L.\ i/r. 1 Kr::5^>t: U'b.Nt; MÈRE
Et, cette fois, leur trouble fut si visible qu'il était iicpos-, sible de ne point s'en apercevoir.
Penché sur eux, les yeux brillants d'une cruauté de démon, l'Ingénieur épiait, pour ainsi dire, ces deux cœurs...' à l'affût de la moindre défaillance...
' ! ricana, avec une sourde ironie triompha.nte : - Eh bien, Raoul ?... le fameux de la bande à Raoul...:
Joutort se dressa. Chevillât l'imitait en tout.
— Conduis-nous...
Mirador était au pouvoir du bandit. Cela ne faisait pas de doute. Le rejoindre, le délivrer, lui tendre une arme,' se battre et se "faire tuer... C'était leur projet... Mais les' misérables ne toucheraient pas, eux vivants, à un cheveu de leur officier... Leur plan échouait de se mêler aux apaches... Tant pis, ils en chercheraient un autre I...
— Il te faut du sang... Nous sommes prêts 1...
Il y avait un quart d'heure que Mirador était entré aux Salons de Paris et qu'il dégustait, avec la solidité d'un estomac qui en avait reçu bien d'autres, la cuisine suspecte du bouge. Le tenancier en costume blanc, à figure de Tartufe, aux yeux fuyants, s'empressait de le servir, comme si ce pauvre mendiant, joueur d'orgue, avait été un person-! nage de marque.
L'officier ne fut pas longtemps sans en faire l'observa-, tion :
— Hé ! on dirait qu'on m'a dépisté... et qu'on m'atten-; dait, dans ce taudis ?... Attention !
li resta sur ses gardes.
Quelques minutes se passèrent... au milieu du silence, du calme le plus complet...
Il termina son repas... allunja une cigarette, e.t attendi* toujours...
Il n'était pas dix heures. Les apaches n'avaient rendez-, vous qu'à dix heures...
Quelques minutes encore...
L'hôteiier est parti... Il a disparu... Le joueur d'orgue, B payé son écot... Mirador est seul... Une lampe à pétrole,accrochée au plafond, qui file et qui fume, répand une )deur nauséabonde et une clarté sinistre...
— Joli coin pour recevoir un coup de couteau ! murmure ^'ï5 souriant le brave garçon.
QÎout à coup, il dresse l'oreille...
Dans le fond du taudis, vers l'endroit où se fait la eui- Bine, vaste couloir qui a l'air de se perdre vers la petite courette intérieure, Mirador a cru percevoir du bruit... et ce bruit est une plainte... Cela ne se renouvelle pas tout dd suite... Il croit s'être trompé et déjà il n'y pense plus...
lorsque ïa plainte recommence, pius forte, ctiie ioiâ, claire, plus lamentable aussi...
Et il semble au jeune horn^' ' :" ' ' '"■*" ": •' !' est une voix d'enfant...
Môme une voix de fille...
Puis, tout à coup, la plainte se ei ige en cns de terreur... en appels désespérés... en sûpp^- ^..tions d'angoisse...
— Au secours ! on me tue I au sse^jrs... à moi, Dieu, à moi ! ^ . r.,, .
Et c'est une voix d'enfant !... Ctsi IS^r ç^HS de filleite.,. Mirador, debout, se dit :
— Mais il se commet ici un lu crime horrible... .,
Il s'élance vers le-^couioir... Les c î.^ k'C ... iis par-
te-nt du fond... Au fond, il se heurte è .ce..- C'est
derrière cette port-e... Il va, la croy. , se jeter
contre elle pour Tabatire d'un coup lorsqu'elle
s'ouvre... Le tenancier est là, devant *;., > t^. ^o en ^-rrant le passage :
— Que voulez-vous ? Et de quoi vous» mm^ -- ^ Mirador le prend par la ceinture, le fait . V-^
pas, et pénètre dans le réduit...
Les plaintes ont cessé... brusquement.... B^ <^-. duit, les ténèbres sont complètes...
— Qui donc est là ?... Qui a besoin de secours?...
Il entend un rire étouffé derrière lui et, en iitéBfê k vi-v. le bruit sourd que fait la porte en se refermant.. Usi-^^ê. gée rapide... On lui a tendu un piège...
D'un bond furieux, il est contre la porte...
Il perçoit nettement le cric, crac, de la serrure doç* ; double tour.
Et la porte, solide, résiste, sans même accuser à son élan formidabîe...
Il est en prison, dans ce trou noir, complètement noîr, où il ne distingue rien... Son premier soin est d'alîumer une allumette pour se rendre compte... II en allume deux, puis trois, puis quatre, en faisant '' - des quelque pieds
carrés qui constituent sa prison
Et voici ce qu'il remarque :
Un taudis, sorte de cabinet étroit, aux murs nus, au plafond bas, sans fenêtre, ne s'aérant que par le couloir-cuisine, dont le séparait maintenant la porte ma.ssive...' Unalcôve avec un lit de îer, un pot à eau sur une table boi teuse en bois blanc... Et c'était tout... Ni cofîre, ni mallCi ni armoire...
Deux niètres de haut à peu près. £xt l^ant les bras, Mi- . -dor atteignait le plafond.
n laissa éteindre l'allumette, et, s'asseyant sur ie lit, se )/;. à réfléchir... Le ûdinger n'avait aucune prise sur lui,-
oi. i. ..c..., ,.c. .,^ ......o... .|.> j ^^..^..o^ov.i :jjn esprit, aviver son
imagination, la rendre encore plus lucide... Et sa première réfioxion fut :
— IJ y avait une enfant ici, tout à l'heure... C'est elle qui se plaignait, criait, appelait au secours... Cela ne peut faire aucun dcute... Qu'elle fût complice, j'en ai aussi la (Certitude... C^est î'appeau qui a servi à m'attirer ici... Bien... MaXa qu'€Bt-e!îe devenue ?.,. Au moment où la porte s'est ouverte... ils étaient deux, ici... Un seul a pu sortir... rhonuTie... Conunent l'enfant a-t-elle disparu ?... Par la porte, impossible... Je l'aurais vue... Il ne règne qu'une demî-obscurîté dans le couîoir-cuisine...
Il réfléchit longuement, et arriva à la conclusion survante:
— De deux chof^es l'une... Elle est ici encore, en ce moment... et se cache en quelque coin que je n'ai pu découvrir... Ou bien il y a une deuxième issue, dissimulée, et c'est par cette 'ssue qu'elle est partie...
Il ralluma de>. lïlumettes. Il avait, heureusement, une boîte à demi pleine, et par le plus Incroyable des hasards, presque toutes flambèrent...
— Comme on calomnie la régie, pourtant! murmura-t^ il avec un demi-sourire.
Il tàtait les murs, cherchant s'ils sonnaient creux.
Partout, ils étaient pleins.
Mais sa boite commençait â s'épuiser... Il ne lui restait plus que cinq allumettes... et Pair se raréfiait lentement dans ce taudis étroit, où il ne pouvait se renouveler que par la porte ouverte... Et cet air, déjà, était presque irrespirable, chargé de toutes les pestilences de la cuisine voir sine...
Il sentait venir ia suffocation... D'abord il crut à sa syncope...
— Hé I hé ! mon ami Poum me jouerait-Û ce fâcheux tour, à cett^ heure critique ?...
Mai*, non... Son cct-ur fonctionnait.,. Aucune douiôur, aucune lourdeur, de ce côté-là.,. C'était bien l'air qui manquait autour de lui, et les bandits qui l'avaient pris à ce piège avaient compté ïà-dessus pours'empareyc de lui plu» facilement.
— Décidément, j'ai affaire à un bandit scientifique... Et cet Ingénieur me paraît avoir mérité son surnoxn par les procédés qu'il emploie...
Il fit -craquer une suédoise... Celle-là rata,,. Il n^ lui en /estait plus que quatre.
