‹ La dernieère année de Marie AntoinetteChapitre 42 sur 44 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

levés ; jetée dans un cachot, accablée pendant soixante et seize jours de douleur, de deuil et de misère, mais forte de sa vertu, se montra dans les fers, comme sur le trône, toujours au-dessus de la fortune. Condamnée au supplice par les plus criminels des hommes, en présence de la mort, elle laissa dans ce lieu un témoignage éternel de piété, de courage et de toutes les vertus, le i6 octobre lyqS. Le trône étant enfin rétabli, cette prison, changée en sanctuaire, fut consacrée. Tan de Notre-Seigneur 181G, la vingt-deuxième année du règne de Louis X\'III, par les soins du préfet et des magistrats municipaux, le comte Decazes étant ministre de la police générale. Qui que vous so\'c/, adorez, admirez et priez. »

Telle est Tincription dont on voit encore le texte latin, gravé sur la plaque de marbre noir qui est placée sur le mur de gauche, à côté de la croisée, dans le cachot de la reine.

Le 16 octobre 1816, on fit dans ce cachot une cérémonie expiatoire, peut-être plus touchante encore que celle qui avait eu lieu, le 2 i janvier de l'année précédente, dans la basilique de Saint- Denis. Dès le matin, on sonna les cloches de toutes les paroisses. La façade extérieure de la Conciergerie et les corridors qui conduisent au cachot de la reine étaient couverts de draperies noires, et des lampes funéraires brûlaient de distance en distance. Des maîtres de cérémonie guidaient au milieu des lugubres détours les personnes admises à

la consécration du monument. Tout à côté du cachot de Marie-Antoinette, la salle des Girondins, devenue la chapelle de la Conciergerie, était également drapée de noir, et Ton y voyait sur de larges écussons les armes de France et de Navarre. Dans cette chapelle, d'où Ton aperçoit le cachot de la reine, la messe fut célébrée par l'abbé Montés, aumônier de la prison. Pendant le service divin, une dame en longs habits de deuil fit une quête pour les détenus de la Conciergerie. Après la messe, les assistants furent admis à visiter le cachot de l'auguste martyre. L'émotion était à son comble. On entendait des personnes attendries murmurer à voix basse : « C'était là ! ))

tt Tels étaient, a dit le Moniteur^ les mots presque seuls qui se répétaient d'abord de bouche en bouche, et que des larmes accompagnaient dans tous les yeux. Nous épargnerons au lecteur la douloureuse impression qui naîtrait des questions qui se succédaient, les détails mutuellement demandés et transmis sur la disposition du lieu où une reine de France avait langui prisonnière, et où la piété et la fidélité réunies viendront souvent apporter l'hommage d'un éternel regret. »

Le temps a passé, et la douleur causée par le supphce de la reine martyre est aussi vive qu'au lendemain de ce supplice. Son exécuteur fut, après le meurtre, pénétré d'une tristesse incurable, el institua une série de messes pour le repos de l'âme de la victime par lui décapitée. La postérité n'a

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