ÉPILOGUE. 33g
pas été plus cruelle que le bourreau. Comme lui, elle a été prise d'un attendrissement invincible. Au Louvre, quand la foule visitait ce beau musée des souverains, maintenant dispersé, elle était plus émue à la vue d'un soulier ayant appartenu à Marie-Antoinette que devant Tépée de Napoléon ou celle de Charlemagne.
Le 3 novembre nS^y, AL de ALirnas, prononçant le discours de rentrée de la Cour de cassation, dans Tendroit même où avait siégé le tribunal révolutionnaire, fit un éloge magnifique de la souveraine qui avait si majestueusement comparu devant ce tribunal de sang, a Puissent mes paroles, s'écriat-il, prononcées dans le lieu même où la reine fut abreuvée de calomnies et d'humiliations, s'élever jusqu'à cette sainte et grande mémoire, et arracher de ces murailles les dernières empreintes du forfait qui les souilla ! »
Morte, ALirie-Antoinette a inspiré, comme de son vivant, des dévouements profonds et des sentiments enthousiastes.
Pieux admirateurs de la reine, conservez religieusement son souvenir dans le fond de vos cœurs. Visitez de temps à autre, au chTiteau de Versailles, la chambre qu'elle occupa depuis son arrivée à la cour, cette chambre qu'elle habita dix-neuf ans, où elle niit ses quatre enfants au monde, et d'où elle ne fut arrachée, le (3 octobre 1 7S9, que par l'invasion des assassins. Placez-vous sur ce grand balcon cjui esç ati-dçssiis de la cour de marbre, et où, le
même jour, elle apparut si noble, si courageuse, devant une populace féroce, qu'un enthousiasme irrésistible souleva la foule, et que les furies qui voulaient, quelques secondes auparavant, mettre en pièces la fille des Césars, eurent involontairement des larmes dans les yeux, et poussèrent un long cri de : « Vive la reine ! »
Faites un pèlerinage au Petit Trianon, séjour légendaire, tout empreint de la poésie et du charme de cette belle et bonne souveraine. Méditez, un matin d'automne, dans cette grotte où pensive, solitaire, elle se recueillait, semblable à la statue de la Mélancolie, quand on vint lui dire que les envahisseurs approchaient.
Agenouillez- vous devant sa tombe, dans la vieille basilique de Saint- Denis, hantée par tant d'ombres royales.
N'oubliez pas non plus de faire de pieuses stations à la chapelle expiatoire, silencieuse et tranquille au milieu de la cité bruyante.
M. Henri Martin l'a dit au Sénat, le 6 février 1879 : « Louis XVI a un monument funèbre comme sa destinée, et devant lequel on ne saurait. passer sans émotion. Ce monument, élevé par sa famille pendant les quelques années où le pouvoir lui a été rendu en France, est resté debout à travers toutes les révolutions. Au temps même de la plus aflreuse guerre civile, au milieu des plus effroyables scènes, il a été respecté. Il le sera toujours. »
Dans la chapelle expiatoire, à gauche, en face