‹ La dernieère année de Marie AntoinetteChapitre 33 sur 44 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Le comte Beugnot parle dans ses Mémoires d'une fille publique du nom d'Eglé, qui fut sa compagne de captivité à la Conciergerie, et qui mérite d'avoir son nom dans l'histoire de Marie-Antoinette, comme le bon larron dans la passion du divin Maître.

A un grand seigneur dont elle entendait les lamentations, elle disait : « Fi donc, vous pleurez. Sachez, monsieur le duc, que ceux qui n'ont pas de nom en acquièrent ici, et que ceux qui en ont doivent savoir le porter. »

Elle n'avait pas vingt ans. Son ame s'était conservée forte dans un corps flétri par mille souillures. Comme elle publiait ses opinions royalistes au coin des rues, la police la fit arrêter avec une de SCS compagnes, à qui elle avait inculqué sa foi monarchique. Chaumctte eut la pensée de les faire traduire au tribunal révolutionnaire en même temps que Marie-Antoinette, et de les envoyer toutes trois à réchafaud sur la même charrette. Les comités du gouvernement trouvèrent quelque inconvénient à cette conibinaison. Il fut décidé que la reine irait seule à la mort. Eglé fut réservée pour une autre occasion.

Quelques semaines s'étaient écoulées depuis le supplice de Marie-Antoinette; Églé paraissait oubliée, ainsi que sa compagne. Mais dans sa prison elle parla si haut et si fort de ses sentiments royalistes, que Fouquier-Tinville les traduisit toutes deux devant le tribunal. On ne se donna pas la

peine de dresser contre ces deux filles un nouvel acte d'accusation, et Ton reprit celui qui avait été préparé lors du projet de Chaumette, de sorte qu'Églé et sa compagne se trouvaient textuellement et précisément accusées d'avoir été d'intelligence avec la veuve Capet, et d'avoir conspiré avec elle contre la souveraineté et la liberté du peuple. Églé se moquait de la sottise et des infamies de ses accusateurs.

« -Malgré tout cela, ma chère, lui dit M. Beugnot, si Ton t'eût conduite à l'échafaud avec la reine, il n'}'^ aurait pas eu de différence entre elle et toi, et tu aurais paru son égale. — Oui, réponditelle, mais j'aurais bien attrapé mes coquins. — Et comment cela? — Comment ? Au beau milieu de la route, je me serais jetée à ses pieds, et ni bourreau ni diable ne m'en auraient fait relever. »

Devant le tribunal, Églé se vanta d'avoir tenu tous les propos qu'on lui imputait. Quand on arriva à l'article de sa prétendue conspiration avec la reine : « Pour cela, s'écria-t-elle en haussant les épaules, voilà qui est beau, et vous avez, par ma foi, de l'esprit ; moi, complice de celle que vous appelez la veuve Capet, et qui était bien la reine, malgré vos dents ! Moi, pauvre fille, qui gagnais ma vie au coin des rues, et qui n'aurais pas approché un marmiton de sa cuisine ; voilà qui est digne d'un tas de vauriens et d'imbéciles tels que vous ! »

Malgré cette virulente sortie, Églé ne déplaisait pas au tribunal. On voulait la sauver. Un juré

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