‹ La Destruction des Ordures Ménagères par la Méthode du Dépôt Contrôlé (volume 2)Chapitre 3 sur 23 · IMMERSION DES IMMONDICES · texte numérisé non relu

IMMERSION DES IMMONDICES

Dès que la nécessité d’évacuer les ordures des villes a commencé à se faire sentir, les villes situées sur les bords de la mer y jetèrent les résidus urbains, l’avantage de cette solution est qu’elle peut se pratiquer sans triage préalable, elle est de plus d’un prix de revient très bon marché.

Le Conseil supérieur d'hygiène a eu à examiner des projets d’assainissements présentés par des villes maritimes comportant l’immersion des immondices; cette pratique a été admise à condition toutefois qu’une étude des courants marins aurait démontré que les matières jetées à la mer ne seraient pas rejetées au rivage : en effet, les gadoues avaient tôt fait de revenir au rivage, même lorsque l’on eut recours au bottelage (on fit des balles de gadoues compressées fortement à la presse hydraulique et ligaturées par des fils de fer, ces balles de gadoues étaient transportées à plusieurs kilomètres des côtes; les fils de fer corrodés par l’eau de mer, les gadoues revinrent à la côte).

LFP OR

Ce procédé fut pratiqué par plusieurs villes de l'Amérique, en Angleterre : à Liverpool, deux steamers déversæient journellement les ordures dans la Mersey. :

Marseille abandonne cette solution trop simple en 1880, pour en adopter une autre, non moins mauvaise, celle de les transporter vers les plaines de la

Crau.

DEPOTS DE GADOUES

A l’intérieur, les villes eurent recours aux dépôts de gadoues, cette mise en dépôt a toujours été le procédé préféré des municipalités, en France comme à l'étranger : à Rome, c’est au Monte Testaccio, en France, à Paris, la Butte Saint-Roch qui disparut lors du percement de l’avenue de l’Opéra.

De nos jours encore comme aux temps préhistoriques, la campagne parisienne est parsemée de tas d'ordures, malodorants, inesthétiques.

Relisons à ce sujet les notes de Georges Duhamel (Querelles de famille), prises au cours d’une promenade à travers bois :

« Le bois pourrait me consoler, il est jeune, il est « en sa fleur, il rit de toutes les sèves comme au < commencement de l’univers. Le bel espoir! L’ordu- « re est partout et je dis bien l’ordure industrielle. La « bouse, au moins, sèche et retourne au sol. Les « charognes cèdent en une saison au travail de la ver- « mine, mais l’ordure du xx° siècle est une ordure de « bonne qualité, elle représenté sans doute le monu- « ment le plus durable du génie contemporain. On

« la dirait vivante et volontaire, elle s'empare avec « audace de tous les points stratégiques, un petit « trou, un fossé, une ancienne carrière, une masure « à l'abandon, une fondrière, un ravin, toute place « est bonne, toute place est prise et le siècle y met « bas une portée de boîtes de sardines, cette colonie « ne tarde pas à prospérer. Les boîtes de sardines, « Ô prodige, engendrent des vases de nuit, des am- « poules électriques, des latrines à pédales. »

« Patience, les promeneurs! vous ne pourrez bien- « tôt plus vous reposer sur le gazon des clairières « sans avoir, au préalable, épluché méticuleusement « la place de votre arrière-train. »

« Amoureuses de jadis, vous redoutiez les four- « mis! c’est des vieux vilbrequins ou des aiguilles à « matelas que vos filles se méfieront avant de rou- « ler dans l’herbe. »

« Les tas d’ordures s’étalent comme les taches < d’une maladie, ils s’appellent, ils se cherchent à « travers les buissons comme les oiseaux au prin- « temps. »

En effet, de tels tas d’ordures ne devraient plus exister, ni être tolérés, cette pratique étant contraire aux lois de l'hygiène au plus haut point. D'ailleurs, pour les grandes villes, Paris en particulier, vit croitre chaque jour la masse de ses résidus urbains, il fallut trouver d’autres moyens de s’en débarrasser,

Ac à se , . 0 c’est dans cet ordre d’idée que les ingénieurs ont été amenés à construire une usine

d’incinération de gadoues en 1900.

