I. M"" de Staël, Considérations sur la Révolution française
courtes! Elles paraissent en un moment, et un autre moment les emporte. Petit à petit, Dieu nous sèvre des contentements de ce monde, et il nous attire de cette sorte au ciel. »
Isolé de sa' famille, le prisonnier s'habituait de plus en plus à sa petite tourelle, cette sorte d'oratoire où il se recueillait, où il méditait, où il priait. C'était pour lui ce qu'est la cellule du religieux dans T/wztation. « La cellule fidèlement gardée devient douce à la longue ; mal gardée, elle n'engendre que dégoût et ennui. Si, dès les commencements, tu la cultives et tu la gardes avec constance, elle deviendra bientôt pour toi une amie bien-aimée » (1. I, c. xx).
Il trouvait, dans le silence de ce réduit, des livres pour rédifier, un crucifix pour lui promettre l'avenir. Il lisait de plus en plus V Imitation de Jésus- Christ^ ce livre sublime qu'on ne peut ouvrir au hasard, sans tomber précisément sur la page qui était nécessaire à l'âme; V Imitation^ ce livre de ceux qui souffrent, de ceux qui ont besoin de se recueillir, de rentrer du dehors au dedans, ab exterioribus ad interiora.
Louis XVI n'était troublé dans ses méditations que par les soins de son procès. Dans la journée du 1 2 décembre, unedéputation de quatre conventionnels lui apporta le décret qui l'autorisait à choisir un conseil. Il déclara qu'il choisissait M. Target, ou, à son défaut, M. Tronchet, ou tous les deux, si la Convention y consentait.
I ? décembre. — La même députation revint au Temple. Elle dit au roi que M. Target avait refusé d'être son conseil, et qu'on avait envoyé chercher M. Tronchet. Elle lut plusieurs lettres adressées à la Convention par MM. Sourdat, Huet, Guillaume et Lamoignon de Malesherbes, qui demandaient tous rhonneur de défendre Louis XVL Le roi accepta les offres de AL de Malesherbes.
14 décembre. — M. Tronchet eut une conférence avec Louis XVL Le même jour, M. de Malesherbes fut introduit à la tour. « Le roi, nous dit Cléry, courut au-devant de ce respectable vieillard qu'il serra tendrement dans ses bras, et cet ancien ministre fondit en larmes à la vue de son maître, soit qu'il se rappelât les premières années de son règne, soit plutôt qu'il n'envisageât dans ce monient que l'homme vertueux aux prises avec le malheur. »
i5 décembre. — Le roi reçut la réponse relative à sa famille. Le décret portait en substance que la reine et M'"" Elisabeth ne communiqueraient point pendant le procès; que ses enfants viendraient près de lui, s'il le désirait, mais à condition qu'ils ne pourraient plus voir leur mère ni leur tante qu'après le dernier interrogatoire.
— Vous voyez, dit le malheureux père à Cléry, la cruelle alternative où ils viennent de me placer; je ne puis nie résoudre à avoir mes enfants avec moi ; pour ma fille, cela est impossible, et, pour mon liis,
je sens tout le chagrin que la reine en éprouverait*, il faut donc consentir à ce nouveau sacrifice.
Louis XVI s'immola une fois de plus. Il répondit que, quelque plaisir qu'il eût à voir ses enfants, la grande affaire qu'il avait ne lui permettait pas de s'occuper de son fils, et que sa fille ne pouvait quitter Marie-Antoinette. On monta le lit du dauphin au troisième étage dans la chambre de la reine.
Louis XVI ne voulut plus descendre dans le jardin.
— Je ne peux me résoudre à sortir seul, dit-il, la promenade ne m'était agréable qu'autant que j'en jouissais avec ma famille.
