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parents et faisaient échouer les demandes en mariage dont les assas- È sinait leur fille. Poursuivie un jour par un de ces jeunes gens, elle eut peur et devint dévote dès lors: quittant son travail pour fréquenter les églises, elle demandait des audiences à tous les prêtres et poussait l'intimité jusqu’à les voir dans leurs appartements.
Une anémie d’origine inconnue étant survenue vers l'âge de vingt ans, elle eut des évanouissements fréquents; mais en même temps apparurent des perversions sensorielles : la nuit, elle se réveillait en sursaut, « voyant des scènes terribles », s’entendait gronder pour son travail mal fait. Peu à peu ces perversions sensorielles devinrent plus fréquentes, et, à la vue du cadavre d’une de ses parentes, éclata l’agitation. De plus en plus irritable, elle ne veut pas être commandée, elle veut s'acheter de belles robes, ne plus travailler; bruyante, ba. varde, elle se met dans la tête de prêcher et fait des esclandres dans les églises. Chaque période menstruelle, dorénavant très-abondante, mais pâle, augmente la surexcitation.
On l'amène ainsi à l'asile : manie avec prédominance d'idées religieuses et d’impulsions érotiques. À peine entrée, elle s’isole, se cache dans les coins, pleurnichant constamment, toujours morveuse, malpropre, se barbouillant de matières fécales. Indisciplinée, entêtée, elle ne se soumet que devant la force et garde toujours un mutisme obstiné. La démence à fait de rapides progrès depuis lors, l’irritabilité et l'entêtement restant toujours intenses. On la voit accroupie, vêtue sans soin, pleurnichant tout en brisant un copeau en petits morceaux ou mettant ses effets en charpie. Agitée, elle casse des carreaux,
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bouscule des chaises, giffle quiconque lui parle dans ses impulsions subites.
De petite taille, mais forte et bien proportionnée, la peau huileuse, fort velue pour une femme et couverte de taches de rousseur, la ma- Jade à des traits agréables, malgré leur incorrection. Le crâne, de volume normal, a son diamètre antéro-postérieur petit; le front est fuyant et aplati à gauche, les cheveux sont incultes. La face est fortement asymétrique : la moitié gauche diminuée de volume dans ses os et ses muscles, le nez déjeté à gauche dès sa racine. Le teint est jaunâtre, l’acné est fréquent sur le visage, la physionomie très-mobile ; les globes oculaires sont saillants. La malade a eu la variole dans
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l'asile ; cette fièvre éruptive n’a eu aucune influence sur son état mental. .
Le père, soixante-huit ans, fileur en laine, d'intelligence médiocre, eut à soixante-sept ans une congestion cérébrale qui n’a rien laissé de somatique. La grand’mère, morte à soixante-quinze ans, peu intelligente. Le grand-père, peut-être alcoolique, mort bronchitique à soixante-treize ans, s'était marié trois fois et avait eu quatre enfants: l’un, employé bien connu de la Faculté de médecine, très-fort, alcoolique endurci, mourut d’une attaque, laissant trois enfants bien portants, et était de la première femme; de la seconde étaient nées deux filles, mortes l’une à soixante-quinze ans, l’autre paralysée des membres inférieurs à soixante ans.
Oncle : 3 enfants alcoolique, attaque. bien portants.
Tante paralysée Grand-père. à 60 ans.
Tante morte à 79 ans.
3 neveux < Frère morts jeunes.
Père hémiplégies simple, faciales. . Neveu bien portant.
ép.
e Cécile, | : Mère défectuosités simple, débile. psychiques, asymétrie faciale, aliénée.
Oncle alcoolique, mort à 99 ans.
Grand-père . Oncle | Cousine alcoolique. obèse, sobre. (l bien portante.
Tante ARTE + excentrique. Cousins sains.
Oncle
viveurs, buveurs,
4 cousins { déséquilibrés.
| mort phthisique.
La mère, soixante-cinq ans, fileuse, maigre, d'intelligence bornée,
desanté délicate, souffre des articulations, porte une énorme loupe sur la tête. La grand'mère mourut à cinquante-cinq ans, d'hémorrhagie utérine ; depuis la ménopause elle avait un fibrome utérin. Le grandpère, toujours entre deux vins, était vieux avant l'âge; il se remaria à soixante-cinq ans et mourut à soixante-seize ans, ayant conservé une irritabilité excessive. Trois oncles paternels : l'un mourut assez jeune, laissant quatre enfants viveurs et alcooliques, dont les sentiments envers leur famille sont peu vifs, sinon pervertis; un oncle mourut alcoolisé à cinquante-cinq ans; le troisième, raisonnable et sobre, est obèse et a une fille bien portante, intelligente couturière; une tante est aussi bien portante et a des enfants sains de corps et d'esprit, mais elle est vive, nerveuse, excentrique.
Un frère aîné, à la suite d’excès alcooliques très-passagers, eut à quelques mois de distance deux hémiplégies faciales, qui ont disparu lentement ; et de ses quatre enfants un seul survit bien portant, des trois autres l’un est mort-né; les autres moururent de la rougeole et du croup.
