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(Ire la liiUc iimlile. L'iioinnic passe lentemciiL (l'un ciid social priniilif clans lequel il était un peu meilleur qu'une brute, vers un ultime état social dans le(|uel son caractère sera transformé à un tel point cpie rien de la brute ne pourra s'y découvrir. Le singe et le tigre dans la nature humaine disparaîtront. La théologie a eu beaucoup à dire sur le péché originel. (]c péché originel n'est ni plus ni moins ([ue l'héritage de la brute ([ue chac[ue homme apporte avec lui et le procédé d'évolution est la marche vers le vrai salut. Une valeur neuve est ainsi apportée à la vie humaine. Le prophète moderne, employant les méthodes de la science, peut encore proclamer que le royaume des cieux est proche. Travaillons donc à préparer sa venue.
Le Message du Christianisme
QUEL est maintenant ce message du proplièle moderne, sinon le pur christianisme ? — Non l'amas de doctrines tliéologiques ingénuement entassées par Justin le Martyr et Tertullien, Clément, Athanase et Augustin, mais le christianisme réel et essentiel, qui vint, avec de bonnes nouvelles pour les hommes, des lèvres mêmes de Jésus et de Paul! Quand la conception de Paul, des deux hommes en lui qui se faisaient la guerre, des appétits de notre nature brutale et de Taspiration donnée par Dieu vers une vie plus haute, quand
donc cette conception a-t-elle jamais eu autant d'importance que maintenant? Quand avons-nons jamais mieux compris ce que voulut dire le Christ dans le Sermon sur la Montagne : « Bienheureux ceux qui sont doux, parce qu'ils posséderont la terre. » Au milieu de la lutte cruelle qui dure depuis des siècles, n'a-t-il pas semblé souvent que la terre devait être plutôt le prix du cœur le plus dur et du poing le plus fort? Ces mots du Christ ont paru pour l^eaucoup n'être que pure folie, une pierre d'achoppement, et la morale du Sermon sur la Montagne a été ouvertement tournée en dérision comme trop bonne pour la terre. Dans ce merveilleux tableau de la vie moderne, les Misérables, chef-d'œuvre d'un des plus grands voyants de notre époque, Victor Hugo donne un exemple concret de ce que produisent les méthodes du Christ. Dans la carrière sainte de Févêque Myriel, et dans la transformation que son exemple opère dans le caractère de Jean Valjean, ce hors la loi
endurci, nous avons le plus nler^'eilleux commentaire du Sermon sur la Montagne.
Par des critiques exprimant librement leur opinion sur les Misé/'iihles, tout en hésitant à attaquer directement l'autorité du Nouveau Testament, M^^'" Bienvenu tut ridiculisé sans ménagement comme un homme d'une bonté impossible, sans énergie, un insensé. Mais je crois que Victor Hugo comprit ce dont était capable la nature humaine et sa dignité réelle, beaucoup mieux que ces esprits railleurs. A une phase inférieure de civilisation, M^''' Bienvenu n'aurait eu que peu de chance d'atteindre le milieu de sa vie. Le Christ lui-même, nous nous en souvenons, fut crucifié entre deux voleurs. 11 n'en est pas moins vrai que lorsque le degré de civilisation est tel qu'il permet à ce type supérieur de caractère, distingué par sa douceur et sa bonté, de prendre naissance et de [)rospérer, ses méthodes sont incomparables dans leur puissance.
Le Maître savait pleinement que le temps
— Il/, —
Il 'é lait pas encore mûr, qu'il apportait non la paix mais le glaive. Mais il prêcha néanmoins cet évangile de grande joie qui sera tout à l'heure réalisé par l'humanité en travail ; il annonça des principes éthiques faits pour le temps qui est à venir. La grande originalité de son enseignement et le trait qui lui a surtout donné pouvoir dans le monde gisent dans la netteté avec laquelle il conçut un étal de société où tout vestige de lutte et les modes de conduite adaptés aux âges de lutte auront absolument et pour jamais disparu. Au milieu de cette misère qui parut insupportable et de cette inquiétude qui a semblé sans fin, les hommes ont pensé à cette vie pleine de grâce et à son sublime idéal, et ont pris confort clans ce message doucement solennel de paix sur la terre et de bonne volonté pour les hommes.
