‹ La désinfection publiqueChapitre 4 sur 74 · Chahrin, loc. cit · texte numérisé non relu

Chahrin, loc. cit

3. Si l’on assimile entièrement la variole et la vaccine, les expériences de Sternberg prouvent que les désinfectants suppriment l’activité du virus de cette dernière aussi bien qu’ils détruisent les bactéries de la putréfaction et autres. On pourrait donc en conclure qu’ils agissent de même sur ie virus varioleux. 11 vaut peut-être mieux s’en référer aux succès qu’obtient la pratique de la désinfection vis-à-vis de la variole même.

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temps mais surtout en présence d’une maladie contagieuse réalisée. L'aération de la chambre du malade, l’abstention de la fréquentation des latrines communes par les cholériques et les typhoïsants, le traitement des excrétions par un liquide antiseptique, sont de ces moyens simples qu’il faut vulgariser et dont l’habitude doit s’introduire dans l’éducation populaire. Vallin 1 n'a-t-il pas, récemment, avec infiniment de raison , préconisé, contre la grippe , la diphtérie , la pneumonie , la lièvre typhoïde , la « désinfection de la bouche, » qui ne peut, assurément, qu’être personnelle? Les spécialistes cherchent, pour le moment, des agents chimiques de désinfection qui ne soient pas toxiques ; on en trouvera probablement ; en tout cas, il est assez facile, par la forme des récipients, la couleur du verre, une teinture ajoutée au liquide, une étiquette comminatoire, d’instituer une protection suffisante vis-à-vis des désinfectants destinés à être mis entre les mains de tout le monde. Et puis, la diffusion même des pratiques de désinfection familiarisera le public avec ces agents et rendra les précautions plus complètes et instinctives par suite les accidents moins fréquents.

Sans qu’il soit besoin d’agents chimiques d’aucune sorte, il est une désinfection excellente, très à la portée des particuliers et qui n’est difficile que grâce à la puissance traditionnelle de la routine et de l’incurie. Cette désinfection supérieure consiste à empêcher l'infection de se produire dans des objets qui serviront d’intermédiaires entre le malade et les individus sains, spécialement dans des matières alimentaires, lorsqu'il s'agit d’affections dont les routes «l’entrée chez l’homme sont les 'voies digestives. W. Hesse, de Schwarzenberg, a démontré que les germes du choléra et surtout ceux de la fièvre

L Valu n (E.) , L'antisepsie de la bouche et de la gorge en temps d'épidémie ( Hevue d' Hygiène, t. XIV, p. 97, 1892).

typhoïde se développent et persistent pendant des semaines sur la plupart des aliments, les plus usités, pourvu qu’ils ne soient pas trop acides, le pain, la viande, le bouillon, le lait, le riz, la pomme de terre, les champignons, le fromage, le jambon, le boudin, divers légumes et un certain nombre de préparations culinaires vulgaires '. Il est donc tout indiqué de ne jamais laisser séjourner dans la chambre d’un malade des aliments ou des boissons qui peuvent être ensemencés d'un agent infectieux par les poussières stercorales provenant presque inévitablement de la souillure du linge de corps et de la literie. Ces aliments ou boissons, absorbés par des individus sains, peuvent être et sont souvent, en effet, une cause d'infeclions nouvelles. Voilà une désinfection privée, aussi facile que nécessaire, pendant la maladie.

Mais il ne faut pas y réfléchir beaucoup pour soupçonner que les particuliers n’ont, le plus souvent, ni les moyens, ni la dextérité indispensables, ni, disonsle, la volonté qu’il conviendrait, pour exécuter une désinfection soigneuse et un peu étendue, comme il est de rigueur après les maladies contagieuses, si l’on ne veut s’exposer à des efforts illusoires et à des déceptions. Les règlements adoptés par l’Académie de médecine, en 1881, sur le rapport d’H illairet, en 1888 sur le rapport d’Ollivier â, relativement à la durée de l'isolement dans les maladies contagieuses pour les élèves des lycées , portent (pie les vêtements de l’élève « devront être passés dans une étuve à vapeur sous pression ou soumis à des fumigations sulfureuses, » que les parois de la chambre et les meubles « seront rigoureusement désinfectés, les objets de literie passés dans l'étuve à vapeur sous pression ; les matelas

1. Hesse ( NV. ), Unseve Nahrungsmitlel als Nührboden fur Typhus und Choiera. ( Zeitschrift fur Hygiene, t. V, p. 527, 1889).