Marie-Antoinette ne pouvait se consoler de cette séparation. Il y avait des moments où la parole expirait sur ses lèvres, où elle regardait ses enfants avec un air de profonde compassion, qui les faisait tressaillir ; des nuits où elle restait debout, morne, immobile, comme la statue de la douleur. A d'autres instants, elle s'agitait, en proie à une sorte de fièvre: son sang bouillonnait dans ses veines ; elle se parlait tout haut à elle-même: elle demandait quelle loi, quel code permettait d'arracher le mari à sa femme, le père à ses enfants. Cette infranchissable barrière, ces verrous placés entre elle et Louis XVI l'indignaient. Gomme elle aurait voulu briser ces portes de chêne et de fer qui pesaient sur elle, pareilles au couvercle d'un sépulcre! Cette perpétuelle incertitude sur l'i sort du roi la torturait : « Mon père, a dit M'"® Royale, ne savait de nos nouvelles, et nous
des siennes que par des municipaux, et encore bien difficilement. J'eus mal au pied ; et mon père, Payant su, s'en affligea avec sa bonté ordinaire, et s'informa avec soin de mon état. Ma famille trouva dans cette Commune quelques hommes charitables qui. par leur sensibilité, adoucirent ses tourments -, ils assuraient ma mère que mon père ne périrait pas, et que son affaire serait renvoyée aux assemblées primaires, qui le sauveraient certainement. Hélas! ils s'abusaient eux-mêmes, ou, par pitié, ils cherchaient à tromper ma mère. »
19 décembre. — Le roi dit à Cléry, devant quelques municipaux :
— Il 3^ a quatorze ans, vous avez été plus matinal qu'aujourd'hui. C'était le jour où naquit ma tille. Aujourd'hui, son jour de naissance, être privé de la voir!
Et des larmes coulèrent de ses yeux. La parole de Dante est-elle vraie? Est-il exact qu'il n'y ait pire douleur qu'un souvenir heureux dans les jours d'inforiune ?
Quatorze années auparavant, le 19 décembre T778, la naissance du premier enfant de la reine, cet événement attendu avec tant d'impatience, tant d'émotion dans la France toute entière, avait été une si grande joie! Quelle animation ce jour-là au château de Versailles! Dans cette chambre oiî étaient mortes deux reines et deux dauphines, où étaient nés deux rois, Philippe V et Louis XVI,
et treize princes et princesses du sang, Marie-Antoinette mettait douloureusement au monde cette future orpheline du Temple, dont les destinées devaient être si pathétiques. Un instant après Taccouchement, la reine fut dans le plus grand péril. Le sang se porta soudain à la tête; elle perdit connaissance; on la croyait morte. Aussi, quand elle revint à elle, quand elle rouvrit les yeux, quand elle fut sauvée, quelle explosion, quel délire d'allégresse! On s'embrassait, on pleurait, on remerciait Dieu avec transport. M™® Campan n'a-t-elle pas eu raison de dire, en se rappelant ces épanchements de bonheur : « Combien de fois j'ai pensé à cette impénétrable et salutaire obscurité qui nous dérobe la connaissance de l'avenir ! Si, dans l'ivresse de notre Joie, une voix céleste, dévoilant Tordre secret de la destinée, nous eîit crié : Ne bénissez pas cet art des humains qui la ramène à la vie, pleurez plutôt sur son retour dans un monde funeste et cruel pour l'objet de ses affections. Ah! laissez-laie quitter honorée, chérie, regrettée. Vous verserez hautement des pleurs sur sa tombe, vous pourrez la couvrir de fleurs... Un jour viendra où toutes les furies de la terre, après avoir percé son cœur de mille dards empoisonnés, après avoir gravé sur ses traits nobles et touchants les signes prématurésde la décrépitude, la livreront à des supplices qui n'existent pas même pour les criminels, et vous précipiteront dans le gouffre avec elle, si vous laissez échapper le plus léger mouvement de compassion à l'aspect de tant
de cruautés. » Mais, le 19 décembre 1778, quel prophète de malheur aurait pu, sans être taxé de folie, présager un pareil avenir? Louis XVI présenta Tenfant à la reine. Elle la pressa sur son sein, et, la couvrant de baisers : « Pauvre petite, s'écria-t-elle, vous n'étiez pas désirée, mais vous n'en serez pas mois chère. Un fils eût plus particulièrement appartenu à l'État; vous aurez tous mes soins, vous partagerez mon bonheur, et vous adoucirez mes peines. » Marie-Antoinette se rappelait tout cela au Temple, le ig décembre 1792. Les pressentiments desoncœurmaternel ne l'avaient point trompée. Sa fille chérie avait partagé le bonheur de la reine, et maintenant elle adoucissait les peines de la captive.
