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PRELIMINAIRES
La désinfection consiste à faire cesser l' infection. Elle 11e diffère pas essentiellement des pratiques d'antisepsie, ou même d’asepsie, qui poursuivent aussi 1 éloignement ou la destruction de matières infectieuses. Cependant, ces pratiques sont plutôt préventives, la désinfection étant réparatrice. L’antisepsie se pourvoit contredes agents d’infection qui nesontpointprécisés, qui pourraient intervenir, mais n’ont encore point manifesté leur présence ; la désinfection agit après ■coup, contre des souillures positives, connues, contre les restes d’une infection réalisée. La première vise un danger possible, la seconde un danger probable nu même certain. Il va sans dire que l’une et l’autre se rencontrent souvent en pratique aussi bien qu’en théorie et que leurs procédés sont fréquemment identiques. Il y a, pourtant, des différences de temps et de lieu, des conditions d’application très distinctes.
Au point de \ ue de 1 art, on pourrait dire que l’antisepsie est une méLhôde chirurgicale, tandis que la désinfection relève de la médecine. Ce sont, en effet les chirurgiens qui stérilisent préventivement leurs instruments, leurs objets de pansement, qui s’entou-
rent d’antiseptiques et cherchent à opérer dans l’asepsie la plus parfaite, soupçonnant que, dans l’air et les objets qu'il leur faut employer, il existe par avance des germes, d’une certaine banalité à l’ordinaire, mais singulièrement dangereux vis-à-vis des plaies. Les médecins n’ignorent ni ne dédaignent ces germes vulgaires, qu'ils combattent sous le titre de malpropreté ; mais ils luttent surtout contre les principes de maladies infectieuses déterminées; ils les recherchent, pour les détruire, sur tous les objets qui peuvent les avoir reçus-d’un malade préalable et par le fait du voisinage de ce malade ; ils protègent, par la désinfection, les individus sains; le patient, c’est-àdire celui chez qui l’infection est chose faite, n’ayant plus besoin que de la thérapeutique.
En réalité, la désinfection cherche à empêcher la propagation des maladies contagieuses. Au point de vue où nous nous plaçons dans ce travail, la désinfection publique est le moyen capital de la prophylaxie des épidémies.
D’ailleurs, en hygiène comme en chirurgie, on a en vue l’annulation ou môme la destruction de germes réels, de ces organismes inférieurs que les travaux de Pasteur, de It. Koch, et de toute la génération de savants issue de ce grand effort, ont démontré être les moteurs des fermentations et de la plupart des maladies qu’on appelait alors générales. On les appelle aujourd’hui maladies infectieuses. Comme on le verra par les développements, toute la théorie de la désinfection moderne, le choix des agents, la manière de procéder, reposent sur l’idée que les « microbes » sont les véritables agents de l’inféction et que leur multiplication dans l’économie animale, ou dans tout autre milieu, constitue l’infection elle-même.
On désinfectait bien avant notre époque. Il n’y a guère plus de vingt ans, la désinfection se proposait d’entraver les phénomènes de la putréfaction, de ncu-
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traliser les émanations malodorantes que ce phénomène provoque et les liquides qui en dérivent. Elle traitait particulièrement, en temps d’épidémie, les excrétions humaines, comme nous le faisons encore ; c’est dans ces excrétions que les manifestations redoutées se présentent de la façon la plus aiguë. Elle employait un certain nombre des substances auxquelles l’époque actuelle a reconnu la plus grande eflicacité en matière de désinfection. Il ne faudrait pas croire que ce fût là une méthode de pur instinct, un inconscient et heureux hasard. Nos devanciers étaient des observateurs d’une grande puissance qui, à défaut d’autre moyen scientifique, avaient aperçu par quelque côté les dangers que portent avec elles les évacuations intestinales des cholériques et des typhoïsants. Ils n’étaient pas absolument dans l’erreur en attribuant de très nuisibles propriétés aux liquides écoulés des masses organiques en putréfaction, aux gaz mêmes émanés de ces foyers ; nous commençons aujourd’hui à redouter aussi les toxines volatiles ou en dissolution ', et la propreté n’a pas cessé d’être le premier commandement de l’hygiène.
Mais la désinfection moderne, procédant en connaissance de cause, est devenue très nettement et exclusivement la guerre aux microbes, et c’est à la mesure suivant laquelle ils anéantissent les parasites pathogènes que se jugent l’efficacité et la supériorité des agents et des méthodes de désinfection. Le reste semble devoir être donné par surcroît.
Les plus mortels ennemis de l'homme ne préviennent de leur présence ni par de mauvaises odeurs, ni par d'autres phénomènes physiques d’aspect repoussant. Néanmoins, lorsque le cas se présente, la plupart des agenLs de désinfection actuellement en hon-
»1. \ oy. GuéNIOT, Du méphitisme de l’air comme cause de septicémie puerpérale (Bull. Acad. méd. 1892, n® 9). — IIervieux (Ibid., n® 10).
neur sont aussi des désodorisants. Sans compter qu'en supprimant le microbe, ils tarissent du même coup la source de ses sécrétions toxiques ou fétides. Si, d’ailleurs, ce sont les vibrions eux-mêmes qui sont toxiques, comme le pense Gamaleia1, rien n’est plus capable d’en transformer les cadavres que les agents désinfectants de notre époque.
