‹ La Dernière maladie de Frédéric le Noble, par le dr. Morell-MackenzieChapitre 2 sur 45 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

lions sont absurdes et même contradictoires ; mais mes adversaires agissant évidemment en vertu de la maxime cynique : « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose » , et en raison de la nature du cas, peu d’hommes, même dans la profession médicale, auraient pu, si j’avais gardé le silence, se former un jugement correct d’après les faits tels qu’ils leur étaient présentés.

Deux choses m’ont soutenu dans une position que je n’aurais pu endurer, si elles ne m’étaient venues en aide ; d’abord la conviction de l’absolue loyauté de mes intentions; ensuite l’entière confiance et les égards délicats que mon noble malade n’a cessé de me témoigner depuis le premier jusqu’au dernier jour. Il est impossible de désirer un malade plus obéissant aux ordres de son médecin, plus doué d’aimable raison que l’homme qui régnait sur le puissant empire d’Allemagne. Comme dans ce livre je parle avec une franchise peut-être trop grande, comme je discute la conduite de quelques-uns de mes collègues allemands avec une liberté qui ne paraîtra peut-être pas professionnelle

PRÉFACE

à ceux qui n’ont pas lu les attaques de ees messieurs, je déclare ici que je n’ai rien avancé contre mes ennemis qui n’ait été déjà constaté publiquement, et que je n’ai fait d’autres allégations que celles qui étaient nécessaires pour me défendre contre les accusations lancées contre moi. Je regrette vivement que la controverse ait pris une tournure aussi acerbe, mais je n’en suis en aucune façon responsable.

Pour conclure, on me permettra de faire allusion à quelques-unes des difficultés que j’ai rencontrées en préparant cette revendication de ma dignité professionnelle. Je n’ai pu, pour des raisons que l’on comprendra, parler de certains faits qui, tout en n’ayant aucune importance au point de vue purement médical du cas, étaient de très importants facteurs pour déterminer le traitement qui a été suivi. Je crois aussi avoir quelques raisons de me plaindre du gouvernement prussien qui a donné à mes adversaires libre accès dans les archives de l’État et m’a refusé le même privilège. Ainsi que je l’ai expliqué dans le cours de cet ouvrage, ces « sources offi-

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cielles » sont très mélangées ; mais il y a parmi elles d’importants documents qui ayant trait au cas de l’Empereur défunt, auraient dû en tout justice, être rendus publics. Je citerai entre autres les protocoles du professeur Yon Schrôtter, du docteur Kraus, et les miens, préparés en novembre 1887, et plus particulièrement le refus de l’Empereur, alors Prince Impérial, de se soumettre à aucune autre opération extérieure que la trachéotomie. Les protocoles que les professeurs Gerhardt et Von Bergmann ont envoyés au Haus- Ministerium, comme cela a été prouvé, fourniraient également une lecture intéressante et montreraient quelles étaient les vues réelles de ces messieurs avant ma première arrivée à Berlin. Le premier rapport du professeur Virchow serait aussi très instructif. Je ne puis qu’espérer que ces documents et autres pièces qui ont trait à ce cas historique seront un jour publiés. Je n’ai, moi, aucune raison de craindre la lumière.

Londres, 19, Harley Street, W. Octobre 1888.

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