ÉPILOGUE
Va rejoindre l'affreux tyran Dont tu fomentas tous les crimes.
Vengeance, citoyens!
Jurons l'cgalité!
La mort, la mort Aux ennemis de notre lihertc.
En revanche Lucile Desmoulins, la femme de ce Camille qui appelait Marie-Antoinette « TAutrichienne, ou la femme du gros mangeur d'hommes » , inscrivait sur son cahier rouge ces vers mélancoliques, chantés sur Tair de la complainte de Marie Stuart:
De votre reine infortunée, Français, écoutez le remords :
A la coupable destinée Demandez raison de mes torts.
Près de mon palais solitaire.
Autrefois plein de faux amis, Du peuple j'entends la colère; 11 m'accuse, et moi je gémis.
O vous, pastourelles naïves, Qui portiez envie à mon sort.
Dans quelques romances plaintives Placez mon nom après ma mort.
Dites de Marie-Antoinette L'ambition et les malheurs; J'expire un peu plus satisfaite.
Si votre reine obtient des pleurs.
C'est aussi Lucile Desmoulins qui avait écrit, avant le supplice de la veuve de Louis XVI : « Ce que je ferais si j'étais à sa place : « Si le destin m'avait placée sur le trône, si j'étais reine enfin, et qu'ayant fait le malheur de mes
sujets, une mort certaine qui serait la juste punition de mes crimes me fût préparée, je n'attendrais pas le moment où une populace effrénée viendrait m'arracher à mon palais pour me traîner indignement au pied de l'échafaud •, je préviendrais ses coup, dis-je, et voudrais en mourant imposer à Tunivers entier.
« Je ferais préparer une vaste enceinte dans une place publique, j'y ferais dresser un bûcher, et des barrières Tentoureraient ; et, trois jours avant ma mort, je ferais savoir au peuple mes intentions ; au fond de l'enceinte, et vis-à-vis du biàcher, je ferais dresser un autel.
« Pendant trois jours, j'irais au pied de cet autel prier le grand maître de Tunivers ; le troisième jour, pour expirer, je voudrais que toute ma famille en deuil m'accompagnât au bijcher; cette cérémonie se ferait à minuit à la lueur des flambeaux *. »
L'idée si bizarre et si emphatiquement exprimée de Lucile Desmoulins prouve du moins combien la destinée de Marie-Antoinette frappait les imaginations.
Il y eut aux différents degrés de l'échelle sociale, depuis les plus hauts jusqu'aux plus bas, des personnes qui, pour affirmer l'admiration que leur inspirait la reine, ne reculèrent pas devant la mort, devant le martyre.
I. \'oir le remarquable ouvrage de M. Jules Claretie, Ca»tHle Desmoidins. i vol., chez Pion.