A MES CAMARADES PRISONNIERS
À MON EXCELLENT CAMARADE DE CAPTIVITE MAITRE ET AMI JEan SOUSTELLE
Avant-propos
Pendant la présente guerre, nous avons eu l’occasion de pratiquer deux fois la désarticulation de la hanche, alors que nous remplissions à Arras les fonctions de Médecin- Chef de la Place et que nous étions chirurgien de l'Hôpttal militaire.
Le premier de nos opérés était un homme de soixante ans qui avait été fusillé la veille contre le mur de sa ferme par ordre de l’autorité allemande. La balle Jui avait littéralement fracassé l'extrémité supérieure du fémur ; le sciatique était sectionné ; et à la partie postérieure de la cuisse, la plaie ressemblait à un large cratère. Malgré son âge avancé, le malade a bien supporté l'intervention et trois semaines après, il quittait l'hôpital en bonne voie de cicatrisation. Nous avons eu l’occasion de le revoir trois. mois plus tard, il était en parfaite santé.
La deuxième fois, il s'agissait d'un soldat de 26 ans, qui nous fut amené tardivement pour une plaie de la hanche par éclat de bombe. Il existait des phénomènes infectieux locaux si avancés, que dès la section des téguments et des plans superficiels, le membre nous resta en quelque sorte dans les mains. Nous procédâmes à un
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grand nettoyage chirurgical de la plaie, qui suppura cependant très longtemps, mais finit par se fermer.
Le souvenir de ces deux blessés est profondément gravé dans notre mémoire. La désarticulation de la hanche, en effet, est une intervention qu’on a pas l’occasion de pratiquer tous les jours, et qui nous changeaïit singulièrement des autres actes de chirurgie de guerre.
C’est à la suite de ces événements que M. le Professeur Parez à bien voulu nous donner la Désarticulation de La hanche pour sujet de thèse. Nous ne doutons pas que ce soit là une magnifique question de Médecine Opératoire. I nous à fait un grand honneur en nous confiant ce beau sujet.
Qu'il nous soit permis de remercier ici ceux qui, de quelque façon que ce soit, par les documents qu'ils nous ont transmis, par les conseils qu’ils nous ont donnés, nous ont facilité l'élaboration de ce travail : MM. J. MarTmiet, G. ARNULF, R. CHARTON.
C'est à ce dernier que je déis adresser un tout spécial hommage de reconnaissance. M. CHARTON, dont la haute compétence chirurgicaie n’a d’égal que la grande bonté, a bien voulu nous faire bénéficier, non seulement de ses connaissances anatomiques, mais aussi de sa longue pratique de médecine opératoire. C'est sous sa direction que nous avons étudié la désarticulation de la hanche sur le cadavre à la Faculté, et sous son contrôle que nous avons rédigé les pages difficiles de cette thèse. Nous lui adressons nos sincères remerciements.
Introducticn
Nous n'avons pas l'intention de faire œuvre de nouveauté en écrivant ces quelques chapitres sur la désarticujation de la hanche. Depuis 1739, date où commence scn histcire, la désarticulation de la hanche n’a cessé d'être étuaiée et envisagée sous tous ses aspects. De nombreux chirurgiens ont publié leurs idées ; des Maîtres au nom éterne] out dit leur mot, ont fixé leurs procédés, ont donné leurs résultats. Er nous documentant sur la question, nous avons pu voir combien les publications ont eté abondantes entre 1790 et 1900.
La technique générale n'a cessé d'évoluer, se perfec- Uonnant progressivement, se modifiant sans arrêt. Aussi ne serait-ce que pour en faire l'historique, la désarticulation de la hanche n’en demeurerait pas moins intéressante à exposer.
Jadis l'absence d'anesthésie obligeait à une grande dextérité et à une extrême rapidité opératoire. IL fallait abattre un membre inférieur, du premier coup, «sans retouche, ni bavure » (LECÈNE). Pour arriver à un tel résultat, de très nombreuses techniques avaient été déerites. Les travaux de nos anciens maîtres constituent une véritable patrimoine chirurgical dans lequel il est quelquefois
curieux de puiser. Nous n'avons pas hésité à nous repor-
ter à ces vieux manuels de médecine opératoire : MALGar- GNE, SEDILLOT, LISFRANC, FARABEUF, ete.
Les procédés qui sont décrits dans ces livres ne sont plus pratiqués de nos jours sur le vivant. Ils sont devenus des procédés d’amphithéâtre qui, pour être anciens, n’en sont pas moins intéressants. Ils sont l'héritage de plus d'un siècle de chirurgie.
Mais, en clinique actuellement, les circonstances bien particulières dans lesquelles on conduit une intervention, obligent à plus de lenteur et de prudence. Déjà OLLIER avait insisté sur ce fait : «Désarticuler une hanche ou une épaule en quelques minutes peut être un jeu innocent à l'amphithéâtre, mais ce n’est pas une manœuvre acceptable pour un chirurgien. »
Aussi cette intervention s’est modifiée, la façon dont on l’exéeute connaît une discipline stricte admise par la plu- : part des opérateurs.
Nous n'avons pas la prétention, dans ces sentiers déjà si bien battus, de découvrir encore quelque chose. En ce domaine nous avons l'impression que tout a été dit. Mais, à notre connaissance, aucune thèse n’a été consacrée à cette question depuis 1911. Par la suite, deux guerres ont passé, la guerre de 1914-1918 surtout, au cours de laquelle on a fait tant de désarticulations de la hanche. Ne seraitce que pour fixer le bénéfice tiré de la pratique des champs de bataille, et de l’expérience des opérateurs, un travail nouveau pouvait être écrit.
M. le Professeur PATEL en nous confiant ce sujet, a voul1 surtout que nous insistions sur la façon dont l’intervention doif être conduite. La technique actuelle se
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différencie, en cffet, de la technique ancienne par sa lenteur ct par une hémostase rigoureuse faite au fur et à mesure
Enfin nous avons cherché à préciser les indications de la désarticulation de la hanche.
Cette thèses comprendra six chapitres :
Le premier sera réservé à l'historique.
Dans le second, nous tenterons une elassification des anciens procédés de désarticulation.
Dans le troisième, nous étudierons les causes de la gravité de cette intervention.
Le quatrième chapitre sera entièrement réservé à la description de la technique.
Au cours du einquième, nous passerons en revue les différentes indications de la désarticulation de la hanche.
Notre dernier chapitre sera consacré à la prothèse.
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