LE DOMESTIQUE
Monsieur de Saint-Eluie. (// sort)
SAî:nt-ELME à pari , en entrant.
Madame de Roseval. Je suis curieux de voir ce qu'elle dira, quand je vais lui apprendre. • . .
Ah! VOUS voilà, monsieur, qui restez quinze jours sans voir les^ens ?
SAIWT-ELME.
Pai'don, madame. . • mais. . . depuis que je suis devenu raisonnable • . .
Mad. DE ROSEVAL.
Vous ne pensez plus à rien?
^AINT-ELME.
J'ai eu tant de préoccupation d'esprit.
Mad. DE ROSEVAL.
Je le sais ; permettez que je sois la première à vous faire mon compliment.
SAINT-ELME à part.
Ah! elle sait, elle a l'air piquée... tant mieux. . . (haut.)
Oui, j'épouse Adfile , votre jeune cousine.-, vous vous rappeliez, madame, que cVst sur votre refus.
jMad. DE ROSEVAL.
Oui, oui, monsieur, sur mon relus sans doute.
S.\INT-E1.ME
Vous redoutiez mes habitudes de dissipation; vous demandiez des garanties Mademoiselle de Ferrière a été moins défiante, et en effet, auprès d'Adèle , guidé par ses conseils; un mentor de seize ans , c'est si persuasif. • • une mesure de prudence , enfin ....
Cette résolution est si sage. • .
SA1NT-E[ME
Que vous ne m'en auriez pas cru capable; mais, je venais d'avoir sous les yeux un si terrible exemple. . - . un de mes amis, Dennevière , vous le connaissiez? un garçon de mérite autrefois ; d'une très-grande force à la paume et au billard; je ne lui rendais que trois points. Eh bien ! j'ai été le voir il y a un mois , au fond d'un antique château où il s'est retiré. .. qu'ai-je trouvé? un vieux garçon solitaire, morose, sans avenir, en proie à des valets intrigans! • . Ça ma ouvert les yeux; j'ai senti que pour recueillir dans iù^e mûr , il faut pendant qu'on est encore à peu près jeune-... voyez- vous comme je raisonne la philosophie?. . j'étais né pour être un sage. . . jusqu'à présent j'ai méconnu ma vocation. ... s il n eût tenu qu'à moi, c'est vous, madame... mais, vous m'avez éconduit.... car, ajourner m3n mariage, condamner mon amour a un noviciat de sept ou huit ans ; c'était comme disent les gens de loi , une fin-de-non-recevoir. J ai obtenu la main d'Adèle . • je l'épouse...- je vais connaître la vraie félicité , le repos, les charmes d'une vie uniforme , des habitudes domestiques . - - et prouver enfin par un grand exemple , que si l'on peut chercher le plaisir auprès de mille femmes , on ne peut trouver le bonheur qu'auprès d'une seule ! - . . .
Mad. DE ROSEVAL.
Quel enthousiasme!. . . à merveille, pourvu que cela dure ! . . . .
-SAINT-ELME
Ah ! madame , toujours : moi changer ' . . . ah dieu ! . . . jamais!... vous ne me connaissez guère ; dans vingt ans , madame , dans trente ans .... vous me verrez tel que La dernière heure de Liberté. 2
( lo )
vous me voyez aujourd'hui!. . • • mais , je vous demande pardon de vous avoir entretenue si long-temps d'un sujet • . . .
Mad. DE ROSEVAL.
Qui m'intéresse beaucoup !. . . puisqu'il s'agit du sort de ma cousine ! . . . .
SAINT-ELME
A propos- . . dans la chaleur de la conversation, j'oubliais que mabeile mère et ma future vont venir vous inviter , ainsi que monsieur votre oncle, à signer ce matin le contrat.
Mad. DE ROSEVAL.
Ce malin ! • • • • si promptement ! • . • . mon Dieu ! . . . . c'est que nous avons du monde... demain, par exemple!...
SAI^T-ELME
Demain! ah Dieu!... différer jusque là, l'instant où je serai enfin un homme établi... un homme respectable.... un chef de famille .... ah ! madame- ... ah ! je vous en supplie. . • empêchez monsieur votre oncle de le proposer à sa sœur- ... si elle allait consentir. . . l'idée seule m'en fait frisonner ! . . •
mad. DE ROSEVAL.
Ehbi^Ti, monsieur, puisqu'il paraît que c'est un contrat d'urgence que vous allez passer, parlez à mon oncle, exprimez -lui votre vive impatience.... le voici luimême ! . . . .