2 Passions. — Après la volonté, c’est la sensibilité, sous les trois formes physique, intellectuelle et morale : appétits, instincts, sentiments, affections ou passions, dont l’exaltation ou l’anéantissement sont le plus fréquents chez les dégénérés. Timide, ressentant le moindre reproche avec une intensité considérable, tel serait le sujet d’une observation que nous pourrions rapporter ; insouciant, indiscipliné, nomade, vivant au gré de ses caprices, tel serait un second sujet. A peine pubères tous les deux, tousles deux descendants directs d’alcooliques, ces deux malades sont les deux extrêmes de cette catégorie de dégénérés; mais chacun d'eux a trouvé dans l’anomalie de sa façon de sentir l’occasion de réaliser une aliénation mentale surajoutée, et encore chacun garde dans le cours de cette aliénation mentale sa manière de sentir: le premier, quoique agité, ouvert à toute sensation extrême, réagit suivant son caractère, non suivant son sentiment; le second, surtout déprimé, réagit toujours par l'indifférence. L'un est
trop sociable, l’autre ne l’est pas du tout; ce sont les deux opposés dans la dégénérescence des sentiments en général.
Les sentiments religieux, qui ont pour objet l'être qui possède en lui toutes les perfections, vers lequel doivent tendre tous nos désirs, source de tout bien et de toute beauté, fin suprême de toute existence, ne sont pas des moins communément exagérés. En dehors des sentiments religieux naturels, on en trouve dont l’exaltation ou la négation irraisonnée reconnaissent comme cause originelle cette perversion maladive des sentiments que procure l'alcoolisme. N’étant pas le fruit de l'éducation, dérivant encore moins d'un ehoix raisonné, ils donnent parfois lieu à laliénation mentale ; leur origine dégénérative ne saurait donc être contestée. La marche de la folie dans le cas suivant apporte son appui à cette notion de l’origine dégénérative de certains sentiments religieux.
Observation IX. — M'°B....(Marie), cinquante-sept ans, sans profession, née et domiciliée à Florensac, entre à l'asile le 27 février 1886. Intelligente, de caractère égal, mais religieuse avec excès, M'eB. n'a jamais été malade physiquement. Les renseignements manquent sur sa vie sexuelle, surtout sur son enfance, ses habitudes.
A l’âge de vingt-cinq ans environ, à l'occasion d’une mission prèchée dans son village, elle s’éprit d'un beau zèle pour la croix et résolut de se faire religieuse, vocation que les parents contrarièrent toujours. Depuis lors, elle se montra indifférente à tout ce qui ne touchait pas à la religion ; en prières, chantant ou criant, se levant la nuit à des heures fixes, vêtue avec une simplicité ascétique, elle se montre excitable et répond par des menaces ou des coups aux remontrances que lui attire sa conduite ; seul son père a de l’ascendant sur elle.
Vers l’âge de cinquante-sept ans, la démence a apparu avec son mélange d'idées de persécutions et de grandeurs, qu'entretenaient des perversions sensorielles de l’ouïe et de la vue. Elle oublie les cachettes où elle place quelques économies et accuse les gens du village de
lui prendre son argent ; elle entend la nuit des bruits et des voix qui
sont pour elle l'indice de tentatives de vol dirigées contre elle; aussi veille-t-elle et fait-elle tapage à cette occasion. Elle se dit riche à millions, fille de Louis-Philippe; ses sous valent des louis, ses talents seront bientôt appréciés. À plusieurs reprises, elle s’est évadée sans but de chez elle, croyant aller à l’école pour s’instruire.
Dans l'asile, cette démence à prédominance d'idées religieuses est caractérisée par un décousu et une incohérence considérables dans les paroles. Capricieuse, indocile, elle ne travaille que quand elle veut. Quelques petits accès d’agitation très-courts rompent la monotonie de son existence ; elle crie, déclame quelques heures, frappe quelque malade qu’elle prend pour une insubordonnée ou une parente, et puis tout rentre dans l'ordre.
De taille moyenne, la poitrine voussée, cette malade a l'attitude, les gestes, le parler onctueux des gens confits en dévotion; la tête allongée, en dolichocéphalie, les traits flasques et fatigués du vieil aliéné, vieillesse anticipée de par l'arc sénile et l’état de ses artères.
Le père,buveuret viveur, mourut alcoolique à soixante-quinze ans. Le grand-père, obèse, pléthorique, mourut à quatre-vingt-trois ans; la grand'mère, également très-forte, à soixante-dix ans. Trois tantes sont mortes fort âgées, sans maladie grave durant leur vie, laissant des enfants robustes. Un oncle paternel, aveugle à soixante ans, mourut à soixante-trois ans.