Mirador passa la main sur son front, une sueur glacéô / coulait. Il sn raidit contre la faiblesse qui allait U perdre, si elle avait raison de lui... i'^
ïi 8Ï1 alluma une autre... fîtle rata encore^. T vs»- ..^ •■>véûait de plus» en plus...
~-^ LA DÉTRESSE B'uNE MLrE
La troisième s'alluma... mais se carbonisa presque aussitôt...
Il ne lui en restait plu» que <îeux...
Comme il était près du lit, il s'y laissa tomber... les bras en croix... et sa main gauche frappant le mur de Talcôve, y fit résonner un bruit de creux... Cela le ranima... II frotta ravant-dernière allumette. Elle fit un peu de flamme... et se carbonisa presque aussitôt... Mais Mirador avait eu le temps de voir...
Et ce qu'il avait vu, c'était une rainure courant entre les planches...
Qu'était-ce? Armoire? Placard dissimulé? Issue possible?...
A tâtons, rései^'ant sa dernière allumette, suprême espoir de salut, il introduisit la forte lame de son poignard dans la rainure et opéra une pesée...
Les planches s'écartèrent, se disloquèrent, s'ouvrirent.
Mirador plongea les bras, croyant rencontrer le vide... Ses mains frôlèrent des vêtements qui pendaient... C'était tout simplement un placard...
Sa présence d'esprit ne l'abandonnait pas.
Il réfléchit cfue ce ne devait pas être sans raison que i ouverture de ce placard avait ét-é soigneus.ement cachée... Il arracbe les \^tements, les jette pêle-m^êle sur le lit, fait le vide dans ce trou et tâtonne...
Tout à coup un souvenir lui revient :
— Ah ! si le pauvre J'^rioits était près de moi 1 Corome il saurait vite découvrir...
Il a une exclamation de joie. En bas du placard, à cinquante centimètres du plancher, sa main a<;Tu s&tir d'autres rainures...
Il tire sa boîte d'allumettes, fait craquer la dernière...
Elle flambe 1
Couché à plat-ventre dans le placard, il examine rapidement... Il ne s'est pas trompé... Il y a là une issue probable... Où, avec quoi communique-t-elle ? qu'importe ! Ce qu'il faut, c'est sortir de ce trou... Ensuite, la bataille, au besoin !... on y verrait clEdr I!... Rapidement, le couteau fait son office... découvre un trou béant... de cinquante centimètres carrés...
C'est par là qu'a dû s'enfuir l'enfant... tout à l'heure... Placard et issue devaient s'ouvrir et se fermer automatiquement... L'enfant connaissait le secret...
L'air qui arrive de là — si impur soit-il — rend toute sa vigueur au jeune homme...
Le couteau entre les dents, il se glisse par l'ouveriure, rampe au long d'un boyau si étroit qu'il en frôle les parois de chacune de ses épaules... Le boyau fait un coude brusque pour aboutir, par un soupirail ouvert dans la courette... Il est Ubre...
1^ DiixiuiùSE d'une mm 205
i.ii)re... pas encore... car, pour sortir, il faut pénétrer dans la cuisine, et traverser le débit de vins où sans doute les apacbes se concertent... r-
Impossible de voir l'heure à sa montre.
Il la^faJt sonner... Elle sonne dix heures puis, la demie... ^
Ile. sont là depuis une demi-heure... il n'était que temps...
Par les vitres sales et brisées d'une porte qui communique avec la cuisine, Mirador distingue nettement l'hôtelier des Salons de Paris^ qui va et vient devant son fourneau... Il prépare sans doute quelques agapes aux bandits lorsqu'ils auront terminé avec Toffjcier... le coup fait... Doucement, celui-ci pousse la porte... Doucement, il entre...
Une bouffée d'air venant de la courette fait vaciller la flamm.e d'une bougie, qui éclaire la cuisine... L'homme aux vêtements blancs se retourne... aperçoit Mirador... ouvre des yeux énormes, stupéfiés. Après les yeux, c'est la bouche qui s'ouvre... et il va crier, avertir, lorsqu'un coup de poing, droit sur le front, l'assomme...
Il tombe, raide, sans un mot, sans même un soupir, étourdi.
Mirador l'attire par les pieds dans un renfoncement formé par le couloir qui aboutit au réduit où- il a failli trouver la mort.
Là, il est à Vabri de tout regard... Les yeux des apaches ne pénètrent ^.as jusqu'à lui.
Méthodique, v^t sans se presser, il eplève le tablier blanc, le veston blanc, .V calot blanc, passe le tout par-dessus ses vêtements...
Et il entre dans le débit, çn tournant la tête... pour ne pas être reconnu tout de suite...
Coribasse l'interpelle... Il fait la sourde oreille... Que prétend-il faire ?
Tout simplement reprendre son orgue de Barbarie dans le coin où il l'a laissé...
Il le jette avec désinvolture sur son dos...
Et tout à coup, brusquement, il vient s'appuyer, des deux mains, sur la table devant laquelle se trouve Coribasse...
Il penche la tête vers le bandit... Ses yeux flamboient, mais sa bouche est railleuse...
Et nettement, la voix mordante, pleine de triomphe et de mépris :
— Au revoir, Coribasse 1 A une autre fols, Pierre Sambut 1...
D'un bond, il est à la porte... il est dehors, bien dehors, cette fois..^£t, cette fois aussi, il ne se presse plus... La gaminerie, restée au fond de son caractère de soldat, prend le dessus, lui fait oublier toute prudence...
Un coup d'épaule amène l'orgue 6ur son ventre...
Et ie Voilà qui ixioud ; sard, devant ce repairô .
Saîul^ demeure thaai^ et pure.
Parmi îeg bandits, c'est uns minute d'effaremeiii. r- . > ...^ ^ reconnu Mirador en ce déguisement.
qu'il croyait enlerœé éijuisé, sans forces, Hvrl
Et Coribajsôj en se voyant lui-rbême reconnu, perdit ce point son sang-froid, qu'il n'eut pas le temps de s'oppof à la fuite du jeune homme.
Boutort et Chevi-Ut exoltaient. Ah ! c'était nn bon toui que venait d€ joaer là iolficier 1... II3 avaient envie d'aj plaudir... Ils se retinrent «t Boutort eut une idée de génie..
— Hein ? Coôtaui, e'est-y lui le compère ?,..
— OuL..
— Et vous le laissez filer sacs rie loi d'ici à la barrière...
— Tu as raisoji, ^ieus, ûi Coribaase... Lu quête !... Il courra pas si vite qu'on ne le raccroche !... Et alcra.. c'^ moi qui m'en ch. ' . En avant, les poteaux l
— En avant . it les autres.
Ils se ruèrent u.^i;.- ic^- ténèbres de la route de la RévoJ Boutort et Cheviliat ne se tenaient pas d^ê^e.
— Ce que je m'amuse !... Je donnerais p/*s ïna loge poi un louis !...
— Moi ça xne eonnsM. J'en ierm une maladie, ft foi de rire... -
Sur la route, les bandits pj^rdsiVîit foute irlste. Où àllêi Quel chemin avait suivi -Mi: 'jilly ou ve
Clichy?...
Soudain ils tressaillent... On dirait que Mirador veut &e moquer d'eux an Te-ir i/idiquant la r ci?: 3 qu'il a suivie.
On entend, dans la direction de N orgue qui ks
nar;?vie, s'essoiv*1;-r*. f}^r>9 ]u r}f>5t, au milieu du
,OiLU\
U pIuLie au vei^t
Souvent femme varie...
Alors commença une course effrénée, lialetants
de haine, et qni se '-iiest, prêts an meurci^,... Pendant que l'orgue, endiablé, envoie maintâoaJit âjfjis
Denuis c
iirn. Hr.yri-,
^it îaa'
yeux injectés de sang, la poitrine qui r.lle... A ' ' point d'autos, ni da fiacros, sur caii^ rout^ d - Mirador o:ii aoiic obligé do regagne; ' ' ...ii^c^
plus iféquenios.
