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doit être considéré comme un exercice relativement | physiologique ; l'entraînement de la phonation devrait, comme toute gymnastique, pouvoir être, en toute conscience et sécurité, conseillé par un médecin comme développant l'organe et la foncti Comment admettre une telle destruction, d'autant plus criminelle qu'elle est souvent définitive, et tou- F3 jours si rapide que nos malades, nos estropiés des concours s'accordent à nous dire que là où tel pro- fesseur a passé, la voix ne pousse plus?
Que deviennent ces malheureux, déviés et dévoyés, privés de leur instrument de travail, repoussés à l'entrée d’une carrière qu'on leur avait montrée pleine de triomphes et de promesses brillantes, “alt 7 qui devrait l'être en effet, car la demande du publ est toujours très supérieure à l'offre artistique. Quelle est la responsabilité de l'État-patron vis-àvis de ces victimes du travail artistique, mal ES gées, poussées brutalement vers les multiples accidents de l’apprentisage, sans aucune des saum gardes imposées dans les autres carrières, et qui ont pour la plupart abandonné des voies plus sûres f et moins décevantes ? e Il est difficile d'admettre que dans un enseignement officiel, sous des maîtres dont l'autorité est indiscutée au point que les pitoyables résultats de chaque concours ne peuvent l’affaiblir, la re si continuelle de voix d'élite, dont les fonds publics paient l'éducation, soit tout entière attrbA ble ae
force son talent et dépasse ses moyens ; sans dout
le marché des voix pousse les barytons à passer
ribue les élèves dans les classes, qui en un mot est responsable de cet énorme capital vocal si rapide- ment englouti?
Bien des maîtres, au Conservatoire comme ail- leurs, ne connaissent qu'une façon de chanter, ‘la leur, dont ils ont d’ailleurs été souvent les pre- 4° mières, mais non les dernières victimes. IL est bien rare, par exemple, qu'un professeur homme n'’en-
seigne pas à une jeune fille le mode de respiration : masculin, si contraire à son anatomie, si difficile | et si disgracieux pour elle ; et n'est-il pas singulier # 4 que l'on demande à un professeur homme de déve-
lopper chez une femme le type respiratoire, qui est
vocales, exclusivement féminines, et aussi la tenue scénique, le mode d'expression, qui doivent également relever de la nature féminine ? Rien d’éton- nant à ce que nous voyions des chanteuses respirer, ‘a chanter et jouer comme des hommes et rester si peu féminines dans leur caractère artistique, tant de que la scène ne les a pas forcées à rentrer dans eur véritable nature.
Plus tard, quand cette contrainte antiphysiolo- gique et antiartistique aura porté ses fruits, quand RUE n chanteuse chevrotera, soufflera, coupera ses | phrases par une respiration intempestive, quand en un mot elle aura péniblement acquis un mécanisme vocal absurde, elle devra renoncer au théâtre, et,
pour ses maîtres, « tombera » à son tour dans
era: Le mêmes errements, inconsciente de ce
exclusivement féminin, l'émission et la tessiture
qui à tué sa voix, incapable de remonter le en qui l’a roulée, — et ainsi sera multiplié et perpétué | le carnage des voix. :
Les conseils, les méthodes, les trucs que nous re FM £ lent les élèves, et qu'ils attribuent avec admiratio A à leurs maîtres, sont quelquefois d’une aber k Far
incroyable. Hommes et femmes, tous les chanteurs ê que nous avons à soigner sont entraînés à chanter en appuyant la voix, en serrant la gorge, c’est-à- de dire en suivant une méthode aussi absurde que celle qui consisterait, pour un violoniste, à écraser sa corde sous son archet pour en tirer plus de son...