2. Bull. Acad, méd., t. XVIII, p. 878, 1887. et XIX, p. 105, 1888.

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soumis au même traitement ». Ce sont là des mesures qui incombent, soit au lycée lui-même, soit a la famille, si elle a recueilli son malade. Il est bien clair que l’établissement ne va pas se munir d’une étuve en permanence, surtout du modèle qui était dans la pensée du rapporteur ; les familles encore bien moins. 11 faut donc, pour l’application du règlement, qu’il y ait un établissement de désinfection publique qui puisse recevoir les vêtements et la literie venant de la famille ou du lycée, — ou qui envoie sur lieu une étuve transportable.

Le rapporteur de l’Académie de médecine a eu absolument raison de prescrire la désinfection des effets par l’étuve à vapeur à l’exclusion de tout autre moyen. 11 existe, cependant, des moyens différents, etleselfets d’habillement ou de couchage peuvent être traités par certains agents chimiques. Mais ce qui fait précisément que l'on y a renoncé dans la désinfection publique, c’est que ces agents, l’acide sulfureux, le chlore, lè bichlorure de mercure, sont ou d’une efficacité parasiticide douteuse ou difficiles à manier et éminemment dangereux, tant pour les objets traités que pour les personnes qui les emploient. El l’on voudrait en mettre le maniement à la discrétion du premier venu?

De même pour le local et les meubles qu’il contient. Les familles aisées pourraient, à la rigueur, et voudraient peut-être en opérer la désinfection. Mais l’on peut être certain qu’elle serait mal faite, et on ne l’est pas qu’elle le serait sans détérioration ni accidents. Que se passerait-il chez une famille pauvre, dans un cas analogue à celui que nous supposons, un enfant, par exemple, qui fréquentait l’école primaire et qu’il a fallu, dans l’intérêt, de ses camarades, rendre à ses parents pour cause de diphtérie, de scarlatine? Ici, comme le dit le professeur Hoffmann (de Leipzig), l’exécution d'une désinfection par les intéressés eux-mêmes, est tout simplement impos-

sible. Cependant, c'est dans cet élément de la population que l'on rencontre les logements étroits, où souvent une seule pièce abrite toute la famille, six ou huit personnes; par conséquent, où l’infection dérivée du malade est plus fatale, plus large, plus dangereuse.

Et cet élément est le plus important par le nombre.

Il sera aisé de voir, par les détails qui suivront, qu’une opération de désinfection exige, après tout, des mains non seulement intelligentes, mais exercées et sûres. Poser ce principe c’est affirmer la nécessité de la désinfection publique. Si ce besoin est reconnu, il y aura un ou plusieurs établissements créés pour y donner régulièrement satisfaction. À ces établissements seront nécessairement attachés des ouvriers spéciaux, à qui la pratique assurera l’habileté. L’établissement deviendra naturellement une école de désinfecteurs. Il n'y aura qu’à s’arranger pour donner aux élèves l’instruction convenable et en faire le dressage méthodique Ils subiront un examen et il leur sera délivré un brevet. Il sera même possible de se ménager des désinfecteurs de reserve, pour les jours de besoins débordants. Ainsi, l'on évitera les accidents de personnes, les pertes d'effets, les détériorations de meubles, qui se produisent si aisément entre des mains inexpérimentées, sans que l’efTet utile de la désinfection en soit mieux atteint.

J’ajoute (pie les désinfecteurs de profession connaissent et possèdent les moyens de se garantir assez bien eux-mêmes contre les contages dont sont imprégnés les objets qu’ils manipulent. Les gens de la famille du malade, désinfecteurs improvisés, n’ont pas les mêmes moyens et ne savent pas s’en servir. Ils risquent de se contaminer et d’être eux-mêmes l’occasion de la propagation de la maladie qu’ils voulaient éteindre.