Je crois que je me suis acquitté de la promesse que je fis au début.
Je crois qu'il a été pleinement montré que,
bien loin de dégrader riiumanité ou de la mettre au niveau du monde animal en général, la doctrine de l'évolution nous montre nettement pour la première fois comment la création et le perfectionnement de riiomme est le but vers lequel le travail de la nature a tendu dès le commencement. Nous pouvons voir maintenant avec clarté (pie notre nouvelle connaissance décuple l'importance de la vie humaine et fait qu'elle semble plus que jamais le principal objet de la sollicitude divine, l'œuvre achevé de cette énergie créatrice manifestée dans tout l'univers connaissable.
Za Question d'une Vie future.
H cette question qui se pose : l'humanité doit-elle, après tout, partager le sort de l'herbe qui se fane et des bêtes qui périssent, toute l'argumentation précédente a un rapport qui n'est ni éloigné ni indirect. Il n'est pas probable que nous réussissions jamais à faire de l'immortahté de l'âme un sujet de démonstration scientifique, car nous manquons des données requises. Elle restera toujours du domaine de la religion plutôt que de celui de la science. En d'autres termes, elle doit rester une de ces ({uestions à propos desquelles je ne puis
espérer convaincre mon voisin, tandis qu'en même temps, je puis personnellement nourrir sur le sujet une conviction raisonnable. Dans le domaine de la physiologie cérébrale, la question peut être pour toujours débattue sans résultat. La seule chose que nous apprenne cette science, étudiée à l'aide de la physique moléculaire, est, à ce point de vue, contre le matérialiste. Elle nous enseigne que, durant la vie présente, bien que la pensée et le sentiment se manifestent toujours en connexion avec une forme particulière de matière, il est toutefois impossible que la pensée et le sentiment puissent, en aucun sens, être les produits de la matière. Rien ne peut être plus grossièrement antiscientifique que la fameuse remarque de Cabanis, savoir que le cerveau sécrète la pensée comme le foie sécrète la bile. Il n'est pas même correct de dire que la pensée se passe dans le cerveau. Ce qui se passe dans le cerveau est une série étonnamment complexe de mouvements mole-
culaires, avec lesquels la pensée et le sentiment sont en corrélation d'une manière inconnue, ni causes, ni effets, mais phénomènes concomitants? Tant il est clair que la physiologie cérél^rale ne dit rien au sujet d'une autre vie. En vérité, pourquoi le dirait-elle? Le dernier endroit du monde où j'irais me renseigner sur un état de choses dans lequel la pensée et le sentiment peuvent exister en l'absence d'un cerveau, ce serait un laboratoire de physiologie cérébrale.
La supposition matérialiste qu'un tel état de choses n'existe pas, et que la vie de Tâme en conséquence finit avec la vie du corps, est peut-être le plus colossal exemple de supposition sans fondement qui soit connu dans l'histoire de la philosophie. Nulle preuve k l'appui ne peut être alléguée au delà de ce fait famiher que, durant la vie présente, nous ne connaissons l'âme qu'en association avec le corps et ne pouvons, par conséquent, découvrir d'âme désincorporée
sans mourir nous-mêmes. Ce fait doit toujours nous empêcher d'obtenir la preuve directe pour croire à la survivance de l'âme. Mais une supposition négative n'est pas créée par l'absence de preuves dans le cas où, par la nature des choses, la preuve est inattingible. Par son hypothèse illégitime d'annihilation, le matérialiste dépasse les limites de Texpérience autant que le poète qui chante la Nouvelle Jérusalem avec son fleuve de vie et ses rues pavées d'or. Scientifiquement parlant, il n'y a pas une parcelle de preuve en faA'eur de Tun ou de Taulre de ces points de vue.
