chapitre de l'alcoolisme sur les effets psychiques de l'alcool, ne
doivent laisser aucun doute sur l'importance que nous attachons aux manifestations intellectuelles de la dégénérescence alcoolique, sur sa réalité, sa valeur en aliénation mentale et en sociologie. Les auteurs qui ont étudié la question nous sont, du reste, garants de l'importance de cette étude.
Die. l’état intellectuel, nous considérerons d’ abord ces états constitutionnels psychiques originels, anormaux par défaut ou par excès ; la rupture de harmonie intellectuelle constitue en effet une anomalie, une lésion d'organisation, une difformité psychique analogue à celles que nous avons étudiées à l’état physique; toutefois nous ferons remarquer que, comme la dit Morel, il ya des g'énies partiels, c’est-à-dire qu’à côté des facultés extraordinairement développées existent des lacunes profondes de l'intelligence.
Puis les états fonctionnels nés de la réaction de l'intelligence sous l'influence des états physiologiques, de maladies générales aiguës ou chroniques, d’intoxications, de maladies locales des appareils organiques ou du système nerveux luimême, seront étudiées avec les troubles spéciaux à chacune d'elles.
Nous ne dissimulons pas que c'est passer en revue la psychiâtrie tout entière ; à défaut d'observations, nous aurons l’opinion de beaucoup d'auteurs dont Pautorité est incontestable
$ À. Etats constitutionnels. — « Les individus atteints d’infirmités congénitales sont des instruments auxquels il manque un certain nombre de cordes, a dit Marcé (1). » Les des-
(1) Marcé cité par Regis, Manuel prat. de méd.ment., 1885, p. 115.
cendants des alcooliques participent de cet état de Iyre désaccordée, privée de certaines de ses notes, vibrant sous les doigts d’un musicien habile, résonnant faux si le premier venu veut en toucher. Ils ne sont plus à l'unisson de la société, ils détonent dans le concert des conventions sociales, vont à l’octave des sentiments reçus ou ne sont pas dans le mouvement intellectuel. Idiotie, imbécillité, débilité d'esprit, génie et talent, l’alcoolisme peut tout enfanter, mais au prix du déséquilibre des facultés intellectuelles, de la disproportion incalculable des sentiments et de la volonté.
a) Ipiotie. — L'idiotie et l'imbécillité sont les termes habituels de l'alcoolisme antécédentiel, rarement dépouillées de toute complication; le manque d'intelligence s'associe en effet à des difformités physiques soigneusement décrites par Morel et connues sous le nom de stigmates de l’hérédité:
Les principales sont: extérieurement, la microcéphalie(1), les asymétries crânienne et faciale, l’ossification prématurée ou le défaut d’ossification des os du crâne; le prognathisme, les anomalies dentaires, la division congénitale du palais, de la luette, le bec de lièvre, la construction ogivale de la voûte palatine, le déplissement des oreilles ou l’absence de lobule, le strabisme, la cécité, la surdité, la surdi-mutité ; la petitesse de la taille, arrêt de développement et les anomalies des organes génitaux, la monorchidie ou l’anorchidie, l’impuberté, l’état palmé des doigts, etc. Les arrêts de développement internes consistent surtout dans des altérations du système ner-
(i) Cette microcéphalie n'est pas un arrêt de développement postérieur à la naissance. Gratiolet a établi devant la Société d’anthropologie que, chez le nouveau-né, le système des circonvolutions est complet, tandis que chez le microcéphale il correspond à peu près au cinquième mois de la vie intra-utérine, époque à laquelle se dessinent les circonvolutions du lobe moyen.
Poe
veux, telles que la petitesse de poids et de volumedu cerveau, l'absence ou l’état rudimentaire de certaines régions, surtout des circonvolutions antérieures, le ramollissement de la’ substance cérébrale, l’hydrocéphalie, etc., etc.
Chacune de ces anomalies se retrouve plus ou moins souvent ; des travaux spéciaux ont été consacrés à quelques-unes ; nous signalerons la thèse récente d’A. Sollier (1), préférant rap-
“porter entre beaucoup d’autres une observation dans laquelle un imbécile est porteur de certains de ces stigmates.
Observation VII. —M.G... (Marius), dix-neuf ans, apprenti boulanger, né et domicilié à Cette, entre l'asile le 25 juillet 1885. Peu intelligent et crédule, ce jeune homme n'a jamais été malade, et à l'école qu'il a fréquentée jusqu’à treize ans, il a pu apprendreà lire et à écrire. L'objet des railleries de ses camarades, il fut accusé par eux tout dernièrement d'avoir dérohé une certaine somme d'argent et il devint persuadé qu’on allait l’'emprisonner. De retour dans sa famille il se montre fort effrayé, ne veut plus sortir, tremble au moindre bruit et se cache alors, ou bien passe par la fenêtre, espérant s'enfuir ; il pleure continuellement, se disant bien malheureux.