Ils ont perdu la piste. Où chercher ucui^, ce ic nuit, à peine, de très loin en très loin, percée d'une lumièm ^aune de bec de gaz ?
'Mai.s Tordue continue de les narguer, en avar 'ir
inditiufr j-^--»--. ■ ;., -,,,'-ii f^.^i .i^îm-,. ':, L'orgue ;• u^-
,..:, i ,, , ; e du Ta
en tête ôo la bande.
II a répudié toute i? f:v;r.
Derrière lui, tout j semelle,
Boutort et Chevillât.
La témérité de l'oîTicier les cfiarê^ bien un peu ; mais eu cas de malheur, ils seront là, au besoin, pour lui prêter maln-fort<i.
Et de temps en temps, isans ralentir leur course, Boutort glisse à Chevillât :
— Hé ! vieux ? on s'amuse 1
— Comme une petite foîle l
Puis, soudain, un coup de théâtre I
Ce n'est plus en avant, '/^^^ ^'^uilly, qu'on entend l'orgue jeter sa bravade :
O noOB Fernand, tous les biens de la terre!...
Mirador a dû s'arrêter en chemin, se cacher en quelque coin, dans un angle de mur, se coucher dans des déirolitions, laisser passer les bandits, après quoi il a dû se diriger vers Clichy...
Ils ont à peine dépassé la voûte que derrière eux, à cent pas, éclate, ronfie, l'air martial de ï Année de Samhre-eU Meuse.
Ils s'arrêtent un instant pour reprendre haleine.
Ils doutent. Ont-ils bien entendu ? En avant, ou en arrière ?... Vers Neuiîly, ou vers Clichy ? Leurs oreilles bourdonnent de tout le sang qui s'accumule au cerveau.
— Vers Clichy, patron I... dit Boutort.
— Et mon avis, ajoute Cl- '^''^ ^ c'est qu*il se moque de nous.
— En avant! hurle l'Ingt
Car, là, tout près, il lui a semblé qu'un homme s'enfuyait et, dans cet homme, il a cru reconnaître Mirador...
Une ombre s'enfuit, en effet, dans les ténèbres, s'enfuit avec une vitesse q\ii tient du prodige... Elle ne paraît pas toucher au sol, pareille, dans celte nuit, à un peu dd fumée qu'un vent de tempête emporterait.
208 LA DÉTRESSE D'UîvE MÈRE
En quelques minutes, l'ombre s'est évanouie... la piste est perdue.
Et ce n'e5t plus vers Clichy que Torgue fait entendre sa musique monotone à laquelle manquent la moitié des notes... .
C'est vers Neuilly... De nouveau, Torgue est derrière eux. Et il y a là, presque, quelque chose de fantastique et de surnaturel.
Derrière eux, et tout près, Torgue leur moud le belliqueux appel du Père la Victoire et Coribasse & un rugissement de rage...
— Cette fois, je le tiens I
Il a réuni toutes ses forces. Ses bonds sont prodigieux. Boutort et Chevillât ont peine à le suivre. Boutort murmure :
— Tout de même, le capitaine a tort I Faut pas tenter le diable...
Il avait tort de craindre.
Alors que l'orgue venait de se faire entendre en avant, comme s'il avait sauté par-dessus la tête de l'Ingénieur^ on l'entendit en arrière.
Et cette fois fut la dernière.
Il eut un accent triomphal qui résonna dans la nuit :
AiiODS, enfants de la patrie..., Le jour de gloire est arrivé I
Et ce fut tout
Mirador avait assez mystifié les apaches, Mirador était
satisfait...
Il avait conduit la bande jusqu'à la porte de Champerret...
Là, il se reposa. Il était en sûreté.
Les sinistres rôdeurs n'osèrent s'aventurer jusqu'à lui... comme des oiseaux nocturnes qu'effraye la lumière...
Hors de la barrière, ils aperçurent l'officier qui hélait un fiacre rentrant à vide de quelque course dans la banlieue... Le cocher devait faire des difficultés, sans doute parce qu'il n'était pas rassuré devant ce mendigo, affublé d'un orgue de Barbarie, parcourant les rues à pareille heure... puis se laisser convaincre par un fort pourboire... et le cheval s'éloigna, cahin-caha...
Boutort s'approcha de Coribasse, debout, immobile sur le trottoir.
— Faut pas vous décourager, costaud... On le pincera^ votre homme I...
L'autre ne répondit pas.
Et Boutort, s'étant approché davantage, fit une décou» yerte étrange...
;. y L'Ingénieur pleurait !... pleurait des larmes d'orgueiJ ' ossé I... pleurait des larmes de roge... et d'humiliation... V s'essuya furtivement les yeux, et dit seulement : ^— Patience! Tout n'est pas fini 1... Maintenant, 4 Moaeste 111
xrv
Ainsi que nous l'avons dit, Modeste avait été reçue de suite chez M. Le Barroy, le grand couturier de la rue Royale. A peine le obérant lui fit-il subir le rapide examen habituel aux mannequins :
— Marchez... plus vite... plus lentement... Baissez-vous ! Penchez-vous I Jouez de l'éventail... Veuillez vous asseoir... Ne rentrez pas trop la poitrine...
L'examen avait été favorable et elle étati admise à faire partie de la ruche bourdonnante, parmi tous les froujfrous de robes, les froissements d'étoffes, les allées et "venues et les conversatoins fiévreuses des clientes, des vendeuses, des habilleuses, des essayeuses, des ouvrières. Elle de\'enait quelque chose dans cet empire du chiffon, où affluent tous les mondes : le grand, le demi, le quart de monde ; mondaines ou reines de théâtre ; grandes dames et beautés professionnelles, le monde politique et la haute bourgeoisie: femmes de ministres, de hauts fonctionnaires et de milliardaires ; toutes les clientèles se confondant, pêle-mêle, dans le même amour de la toilette.
Sans l'ignorance où elle était du sort de Valentine, elle eût été heureuse.
Oh ! complètement heureuse, comme doivent l'être des malheureux qui pendant des jours et des jours, des nuits et des nuits : heures mortelles, heures tragiques, ont été exposés à tous les hasards, sur mer, d'une tempête abominable.
Elle avait cm, cent fois, que c'était fini, que c'était la mort.
Et la voici, tout à coup, qui retombait dans un calme plat, dans la paix la plus profonde !
Le saut était si brusque, la tran.-ition si foudroyante, qu'elle en était comme hébétée, avec de vagues somnolences, avec ce sentiment qu'il lui faudrait dormir deux jours et deux nuits de suite pour se remettre en équilibre.
Elle, .ne pouvait croire que ses peines étaient finies.
Elle -^ prit son travail dès le lendemain. A dix heurr-Fj, *êlle était à son poste, avec les autres, dans un des petits muons réservés pù^ pour s'asseoir, les mannequins ont des
tabourets tans dossiers, car leg dossiers pourraient irr?.?r ïes robes qu'elles endossent, qui servent drobes appartiennent à Le Barroy.
Elle était la première. Les autres ari-ivèrenl, une i^ ul:, essoufflées d'avoir monté rapidenrient les escaliers et d s'être hâtées dans les couloirs, afin d éviter une réprimande. Et toutes revêtirent le fourreau, la robe collante en satin noir, faite pour modeler les formes et qui se .plaque sur le corps des joliss filles en les chap.geant en statues animées. C'est pardessus le fourreau qu'on endoase les robes^ avant de les présenter aux clientes.
Heureuse, elle le fut ! Cette première journée se passadans des enchantements, et il en fut de même de celles qui/, suivirent : semaine de repos, de calme et d'espoirs.