dement les voix, car il a pour effet immédiat de gonfler et de congestionner les cordes vocales et. les articulations aryténoïdiennes, et de pousser au tremblement. Il exige un effort musculaire dispropor- ? ner tionné à l'effet cherché, car l'appareil phonateur est simultanément occupé à émettre un son et à Main tenir une pression d'air exagérée. Aussi les profes- . ps seurs recommandent-ils eux-mêmes à leurs élèves …— de ne pas chanter plus d'un quart d'heure, ce qui indique à quel point ils reconnaissent les fâcheux. effets de ce genre de gymnastique. 48 Or, on se convainc facilement que la voix lâchée, d la voix naturellement émise, sans poussée aérienne, W | porte bien plus loin avec moins de fatigue et met à plus facilement en vibration toute une salle que : la voix serrée, forte, poussée, qui ne met en vibre que le chanteur, lequel croït qu’il chante d'au plus fort qu’il sent mieux l'effort de sa pou: : vocale. | | MERE I1 semble que pour ces voix destinées à la scène 7 te l'unique PRSOTCRTRTION soit de forcer la puissance
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. x. ps immédiate de la voix et non de lui asurer la portée : | . ja courbature est fréquente, les callosités apparais- | MD sent rapidement sur les cordes, les ecchymoses persistantes s’observent souvent. De plus la congestion céphalique habituelle, l'effort avec sa stase Ce obligée faussent rapidement l’audition au niveau - Ni des notes extrêmes de la voix de poitrine et plus | : haut empêchent souvent de bien prendre la voix de ï tête ; — certaines notes sortent naturellement fausses : # sans que le chanteur puisse y remédier, car il s’est M préalablement faussé l'oreille. 17 Il est évident que nos scènes lyriques exigent des voix puissantes ; elles sont peu sonores et les architectes ont la conviction qu’il faut laisser au hasard leur valeur acoustique. Mais la puissance d'une “as, in voix n’est pas dans son volume ni surtout dans le mal que se donne le chanteur ; elle est dans sa portée, dans sa force de pénétration. Or les élèves ne sont pas éduqués à connaître la portée réelle de leur voix ; ils apprennent plus à chanter fort qu'à chanter loin, et cette habitude, antiphysiologique et antiesthétique, fatigue rapidement la voix, qui, à part les cas d'emportement, ne doit être forte que pour porter loin. Un marinier, sans dépenser de souffle | x ni d'effort superflu, saura se faire entendre à de a grandes distances, en envoyant le son et rien qu’en . | pensant à projeter la voix, sans s'occuper même du Lee mécanisme qu’il emploie, tandis que beaucoup de en | chanteurs semblent tout à fait incapables d'envoyer R à volonté la voix à telle distance. Rien de plus mau- 4 vais pour le chanteur que de sentir en lui la force + 08 de sa voix, par l'effort qu’il donne, par le recul. ; . qu'il en éprouve ; ses oreilles sont mal placées pour va + connaître le son qu’il émet et on ne mesure bien la LATE
portée et la valeur de sa voix que d’après le son que vous renvoient les parois de la salle. Ils s’ingénient à chanter en faisant vibrer soit la poitrine, soit la gorge, soit les cavités de la face, le MASQUEN ; e et placent la voix ici ou là, partout, sauf dans l'oreille des auditeurs, qui en est cependant le but - VA et le foyer où elle devra réunir ses véritables qua- è É f lités. Ils semblent ignorer que l'effort phonatoire a uniquement pour but de mettre en vibration l'air qui nous entoure et de l’animer d’un ébranlement, et que la voix n’a rien de balistique. La poussée aérienne ne dépasse pas l'orifice buccal ou très peu, elle ne doit être que l’archet qui, faisant vibrer les … ne cordes, animera tout l'appareil sonore laryngobuccal d’une vibration qui rayonnera autour du chanteur. | L'émission de la voix est peu enseignée, et bien rares sont les voix qui portent, c'est-à-dire qui pro-. Sel a PAS EURE laryngien. 7 14
à juger son mécanisme par l'effet produit, la HE part des professeurs l’abrutissent littéralement Dante
des termes de grammaire vocale, en général impro- | pres, et qui, fussent-ils excellents, ont toujours pour effet de troubler l’automatisme si précieux de la respiration et de la phonation, qui gagnent tant à ne s'exercer que sous le seul contrôle du goût et de la commodité. Sait-on comment on,marche, com-. : ment on parle, comment on respire ? Est-ce par É à l'étude de la grammaire que doit s'enseigner une langue parlée? Le chant doit s’ enseigner par l'oreille, comme le dessin par la vue, et non par l'exposé de données anatomiques et physiologiques d'au- Yi tant plus incompréhensibles pour les élèves qu elles |
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sont mal sues des professeurs. On peut penser quelle idée se font les professeurs du mécanisme physiologique de la phonation, en reconnaissant qu’il est encore aujourd'hui ignoré des physiologistes.
Quand un chanteur émet le son qu'il convient et qu'il l'envoie à son adresse, il a exactement fait ce qu’il fallait pour cela et il importe peu qu’il sache lui-même comment il s’y est pris. Notre conscience et notre volonté n'ont rien de bon à faire dans Je jeu de nos organes, qui se sont jusqu'ici très bien tirés d'affaire sans elles et qui ne peuvent que s'énerver et se troubler quand l'attention se porte sur leurs exercices. Il y a tout un lexique usité dans l'enseignement du chant, uniquement destiné à jeter le trouble dans une fonction si naturelle et à en faire une sorte de jonglerie artificielle et insupportable.