Dans l’asile, il est triste, a peur, est d'une incohérence considérable dans son délire; puis, au bout de quelques jours, devient au contraire taquin, récalcitrant, offensif même, et alternativement se produisent ces deux périodes d’affaissement etd’exaltation ; le défaut d'intelligence, l'absence d'originalité dans ses actes maniaques, indiquent bien peu de développement intellectuel. Peu à peu une amélioration réelle dans l'état mental surajouté à l’imbécillité se produit, et ce jeune homme est rendu à son père le 3 octobre 1886.
Grand, arrivé à son complet développement, bien proportionné des membres, mais maladroit dans ses mouvements, G..- a la tête ronde, très-petite, aplatie aux régions occipitales; le front élevé, mais sans bosses frontales saillantes ; l’axe de la face suit une ligne courbe à convexité gauche, le regard est vague. Il n’existe rien d'anormal dans les viscères.
(1) Alice Sollier, de Etat de la dentivion chez les enfants idiots et arriérés. (Thèse Paris, 1887.)
Le père est un bon ouvrier et un homme intelligent ; mais, bien avant la naissance de son fils, il rentraït chaque soir chez lui ivre d’absinthe et d’eau-de-vie. Les grands parents sont morts âgés.
Du côté maternel, toute la famille est bien portante. Deux sœurs et un frère de nous inconnus.
Cette idiotie due à l'alcoolisme des ascendants présentet-elle quelques caractères particuliers ? M. Kind (1) répond que rien dans la conformation extérieure de ces idiots ne révèle l'origine alcoolique de leur dégénérescence; que dans la genèse de cette idiotie l'influence se fait sentir plus tard que les autres causes de dégénérescence, c’est-à-dire que la proportion des idiots premiers-nés en général est plus élevée que celle des idiots premiers-nés alcooliques ; que, après la parturition d’un enfant idiot par alcoolisme, la faculté procréatrice décroit.chez les parents en quantité et en qualité. Ce sont là des conclusions auxquelles nous nous rangeons d’après l’étude de nos observations. Nous ravons pas de statistique personnelle à produire, mais nous croyons seulement cet auteur audessous de la vérité, lorsqu'il ne trouve que 3,5 °/ d’idiots pourvus d’une hérédité exclusivement alcoolique.
Il résulte toutefois de toutes ces difformités graves ou lécères de l'intelligence, prises isolément ou rapprochées des lésions physiques qui les accompagnent si souvent, un ensemble de caractères portant le cachet de l’atrophie plus ou moins généralisée, qui est le fait de la dégénérescence.
b) PERVERSIONS DES FACULTÉS DE L'AME.—Les facultés de l'âme (intelligence, volonté, sensibilité) ont été considérées atteintes en bloc dans lPidiotie, l’imbécillité, la débilité, et en eflet c'est en totalité surtout que ces facultées sont lésées dans ces états originels. Mais l’alcoo]l peut ne toucher que
(1) Kind, de lInfluence de l'alcoolisme sur la production de l'idiotie. (Zeitschrift für Psychiâtrie, 1883.)
LT
partie de ces éléments primordiaux de la vie de l'esprit. Chacun d'eux, exalté ou déprimé originellement, donne lieu au caractère particulier à chacun de nous, à cette manière de sentir spéciale à chaque individu, et fait la somme de son intelligence personnelle servie par les autres facultés. La multiplicité des personnalités vient du mélange de ces trois éléments primitifs, dont les parties secondaires se combinent à l'infini. Chez le dégénéré, exaltées ou déprimées, ces facultés le sont souvent orignellement avec une intensité qui ne se dément pas un seulinstant de la vie, qui résiste même à l’aliénation mentale et accompagne tous les actes de l’individu.
1° Volonté. — La volonté est souvent exagérée: c'est l’entêtement, qui marche si souvent de pair avec l’imbécillité ; c’est l'emportement aveugle, c’est l’irritabilité, c’est la vivacité des réflexes, c’est la colère subite. Tout frein immédiatement appliqué, tout raisonnement est incapable de vaincre cette .manifestation de la volonté. Raisonnée ou spontanée, cette exagération de la volonté se rencontre souvent parmi les dégénérés par alcoolisme ; nous en donnons un exemple : née avec l'individu, cette exagération de la volonté ne paraît devoir céder qu'avec la vie:
Observation VIII. — M'°C...{(Cécile), vingt-six ans, couturière, née et domiciliée à Lodève, entre à l’asile le 25 janvier 1882.
Pendant que sa mère l’allaitait, cette malade était sujette à des colères à la moindre contrariété, colères pendant lesquelles elle devenait noire et perdait la respiration. À deux ans, elle fut par accident jetée hors de son berceau, et, quelques mois après, parurent des manifestations scrofuleuses (eczéma de l'oreille, etc.). À dix ans, elle devint sujette à des accès fébriles éphémères, avec phénomènes psychiques et céphaliques durant une nuit. A quatorze ans, survint la menstruation, régulière et abondante.
Toujours très-nerveuse, entêtée, irritable, dès quinze ans elle avait des habitudes solitaires et recherchaït la société des jeunes gens, dont les mauvaises manières à l'égard de Cécile éveillaient l'attention des