Qui doit ouvrir l’établissement de désinfection pu-

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blique et en organiser le fonctionnement? Dans son rapport au Congrès des hygiénistes allemands à Breslau, en 1887,1e professeur Hofmann1 émet, pour la combattre d’ailleurs, l’idée d’établissements de désinfection par entreprise privée , de la même façon qu’il se crée des établissements de bains. Les raisons qu'il fait valoir contre cette industrie nouvelle sont : que la spéculation pourrait netre pas heureuse et atteindrait malaisément le but. On ne saurait, en cette matière, commencer timidement ni faire les choses à demi; l’outillage doit tout d’abord être très complet et l’installation très large; or, il est possible que, malgré tant de frais, les clients ne viennent pas; et la ruine de l’entreprise serait du plus fâcheux effet au point de vue même de l’hygiène. Il est à noter que les maladies contagieuses ne sont pas réparties d’une façon égale sur tous les jours de l’année ; il y a des époques d’épidémie qui nécessitent, à l’établissement de désinfection, un personnel nombreux et des appareils multiples; puis, des périodes de calme, pendant lesquelles tout ce personnel et ces machines chôment forcément, dépensant beaucoup sans rien gagner. Pour ce qui regarde le résultat essentiel, c’est-à-dire la réussite de la désinfection, le public ne trouverait pas, à un établissement privé, les garanties nécessaires et n’aurait souvent qu’un semblant de désinfection. La réussite de la désinfection, cela ne se voit pas, et il faut que le client s’en rapporte à la conscience de l’opérateur. L’absence de contrôle rend suspectes toutes les désinfections par l’initiative privée.

Il est, cependant, à notre connaissance qu’il existe, à Paris, au moins un établissement qui exécute, contre rétribution, des désinfections pour le public. L’or-

1. IIof.mann (i r.) und Jacobi, Moderne Desinfectionstechnik mit besonderer Bezieliung auf ii/fentliche DesinfectiunsanstaUen Deutsche Vierteljahrsschri/t fur Offentliche Gesundheitspftege, t. XIX, p. 117, 1887 .

ganisme de désinfection est annexé aune vaste exploitation de teinturerie ; il y a des voitures spéciales pour aller prendre, chez les clients, les objets à désinfecter. D'autres teintureries lorsqu’elles se trouvent avoir besoin de désinfecter les étoffes qui leur sont remises, ou lorsque leurs clients particuliers réclament celte précaution, s’adressent aussi à l'établissement en question et, paraît-il, les opérations y sont conduites avec intelligence et très sérieusement. 11 n’est pas impossible que cette tentative soit imitée dans quelque autre très grande ville. Peut-être que les réflexions du professeur Hofmann visent quelque entreprise de ce genre, réalisée en Allemagne, où il n'est pas rare que des industriels avisés gagnent légitimement beaucoup d’argent en appliquant un principe d’hygiène. On y a créé des établissements de stérilisation du lai L. Nous n’avons pas de données précises à l’égard de l’industrie de la désinfection, dans ce pays. Mais, d’une façon générale, les vues du professeur Hofmann nous paraissent pouvoir être acceptées comme la règle pour la très grande majorité des villes, et nous nous y rattachons jusqu’à plus ample informé. Les indications fournies, pour la plupart des établissements privés de Paris, par notre excellent ami le docteur A. J. Martin1 autorisent, sans doute, celte conclusion: « Ici, dit le judicieux auteur, l’organisation est toujours défectueuse; on y nettoie plus qu’on n’y désinfecte, et il n’en existe pas encore (d’établissements privés) qui répondent aux desiderata les moins rigoureux; on y peut presque partout voir des appareils qui ne désinfectent pas et constater une promiscuité complète entre les objets infectés et ceux qu’on reporte au domicile... J’ai visité les plus importants de ces établissements; et j'ai eu le regret de constater que la plupart n’ont pas même lesappareils les plus indispensables ; quand

1. Les services de desinfection à Paris ( Revue a' Hygiène, XIII, p. 497, 1891).

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ils les ont, ils les ont établis dans des conditions où la transmission des maladies est certainement plus assurée que la désinfection elle-même. » Le point capital est, du reste, de trouver là « une source nouvelle de profits1 ».

