‹ La Désarticulation Pré-ScaphoïdienneChapitre 14 sur 26 · À. —— STATION DEBOUT · texte numérisé non relu

À. —— STATION DEBOUT

Nous avons vu que la base d'appui du moignon était constituée par la totalité de la face inférieure du calca- néum et par la facette articulaire antérieure du scaphoïde, qui, dans sa descente, a changé son orientation et est devenue inférieure ; ces deux surfaces osseuses étant fortement tapissées par les parties n°postérieures de la plante. Le corps a donc là un point d’appui stable.

Si l’on compare les résultats immédiats donnés par la désarticulation pré-scaphoïdienne, avec ceux que fournit la désarticulation classique de Chopart, si l’on compare les radiographies données par ces deux interventions, on est frappé, dès l’abord, par la sensation d'’instabilité, de déséquilibre que donne un moignon de Chopart.

L'’astragale, en effet, est articulé par une surface oblique de haut en bas et d’arrière en avant avec la moitié antérieure du calcanéum. Il reçoit par l'inter-

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médiaire du tibia, dont l'extrémité astragalienne est inclinée en avant, tout le poids du corps. De ces dispositions résulte l’impossibilité pour les malades de marcher sur le talon, parce que l’astragale, le tibia, et par le tibia le corps entier, pressent sur la moitié antérieure du calcanéum et la poussent en faisant nécessairement basculer le talon en arrière. Il est important de se rappeler, qu'un pied normalement conformé possède une voûte dont les deux points d'appui sont l'extrémité postérieure du calcanéum en arrière et l'articulation métatarso-phalangienne du gros orteil en avant. Le poids du corps est transmis de l’astragale au scaphoïde, qui le partage aux cunéiformes et de la aux métatarsiens. Il doit, dès lors, devenir évident que, du moment où l’on enlève une portion consid{rable de l’avant-pied, le poids du corps tombant sur un plan oblique, qui a perdu son soutien antérieur, force l’astragale à basculer en avant et le calcanéum en arrière. Ce qu il importe donc c’est de conserver . un soutien antérieur. Larrey avait déjà fait remarquer que « l’amputation partielle du pied ne devait être. pratiquée que lorsqu on pouvait conserver avec le talon la portion du cou-de-pied ou du reste du tarse, de manière que la base du moignon présente une surface aussi étendue en avant qu'en arrière, afin que le sujet ne puisse perdre l'équilibre. »

Ce qui fait donc toute la supériorité de la désarticulation pré-scaphoïdienne sur la médio-tarsienne, c’est le rôle de soutien joué par le scaphoïde. Celui-ci, en effet, allonge en avant la base de sustentation de deux centimètres. Le poids du corps et l’action des museles

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postérieurs qui, dans le cas de la désarticulation de Chopart, entraînaient la bascule du moignon, trouvent ici deux bras de levier sensiblement égaux, ou, tout au moins, ne présentant plus la grande disproportion qui les caractérisait dans le cas précédent. Certes, le scaphoïde et l’astragale basculent jusqu’à ce que la voûte plantaire, qui a perdu son pilier antérieur, soit effondrée, mais ils arrêtent leur mouvement descendant à l'horizontale, position dans laqueiïle les conditions d'équilibre se trouvent remplies. Et quand bien même cet équilibre ne serait pas parfait, n’y a-t-il pas des muscles solidement attachés : les jambiers, pour apporter le supplément de force nécessaire ?

D'un autre côté, nous avons pratiqué sur le cadavre une série de désarticulations de Chopart et de désarticulations pré-scaphoïdiennes. Nous avons noté qu'il était suffisant pour obtenir un bon lambeau plantaire de le tailler à partir d’un centimètre environ de la base des orteils, qu'il s’agisse de l’une ou de l’autre de ces opérations. Nous avons également étudié les résultats obtenus. En appuyant fortement par l'intermédiaire de la jambe sur un moignon de Chopart assouph, placé dans la position de la station debout, 6n arrive le plus souvent à obtenir une bascule complète, jusqu’à ce que la tête astragalienne soit venue en contact avec le lambeau plantaire. Au contraire, la même expérience répétée sur un moignon de désarticulation pré-scaphoïdienne a entraîné un mouvement de bascule peu accentué, maïs jamais de renversement. Le mouvement de bascule s’était arrêté au moment où la face articulaire antérieure du scaphoïde était venue buter contre le matelas plantaire, |

Nous nous excusons de rapporter ici les images géoaétriques que nous évoquent ces deux types de désarticulations, mais elles nous paraissent donner une idée à peu près exacte de la statique obtenue.

Pour nous, la première, concernant la désarticulation de Chopart, se traduit par une force :-le poids du corps, transmise par une barre verticale la jambe, à la partie antéro-supérieure d’une ellipse mobile : l’ensemble astragalo-calcanéen. Il en résulte une bascule presqu inévitable.

et la seconde, concernant la désarticulation pré-scaphoïdienne, toujours par la même force, transmise à la même ellipse, mais cette fois-ci fortement immobihisée par une cale antérieure : le scaphoïde, et par une attache puissante, qui empêche la cale de basculer : les jambiers. Il en résulte un équilibre à peu près parfait. Les avantages de la désarticulation pré-scaphoïdienne sur celle de Chopart sont donc certains : : C’est d’abord une base d'appui étendue et solide, grâce au scaphoïde, dont la présence évite la bascule du moignon ; C’est ensuite une insertion respectée des muscles jambiers. | ee

Le jambier antérieur, en effet, puissamment fixé, peut jouer un rôle prépondérant et contre-balancer, dans la mesure nécessaire, l’action des muscles postérieurs. Le jambier postérieur ne fait qu’ajouter à cetle action compensatrice pour régler l'équilibre du moignon, puisque, ainsi que l'a montré Duchenne, il a pour action de ramener le pied dans la position moyenne, que ce pied se trouve primitivement en flexion ou en extension sur la jambe.

La station debout est donc à peu près normale chez un amputé selon la méthode d'Hayward. La meilleure preuve en est notre malade. I affirme, en effet qu'il se sent parfaitement d’aplomb sur son moignon. I} s’est tenu, sans aucune difficulté, à cloche-pied, le poids du corps reposant tout entier sur le pied amputé. IF est tombé d’une hauteur de deux mètres sur -on moignon, sans éprouver la moindre gêne. Il ne se plaint pas et semble enchanté du résultat obtenu, «ose rare chez un amputé.

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