Elle prenait à cœur son em.ploi, avec l'ambition secrète de contenter tout le monde et de conquérir peut-être une^ place de vendeuse et petit à petit de première d'atelier, car elle était adroite et elle comptait que peu à peu on se' rendrait compte de ce qu'elle valait
Sa douceur et sa trist^e écartèrent d'elle les jalousie rivalités, méchancetés que sa beauté et la pureté de seformes auraient pu lui attirer, car 2U'^ était belle, adni rabiement belle, à ce point qu*uiie cli^ * it, nettement, le premier jour :
— Oh ; oh ! ma^ fille, vous ne rester/ longtemps dans votre fourreau.
Elle fut tenue à l'écart- pendant deux jours, pas pîuf Après quoi on l'adopta. Bu reste, la besogne pressait C'étaient des séries d'h8i3illages et de déshabillages. Vingt fois, trente fois dans la journée, die entrait dans les salons'> inondés de lumière, devant les paires d'yeux braqués s^r ' elle, les femmes détaillant les robes, mais les homme monocle à l'œil, détaillant sa beauté parfaite.
Et elle entendait des mots :
— Où avez-vous déniché ça? C'est une perle!... Modeste n'y prenait pas garde.
Elle avait résisté à trop de misères pour se laisser attendrir par un compliment. Une image emplissait son cœur., celle de Jean... Son cœur n'en recevait pas d'autres.
Une semaine de paix. complète où elle revécut vraimen;
Puis, avec la semaine qui suirit, ce fut un autre cal vaire...
Le lundi, is heures, eîl iivait au salon ré-
servé où elle brodait, à ses moaiCi:.is perdus, un ouvrag-^ pour elle-même, lorsqu'une vendeuse entra, rérlama-^t u mannequin.
Il y en avait là quatre, qui, d»:puis le déjeii peut-êt:\ ' ■ jun.ée de la veille — qui (' ^ avLi. v-é d'échapper à toiives k
LA Ulililt^thù U L.Xt; MtHJ:. rCii
..isaiiî, h' ^^'.:el <]e Aon roj^et, l'autrtfjsa jarretelJe, I autre
un chignon rebeilc... inventant soldats qui tirent au flanc et i-''ui -Ait i ta. iiiaiiœuvre.
fi' 1 qiîo ("3 ne fût paa le tour de Modeste, elle se dévo^.a, se hâta de passer }a robe demandée.
Lnt que les autres se poîi?ysaient les ongles, icttaient du rouge aux lèvres, la jeune flile soHit dans lo . irge couloir sur lequel s'oun-aient l^s salona d'essayage. r ; :. *;3 d'un de ces salons était ouverte. :; • entendit des voix. Elle s'arrêta brusquement,
;iàhL, '^i écouta... Puis, parce qu'elle craignait do se tromer, elle avc'nçn la tête, risqua un regard... étouffa un cri : — Giseile l ma Glselle !... Et Jean ! - - C'était GisoUe, en effet, avec M™« Ctienavat, et Jea.n : fîrador les accompagnait
Si rapide que fût son regard, elle eut le cœnr broyé par .,e qu'elle" vit... Ce qu'elle vit, c'était, sous l'œil maternel ■3 M'^^° Ctienavat, GiselJe s'entretenant à voix basse avec .;irador... dans l'angle d'une fenêtre... Ils étaient seuls. 1-3 salon était désert... Le joli visage de la jeune fille t;Lait rose d'une animation singulière... Elle aimait Mirador depuis longtemps. Et elle était heureuse de se trouver près de lui... Cormnent Modeste n'eût-elle pas compris — elle qui était jalouse — ce qui ge passait dans cette âme ?... les délicieuses joies qui s*y épanouis-^aient ? Alors la jeune fille ^e recula, effarée, éperdue. Eperdue par l'acuité douloureu.se de Fémotlon qui s'emparait d'elle... qui n'étcit pas nouvelle, pounant... mais qu'elle n'avait fait que deviner déjà, et qu'elle avait voulu ('loiUier à sa naissance... coname on étoufferait un reptile iaût on redouterait peur pius tard îa morsure...
Et c^tte émotion - '' + --t plus que de la jalousie contrô Giseile.
C'était de la hai,;..
Oui, l'enfant abandonnée de tout et de tous, seule an inondo et nui D.'r>valt pour se retenir à la vie que Fâmour... i\..-'-.:^ :■ .. ni...
i'.ilo ne iciiéchissait à rien... ni que Gîselle lavait précédée dans, le cœur de Mirador... ni que Giseile était innocente de cette haine... Giseile qui avait prouvé à Modeste tant de dévouement, tant d'affection...
Loin de la Viergette, elle avait fini p?tr .-.s créer des Illusions... Et, de l'illusion, est-ce qu'il n'est pas facile do i.asspr bipn \ite ,^ l'espérance? '■
réalité reparaissait, 'f.e chose si
re...
■:' -o-- ..^^, . .. . basse avec
qu'elle ■
Elle marcha à reculons jusqu'au petit salon des n\r^nri&qains.
Elle mumaurait :
— Je la hais I Qa'a-t-elie fait pour être si heureuse ? ^ i'aî-je fait, moi, pour être si malheureuse?...
Puis elle cacha son visage entre ses mains Elle murmura encore :
— J'ai horreur de moi I
Et elle vint tomher évanouie entre les bras de ses compagnes.
lEile fut deux jours malade, avec une fièvre \4olente et du délire. Le gérant vint la voir, lui donna de bonnes paroles, lui versa son mois d'avance, en dexinant son dénuement.
EDe avait loué une chambrette tout près de la Madeleine. rue Boissy-d'Anglas, à quelques minutes de la rue Royale.
Sa fièvre et son délire n'avaient point d'autre cause" que ThoiTeur qu'elle s'inspirait.
Son énergie avait été soumise à de trop dures épreuves pendant les jours de détresse vécus depuis qu'elle avait quitté la Vlergette. Tous les ressorts de sa volonté se détendaient
L'idée de la mort n'était jamais entrée en elle... pas plus qu'en Valentine.
En enfanta jolies et jeunes à la sève puissante, toutes deux elles voulaient vivre...
Une fois, pourtant, Modeste l'avait dit à son amie :
— J'aime sans espoir... Alors, c'est la vie sans but. Pendant combien de temps con se r\'er ai- je le courage de lutter, puisqu'au bout de la luite je n'aurai ni espoir, ni bonheur ?
Hélas ! personne n'était plus là pour la réconforter... Elle roulait dans un abîme...
Pendant les deux journées qu'elle venait de passer dans son lit, en proie à cette fièvre qui l'avait presque entièrement retranchée du monde, elle n'avait reçu que la visite du gérant... alors qu'elle se sentait déjà mieux. Mais elle se rapp -lait pourtant avec effroi un cauchemar qui, bien sûr, n'était dû qu'à sa surexcitation...
En ce cauchemar, elle avait cru voir un homme qui entip^'-ôans sa chambre, sans faire aucun bruit... glissant v?--s son lit avec une légèreté de fantôme... ou de voleur... Dormait-eUe vraiment, ou était-elle éveillée? Elle n'aurait pu I^ dire. Il y avait, dans ce rêve, une partie de réaUté, c^v cet homme, elle croyait l'avoir reconnu... Où avait-elle entrevu ces yeux sombres, brillants et durs ?... cette figure d'une énergie singulière, aux traits accusés, irréguliers, et ^ jTrtanr formant un ensemble qui retenait, qui 'orçait i attention ?.„
ttie de sa Ijèvre, elle évoquait cette image. :e en trouva la ressemblance.