C’est à Y Administration municipale qu'il incombe d’assurer la désinfection publique, en vertu des mêmes principes qui lui font un devoir de veiller à la sûreté, à la salubrité et à la tranquillité des citoyens. En France, la police municipale comprend notamment : « le soin de prévenir par des précautions convenables et celui de faire cesser... les maladies épidémiques ou contagieuses... » La législation est, du reste, à peu

I. Il est probable que l’un des établissements auxquels A. J. Martin et nous-môme faisons allusion est celui que Richard indiquait en ces termes, au Congrès international d’hygiène de Vienne, en 1887: * L’industrie privée commence peu à peu à créer des établissements de désinfection. Le mieux installé que nous connaissions existe à Boulogne-sur-Seine et appartient à M. Schmalzer qui a joint celte industrie à des ateliers de teinturerie et de dégraissage. L’établissement possédant une chaudière à vapeur dont la- pression est habituellement de 4 kilog., il a suffi d’établir une étuve à vapeur sous pression du système Geneste-Herscher. Les opérations sont très bien conduites. Une voiture spéciale prend à domicile tous les objets contaminés, qui, après désinfection, sont rapportés par une autre voiture. Le tarif est de 4 fr. pour un sommier, 3 fr. pour un matelas, 2 fr. pour un édredon, 1 fr. pour une couverture, un oreiller et un traversin; les vêtements sont taxés suivant leurs dimensions. »

D’ailleurs, au moment de terminer le manuscrit de cet ouvrage, je lis dans le Bulletin médical du 21 décembre 1892, sous le titre: « Les désinfections dues à l'initiative privée, - que « le Conseil d’IIygiène (de la Seine) a adopté un projet de réglementation de la désinfection par l’industrie privée. D’après cette réglementation, les procédés de désinfection différents de ceux employés par l’administration ne pourront être mis en usage qu’après approbation du Conseil d’hygiène ; quant aux établissements, ils seront soumis à la surveillance des médecins inspecteurs des épidémies. » On demande, en outre, que cette industrie soit c/nssée. C’est le minimum des exigences légitimes.

près dans le même sens partout ailleurs. Il semble que la désinfection, si la science n’est pas un vain mot, doive rentrer dans ces « précautions convenables, » et que la commune ne puisse s'eu remettre à personne du soin d’en faire bénéficier ses administrés. Cela ressemble à l’entretien des hospices, auxquels la commune fait une subvention, quand leurs ressources ne suffisent pas. C’est le même but de part et d’autre, celui d’obtenir le plus grand nombre possible de citoyens en santé, avec cette nuance importante que la désinfection tend à diminuer le chiffre de ceux qui auront besoin du traitement hospitalier et, par suite, à récupérer largement de ce côté les frais qu’a entraînés son organisation.

Par la raison que c’est sur l’hôpital que convergent naturellement les malades atteints d’affections contagieuses, c’est généralement à l’hôpital que rétablissement de désinfection publique a sa place marquée. L’hôpital est le premier à en avoir besoin et c’en est le client le plus régulier. Rien ne s’oppose à ce que ce soient les locaux de l’Assistance publique qui le renferment et son personnel qui en assure l’activité; puisque l’Assistance est elle-même alimentée par la commune (en principe, au moins). Mais il est clair que les très grandes villes, les capitales, pourront avoir ailleurs leurs centres de désinfection, comme en ont Paris et Berlin.

Je ne m’occuperai pas, dans ce travail, de la désinfection opérée par l'hôpital pour son compte personnel, soit dans les salles des malades, soit sur le mobilier, la literie, le linge, les effets à leur usage. Je négligerai, de même, la désinfection en chirurgie, en obstétrique, celle qui se pratique dans les amphithéâtres d’anatomie, les laboratoires de sciences biologiques, etc., pour me borner, comme l’a entendu A. J. Martin, « à la désinfection des objets souillés ou suspects d’avoir été souillés par des malades atteints

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d’affections transmissibles, et à la désinfection des locaux habités par ces malades, » en y joignant, cela va sans dire, le mobilier de ces locaux et, d’ailleurs, toutes les excrétions ou déjections des malades et les récipients ou réservoirs qui les ont reçues.

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