26 décembre. — Noël, jour du salut du monde, jour d'allégresse, de rédemption pour toute la chrétienté! Quelle tristesse de la passer ainsi, cette belle fête, sans les cérémonies de l'Église, sans la voix de l'orgue, sans le chant des prêtres à la chasuble d'or! 11 retentissait, si joyeux, sous les voûtes de la chapelle du château de Versailles, au milieu des lumières et de l'encens, le cantique Adeste fidèles^ lœti^ triumphantes. Venile in Bethléem^ Venile, adorcmns Dominumt Hélas! où sont-ils maintenant les fidèles de l'Église, les fidèles de la royauté?... Les prisonniers lisaient l'office du jour dans leur donjon. A travers la lecture des psaumes ils croyaient entendre dans le lointain l'harmonie tant aimée de leur chant ; et, à travers chaque mot des hymnes,
leur imagination voyait briller Téclat des cierges et deTautel. Ce fat ce jour de Noël que Louis XVI choisit pour écrire son admirable testament, cette œuvre pathétique entre toutes, gravée sur le piédestal de sa statue à la chapelle expiatoire. Le lendemain, il devait se rendre à la Convention. N-e serait-il pas massacré en route? Le laisserait-on revenir au Temple? Dans le doute, il écrivit ces pages, qui ont tant fait- pour la sanctification de sa mémoire et pour la confusion de ses bourreaux. Lamartine l'a dit : « Ce papier, empreint de ses tendresses, trempé de ses larmes, et bientôt de son sang, était l'irrécusable témoignage que sa conscience portait d'elle-même devant Dieu. » Quel meilleur emploi le roi martyr pouvait-il faire de sa journée de Noël que d'écrire ce testament, le plus bel acte de sa vie, parce qu'il fut Pacte de son âme seule, ce testament où, suivant l'expression de M'"-^ de Staël, chaque mot est une vertu ? Quelle déclaration royale,'quel message de souverain vainqueur et tout-puissant eut jamais autant de majesté ? Ce n'est pas seulement à sa famille, ce n'est pas seulement à son peuple que Louis XVI parlait, c'est à l'humanité tout entière, à l'humanité à laquelle il enseignait le pardon des injures. Quelles paroles touchantes sur Marie- Antoinette : « Je recommande mes enfants à ma femme... Je lui recommande surtout d'en faire de bons chrétiens et d'honnêtes hommes, de ne leur faire regarder les grandeurs de ce monde-ci (s'ils sont condamnés à les éprouver)
que comme des biens dangereux et périssables, et de tourner leurs regards sur la seule gloire solide et durable de Téternité. Je prie ma sœur de vouloir continuer sa tendresse à mes enfants et de leur tenir lieu de mère, s'ils avaient le malheur de perdre la leur Je prie ma femme de me pardonner tous les maux qu'elle souffre pour moi, et les chagrins que je pourrais lui avoir donnés dans le cours de notre union, comme elle peut être sûre que je ne garde rien contre elle, si elle croyait avoir quelque chose à se reprocher. » Quelle noble exhortation au pauvre enfant qui allait s'appeler Louis XV^II ! « Je recommande à mon fils, s'il avait le malheur de devenir roi, de songer qu'il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens, qu'il doit oublier toute haine et tout ressentiment, et nommément ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j'éprouve. » La faiblesse de Louis XVI se changeait ainsi en une force incomparable. Il était plus fort que la mort. Son agonie allait être sa glorification. Il avait pardonné, et, en pardonnant, il s'était vengé, malgré lui. Quand il eut terminé ce document impérissable, il se sentit justifié devant h postérité. Par la sublimité de sa douceur, il avait plaidé sa cause mieux que n'auraient pu le faire tous les avocats et tous les orateurs du monde. A partir de ce moment, il ne regretta plus rien, il ne craignit plus rien. Son âme immortelle était audessus de tous les orages. Le roi n'existait plus, le saint apparaissait. Aux ténèbres du Temple suc-
cédait un foyer d'incorruptible lumière. C'était un sanctuaire, ce n'était plus une prison.
26 décemh'e. — Louis XVI se rendit pour la seconde et dernière fois à la Convention, qui siégeait alors dans la salle du Manège, à l'angle actuel des rues de Rivoli et de Castiglione. Il pria les municipaux d'en prévenir la reine, afin qu'elle ne fijt pas trop effrayée par le bruit des tambours et le mouvement des troupes. Coulombeau devait écrire, le lendemain, dans son rapporta la Commune: « Il faut que cet homme soit fanatisé, car il est impossible d'expliquer autrement comment l'on peut être aussi tranquille avec tant de sujets de craindre. Monté en voiture, il a pris part à la conversation, qui a été assez soutenue, sur la littérature, et spécialement sur quelques auteurs latins. »
Le plaidoyer de Dcsèze fut magnifique, mais inutile. Le roi, qui était sorti du Temple à dix heures du matin, y rentra à cinq heures du soir.
