‹ La Descendance des AlcooliquesChapitre 37 sur 39 · CONCLUSIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS GÉNÉRALES

Avant de clore ce long travail, dont le but est de montrer et d'étudier les effets de l’alcoolisme des parents sur les descendants, nous désirons donner sous une forme synthétique les principaux points que nous espérons avoir démontrés, indiquer sous quels points de vue cliniques nous les avons considérés.

1° L’hérédité est une loi biologique qui, de concert avec l'adaptation, sous l’égide du transformisme, explique le plus grand nombre des faits physiques ou psychiques, physiologiques ou pathologiques, que l’on rencontre dans l’étude de la génération des individus, des familles, des races et des espèces.

2 L’alcoolisme, aigu ou chronique, exerce sur tous les systèmes de l’organisme des effets se traduisant symptomatologiquement par la diminution de la vitalité, la vieillesse anticipée de l’organe, aboutissant anatomiquement à la déchéance organique prématurée par stéatose des parenchymes, ou par processus irritatif des séreuses.

3° L’hérédité transmettant les caractères passagers ou durables que revêt l’homme faisant accidentellement ou habituellement abus de boissons alcooliques, les descendants de cet homme tiendront de leurs parents, suivant la dominante de la symptomatologie au moment de la procréation : a) s'ils sont procréés ou conçus pendant l’ivresse, des troubles nerveux ou psychiques ; b) s'ils sont procréés ou conçus pendant lalcoo-

lisation chronique, des altérations physiques ou mentales originelles, en rapport avec le degré organique de cette alcoolisation.

4° Le mécanisme de l’action de l'alcoolisme s'explique facilement par les lésions ou les modifications morbides que subissent les organes générateurs, à tous les degrés de l’alcoolisme; la plus grande gravité de l’alcoolisme maternel tient aux connexions plus intimes qui relient le produit à la mère.

5° Les troubles somatiques, que cause l'alcoolisme dans la progéniture, portent sur l'intégrité de la constitution du corps, sur la résistance vitale de sa totalité ou de chacune de ses parties, sur la réaction des éléments aux causes morbides, et sont caractérisées par des malformations multiples et graves, par un amoindrissement de la force intime de la vie des éléments ou des organes et par une susceptibilité particulière vis-à-vis des agents morbifiques.

6° Les troubles intellectuels dus à l'alcoolisme des parents sont fréquents: originels ou fonctionnels.

a) Originels, ils portent sur la totalité de l'intelligence, ou seulement sur l’une des facultés de l'âme, ou même sur l’une ou l’autre des parties constitutionnelles de ces facultés ; elles sont exaltées ou déprimées: passions, mémoire, volonté, sont de la première forme; idiotie ou imbécillité, absence de volonté, sont de la seconde forme. Le déséquilibre entre les divers éléments de l’état intellectuel et moral est la caractéristique de ces troubles originels.

b) Fonctionnels ou aboutissant à l'organicité, ces troubles psychiques se traduisent par l’aliénation mentale sous les formes les plus diverses. Les causes de l’apparition de la folie sont multiples, de tous les instants : causes physiques et morales, états physiologiques, maladies aiguës ou chroniques des divers systèmes, intoxications, maladies générales, tout est une occasion pour délirer et souvent pour devenir aliéné.

c) Les faits de létat fonctionnel dérivant de l'état originel ne sont pas rares ; l'union des altérations somatiques avec les perturbations intellectuelles est presque la règle.

T° Les troubles nerveux, nés de l’intoxication des parents, constituent la grande classe des névroses et quelques-unes des maladies du système nerveux, et doivent être considérés comme un acheminement à ces états intellectuels morbides dont la réalisation est si fréquente.

& De ces effets multiples de l'alcoolisme sur le corps et sur l'esprit des descendants il ressort, au point de vue médico-légal et au point de vue thérapeutique, des notions d’une importance capitale, dont l'application, pour chacun des cas particuliers, demande des connaissances approfondies en médecine mentale et une sûreté de jugement considérable; il ne saurait y avoir de loi générale dans l'appréciation des multiples cas qui se présentent.

Vu et permis d'imprimer :

Vu et approuvé :

Montpellier, le 9 février 1888.

Montpellier, le 9 février 1838.

Le Recteur de l'Académie de Montpellier,

Correspondant de l’Institut, Le Doyen, G. CHANCEL. A, CASTAN.

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