Il ne serait pas inexact de dire que la désinfection moderne procède comme si les microbes pathogènes étaient toujours pathogènes et, de leur essence, extérieurs à l’homme. Ç a été un moment la formule de la science ; le progrès de chaque jour commence à l’entamer. Divers microbes, moteurs habituels de maladies des plus graves, peuvent exister sous une forme atténuée et, dans tous les cas, inofl’ensifs, même dans l’organisme humain. A vrai dire, les points où on les trouve sont encore de ceux qui, selon l’expression de Claude Bernard, « continuent à faire partie du monde extérieur ». Ces points sont le tube digestif et surtout la bouche, lalin de l’intestin grêle et le gros intestin, les voies respiratoires, les organes génito-urinaires, principalement chez la femme, le tégument externe (Charrin). Néanmoins, ce n'est pas un fait à négliger, on le comprend, que le pneumocoque de Frænkel persiste dans la salive des sujets guéris de pneumonie; que le bacille pseudo-diphtéritique, parfaitement capable de prendre, dans des conditions favorables, la virulence du diphtéritique vrai, ait été rencontré par Roux et Yersin dans la bouche de 2(1 enfants sur 59, d’une localité de Normandie où, depuis longtemps, il n’y avait pas eu d’épidémie de diphtérie. Je me suis moi-même, pour bien des cas de fièvre typhoïde, rattaché à la théorie du microbisme latent , c’est-à-dire à l’idée que certaines fièvres typhoïdes seraient dues au
1. Annales de l'Institut Pasteur, 1888 et 1889. — Voy. aussi : Pfeiffer (II.). Untersuchungen üher das Choleragi/'t ( Zeitschrift /'tir Uygiene und Infectionskrankheilen, XI, p. 393, 1892.)
PRÉLIMINAIRES
réveil et à la pullulation de germes préexistant chez les individus, et restés jusque-là inoffensifs. Cette doctrine serait définitivement établie si, comme le soutiennent Rodet et (1. Roux (de Lyon), le Bacillvs coli communis, hôte habituel de l’intestin humain, était le véritable moteur de la fièvre typhoïde.
Je ne pense pas moins qu’il faut, à l’occasion des cas déclarés de maladies contagieuses et surtout à l’occasion des épidémies, désinfecter largement, c’est-àdire poursuivre les microbes pathogènes extérieurement au malade, sur toutes les surfaces et sur tous les objets qui ont pu être accessibles à ses excrétions. En effet, le malade a multiplié étrangement les germes dont il pouvait être porteur au préalable, et cette mutiplicité seule constitue des chances fâcheuses pour l’entourage et pour les visiteurs futurs du local ou pour les personnes qui toucheront aux effets, à la literie du patient. En outre, le fait même qu’il y a eu un malade prouve que ces germes ont acquis un haut degré de virulence, s’ils ne l’avaient pas antérieurement. Ce n’est plus à un bacille atténué, ou vivant en saprophyte, que l’on a affaire, mais à un microbe en pleine activité de végétation et possesseur de ses propriétés les plus accentuées. Le « colibacille » sortant de l’intestin d’un typhoïsant peut bien n’être pas aussi indifférent que celui qui se trouve dans les selles d’un sujet en santé. On sait, au moins, que l’état fébrile lui a donné une extraordinaire vigueur de développement (Bard et Aubert).
Au fond, les microbes n’ont pas toujours une spécificité irrésistible, ils sont surtout pathogènes par le fait du terrain sur lequel ils tombent 1 et même, la maladie qu’ils déterminent semble dépendre plus du lieu de l’économie qui les reçoit que des pro-
1. Voy. Charrin (A.), Pathologie générale infectieuse (Traité de Médecine, de Charcot et Rouchard, t. I, 1891).
DESINFECTION PUBLIQUE
priétés spécifiques du microbe. Kelscli , a de nouveau mis en relief ce fait curieux pour ce qui concerne le bacille d’Eberth, dit typhique. Or, aucun de ceux qui auront des rapports avec le malade, qui pénétreront dans sa chambre ou manieront ses effets, ne sait au juste quelles sont ses aptitudes morbides du moment et s’il n’est pas précisément un terrain favorable pour le microbe qui vient de faire ses preuves.
Les raisons pour lesquelles on applique la désinfection à la prophylaxie de la variole et de la scarlatine sont moins nettes que celles qui ont servi de base à la pratique générale. On ne connaît pas exactement la nature du virus des trois grandes fièvres éruptives, variole, rougeole , scarlatine !, les plus contagieuses de toutes les maladies, et c’est par induction qu'on leur suppose un microbe spécial, par analogie que l’on poursuit ce microbe à l’aide des désinfectants ordinaires 8.
Ce court travail est essentiellement consacré à la désinfection publique. Il peut, cependant, il doit plutôt y avoir une désinfection privée. Je ne sais trop si ce n'est pas celle-là (pie l’hygiène a recommandée d’abord, ne songeant qu’au principe et au besoin général. Il est un assez grand nombre de pratiques simples et excellentes, que le premier venu peut appliquer à sa propre personne ou à toute une famille, en tout
1. Kelsch (A), Note sur un cas de pleurésie déterminée par le bacille de la fièvre typhoïde ( Mercredi médical, 1892, n° 9, p. 97).