant une irritation pour abcutir à la plaie d'été.

VAN SACEGHEM, au contraire, ne croit pas à l'in fection directe de la peau par les litières, mais à ja transmission du parasite par les mouches, justement très nombreuses pendant la période où sévit la dermite granuleuse, Elles déposeraient les embryons soit sur une plaie déjà existance, soit sur les muqueuses qu'elles peuvent atteindre,

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Cette hypothèse lui est suggérée par ce fait qu'il constate les plaies d'été, surtout à l’avant-main et sur des sujets vivant en permanence en dehors des écuries et pour lesquels, par conséquent, les litières ne peuvent être incriminées. C’est cette hypothèse de VAN SACEGHEM qui sera confirmée.

2° Premières données de DESCAZEAUX et description du parasite.

A partir de cette époque, vétérinaires et biologistes s’attaquent avec acharnement à l'étude de la question, élargissant petit à petit la voie ouverte par RAMSON, en Amérique, quelques années auparavant. On arrive ainsi à fixer le mode d'évolution et les conditions d'action pathogène du parasite.

DESCAZEAUX reprend en France l’étude de la plaie granuleuse et il constate que la forme larvaire rencontrée est semblable à celle déjà trouvée au Brésil.

Il attire d’abord l'attention sur le mode d’extension des plaies d'été :

Il existe, écrit-il, une partie centrale ulcérée qui a tendance à s’agrandir, mais sans jamais atteindre les bords de la tumeur. C’est là un caractère constant. La plaie s’élargit, mais la teneur s’élargit également par la base. Les bords de Ia plaie sont formés par des tissus épidermiques soulevés par une inflammation venant de la profondeur : les poils tombent, l’épiderme est craquelé et forme un anneau

de croûtes. Si on soulève ces croûtes, on enlève en même temps le derme auquel adhèrent des villosités de la grosseur d’une tête d’épingle à celle d’un pois, villosités fibreuses, d’origine parasitaire, de même nature que les nodosités fibro-calcaires que lon rencontre moins nombreuses au centre de la plaie,

Il donñe ensuite de précieuses indications sur la recherche jusqu'alors si difficilé du parasite, ( recherche qu'il faut effectuer dans les villosités n'ayant pas encore subi la dégénérescence calcaire, dans les nodosités périphériques ».

S'il est difficile, dit-il, d’avoir le parasite tout entier, il est presque toujours possible d’en identifier des parties à moins qu'il ne soit phagocyte, ce qui est l'exception.

Pour l’examen complet du ver, il faut disséquer le nodule, sous le microscope, qu moyen de fines aiguilles, dans une solution d'acide chloridrique à 2 pour mille, I1 y à intérêt à laisser le nodule pendant quatre ou cinq jours dans une solution d'acide chloridrique à 5 pour mille au préalable.

DESCAZEAUX décrit le parasite comme il suit :

«€ C’est un embryon cylindrique long de 2 mm. 8 à 3 millimètres, et large de 60 à 70 x, dont la partie antérieure est légèrement atténuée et arrondie à ses | extrémités. L'extrémité postérieure s’atténue progressivement à partir de l’anus et se termine par une pointe mousse garnie de piquants. Elle est toujours incurvée, la pointe dirigée vers la face dorsale, sa bouche est inerme, circulaire, se continuant par un

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. pharynx cylindrique de 60 # sur 12, auquel fait suite un œsophage sinueux occupant le tiers du corps et terminé par un anus en clapet, s’ouvrant à 90 x de l'extrémité postérieure. ;

Cette larve correspondrait au stade 6 de la larve d'Habronema muscæ décrite par RANSOM.

Enfin, il signale certaines formes larvaires erratiques à la surface des plaies et déjà rencontrées au

Brésil, mais qu'on ne trouve jamais dans les granulations. Il.les croit apportées par les mouches.

En ce qui concerne le mode de transmission du parasite, DESCAZEAUX montre : |

a) Que l’examen au microscope après dissection des mouches qui viennent se poser à la périphérie des plaies, au niveau de la limite de la partie ulcérée, amène la découverte au niveau de la trompe de certaines d’entre elles, d’un parasite identique à celui des plaies granuleuses. Ces larves parfois en train de muer correspondent au stade 5 de RANSOM : Quatre sur dix des mouches examinées sont porteurs du parasite.

b) Que l’examen après enrichissement des excréments de chevaux porteurs de plaies d’été ont permis de rencentrer assez fréquemment une fonme embryonnaire qui ressemble, par ses caractères, à la forme embryonnaire de l’Habronema musceæ.

11 pense que partant de cette forme embryonnaire, il est possible d'arriver à la forme larvaire qu'est le parasite déjà avancé des plaies d'été.

Il conclue que de ces constatations « semble découler une pathogénie exacte des plaies d'été qui sont dues à la présence irritante dans les tissus d’une larve de spiroptère inoculée par les mouches. Si cette inoculation se fait généralement au niveau d'une plaie, il est également possible à la larve de franchir la peau en dehors de toute effraction cutanée à la façon des larves d’ankylostome ».