— Etes- vous bien convaincus à présent, dit-il à ses trois défenseurs, qu'avant même que je fusse
entendu ma mort était jurée? Cette journée a
tout fini pour moi, et c'est pour cela que vous me trouvez si calme. La lutte est terminée. Ils m'ont renvoyé au Temple, voulant prendre le temps de donner une apparence à leur décision judiciaire bien arrêtée. Je ne leur ai pas demandé, comme Charles L'', par quelle autorité j'ai été amené devant eux ; mais je dis comme mon devancier : « Il y a
« longtemps qu'on m'a ôtc toutes choses, hormis « celles qui me sont plus chères que la vie, savoir: « ma conscience et mon honneur. »
Ce qui, au milieu de tant d'épreuves, affligeait le plus le roi , c'était d'être privé de la vue de sa famille, dont il n'était cependant séparé que par l'épaisseur d'un plafond. Mais, s'il ne pouvait pas l'apercevoir, il avait trouvé le moyen de lui faire parvenir quelques avis. Une sorte de fil invisible, mystérieux, dans le silence et l'obscurité de la nuit, mettait en communication les deux étages où se trouvaient les prisonniers. Une ficelle, ayant au bout un petit billet, glissait de la main de Louis XV'I, dans Tabatjour en forme d'entonnoir qui garnissait la fenêtre de Marie-Antoinette, placée directement au-dessus de la sienne, et remontait ainsi du deuxième étage au troisième. A huit heures du soir, le roi se servit de ce mo3^en pour faire savoir à sa famille qu'il était revenu sain et sauf de la Convention.
27 décembre. — Louis XVI dit à ses défenseurs : — Que deviendrez-vous tous, mes amis? Peutêtre vous fcra-t-on un crime de m'avoir défendu et consolé! Quelle situation est la mienne! Je laisse mon peuple égaré, ma patrie malheureuse, ma famille prisonnière, mes amis menacés. Mon sang suffira-t-il pour apaiser la colère de Dieu ? Avec quelle joie j'en ferais le sacrifice, s'il devait rendre la paix, la concorde et la justice à la France !
3i décembre. — Anniversaire de la convocation des notables. Louis XVI dit à ses défenseurs:
— Il y a six ans qu'à pareil jour j'ai convoqué la première assemblée des notables, pour aviser avec elle au soulagement et à la liberté de mes peuples. Mon désir du bien a été méconnu, mes intentions ont été mal comprises ou mal exécutées, les jours que je voulais heureux pour mon pays deviennent bien sombres; cette année s'achève pour lui dans l'inquiétude, pour moi sous les verrous ! Et comment se passera celle qui commence demain ?
Tronchet, Malesherbes et de Sèze exprimèrent alors des souhaits, des espérances.
— Depuis longtemps, reprit le roi, je ne crois plus au bonheur, j'ai foi dans votre zèle et dans votre affection ; mais je n'ai d'espérance qu'en Dieu.
L'année 1792 finissait.
LKS PREMIERS JOURS DE lygS jS
LES PREMIERS JOURS DE l / U :>
i*^"" Janvier. — L'année terrible commençait. Tannée dont le nom seul siffle comme un serpent, dix-sept cent quatre-vingt-treize. Qui de nous, dans les jours d'épreuve, n'a pas connu de ces commencements d'année, où, par le contraste avec les beaux jours évanouis, par les vides qu'on regarde au foyer, par le regret, par la douleur, le cœur tressaille et se déchire ? Qui n'a pas ressenti cette impression sinistre de l'amc inquiète et tourmentée, de rame qui au moment oià une année tombe dans Tabîme, et où une autre année surgit, écoute avec une sorte d'oppression la pendule où les douze coups de minuit sonnent comme un glas funèbre ? Kst-ce le regret du passé? Est-ce la crainte de l'avenir? Est-ce la mélancolie de la vie humaine, les larmes des choses ? comme dit le poète. Toutes nos misères, toutes nos angoisses se concentrent dans
'y 6 LA DERNIÈRE ANNEE DE MARIE-ANTOINETTE.