La mère, hystérique toute sa vie, vient de mourir àquatre-vingt-trois ans, dans la démence sénile. Le grand-père, robuste plâtrier sans éducation, malgré de grands excès de vin, mourut à quatre-vingts ans passés ; la grand’mère succomba à une pneumonie à soixante ans. Un oncle atteint de bronchite mourut à soixante-quinze ans. Une tante entra à l'asile à soixante-quinze ans, en état de manie, et y mourut; sa fille et ses petits-enfants sont bien portants.
Les sentiments politiques, eux aussi, sont parfois les seuls atteints ; chez les dégénérés, les exemples de certains pamphlétaires, de certains régicides, apparentés à des aliénés, dégénérés eux-mêmes, sont nombreux. Sans généraliser et ne vouloir voir parmi les partisans des opinions extrêmes que des dégénérés, il est permis à la saine observation d’en découvrir
facilement parmi les adhérents des doctrines politiques avan- cées. Nous ne croyons pas du reste formuler une hérésie en disant que l’armée de ceux qui sont montés incessamment à l'assaut de la société se recrute en grande partie parmi ces sens, descendants de buveurs, qui ne sont partisans convaincus des théories extrêmes que parce qu’ils apprécient les institutions du moment avec des idées fausses et sans souci de la justice et des moyens à employer. Nous n'hésitons pas à en donner un exemple ; de nombreuses anomalies physiques et psychiques s'ajoutent du reste dans ce cas à cette exaltation des sentiments politiques. .
Observation X.— M.T...(Flour), quarante-sept ans, cordonnier, né et domicilié à Lodève, entre à l'asile le 5 octobre 1882. Intelligent et éducable, bon ouvrier et sachant mener un commerce, ce malade à toujours été vif, emporté, exalté au point de vue politique; depuis sa jeunesse, il faisait des excès vénériens et buvait beaucoup de rhum et d’absinthe, excès qu’il a continués jusqu’à son entrée. A trois ans, à la vue d’un grand chien qui le menaçait, il eut des convulsions et consécutivement une paralysie infantile, qui, en définitive, le laissa atrophié de tout le côté gauche, surtout du membre inférieur.
À quarante ans, à la suite d’un incendie qui éclata à côté de son magasin et d’une condamnation à 200 fr. d'amende pour contravention à la loi sur les allumettes, et après une hémorrhagie rectale fort abondante, les défectuosités de son caractère s'exagérèrent; il se lança dans la politique à corps perdu. Peu après, sa fille est mise aux portes du tombeau par la variole ; il est pris alors d’un fort découragement ; il se croit empoisonné et est entretenu dans cette idée par des hallucinations auditives terrifiantes, veut se suicider, menace tout le monde. L'agitation fait place à une torpeur considérable.
Dans l'asile, l'état semble de prime abord fort grave; on croit à une paralysie générale. Mais l'agitation tombe vite et il ne reste qu'une exaltation intellectuelle, surtout marquée pour la politique; de nouvelles hémorrhagiesrectales amènent un affaiblissement physique trèsmarqué à chaque fois. Les troubles paralytiformes disparaissent graduellement, les perversions sensorielles aussi bien que les idées hypo-
chondriaques. Au bout de quatre ans, il ne reste qu'un peu d'apathie intellectuelle, et il envisage sa situation avec trop de calme. C’est dans cet état qu'il est rendu à sa femme le 28 octobre 1886.
De petite taille, porteur d’un varus équin, le membre inférieur gauche atrophié en hauteur et en épaisseur, la peau pâle et jaune, sans un poil; le crâne petit, la moitié gauche de la face moins pleine que la droite, la langue un peu bifide à son extrémité, assez fortement myope depuis son jeune âge, l'œil gauche doué de tout temps d’une acuité visuelle moindre que le droit, cet homme présente, en outre, des altérations en rapport avec ses habitudes et ses maladies antérieures, telles que bourrelet hémorrhoïdaire, excitabilité musculaire, etc.
Le père était un alcoolique et mourut alcoolique.
Un frère aîné, malgré des excès nombreux de boisson, se porte bien ; une sœur $e porte bien, mais à un caractère fort emporté.
Les affections domestiques, l'amour conjugal, la tendresse des parents pour leurs enfants, la piétié filiale, l'amour et lamitié, sont des sentiments qui sont parfois la cause de manifestations maladives. La plupart de ces sentiments dominent parmi les causes d’aliénation mentale : exaltés ou diminués, ils reconnaissent parfois une origine dégénérative; du reste, nous avons recueilli à l’asile un exemple du sentiment de l’'honneur personnel originellement exalté et entrant dans la réalisation de l’aliénation mentale comme cause prépondérante, chez un dégénéré alcoolique.
Les passions, elles, ont depuis longtemps été reconnues comme originellement déposées dans l’âme.L’absence de sens moral traduit fidèlement ce développement excessif des sentimenis inférieurs. Érotiques, salaces, dépravés, voleurs, déserteurs, filles publiques, criminels de tous ordres, meurtriers, beaucoup sont des descendants d’alcooliques. Lombroso (1), Knecht (2), affirment que le crime et la folie sont les éléments
(1) Lombroso, l’ Homme criminel.
(2) Knecht, de la Transmission de la dégénérescence physique chez les