La Dernière maladie de Frédéric le Noble, par le dr. Morell-Mackenzie
La préparation de ce livre a été pour moi une tâche pénible, non pas parce que j’éprouve la plus petite difficulté à répondre aux accusations qui ont été récemment portées contre moi par quelques-uns de mes collègues allemands, mais parce que je sens vivement l’inconvenance d’une controverse qui doit nécessairement apporter de nouvelles souffrances à des cœurs qui ont déjà traversé les plus cruelles épreuves. Quoique le pamphlet issu de la Presse impériale de Berlin contienne des imputations qui sont équivalentes à une accusation d’incapacité, j’aurais été satisfait, en ce qui me regarde personnellement, d’abandonner ma réputation professionnelle au jugement des hommes impartiaux. Mais dans
PRÉFACE
les conditions toutes spéciales du cas de l’Empereur, je crois de mon, devoir vis-à-vis des hauts personnages qui m’ont honoré de toute leur confiance pendant treize mois d’anxiété terrible, de prouver que leur confiance avait été bien placée.
On comprendra facilement que ma position était extrêmement difficile, non seulement à cause de l’immense responsabilité qui m’incombait, mais aussi par suite de ce que je puis appeler les complications extérieures. Je ne connais pas dans l’Histoire un seul exemple de médecin, qui, s’efforçant de remplir auprès de son malade son mandat au mieux de son habileté, qui ait eu à endurer autant de calomnies et de fausses imputations que moi. Je ne dis rien des insultes et même des menaces qui m’ont été si libéralement jetées à la face ; elles me sont complètement indifférentes et je n’ai pas de mérite à les mépriser. Mais il me faudrait être plus ou moins qu’un homme pour supporter avec sérénité qu’on dénature sans se lasser et de propos délibéré mes paroles, mes actes et même mes intentions. Il est vrai que la plupart de ces accusa-
PRÉFACE