‹ La dernière nuit de don JuanChapitre 3 sur 58 · PROLOGUE K · texte numérisé non relu

PROLOGUE K

LA STATUE

Vous êtes revenu?

DON JLAN.

Cela m'a fait du bien.

Ah! J'en brûlerai mieux.

LA STATUE

Vous n'avez peur de rien, Don Juan. Et mon vieux cœur de porteur de cuirasse Est sensible au courage. Allons, je vous fais grâce. Remontez.

Il fallait me le dire plus tôt.

Mais je me sens happé par le bas du manleau. Sur l'ourlet de brocart une griffe se pose. Il est trop tard.

[A l'énorme Griffe qui vient, en effet, de saisir le bord dii manteau

Monsieur le Diable, je suppose?

[Un coq chante au loin.]

LA STATUE

Don Juan, le jour va poindre, et ce cri de métal M'oblige à regagner déjà mon piédestal.

Tâchez de vous tirer de cette Griffe.

i^La Statue remonte.'

l6 LA DERNIÈRE NUIT DE DON ^UAN.

Certe.

Mais veuillez, en sortant, laisser la tombe ouverte.

[Tirant doucement sur son manteau.]

Causons, GriflFe. Il n'est pas, au fond, pour vous fâcher

Que cet excellent marbre ait daigné me lâcher.

Accordez-moi cinq ans? ou dix? Dix, je préfère.

Il me reste là-haut pas mal de mal à faire.

Ah! cela vous décide? Entre nous, convenons

Que je n'ai sur ma liste, encor, que peu de noms.

C'est la peine avec moi. Griffe,- de faire un pacte.

Je suis celui qui fait le plus commettre l'Acte,

Le meilleur rabatteur de votre chasse. Et puis,

— Allons, voyons, laissez ce manteau! — moi, je suis

Autre chose qu'un docteur Faust, qui ne demande

Qu'une bonne petite ouvrière allemande,

Et qui, navré d'avoir, le sol, fait un enfant,

Appelle au dénouement l'Ange qui le défend I

Les doigts du spectre au bras m'ont marqué de cinq flammes

J'aimerais bien montrer ce tatouage aux femmes !

Lâchez ce bout de drap. Seigneur! el j'irai loin.

Plus d'un sommeil d'Infante espagnole a besoin

Que j'aille le troubler dans son blanc moustiquaire.

Etant le corrupteur, je suis votre vicaire.

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