Mais quand nous renonçons à cette futile tentative d'introduire la démonstration scientihque dans une région qui, sans contredit, dépasse l'expérience humaine, et quand nous examinons la question sur le vaste terrain de la probabilité morale, il est hors de doute que les hommes continueront dans l'avenir, comme ils l'ont fait dans le passé, à nourrir la foi en une vie au de.là du
lombcau. L "incroyance en rimmortalilé de rûmc a toujours, au temps jadis, accompagné ce genre de philosophie qui, sous quelque nom que ce soil, n'a regardé l'humanité que comme un incident local dans une série sans fin et sans ])ut de changements cosmiques. Règle générale, les gens qui en sont venus à se faire une telle idée de la place occupée par l'Homme dans l'univers ont cessé de croire à une vie future. D'un autre côté, celui qui regarde THomme comme le chef-d'œuvre consommé de l'énergie créatrice, et le principal objet de la sollicitude divine est presque irrésistiblement porté à croire que la carrière de l'âme ne s'achève pas avec la vie présente sur la terre. Il s'attendra natiu'ellement à rencontrer des diffîcullés théoriques sur bien des points, mais ces difficultés n'aflaibliront pas sa foi, surtout s'il se souvient que, pour l'opinion adverse, les diflicultés sont au moins aussi grandes. Nous vivons dans un monde de mystère, en loul cas, et il n'est pas de pro-
blême dans les parties les plus simples et les plus exactes de la science qui ne conduise rapidement à un problème transcendant que nous ne pouvons ni résoudre, ni éluder. On a dû souvent faire appel au vulgaire bon sens là où l'analyse métaphysique avait dû s'avouer vaincue.
Nous avons vu maintenant que la doctrine de révolution ne nous permet pas d'épouser l'opinion athée sur la place occupée par l'Homme. Il est vrai que l'astronomie moderne nous montre des sphères géantes de vapeur se condensant en soleils de flamme, se refroidissant en planètes propres à l'entretien de la vie et devenant enfin, comme la lune, froides et rigides dans la mort. Et là sont les indications d'un temps où les systèmes de planètes mortes tomberont dans leur foyer central, maintenant tout en cendres, qui fut jadis un soleil, et toute la masse sans vie reprenant ainsi chaleur s'épandra en un nuage nébuleux comme celle d'où nous partunes, pour
que l'œuvre de condensation et d'évolution puisse recommencer encore. Ces événements titanesques doivent sans doute paraître à notre vue bornée comme une série sans fin et sans but de changements cosmiques. Ils ne révèlent aucun plan, aucune tendance ordonnée ; ils ressemblent au travail épuisant de Sisyphe. Mais sur la face de notre planète, là où nous sommes capables d'examiner le procédé d'évolution dans ses détails les plus élevés et les plus complexes, nous trouvons des indications distinctes d'une tendance ordonnée, sinon d'un plan au sens limité de l'esprit humain. La théorie darwinienne, convenablement comprise, reconstruit autant de données téléologiques qu'elle en détruit. Dès la première aube de la vie, nous voyons toutes choses travaillant ensemble vers un but imposant : l'évolution des qualités spirituelles les plus exaltées qui caractérisent l'Humanité. Le corps est rejeté et retourne à la poussière
dont il esl formé. La terre, si merveilleusement ouvrée pour les usages de l'homme, sera rejelée elle aussi. Le jour est à venir sans doute où les cieux disparaîtront comme un rouleau et où les éléments seront fondus par une chaleur ardente. Si petite est la valeur que la nature met aux formes périssables delà matière! La question, donc, se réduit à celle-ci : les plus hautes qualités spirituelles de l'Homme, à la production desquelles toute cette énergie créatrice a contribué, doivent-elles disparaître avec le reste? Tout ce travail a-t-il été fait pour rien? Est-il tout éphémère, une bulle qui crève, une vision qui s'évanouit? Devons-nous regarder l'œuvre du Créateur comme celle d'un enfant qui bâtit des maisons avec du sable, pour le seul plaisir de les jeter à terre? Par tout ce que la science peut nous enseigner, il peut en être ainsi, mais je ne puis voir aucune bonne raison pour croire une telle chose. D'après un tel point de vue, l'énigme de l'univers devient
une énigme sans signiiication. Pourquoi donc serions-nous pluLôt appelés à rejeter noire croyance en la permanence de l'élémenl spirituel en l'Homme que notre croyance en la constance de la Nature?
