‹ La dernière éruption de VésuveChapitre 2 sur 4 · S30 NOTES ET INFORMATIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

S30 NOTES ET INFORMATIONS DIVERSES

présentait un aspect bieif différent de ce qu'il était le 20 septembre. Le grand champ délaves de 1903, aliarit de la base du cône du Vésuve jusqu'à la Somma, était dans un grand état d^fi^Vvesoence. Des nuages de fumées (fumées dues à la distillation des alcadis d&lare|(içVo''^6 ^ Tincandescence) se montraient un peu partout et obscardssi^i^t'i'aiK Une petite cheminée adventive, au beau milieu du val, haute à peine de /S^m^^rês*,' en fournissait des masses énormes.

*• . L^on pouvait fort bien observer que tout le champ de laves venait de recevoir un nouvel afflux des régions infraterrestres ; la croûte refroidie se fendait à nouveau, se crevassait et laissait, par de multiples fentes, échapper des coulées de dimensions variées.

Il était impossible de franchir cette zone tourmentée. Nous cherchâmes notre voie le long d'une bande étroite, sise entre le grand cratère et les petits, et qui semblait ne pas être battue par nos formidables voisins. Nous avançâmes sur la lave chaude.

Cela est très souvent possible, surtout si le courant est lent. Le refroidissement de la surface donne des blocs solides, très chauds, il est vrai, mais permettant le passage. Entre les blocs, au fond des fentes, n'ayant que 70 centimètres à 1 mètre de profondeur, la lave rouge scintille, la fumée sort et la chaleur monte.

Je fis tous mes efforts pour m'approcber de la coulée s'échappant du troisième cratère (Est). Celle-ci coulait très vite ; sa température devait être voisine de 1 100 degrés. Elle arrachait de gros blocs, les roulait, les portait à l'incandescence et les engloutissait. Elle s'avançait vers le Nord-Ouest, contre la base du Vésuve môme. La bouche d'où elle sortait n'avait que quelques mètres de largeur, mais le torrent avait déjà près de S50 mètres de longueur, il gagnait du terrain rapidement et s'élargissait toujours plus.

Bientôt le grand Vésuve augmenta de violence ; afin de ne pas être pris entre la lave qui avançait et les avalanches furieuses du grand cratère, je dus m'éloigner. hélas ! bien à regret, de ce spectacle fantastique, et profiter encore de l'abri que pouvait donner un petit renflement contre nos deux ennemis.

Le Vésuve présentait à ce moment deux cheminées, l'une lançant des fumées blanches, l'autre de la cendre noire, et toutes deux des pierres et des blocs de lave pâteuse, rouges et fumants. Bientôt ces deux cheminées n'en firent qu'une; le cratère, déformé, s'abaissait un peu, démoli par la poussée des gaz. La pluie de cendres à 5 heures du soir commença à s'établir. Ces cinérites dues, ici, à la pulvérisation, par l'explosion de la lave fondue, retombaient en pluie continue ; les gros grains, de la grosseur d*une lentille, allaient jusque sur la Somma, les plus fins étaient charriés au loin par le vent.

Les 23 et 24 septembre, les phénomènes restèrent stationnaires, et je ne sais ce qui 86 passa dans le val d'inferno. Le 25, je voulus revoir mes trois petits cratères et je m'acheminai, cette fois complètement seul, afin de leur rendre visite. Étant seul, j'étais assuré que personne ne me tiendrait par le bras, en criant, pour m'empêcher d'avancer, ainsi que le faisait le guide de Résina, les jours précédents. Je vis d'emblée que le grand paroxysme du 22 était passé. La région semblait calme. Les petits cratères ne tonnaient plus. Je m'empressai de profiter de cette accalmie pour les gravir; je pus les mesurer et les photographier.

Le cratère le plus grand avait 33 pas de circonférence, la hauteur de son cône était d'environ 45 mètres suivant le côté considéré. La lave ne coulait plus. Des bouches s'exhalaient encore quelques fumées, mais des craquements indiquaient que si la surface était figée, la masse intérieure se mouvait.

La pluie de cendres du Vésuve était continuelle, elle faisait sur le rocher le bruit d'une forte averse tombant sur une forêt. Au grand cratère, les détonations étaient

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' plus violentes, mais coupées de quelques instants de silence. C'était toujours le même

type d'explosion suivi immédiatement par la rafale. Les blocs projetés étaient plus gros, plus fumants, plus chauds que les jours précédents, et l'avalanche qui roulait jusqu'au pied du cône toujours plus grandiose. Ce n'étaient plus les blocs des roches anciennes qui étaient rejetés, mais bien la lave amenée des profondeurs terrestres.

Le soir, de Résina, les hautes projections rouges, le cône recouvert dans sa partie supérieure d'un tapis incandescent, le tonnerre lointain, qui parfois faisait trembler les vitres, constituait un spectacle dont nul ne se lassait.

Le 27, le Vésuve continua le môme rythme. Le 28, il sembla se calmer, les explosions profondes ayant une tendance à diminuer.

Encore combien de temps durera cet état paroxysmal du volcan? Nul ne peut le dire, toute prédiction, en matière volcanique, étant aventureuse.

Et maintenant, vos lecteurs désireront peut-être avoir quelques éclaircissements sur

les causes du phénomène volcaniquie. Leur répondre dépasserait beaucoup le cadre

de cet article. Je me contenterai de dire qu'il faut chercher l'origine de la chaleur

i dans ce qu'on appelle le « feu central » . Quant à l'explosion, elle est due à la détente

de gaz inertes, chauds, et à l'inflammation de grandes masses d'hydrogène, ce dernier

i pouvant être engendré au sein de la roche même. La température des laves qui

1 coulent peut atteindre à l'extérieur 1 100 à 1 200 degrés, suivant la nature de la roche.

Du reste, j'ajouterai qu'à Genève même, il se poursuit depuis plusieurs années une

suite d'expériences qui serrent la question du volcanisme de très près, et que le jour

n'est pas éloigné où l'on pourra donner de ces grandioses phénomènes une théorie

rationnelle, basée sur l'expérience.

(Extrait du Journal de Genève du 10 octobre 1904.)

An

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