;. homme, elle l'avait vu, lors de la fuite de la Vier- , dans le coaipartimeut du train qui remportait vers s...^:et homme lui avait inspiré une terreur supers^ se. Eîle avait cru lire, dans le rego>rd terrible, la <m d'un meurtre... Et une aiUre image, plus redoutable tô sinistre encore, avait surgi à son souvenir.... Celle ieux bandits, au visage noirci, qui avaient pr«^cipité adavre dans les fours eniLrasés de la Chalade. fT uojiime avait ouvert doucement la porte de sa cham- .;ii s'était dirigé vers le lit où elle reposait... Il avait . en voyant qu'elle dormait... Dans ses paupières, à i baissées, elle avait surpris ce sourire... Il avait fait lues pas encore... et il était resté longtemps devant i à la contempler... Puis, dans l'escalier de l'hôtel, vait entendu la bousculade de gens qui montaient et -^ndaient... L'homme avait eu peur... Il avait disparu, i qu'il était entré, avec la mêm.e prestesse, dans le lie silence... Mais, avant de disparaître... Oh I elle rê- Vitii... cette chùs^ abominable, c'était la folie et le dérèglement de la fièvre... ; 11 s'était penché sur elle... ; elle avait senti sur ses lèvres s'appuyer le baiser de rhomms dont les yeux semblaient chavirer de tendresse... puis, un souftle ardent :
— Je t'aime 1! Je te veux I Tu seras à moi ! Maintenant qu'elle n'avait plus la fièvre, qu'avec une entière présence d'esprit elle pouvait se souvenir, réfléchir, ^^' se demandait si elle avait bien rêvé 1... Ces détails. :at restés si précis, en sa mémoire, qu'elle doutait derêve... Alors? Elle faisait des rapprochements!... qv.v Riiï! posaient à elle, en ces dernières semaines de sa vie [le Paris, si misérables... Des événements, parmi tant d'au-, très, s'étaient imprimés avec force sur son cerveau... Ce' n'était pas seulement la rencontre des frères Sambut en chemin de fer... Maia un sinistre pressentiment l'avait BLssaillie, en sentant peser sur elle ce regard sombre de .'aîné des deux frères... Son instinct de fenmie — jetée à ous les hasards de Paris, n'était-elle pas la proie convoitée?/ — lui avait fait entrevoir le danger.
Elle n'avait pu s'empêcher de dire à Valentine : ^- Cet homme fera mon malheur!...
ait dans son rêve d'hier, ce même regard de coavoîtis3 ioiente et sans pitié, elle l'avait de nouveau reçu... la iiessant comme d'un coup de couteau.
Ce n'était pas tout... L'fttentat dont elles avaient failli outes deux être victimes la première nuit passée à l'hôtel lu Volga, qui l'avait donc commis, si ce n'était ce niême louuûie, qu'elles avaient vu rôder aux aieiitours ds l'hôtel,
H1 ^ mrfm^^wtmr^i^m
et qui ne les^ avait point quittées depuis ic..i dxiT gare de l'Est ? - . •
^iifin, il n'y avait pas Jusqu'à ce mystérieux avertisse* jaent qui avait été donné à Modeste par une fîiî?, dont la pitié rachetait bien des fautes :
— Prenez garde à Goriba^se I...
Mais ici, Modsste s'y perdait.
Qu'était-ce quf? es noni étrange qui frappait pour le pre» mjèra fois seâ oreilles?
Etait-ct; le nom de l'homme qui la poursuivâdt ?
Peut-être l
Elle interrogea au bureau de l'hôtel, pour savoir quel pouvait être ce visiteur étrange. On lui répondit qu'en dehors de M. Le Barroy, pei-sonne n'était venu la voir. Elle n'osa insister, ni raconter ses craintes, de peur d'être prise pour une foUo.
Elle retourna ru^ Royale. Mais elle tremblait, à toutes les heure3 du jour, chaque fois qu'on l'appelait dans les SiiJons d'essayage,' el'e tremblait de se retrouver, non pas devant Mirador, mais devant Giselle. Elle avait honte des sentiments mauvais qui emplissaient son cœur.
Et ce fut auesi pour échapper à ce dégoût d'elle-même, que lui vint la pensée de la mort... de ia fuite supr-aie dans ce néant qui l'affranchirait de tant de peines, et .^ans doute lui épargnerait, dans l'avenir, tant oe misères...
Comme autour d'elle rien ne faisait contrepoids à cette pensée — ni une affection, ni l'espérance d'une vie meilleure, — elle s'y abandonna presque sans résistance et peu à peu cette obsesison domina toutes ses autres prébccupationa.
Un soir, en rentrant, elle crut reconnaître, dans l'er-caiier mal éclal/é, la silhouette de celui qu'elle avait entrevu en rêve, qu'elle avait vu jadis errer autour d'elle...
■— C'est l'homme !
Etait-ce possible ? Habitait-il donc le même hôtel ? Comment avait-il pu alors, et sî rapidement surtout, découvrir sa retraite?... 0^211^*5 folles imaginations!
Folle peut-être, maïs cela ne Fempécha pas de demandai le lendemain au bureau :
— Est-ce que parmi vos locsdaires, vous n'avez- paâ un certain Coribasse ?...
Oh 1 comme elle tremblait fort en prononçant ce nom U. Ce nom, à l'énoncé duquel le gérant da la rue Boissyd'Anglas n'avait pu retenir un violeat mouvement de stih peur.
— .Mais, mademoiselle, est-ce que vous vous moquez â« moi?... Je Ti*ai pas Thabitude -^^ ]--: -^r '.-i des bândiéi de cette espèce... Cori basse, le f comsa^ vo«i j sMîz ! Vûuar avez de belles c i
;A DÉTRESSE D'UNE MÈI
i.i. '•■.! il irjuâa de travers, elle avuit nm^i. i:Ai'i d'^abutiii et s'enfuit.
Ainal, Coribasse était connu, célèbre à cause de se« cri- Hfies, et redouté de tous!... Et c était ce misérable qui s'acharnait contre elle... Lui I Ce ne pouvait être quo lui, puisque, à son lit d'agonie, Hélène Rigaud avait voulu la mettre en garde...
A tout ce qu'elle souffrait vint s'ajouter la hantise de C8 qu'elle venait d'apprendre.
Sa résolution fut prise.
Elle mourrait I...
Et quand elle fut ainsi résolue, elle devint tout à coup très heureuse... Tous les cauchemars disparurent. Toiite craiiit<î s'effaça. Elle éprouvait un grand soulagement, une sorte de sensation de liberté, comme si les liens qui enchaînaient son cœur, qui emprisonnaient son âme, se fussent relâchés subitement.
— Ce sera pour ce soir ! se dit-elle.
Comme d'habitude, elle passa sa journée rue Royale, et, après avoir dîné avec sas camarades, au sixième étage, où étaient les salles à manger du personnel, Modeste revint s'enfermer chez elle.
Pendant deux heures, elle écrivit...
A Valentine d'abord, sans savoir comment sa lettre lui parviendrait.
A Jean ensuite, et elle versa dans sa lettre tout son amour.
A Giselle enfin, pour lui dire qu'elle moui'ait pour ne point la haïr.
Elle cacheta les trois lettres et les laissa sur sa table, bien en évidence.
— Et, maintenant, allons I
Elle se regarda dans une glace et ee sourit.
Jamais elle n'avait été si belle.
Et c'est à peine si elle était un peu pâle l
Elle a choisi son genre de mort.
Elle avait hésité entre le poison, le revolver, l'asphyxie, ou un bond dans la Seine.
Tout cela exigeait des achats ou des préparatifs, ou un dérangem.ent.
Elle avait rêvé quelque chose de plus simple, et qui était là, tout prêt, à portée de sa main.
La pendaison...
C'était si commode I Elle arrachait les cordons de tirage des rideaux de sa fenêtre. II? étaient solides. Elle les avait essayés, déjà. Elle les attachait doubles, l'un à l'autre, les pas.^ait au plafond dons le crochet qui était destiné à retenir une suspension absente...
Elle faisait au bas un nœud coulant, en calculant bien ea hauteur.
216 LA DhiKi^^Di. u L..x£. -.^RE
Elle montait sur un tabouret, basculait, et tout' était dit.
Ail fur et à mesure qu'elle repensait à ces choses, elle les exécutait, lentement, sans se presser, presque avec méthode.
Elle n'avait pas de regrets. Elle avait hâte de s'en aller. La pauvre Pirouette se disait :
— Je me sens devenir mauvaise !... Mieux vaut partir !1!