Questionné sur le fondement de notre invincible croyance que de mêmes causes doivent toujours être suivies par de mêmes effets, la réponse de M. Mills fut que c'est là le résultat d'une induction coétendue à la somme de notre expérience ; la réponse de M. Spencer fut que c'est un postulat que nous faisons dans tout acte d'expérience ; mais les auteurs de l'Univers invisible y modifiant légèrement la forme de l'exposé, l'appelèrent un suprême acte de foi, — l'expression d'une confiance en Dieu, nous faisant croire qu'il « ne nous condamne pas à une permanente confusion intellectuelle ». Maintenant , plus nous comprenons à fond ce procédé d'évolution par lequel les choses sont venues à être ce qu'elles sont, plus nous sommes fondés en toute vraisem—
blance à sentir que nier la persistance éternelle de l'élément spirituel en l'Homme, c'est dépouiller tout le procédé de sa signification. Il est loin de nous condamner à une permanente confusion intellectuelle, et je ne vois pas que personne ait encore apporté ou puisse jamais vraisemblablement apporter une raison suffisante pour que nous acceptions une aussi cruelle alternative.
Pour ma pari, je crois à l'immortalité de l'âme, non dans le sens où j'accepte les vérités démontrables de la science, mais comme suprême acte de foi en la logique de l'œuvre de Dieu. Une telle croyance, ayant trait à des régions tout à fait inaccessibles à l'expérience, ne peut naturellement être énoncée en ternies d'un sens défini et tangible. Pour l'expérience qui seule peut nous donner de tels termes, nous devons attendre ce jour solennel que nous verrons tous. La croyance peut être très rapidement définie par sa négation, comme le refus de croire que ce monde est tout. Le maté-
rialiste soutient que, lorsque vous avez décrit tout l'univers de phénomènes que nous pouvons connaître dans les conditions de la vie présente, toute l'histoire est contée. Il me semble, au contraire, que toute l'histoire est loin d'être achevée. Je sens lomniprésence du mystère d'une teUe façon qu'elle rend beaucoup plus aisé pour moi d'adopter l'opinion d'Euripide : que ce que nous nommons la mort peut n'être que l'aube de la vraie connaissance et de la vraie vie. Le plus grand philosophe des temps modernes, le maître et l'instructeur de tous ceux qui étudieront le procédé d'évolution pendant longtemps encore, maintient que l'âme consciente n'est pas le produit d'un groupement de particules de matière, mais est au sens le plus profond une émanation divine. Suivant Herbert Spencer, l'énergie divine manifestée dans tout l'univers connaissable est la même énergie qui jaillit en nous comme conscience. Pour moi, je ne puis voir de
difficulté insurmontable dans la notion qu'à une certaine période de l'évolution humaine, cette divine étincelle aura acquis une concentration et une force suftisantes pour survivre à la destruction des formes matérielles et durer pour toujours. Un couronnement aussi merveilleux me semble le seul convenable à Tœuvre créatrice, inetTablement belle et merveilleuse dans toutes ses myriades de phases.
C'est seulement sur une telle base que la logique de TuniAcrs, qui demeure encore bien loin au-dessus de notre faculté finie de compréhension, peut maintenir son existence. Il est des esprits inaccessibles à la classe de considérations ici apportées et peut-être y en aura-t-il toujours. Mais sur de telles bases, sinon sur une autre, la foi en l'immortalité est susceptible d'être partagée par tous ceux qui considèrent la genèse des plus hautes quaUtés spirituelles en l'Homme comme le but de l'œuvre créatrice de la Nature. Elle a survécu à la révo-
lulioii copernicieniic en science, et elle a survécu à la révolution darwinienne ; bien plus, si Texposilion précédente est solide, c'est le Darwinisme qui a placé l'Humanité sur le sommet le plus haut qui fût jamais. L'avenir s'illumine pour nous des radieuses couleurs de l'espoir. La lutte et l'angoisse disparaîtront. La paix et l'amour régneront en maîtres. Le rêve des poètes, renseignement du prêtre et du prophète, l'inspiration du grand musicien, tout cela se confirme à la clarté de la science moderne et, tout en nous ceignant les reins pour le labeur delà vie, nous pouvons regarder en avant et voir venir le temps où, dans le sens le plus vrai, les royaumes de ce monde deviendront le royanme du Christ et où il régnera pour toujours et toujours, roi des rois et seigneur des seigneurs.
THBDS
Préface vu