‹ La dernieère année de Marie AntoinetteChapitre 4 sur 44 · LES PREMIERS JOURS DE · texte numérisé non relu

LES PREMIERS JOURS DE

bourg et de Prusse, on croit encore que toutes les fois qu'un malheur doit frapper un de leurs membres, une dame blanche apparaît.

Le même soir, on donnait au Théâtre-Français la première représentation d'une pièce de Laya, VAmi des lois; le public y applaudit chaleureusement les passages qui contenaient des allusions favorables à Louis XVI, notamment celui-ci :

Et le salut du peuple est la suprême loi. — Fort bien. — Mais cet eflroi selon vous salutaire Ne peut être excusé qu'autant qu'il est sincère, Et, quoi qu'enfin du peuple ordonne l'intérêt, S'il frappe l'innocence, il n'est plus qu'un forfait.

On n'applaudit pas moins le passage où l'auteur stigmatisait

... Ces jongleurs, patriotes de places,

D'un faste de civisme entourant leurs grimaces,

Prêcheurs d'égalité pétris d'ambition,

Ces faux adorateurs, dont la dévotion

N'est qu'un dehors plâtré, n'est qu'une hypocrisie;

Ces bons et francs croyants, dont l'âme apostasie,

(^ui pour faire haïr le plus beau don des cieux

Nous font la liberté sanguinaire comme eux.

3 janvier. — Cléry apprit ce qui s'était passé la veille aux F'rançais et en fit part au roi. Les prisonniers se faisaient encore des illusions. Il est si naturel à l'homme de se raccrocher à l'espérance I N'y avait-il point dans l'air des symptômes favo-

rables, ce public qui applaudissait ÏAmi des lois^ cette tristesse émue qui assombrissait tant de visages, ces marques de respect que parfois la famille royale saisissait jusque dans l'attitude des geôliers ?

•■j janvier. — Le municipal Ragoneau, se trouvant seul avec Louis XVI :

— Je serais fâché que ma présence vous gênât. J'obéis à un devoir, mais, sire, ne croyez pas que je veuille insulter à celui qui a été roi des Français, et qui peut encore me rendre heureux.

Le roi. — Je ne puis rien pour vous.

Ragoneau. — Pardon, sire; la moindre chose qui vous aurait appartenu me serait bien précieuse.

Louis XVI prit ses gants, et les donna en souvenir au municipal.

Le malheureux roi se consolait de son sort, mais il ne pouvait s'habituer à celui de la reine.

— Si les Français savaient ce qu'elle vaut, disait il à Malcsherbes; s'ils savaient à quel degré de perfection elle s'est élevée depuis nos infortunes, ils la révéreraient, ils la chériraient; mais, dès avant nos malheurs, ses ennemis et les miens ont eu Fart, en semant des calomnies parmi le peuple, de changer en haine cet amour dont elle fat si longtemps l'objet... Les factieux ne mettent cet acharnement à la décrier et à la noircir que pour préparer le peuple à la voir périr; sa mort est résolue. En lui laissant la vie, on craindrait qu'elle ne me vengeât. Infortunée princesse! Mon mariage

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lui promit un trône, aujourd'hui quelle perspective lui otVre-t-il?

il) janvier. — X tant de chagrins s'unissait pour Louis XVI rinquiétude que lui causait la santé de sa fille, malade depuis quelques jours. Le soir, en se couchant, il dit à Cléry :

— Essayez de savoir Tétat réel de ma famille. Je crains que, pour m'épargner de la peine, on ne me cache la gravité du mal.

i.\ janvier. — La Convention ferma la discussion et décida que les questions seraient ainsi posées :

1° Louis est-il coupable de conspiration contre la liberté de la nation et d'attentat contre la sûreté générale de TEtat ?

2° Le jugement sera-t-il soumis à la sanction du peuple?

3° Quelle sera la peine ?

\? janvier. — Louis XV[ dit à ses défenseurs:

— Je sais maintenant que ma fille va mieux, et que la reine est tranquille. Dieu soit loué !

A la Convention, chaque député vint à la tribune prononcer son avis motivé et signé.

Sur la première question : « Louis est-il coupable de conspiration contre la sûreté de la nation et d'attentat contre la sûreté générale de l'Etat, » il y eut 694 votes affirmatifs, et pas un seul vote négatif.

Sur la deuxième question : « Le jugement serat-il soumis à la sanction du peuple? » il y eut 423 voix contre Tappel au peuple, 281 pour ^ 45 voix perdues.

La troisième question fut réservée au lendemain.

16 janvier. — La Convention était houleuse. Pendant la nuit, les sections avaient été en émoi» Dès le matin, la Convention fut entourée d'une foule immense, en armes, poussant des cris furieux, et menaçant les députés au passage avec cette phrase : <i Sa mort ou la tienne! » Les paris étaient ouverts dans les tribunes pour ou contre la mort de Louis XVL Les amazones des bandes jacobines faisaient de longs « ah ! ah ! » lorsqu'elles n'entendaient pas résonner à leurs oreilles la mort de l'accusé. L'appel nominal motivé sur cette question : « Quelle sera la peine? » dura plus de vingtquatre heures consécutives.

Barrère dit : « L'arbre de la liberté croît lorsqu'il est arrosé du sang des tyrans, je vote pour la mort. »

MiLHAU : « Louis ne peut expier ses forfaits que sur l'échafaud. Si la peine de mort n'existait pas, il faudrait l'inventer pour les t3Tans. »

SiEYHS : « La mort sans phrases. »

Seconde : « Je vote pour la mort, l'exécution dans une seconde, car je m'appelle Seconde. » Quel jeu de mots !

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