La corde était en place. Le nœud coulant pendait, immobile, n'attendant plus que le cou flexible et délicat, puis le saut dans rinconnu, les veiièbres brisées, une agonie courte, presque instantanée, et la mort.
Elle approcha une chaise par-dessous. Elle y grimpa, passa le nœud fatal.
Puis, tout à coup, remarquant que de cette façon et à cette hauteur elle se verrait dans une glace, elle murmura :
— Ah ! non, pas ça ! Je n'aurais qu'à voir la grimace que je vais faire.
Elle tourna le dos, envoya d'un coup de pied rouler la chaise et retomba...
Elle ne s'agita même pas... Elle resta pendue, les yeux fixes, dilatés, les lèvres entr'ouvertes.
Pierre Sambut n'avait pas perdu de vue Modeste depuis son arrivée à Paris.
Soit par Matagrin, soit par lui-même ou par quelque affilié à sa bande, il l'avait sur\'eillée et il aurait pu reconstituer jour par jour les misères de la pauvre fille depuis qu'elle était livrée à tous les dangers comme à toutes les séductions de Paris.
Modeste aurait pu lui échapper à sa sortie de Saint- Lazare.
Ici Sambut fut servi par la chance.
Hélène Rigaud avait pour voisine, à son lit d'hôpitaJ, une femme nommée Florestine, qui entendit l'.entretien de la moribonde avec Modeste. Florestine retint le nom de M. Le Barroy et l'adresse de la rue Royale. Or, cette femme connaissait et fréquentait la bande de Sambut. Deux jours après sa mise en liberté, Sambut était averti, connaissait la retraite de la pauvre fille, la filait un soir jusqu'à la rue Boissy-d'Anglas et prenait une chambre à l'h<jtel. Modeste n'avait pas rêvé... Ce n'était ni la fièvre, ni le cauchem'vr qui avaient fait surgir devant elle, auprès de son lit, ;:n cette nuit sinistre, le fantôme d'un homme dont elle sentait la caresse sur ses lèvres... C'était lui qui s'était introduit dans la chambre de la jeune fille, prêt au crime sur cette \ierge, et si l'attentat avait échoué, c'est qu'il avait eu peur de quelque surprise.
Il était féroce et patient comme un Ugro.
Il attendit.
Et Modeste ignorait sa présence. Sambut n'en était pas à son premier avatar. Il av.nit donné un faux nom, de fausses indications : Sambut n'était pas l'apache des barrières ; sa tenue était soignée.... Il passait inaperçu, par» tout..C inaperçu de ceux qui n'avaient pas rencontré son regard... Car seul, son regard aurait pu retenir l'attention, et le trahir... Rue Boissy-d'Anglas, aucun soupçon, on Ta vu.
Il aimait Modeste.
C'est profaner l'amour que de dire que cet homme l'aimait. Il s'était pris pour elle d'une passion furieuse, insensée, que les obstacles n'avaient fait qu'aviver davantage, passion toute physique, peut-être, et qui céderait après la première possession, mais qui n'en était justement que plus redoutable.
Il est temps de dire, rapidement, ce qu'était cet homme, au moment où il va se trouver aux prises fl^veo Mirador dans une lutte sans merci.
Son vrai nom, Goribasse.
Il avait reçu, et son frère comtme lui, une instruction forte. L'éducation de Denis avait été interrompue par la ruine de la famille, la mort de la mère, le suicide du père, qui en une seule séance, avait perdu à la Bourse toute sa fortune ; mais Pierre Coribasse venait de conquérir son titre d'ingénieur civil. Il avait été l'un des plus brillants élèves de l'Ecole centrale, s^ns travail, sans efforts, avec une extraordinaire facilité. Comment ce jeune homme, d'éducation supérieure, d'intelligence hors ligne était-il tombé si bas ? Alors qu'il avait le droit de prétendre à tout, comment le reteouvons-nous parmi ces misérables, rebut de Paris, leur chef et leur conseil ? Et après un •passé de vols et de crimes ? Ici, la réflexion et l'observation se perdent dans un océaji de mystères... Il n'y avait ni atavisme ni alcoolisme dans son cas... Les plus illustres médecins du monde se fussent perdus à chercher les causes d'une pa.reiile chute... Il n'y avait nulle déviation et nulle irrégularité dans ce crâne excusant des actes coupables... Nulle passion, nulle jalousie, déconvenue, haine, injustice, ne l'avaient précipité dans l'abîme... Il était bâti comme tout Je monde, Hnieux que tout le monde... Et cet homme était un voleur, était un meurtrier 1.... Cet homme avait plaisir îà être ce qu'il était... une monstrueuse exception... un défl là tous les philosophes, aux médecins, aux psychologues!... Il avait voulu être le bandit bien moderne, usante ile la science acquise pour perpétrer ses forfaits... L'Ingénieur voulait mériter son titre autre part que dans le monde des honnêtes gens... Et Coribasse y était parvenu... Ses ^oiqpUcea le redoutaient. Cela lui suffisait.
Il rit; tenait pas à être ainié. Sobre, généreux, eu: , :•>soin, '"-^ne gardait, rien pour lui. Sa joieétûit daafi In lutte qiiil pours-uivait contre tous... et <?.e se sentir dans les ba5-fcnds une puissance dont on pariait souvent, îà-haut, à la inraière) -non sans curiosité et non sans terreur... ïl faisait le mal pour le mal, non pour le profit
Trahi une fois — et il avait tué le traître — ' U avait c'é condamné à mort.., et gracié, naturellement.
Quand on lui apporta sa grâce, il haussa les épa'.i' ~ en un geste de suprême n^épris :
— Les imbéciles I
Un aji après, il rentr :>rinc(^. A la Préfectn—,
on le croyait mort.
Son frère, pauvre et maladii', sans énergie et sans volonté, et sur lequel 11 exerçait une influence néfaste, le rejoignit en Belgique. De là ils rentrèrent en France, où, pendajTit deux d^ns^ ils restèrent à la Chalade sous les noms de Pierre et Deni5 Samhut^ avec de fa,ux papiers parfaitement en règle, comme tous les faux papiers, Pierre n'avait pas tardé à se faire remarquer par sa vive intelligence et par ses connaissances spéciales. En vivant là, de la vie des honnêtes gens, retirés et 3oîitatroa, au milieu des autres ouvriers qu'ils fréquentèrent peu^ PieiTô et Denis n'avaient aucun but. Us attendaient, voyaient venir, décidés à regagner Paris lorsqu'ils auraient la certitude que Paris avait perdu entièrement le souvenir d« Coribasaa L'srriv*e de Richard, comme dlrectaui de la verrerie, précipita les événements.
Richard et Sambut s'étaient trouvés ensemble à l'Ecole centrale l!
Lorsque Sambut, pour la première fols, apea-çut le jeune homme, lorsqu'il le reconnut, il sê crut perdu... Et sa première intention avait été de fuir 1... De fuir, S0U6 lé premier prétexte... de fuir seins attendre une heure de plus, car le danger était terrible...
Mais, la première entrevue avec Richard, celle qui Tcff rayait, le rassura.
Richard causa avec Sambut le plus tranquillement du monde... Comment aurait-il pu se douter que cet ouvrier n'était autre que le bandit dont il avait vu le nom sur les journaux à la suite de taiît de crim.es, le bandit dont il avait été le condisciple, accusé, condamné, mort au bagne ? Puis, Richard, en arrivant à la Chaîade, avait une pensée qui primait chez lui toutes les autres, détruisait toute préoccupation qui n'était pas celle de son bonheur... Il ee rapprorjnait de la Viergette. Il allait pouvoir exnbragser sa mère 1... Sa joie était profonde...