ce seul instant. Et, en même temps, on pense aux joies de Tenfance, qui sont si loin, on pense à ceux qu'on pleure, à ceux qui ne sont plus là. Et, dans la solitude, dans les ténèbres, lorsque sonne cette heure solennelle, la première de Tannée qui commence, on se recueille, on dit : « Mon Dieu, protégez-moi, mon Dieu, ne m'abandonnez pasi Mon Dieu, j'ai tant souffert, faites que je souffre moins! Que ce calice, s'il est possible, s'éloigne de moi! » Non, le calice ne s'éloignera pas. Il faut le boire jusqu'à la lie, il faut souffrir, il faut mourir. Les prisonniers sont au Calvaire, rien ne peut plus les en arracher. A travers les verrous, les portes de chêne et de fer, les épaisses murailles, leurs pensées s'entre-croisaient dans l'ombre. Leurs corps seuls étaient séparés, leurs âmes étaient en communication intime. Un lien plus fort que tous les obstacles les unissait : la communauté de la souffrance. Que ne fait point sentir un vague pressentiment, quand cette ombre de l'avenir nous passe sur Famé? Qu'est-ce donc quand les tristes prévisions sont presque la certitude des catastrophes imminentes? Les deux époux se disaient : « Où serons-nous à pareil jour, à pareille heure, à pareil instant l'an prochain ? Sera-ce ici ou ailleurs ? Serace là-bas ou là-haut ? »
Hélas! le i'^'' janvier 1794, Louis XVI et Marie- Antoinette décapités dormiront leur sommeil dans le cimetière de la Madeleine.
Oij sont les anciennes fêtes du jour de l'an, les
LES PREMIERS JOURS DE lyçS. 77
salutations, les hommages de toute une cour, de tout un peuple, les compliments obséquieux de la maison civile et militaire , les bénédictions du clergé, la chapelle rayonnant de lumières, les bouquets, les cadeaux, les félicitations? Oùsontsunout les joies de famille, les cmbrassements pleins d'allégresse, tout ce bonheur qui éclate, qui surabonde, ces yeux qui brillent, ces actions de grâces envers la Providence ? A la place de tant de courtisans, Louis X\'I n'avait plus qu'un seul homme, son valet de chambre, Clér3\
Le i" janvier au matin, Cléry, s'approchant du lit de l'auguste captif, lui demanda à voix basse la permission de lui présenter des vœux ardents pour la fin de ses malheurs.
— Je reçois vos souhaits, lui dit le roi. Dès qu'il fut levé, il dit à un municipal :
— Je vous prie d'aller de ma part savoir des nouvelles de ma famille et de lui présenter mes souhaits pour la nouvelle année.
Le municipal se rendit dans le logement de la reine, puis, redescendu auprès du roi :
— Votre famille, dit-il, vous remercie de vos vrcux et vous adresse les siens.
Et Louis XVI s'écria :
— Quel jour de nouvel an 1
Dans la journée, Malcsherbes, Tronchet et de Sèze se rendirent au Temple. Le prisonnier n'accepta d'eux qu'une courte visite.
— Vous avez, leur dit il, des parents, des amis,
des affaires qui VOUS réclament aujourd'hui; je ne me pardonnerais pas de vous enlever à vos devoirs de position, encore moins à vos affections de famille. Quant à vous, mon cher Malesherbes, je serais encore plus coupable de vous garder, car, plus avancé qu'aucun de nous, vous avez derrière vous trois générations qui vous chérissent et vous attendent; ne me brouillez pas avec elles; adieu donc, et à demain.
Et le prisonnier resta seul.
2 janvier. — Le matin, Malesherbes attendait, au rez-de-chaussée du Temple, dans la salle du conseil, le moment d'être conduit près du roi. Il parcourait quelques journaux contenus dans son dossier. Un municipal Tintcrpclla :
— Comment, lui dit-il, vous, Tami de Louis XVI, osez-vous lui communiquer des écrits dans lesquels il est si maltraité?
Malesherbes répondit :
— Louis XVI n'est pas un homme comme un autre.
Le soir, le roi dit à ses défenseurs :
— Avez-vous , messieurs , rencontré dans les environs du Temple la dame blanche ?
— Non, Sire, répondit Malesherbes étonné.
— Eh ! quoi, reprit le roi en souriant, vous ne savez donc pas que, suivant le préjugé populaire, lorsqu'un prince de ma maison va mourir, une femme vêtue de blanc erre autour du palais ?
On dit que, dans les familles de Hesse, de Habs-