L’'INCINERATION

Le procédé avec dispositif à feu continu est de beaucoup le plus employé, ce dispositif est le système « Bréchot ». Chaque usine d'incinération comprend : .

Le four incinérateur où les gadoues sont déversées et où elles brülent sans addition d’aucun combustible étranger, car, elles sont, d’elles-mêmes, assez combustibles, mais lordure ménagère manque d’homogénéité, ce qui rend sa combustion plus difficile, celle-ci étant incomplète il résulte que les premières usines d’incinération répandaient au voisinage une odeur infecte dont ne cessaient de se plaindre avec juste raison tous les habitants du voisinage, plaintes d'autant plus justifiées que les gaz de combustion renferment en-assez forte proportion de l’anhydride surfureux, gaz dangereux pour les êtres vivants. |

Nos ingénieurs sont arrivés à supprimer en grande partie les poussières et les mauvaises odeurs que produisaient les premières usines.

Le procédé utilisé est le suivant :

On insuffle de l’air chaud sous les cellules, grâce à ce nouvel apport la combustion des ordures ménasères est complète et l’on peut dire que les fumées qui s’échappent des cheminées sont beaucoup moins

riches en poussières et en gaz toxiques que la plupart des usines de notre banlieue parisienne qui, souvent, vomissent des nuages de fumée noire à la satisfaction des habitants du voisinage, puisqu'il ne s’agit pas d’une usine d’incinération.

Il existe maintenant des dépoussiéreurs pouvant donner toute satisfaction aux usines d’incinération, soit qu’il s’agisse de dépoussiéreurs électriques, centrifuges ou de dépoussiéreurs humides qui ont le gros avantage d’absorber en grande partie les gaz toxiques, en particulier l’anhydride sulfureux.

La ville de Paris, actuellement, utilise le procédé d’incinération pour se débarrasser de la presque totalité de ses ordures, elle a fait construire quatre usines très importantes et bien installées, ce sont : Romainville, Issy-les-Moulineaux, Ivry et Saint-Ouen.

Un progrès important a été réalisé dans ces usines: les ordures ne sont plus ni chiffonnées ni triées par des ouvriers qui risquaient de se blesser en manipulant toute cette matière septique. Les ordures sont déversées dans des fosses formant galeries étanches, par les bennes automobiles.

Ces fosses sont isolées de l'extérieur par un rideau métallique; une benne preneuse manœuvrée à distance par un mécanicien, lui-même isolé de la fosse par un panneau vitré, déverse la gadoue directement dans les fours où celle-ci est détruite, grâce à une forte production de chaleur 1.200 à 1.300° environ : cette source d'énergie sera d’ailleurs utilisée comme nous le verrons plus loin,

AVANTAGES ET INECONVENIENTS DE L’INCINERATION

Au point de vue hygiénique, le résultat est satisfaisant, il est incontestable que le résidu définitif est un produit stérile, ceux qui ne sont pas partisans de cette méthode objectent qu'avant d’être incinérées, les ordures ménagères sont en contact prolongé avec l'air, ces arguments ont une valeur bien faible, car il est bien évident que, quelque soit le procédé utilisé, on ne pourra jamais supprimer la collecte ni éviter qu’à un moment donné, la gadoue ne soit provisoirement en contact plus ou moins prolongé avec l'air; d’ailleurs, les bennes actuelles fermées donnent satisfaction, et nous avons vu que, dans nos usines modernes, la gadoue est immédiatement isolée du voisinage grâce aux fosses que l’on isole de l’extérieur en fermant le rideau de fer dès que la benne automobile a déversé son churgeinent.

Les ouvriers de l'usine sont eux-mêmes protégés des odeurs et des poussières, grâce à l’étanchéité de la cage vitrée d’où ils commandent la benne qui se chargera de transporter la gadoue vers :e icur incinérateur.