Pierre Sambut, dès lors, ne songea plus à s'enfuir... Il resta, mais attentif, Teeil au guet
i- - ^ ^l.i. Son nom n'était piuo i..-...»ix..é. On
l'oui' ii;ic. Il oiiait pouvoir réapparaître dans ces dessous de }*aiis qu'il aimait, pour une vio nouvelle, pour V?3 crimes et des exploits nouveaux. Et, en quittant 'a Chain.le, il emporterait des certificats de Richard qui prouvant sou tiavaii, chose précieuse, et sa parfaite probité 1 ors, survint le coup de foudre (ful renversa ces projets, avait cru reiparquer, depuis quelques jours, que Ri- ■d le considérait à la dérobée, comme si, enfin, il avait irappé par quelque lointain souvenir.
iis il y avait trop longtemps que Sambut était à la L Jade, pour rien craindre.
Du' moins, il le pensait. Et il n'en manifesta aucune émotion, dans ses rapports fréquents avec le directeur. : Or, un matin, ayant à lui rendre compte d'un accident qui venait d'interrompre le travail d'une des équipes do la verrerie, ^11 entra inopinément, et sans être attendu, dans le cabinet de Richard. Il avait frappé, il lui avait semblé qu'on lui avait répondu, et il avait' poussé la porte. Le bureau était vide. Richard venait de sortir. Sur la table, des masses de lettres ouvertes, une correspondance commencée, des Journaux ouverts, jetés en fouillis.
Tout cela n'était rien... C'étaient les détails de la vie de
tous les jours... Mais, sur le buvard, s'étalait, déplié, un
journal de Paris qui donnait en première page un portrait,
et Sambut, blême et frémissant d'épouvante, se pencha
ce portrait.
venait de se reconnaître !... Ce portrait était le sien !II ■ le journal était vieux de deux ans ! ] coup, il reconstitua, avec une meneilîeuse acuité d'inu igence, tout ce qui s'était passé dans le cerveau de Riclr.rd... Richard avait fini par être frappé de la ressembLiiice de Pierre Sambut avec Coribasse, son condisciple. D'abord, il n'avait pas tenu compte de cette découverte. Puis, cela s'était changé en idée fixe. Et voilà pourquoi, en ces dernières semaines, Sambut avait surpris tant de ^regards soupçonneux attachés à sa personne... Sambut |suivait le travail qui s'était fait dans l'esprit de Richard... fCelui-ci avait voulu éclarcir ses soupçons, en avoir le cœur |net... Il avait fait rechercher, à Paris, un journal relatant la condamnation de l'Ingénieur et donnant son portrait. e journal lui était arrivé par le courrier du matin. i e danger devenait terrible, inévitable. Sans aucun doute, Richard avait tout à l'heure la cer» titude que la verrerie abritait le bandit que l'on croyait t au ba^e...
L préviendrait le parquet de Verdun... C'était la c^:tastrophe I...
îl sortit discrètement, sans attendre Je ro'our da
??n LA DÉTRESSE D'UNE MÈRK
F:: ,. . . l s'assura que personne ne l'avait vu entrer, alla reprendre son travail, comme si rien ne s'était passé, vit (3e loin Richard, qui ne faisait aucune attention à lui, en apparence, lui rendit compte, posément, tranquillement de ^'accident de son équipe, et ce fut tout.
. ^la cloche du déjeuner, il fut le dernier à sortir, méticuleux et plein de zèle. Chez lui, où Bénis l'attendait, son visage changea. Il tomba sur une chaise, essuya son front couvert d'une sueur glacée, dit : « Nous sommes perdus » I et raconta tout à son frère.
Cet homme rebondissuit vite : un quart d'heure après, sa résoliition était prise.
Il fallait quitter la Chalade sans laisser de péril derrière eux...
Or, le péril, c'était Richard...
Richard fut condamné à mourir... et à mourir la nuit même qui allait suivre....
Mais la mort de Richard amènerait une enquête, une perquisition, des recherches et, dans ces recherches, on retrouverait peut-être le journal avec le portrait de Coribasse.
Coribasse serait reconnu par tous les ouvriers...
Et le meurtrier de Richard serait ainsi clairement désigné à la justice.
C'était perdre du même coup, pour l'Ingénieur, tout ■ bénéfice de tant de longues et patientes précautions poU' se refaire une personnalité nouvelle.
Donc, il fallait aussi rentrer en possession de ce document
La journée s'écoula sans événements. Pierre Sambut ne quitta pas les ateliers avant cinq heures. Quant à Denis, faible et souvent malade, il demanda et obtint un aprèsmidi de repos. Il passa cet après-midi, non point dans so) lit, mais à surveiller les allées et venues de Richard, ca les deux frères redoutaient, soit un voyage du directeur a Verdun pour avertir le parquet, soit une dépêche. Aucune dépêche ne partit. Richard ne paraissait pas songer à se déplacer. Peut-être la certitude n'était-elle pas encore entrée dans son esprit que Sambut et Coribasse fussent le même homme... et attendait^il une dernière preuve... Peutêtre avait-il d'autres préoccupations qui l'emportaient sur celîe-là, et dont on devait retrouver la trace dans les supplications qu'il allait adresser à sa mère, quelques heures plus lard, au rendez-vous de la Maison-du-Roi.
c( Mère^ i^. faut que je quitte ce pays, et que je m'éloigne « de toi..^Parce que je t'aime t'^op et qu« j'ai psur pour « toi... Nous aurons beau nous entourer de prudence, « si i'on découvrait un jour nos entretiens, que croirait-on ? « A quelles monstrueuses inventions ne s'arrêterait-on p&f^t
! LA DÉTRESSE D'UXE ÎVCÈRE 2?A
« As-tn pensé que ton bonheur dépend de notre secret, avec • « le bonheur de ceux qui t'entourent ? »
Piei're Sambut, en sa q*ualité de contremaître, avait ses > libres entrées chez Richard. Cela ne pouvait surprendre personne de l'y voir venir. Toutefois, prudent jusque dans le: ^ iioindres détails, il s'arrangeait, au courant de la soiiee, pour pénétrer dans le cabinet de travail sans ^tro vu, et en l'absence de Palmyre... Richard lui-même étr>it absent. Les deux frères venaient de le surprendre dans la forêt et même lui avaient parlé... Sambut explora le cabinet, força les tiroirs, remua des papiers, ne Inissa pas un coin inexploré...
Et il ne trouva pas le document qu'il cherchait.
Il faillit même être pincé en pleine besogne de cambriolage par la cuisinière qui entra pour dresser la table et mettre le couvert.
Il se jeta derrière le bureau, le ventre contre le plancher, retenant son souffle.
Quand elle sortit, il enjamba la fenêtre et sauta. La nuit était venue. On ne le vit pas.
Denis l'attendait derrière le hangar. Il le rejoignit en rampant.
— Je n'ai rien trouvé. J'ai tout visité... Ma conviction est faite... le journal est sur lui...
— Alors ?
— Alors, c'est bien simple... Nous ferons d'une pierre deux coups... Tu m'as compris?
L'autre ne répondit rien. Il avait peur. Pierre le regarda et haussa les épaules. Il savait que, malgré ces faiblesses et rps terreurs. Il avait en lui un complice. Il le dominait. Devant l'aîné, Denis tremblait, se faisait tout petit. Et, du reste, Pierre n'était pas sans éprouver pour ce malade une sorte d'affection, faite de pitié et de protection.
Pendant la soirée, ils essayèrent de rencontrer Richard. Vers six heures, l'un d'eux l'avait vu se diriger vers la Maison-du-Roi, et c'était tout de suite après que Pierre avait pénétré dans le cabinet de travail. Ils rôdèrent jusque vers huit heures du soir autour des bureaux ; Palmyre, la femme de ménage de Richard, manifestait de l'inquiétude. Ils prirent sur eux de la rassurer et s'éloignèrent dans la direction de la forêt. N'avaient-ils pas la chance de le rencontrer à son retour ?
A deux reprises, Denis donna des marques d'hésitation.
La seconde fois, il fut pris de faiblesse. Il était neuf heure? ^'ils passaient alors dans un chemin bordé par les ruines d'un mur qui avait servi de clôture au potager de la fernîc des Prunes.