Une cause de destruction des voix sur laquelle beaucoup de laryngologistes et de chanteurs ont insisté est le classement. Il n’est pas toujours aisé, et les plus habiles peuvent s'y tromper, d'autant plus que l'exercice du chant déplace ou replace les pu voix. Mais combien d'élèves au Conservatoire ont 4 été traités comme sopranos dans la classe d'opéra ; et comme mezzos dans la classe de chant, ou inver-
sement, et maltraités dans l’une comme dans
l’autre. Je n’insiste pas sur ce point qui a été sou- 4 vent étudié. ” :
Les chanteurs se plaignent volontiers des com- 2 positeurs qui, disent-il, écrivent mal pour la voix. *4 Il est certain que l’on reconnaît facilement si un chanteur a été élevé à l’école des maîtres d’autrefois ou s’il a pratiqué les compositeurs modernes ;
Mozart. Au Conservatoire, la partie instrumentale de
et comme c’est cette dernière école qui est aujour- D: ; d'hui la plus demandée, on ne trouve plus guère de chanteurs qui sachent encore se tenir à Tes dans la grande composition vocale de Bach ou de Wagner. Il est rare de rencontrer des artistes dicad d'interpréter le Glück, le Hændel, le Luili ou le
est toujours très supérieure à la partie vocale. Je ne pense pas qu'en aucun théâtre ou concert il se. soit, depuis vingt ans, réuni plus de deux voix convenables à la fois, et la plupart des vedettes de nos scènes lyriques parisiennes ne seraient pas accep: … tées à leurs débuts dans certains théâtres de province. Quant aux chœurs, à l'Opéra surtout, ils sont en général d’une tenue scénique et vocale révol- 5% à tante. 45 Cette décadence de l'art lyrique est rapide et semble d’ailleurs avoir peu préoccupé jusqu'ici le + monde artistique, la critique et l’enseignement offi- … | ciel. La rareté croissante des voix remarquables a. porté à un taux invraisemblable le prix des voix connues, dont d’ailleurs la plupart ne vivent DIE gp ñ que sur leur réputation, malgré une impotence visible.
Que deviennent les voix brisées, —et la comédie et le drame en comptent autant que le chant ? Elles < nous arrivent, à nous laryngologistes, demandant É: ; un traitement médical là où il faudrait un change … ment de méthode. Il faut reconnaître que le médecin L laryngologiste est rarement expert en matière de #3 chant, qu'il ne saisit pas toujours la cause et la. #4 La nature du mal et qu'il est tenté d'intervenir médi- calement et souvent aussi chirurgicalement 14 où de bons conseils, une bonne conduite de la voix
he e0 es entreprises intempestives et par des malme- | nages médicaux aussi dangereux que ceux des pro- … fesseurs et dont les effets sont aussi parfois défini- tifs et sans appel. Les maladies de la voix sont plus faciles à guérir que celles du larynx, mais il faut un traitement approprié, une compétence particu- lière et l’on ne peut exiger d’un médecin les con- : D cr techniques souvent si incomplètes chez —. les professeurs de chant. Connaïissons-nous d’ailñ #5 leurs la. théorie physiologique de la voix, le fonction- nement vocal du larynx? J'ai cherché, il y a plu- … sieurs années, à montrer combien cette théorie était À insuffisante et comment la question avait été trop mal posée pour être bien résolue.
ge Même ceux qui, parmi les physiologistes, ont enfe trepris l'étude expérimentale de la phonation, ont à ; tel point bouleversé les conditions anatomiques de l'organe que les données physiologiques qu'ils nous . ont fournies sont toutes viciées d'avance et inexactes ja a priori. La manœuvre aryténoïdienne que nous — enseignent les livres est celle d’un aryténoïde fixé "A sur le cricoïide par une broche qu'on chercheraït ds É vainement dans la nature, et le jeu des muscles in- “di __trinsèques, tel qu’il est exposé, est visiblement ab- | surde. D'un autre côté, la musculature extrinsèque, | . qui forme les trois quarts de l'appareil moteur total de la phonation, est négligemment rejetée ; on fixe 4 les parties mobiles, on supprime les parties actives, Pi et à l’appareil ainsi transformé on impose, par des % Dior variées, un fonctionnement manifestement différent du fonctionnement de l’autre appareil, le | vre ai, le larynx humain. Les professeurs de chant
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pourront à leur tour reprocher aux physiologistes leurs écarts de logique et de méthode, et, de même que pour l'audition, on s’expliquera mal par suite de quelle aberration les choses les plus simples ont été si longtemps compliquées à plaisir, sans aucun profit pour la science, — et au grand dam des chanteurs.
Patis — Tÿp. Pn RENOUARD, 19, rue des Saints-Pères. — 42371.
N° 47. (Premier semestre.) 4* Sérrë. — Tome 17. 26 Avril 1902.
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