FORJOT, GABRIELLE, PASCALINE PASCALINE
Mère, je voulais te demander...
GABRIELLE
Oui, mon enfant... Tout à l'heure. [Sincèr'ement émue.) Laisse-moi te dire que je suis contente de te voir. Heureusement que je t'ai, ma chère fille I... Tu comprendras plus tard... Embrassemoi... (Élan de Pascaline.) Non, ne m'embrasse pas, tu me décoifTerais. Tu sais que je t'aime, n'est-ce pas ? [Elle a les larmes aux yeux. Elle se les essuie en les tamponnant, à la manière des actrices.) Écoute, Pascaline, demande gentiment à ton père de dire ta poésie.
FORJOT
C'est inutile.
GABRIELLE, à Sa fille.
Dis-lui, dis-*lui que tu te faisais une fête de réci-
ter ces vers... Hein? tu ne réponds pas... C'était une fête pour toi, n'est-ce pas? {Pascaline, qui est limide, à Vâcje ingrat, regarde alternativement son père et sa mère, très embarrassée.)
FORJOT
Laisse cette enfant tranquille, allons...
GABUIELLE
Elle a peur de toi, c'est pourquoi elle ne répond rien. (A Pascaline.) N'est-ce pas que c'est pour cela?...
PASCALINE, très bas.
Non, je n'ai pas peur...
GABIilELLE
Parle plus haut... Qu'est-ce que tu dis? Je ne t'entends pas. Ne baisse pas les yeux comme cela, regarde-moi...
FORJOT
Laisse-la donc tranquille.
GABRIELLE
Du tout. Je veux qu'elle me réponde... N'est-cô pas que c'est parce que tu as peur?...
PAS CALINE
Non. Je n'ai pas peur de papa.
Alors, c'est de moi?... Réponds... mais réponds... Veux-tu répondre... Tiens ! tu es une sotte !... {Se ramsant.) Qu'est-ce que tu avais à me dire?
PASCALINE
Ce sont mes bottines neuves qui me font mal.
GABRIELLE
Va trouver mademoiselle Hélène, tu m'ennuies. [Petit silence et soupir de Gabrielle.)
FORJOT, à Pascaline.
Écoute... Va les retirer, mon enfant, et mettre celles que tu avais hier. {Pascaline sort.)
GABRIELLE
Allons, je vais fépéter mon morceau encore une fois.
FORJOT
C'est cela.
GABRIELLE, allant à la porte de gauche.
Voilà ces messieurs de l'orchestre. {File sort par la porte de droite. Forjol seul. Petite scène muette.)