Coribasse dit sourdement :
— Bast 1 tous les sangs sont rougei I
9^2 LA DÉTRfcccr. 1. '.;n'. ^.
Denis Fs redressa, reprit ses forcer ' piiqua :
— Frappe dur, alors, et > ouff 1!
L'aveugle, Jarrifiles, couché an ion:
avait entendu ce- a. Mais, trop loin poi. de la voix, il n'eut que des doutes...
Entre neuf heures et onze heures et Gcn'i? ■;' :;assé ? Nos lecteui-s ont assisté à tous l^f^. év'i] cette nuit si remplie et si tragique... à tou.~ ' sauf un qui explique les autres en éclair lumière ce qui .restait de mystérieux c* ^' meurtre de Richard...
Il n'était pas sept heures quand "Renai ... .^ •. ^:. ov^; ..:* frère cette querelle %àolent-e à la suite de iaquciîe, saisissant le fils de Mathilde à la gorge, il avait serré, jusqu a ce que le pauvre garçon tombât, immobile; pareil à un cadavre...
— Je rai tué I Je l'ai tué !!!
li le croyait. îl se trompait. Il î'aureit cm, mêîrîe ail était resté là, car pendant une heure, Richard resf-a rigide. Puis la vie re\ini à ce corps qu'elle n'avait pfcs complètement abandonné 1 II fut long, bien long à se reprendre, à re'-ri:ver assez de force pour se redresser, pour maiiQhftr. se rendre compte de ce qui s'étr^it poasé...
Lentement, s' arrêtant à chaque pas, il reprit le chcaJa de la verrerie.
Il ^'approchait de la lieière du bois et il entendit sonuer dix heures à Vé^lise de la Chalade... En même temps que dix heures sonnaient, un chien se mit à hurJsr lamentablement dans la ferme des Prunes, qui était voisine...
En même t^mps aussi, Richard s'écroulait dans l'herbe.
Deux ombres noires qui le suivaient d'ïpuis quelques minutes s'étaient jetées sur lui, pcr derrière, ^' ■ " "'"up violent à la tempe l'avait abattu rapidement.
Sans qu'il poussât un crL.. sans qu'il poussât -^,1 -..^vipir.
Le chien cessa de hurler.
Les ombres se penchèrent vr^^--. 1» .-orr^z ^^ i'<- 'l'-^rent et sans doute trouvèrent ce qu'eîl lat une
exclamation de joie étouffée...
A ce moment, la lune, entre deux nuage», éclaira ] f.> •a^sins...
il? avaient passé par-dessus leurs vêt en ; 3
blouse noire... Leur visage était ivoirci <} Ce
charben... ^, pour se rendre plus niéconnaisoitbiôà teucore, un foulard Iç^r barrait la moitié de la figure. ^
Le crime accompli, ils se retirèrfîat daiis les l ^cs,
s'y couchèrent l'un contre l'autre et ce c^ à
voix basse... à aueîqnes pas d^ ' on
dernier sommefh..
... Jàn«= '^^ ^'î'îOB. C'était le .^......o^ .^iioolu,,
Utiide. ■""•^.
î CM Vil.. j tremble pas... Je te promets
•G y perdra son latin...
rent îa mousse, pour y effacer toute trace de rent le corps, et alor» commença la lugubre 163 fciîrs t. cî^aiix.,.
A sait le r( ' Valentine avaient assisté
:î spectacle...
: onze heures, à îinstaiit où le corps (Je Richard dégrin- .it dans le br?^si''r, î.éopold, «. PÎ'T^-qn'un-Hom.me >», ' hurlemorit..
;•>, ils avaient i* urs blouses,
;''î- r ;, ( ^, 'avé leur visag: «lana l'eau d'une •t ils reprirent îa route de la verrerie. it la fenije des Prunes, Pierre murmura, sous l'émo- ■1 souvenir qrii traversait so)i cen^eau : .,^ V.1 ..,x,..r>-.. r.^\... /itaient belles dans leur épou-
-.-^ -'■ .- ,. . j, derrière Técroulement du mur
. Il allait passer les jours suivants à essayer
- j à qui appartenait cette voix. Mais l'aveugle
j vu par les bandits. De là, leur premier soupçon :
:t se défier du vieillard !...
iiiinuit, Renaud et Simon, également méconnaissables
iS les blouses de travail et le visage noirci, sortaient
la Viergette.
's voulaient faire disparaître le cadavre de Richard.
Dans un coup 'de folio, dans la terreur atroce du scandale
qui rejaillirait sur leur père si la justice venait à découvrir
culpabilité de Renaud, ils avaient conçu l'odieux projet
le traîner, ainsi qu'avaient fait les autres, jusqu'aux
rs à chaux et de le jeter aux brasiers.
's cherchèrent le cadavre, là où Renaud l'avait laissé...
Et que l'on juge de letrr affolement... qu*on &e rappelle
leurs abominables détresses...
Le cadavre n'était plus là I... Et la forêt semblait vouloir garder son secret 1!!
Tel était le mystère...
^.t tant qwQ CG mystère ne serait pas éclairci, Renaud et son devaient se croire coupables... Fils de Caïn, coules — du moins Renaud — du meurtre de leur frère. 3uls au monde, les vrais coupables — c'est-à-dire lesSfim- - — seules au monde. Modeste et Valentine, pouvaieat !li({uer la vérité que Jarrioles, lui, avait devinée et dont il allaiv foire la confidence à Mirador lor.sauc. emnoctés par leur premier crime, et forcés d'en commettre un second, ^irib as.se el son frère 'avaient pendu, avec son chien. )rj comprend dès loï^quol intérêt dramatique s'attachait
.^vvw'nt LA DETRESSE D'LNE MERS
,a:'\ jeunes filles, et les efforts, en sens inverse, de Mirador Qi. de Pierre Sambut, pour se rapprocher d'elles.
i^es Sambut n'avaient pas quitté la Verrerie. Ils eussent éveillé les soupçons. .Puis Jarrioles les inquiétait. On sait avec quelles menaces ils domptèrent Modeste et Valtntine, quels furent les attentats contre elles. Quant à l'aveugle, ils avaient surpris ses confidences à ISIirador, près de la ]^.Iaison-du-Roi, et sa mort avait été aussitôt résolue...
La morsure de « Plus-qu' un-Homme » les perdit... Mirador veillait, infatigable.
Dcia, ils Sentaient se former les soupçons de l'officier, ces soupçons devenir des certitudes... De part et d'autre, ce fut, durant certains jours, une lutte de prodigieux sangfroid... Puis ils virent le terrain se dérober sous eux...
Le danger se rapprochait jour par jour. ;
Ils durent y échapper en prenant la fuite.
11 n'était que temps ; Larmouset, prévenu, allaita mettre sous les verrous.
Tous ces détails. Mirador ne pouvait les connaître poinr en point. Il ne pouvait que les entrevoir... Mais une^ certitude lui était venue du moins : la culpabilité des Sambut. En quoi consistait cette culpabilité ? Comment pou- ^ait-il se faire que ces deux hommes fussent les meur- Liers de Richard* puisque Renaud avouait et prouvait qu'il f ri était, lui-même, l'assassin ? Mystère à éclaircir plus tard. Dans tous les cas, ses recherches à Paris n'avaient fait uue confirmer sa croyance, car ces recherches venaient de lui apprendre que Tun des frères Sambut était un redoulal'Ie bandit, auprès duquel, sans soupçons, il avait vécu à la Chalade.
— Bonjour, Pierre Sambut! Bonjour, Coribasse ! avait-il lancé d'une voix de gamin, provocante et goguenarde.
F.t, désormais, la situation entre eux était claire et inéluctable.
Lun des deux devait mourir (1)»
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Les lecteurs retrouveront les personnages de ce dranu tique roman dans le LIVRE NATIONAL ayant pour titre « Perdues dans Paris. »