La réaction organique aboutit à la formation du module.

Il considère que les larves qui deviennent parasites au sortir de la trompe des imouches, ne subissent plus aucune mue et que seules les larves du stade 6 de RAMSON sont capables de déterminer les plaies d'été.

Il termine en disant que l’on ne saurait objecter que les mouches s’infestent au niveau de la plaie, étant donné l’extrême rareté du parasite à sa surface et sa situation profonde au sein du nodule.

3° Confirmation de la présence du parasite à Nîmes,

par MONNIER (1921).

MONNIER, en 1921, confirme à Nîmes, la présence des larves dans les plaies d'été, confirmation qu’il accompagne d’une technique pour la recherche celinique du parasite.

«€ Bien que cette recherche soit difficile et que des auteurs comme FAYET, MOREAU, TEPPAZ aient enre-

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gistré de nombreux échecs, il est possible de voir le parasite sur une plaie récente avant que le processus réactionnel ait abouti à la phagocytose ou à l’inclusion dans les granulations fibro-caséeuses où calecifiées.

Cette technique consiste à prélever sur une plaie récente des villosités périphériques, lesquelles sont ensuite fractionnées, si cela est nécessaire, en fragments de la grosseur d’un grain de blé que l’on place sur une lame porte-objet recouverte aussitôt d'une deuxième lame. On exerce ensuite une pression constante et progressive sur les deux lames, opération rendue très facile par la dépressibilité des tissus. Il suffit alors d'attendre un commencement de dessication, de remplacer une des lames par une lamelle et “‘eraminer. Le parasite apparaît sous forme d’un long filament transparent, réfringeant, s’insinuant çà et là dans l’épaisseur de la préparation.

Au point de vue hématologique, il signale que dans les dermites vermineuses, les frottis révèlent une éosinophilie marquée, qui, sur 5 chevaux examinés atteint 16 %.

A défaut de parasite, dit-il, cette constatation permettrait d’éveiller les suspiscions et même le cas échéant, d'établir un diagnostic différentiel. Le procédé en est très facile et consiste : dans une prise de sang par piqûre dans la plaie, suivie d’étalement, de dessication par agitation à l’air et de fixation à l'alcool éther. Il ne reste qu'a colorer à l’hématoxyline-éopine triacide et à examiner à l'immersion; on

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compte alors les globules blancs en déplaçant la lame toujours dans le même sens jusqu’à 100 leucocytes de ‘toutes espèces et on note la proportion d’éosinophiles rencontrés,

La formule leucocytaire normale, d'après DUR- ROUX, chez le cheval, donne 4,6 % d’éosinophiles.

4° Aisé au point de la pathogénie par ROUBAUD et

DECAZEAUX.

La pathogénie de l'affection est définitivement mise au point, en 1921, par ROUBAUD et DECAZEAUX, dans un mémoire intitulé : € Contribution à l’histoire de la mouche domestique comme agent vecteur de l’habronémose des Equidés ».

Ces auteurs ont suivi l’évolution du parasite chez la mouche domestique infectée expérimentalement par la larve de l’Habronema megastomum.

Ils ont constaté que l’infestation de l'insecte se fait chez la larve et que l’évolution du parasite est à cheval sur ses trois états.

L’embryon passe assez rapidement du tube digestif de son hôte, dans les tubes de Malpighi, où il subit ses mues pour arriver au troisième stade. Cette larve abandonne les tubes pour gagner la cavité générale de l’insecte puis le thorax, la tête et s’enga dans la trompe de la mouche devenue adulte.

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Elle parvient ensuite dans la cavité du labium et

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se libère en passant à travers la membrane qui unit les labelles,

L'infestation du cheval peut donc se faire soit par ingestion de mouches mortes avec les aliments, ce qui est assez rare, soit, ce qui semble plus probable, par libération des larves d’habronème de la trompe de la mouche, ou bien au niveau des plaies pour donner la dermite granuleuse, ou bien au niveau des muqueuses, digestive ou respiratoire.

Dans le tube digestif, la larve évoluerait vers le parasite adulte, dans les voies pulmonaires comme sur une plaie, la larve erratique arrêterait son développement et serait destinée à périr au centre de la réaction organique.

Ces deux auteurs établissent que les agents des plaies d'été sont dans la majorité des cas des larves de l'Habronema muscaæ et de l'habronema megastoman au troisième stade. |

DESCAZEAUX détermine l'infestation expérimen-

-tale en plaçant des mouches parasitées sur des plaies artificielles du garrot, lesquelles prennent peu à peu les caractères de la dermite estivale avec granulations caséeuses.

La plaie expulsant elle-même les parasites, il constate que huit jours après la dernière infection, les lésions rétrecèdent.

Il en conclue qu'il faut un apport constant et massif de larves.

Enfin ROUBAUD et DESCAZEAUX font remarquer que l’aptitude des mouches à l’infestation habronè-

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