Mais il est un inconvénient très difficile à supprimer, les ordures, une fois introduites dans le four,

ne sont pas immédiatement en contact avec le foyer

incandescent, elles distillent et rejettent par la cheminée de la fumée que l’on pourra combattre par les différents appareils vus précédemment, mais on sera à peu près impuissant à lutter contre les mauvaises odeurs provenant des produits pyroligneux de la distillation.

Un autre argument contre, est celui du prix de revient : en effet, l'installation d’une usine coûte

très cher.

En Angleterre, le gouvernement refuse depuis longtemps tout subside pour la construction d’usines d’incinération.

L'usine d’incinération construite à Issy-les-Moulineaux revient à environ trente millions de francs, celle de Nice a coûté à la ville onze millions pour sa construction, en outre des quatre vingts mille mètres de terrain d’une valeur de 40 francs le mètre carré, mais il faut reconnaître que cêtte usine possède tous les derniers perfectionnements connus.

L'usine comprend 3 batteries de trois foyers du système Bréchot pouvant détruire 15 tonnes à l'heure, ce qui équivaut à dire que si elle est exploitée d’une façon continue, sa puissance d’incinération quotidienne peut être appréciée à 360 tonnes d’ordures ménagères. Son fonctionnement a été conçu dans un esprit de préoccupations hygiéniques des plus remarquables. |

Les camions automobiles a benne basculante, dont le nombre a été porté récemment à 57, entrent

, = , d'abord dans un hall de déversement complètement

er oo

clos, ils déversent leur contenu dans la fosse silo qui le longe où sont collectées les ordures ménagères, celles-ci sont reprises par des bennes preneuses accrochées à des ponts roulants qui se manœuvrent à l’extérieur, les ouvriers surveillent le fonctionnement des bennes à travers un vitrage qui les isole de la fosse à ordures et du hall de chargement où aucun ouvrier ne pénètre.

Des trémies d’enfournement, sans aucun contact avec les ouvriers et sans qu'aucune poussière puisse s’égarer, tombent directement dans les fours sans avoir subi aucun triage préalable.

Les mâchefers produits par la combustion, broyés et arrosés d’eau sont ensuite amenés par un jeu de wagons et d’élévateurs jusqu’à un dépôt spécial.

Les constructeurs de fours font valoir le prix de revente des résidus d’incinération, en réalité le mâ- .chefer est d’une bien faible valeur marchande, on l’a transformé en briques, mais c’est d’un aspect peu séduisant.

D'autre part, l’incinération détruit des matières fertilisantes : l’azote, la potasse, l’acide phosphorique, qui normalement devraient retourner au sol.

Il est une autre source d'énergie que l’on a cherché à utiliser, c’est l’énergie thermique dégagée par la combustion des ordures; celles-ci étant un combustible gratuit, la chaleur dégagée sert à faire de la vapeur, cette énergie nouvelle est transformée en énergie électrique: une tonne de gadoue brûlée donne environ 160 kilowatts-heure. Ce courant peut être

utilisé pour l'éclairage et le fonctionnement des ma-. chines de l’usine, comme l’énergie électrique produite par une usine d’incinération dépasse de beaucoup les besoins de l’usine productrice, on a songé à vendre le courant directement au consommateur; l’expérience a montré que cela était impossible et la ville de Paris s’est trouvée dans l’obligation de vendre le courant produit à une société qui régularise le courant produit : en effet, un courant électrique né vaut que s’il est régulier, ce qui n’est pas du tout le cas pour ces petites usines, cela tient au combustible, la quantité d’ordure varie suivant les saisons, journellement, ia valeur de la gadoue comme combustible varie aussi dans des proportions considérables, on ne peut donc envisager de posséder une usine productrice à puissance toujours égale, puisque le combustible est variable au jour le jour en quantité et en qualité. a

De ce fait, la société qui accepte de régulariser ce courant fait valoir la faible valeur marchande d’un tel courant.

Nous avons vu, dans cette étude, les avantages et les inconvénients du four incinérateur, mais celui-ci ne fonctionne qu'à Paris et dans quelques grandes villes seulement; si le problème posé a été résolu, ainsi, pour notre capitale et la plupart de nos grandes villes, cela n’est pas vrai pour les villes de moindre importance; est-il possible à une ville de

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