DÉCENCE, ORDRE, SILENCE
Comment passa-t-elle de pareilles heures ? Elle essaya de s'en souvenir, plus tard, et ne put évoquer que certains détails, tant la tolie frappait à son cerveau. L'ensemble de cette brève vie de damnée, elle n'aurait pu le reconstituer. Désemparée, bouleversée, elle était relancée d'un flot à un autre flot sur cet océan de démences... Mourir ! mourir ! C'était la seule pensée, très nette, très claire, qui persistait en son esprit, qui l'obsédait... Mourir I!l... Elle vint tomber 8ur un banc, s'appuya contre le mur et resta là, dans une hébétude dramatique, en proie à cette obsession de la mort... Elle n'eut pas de besoins... Elle n'eut ni faim ni soif... Elle ne vit plus rien. On l'interpella... Elle ne répondit pas... Des cheveux gris vinrent frôler ses cheveux noirs... Des bouches fraîches, aussi fraîches que sa bouche, et d'autres lasses et brutales, vinrent effleurer son oreille... Elle ne savait pas... Parfois des voitures versèrent leur clientèle qui grossissait la cohue des patientes. Elle ne s'en apercevait pas... Elle regarda, pendant des heures, en une obstination machinale et irraisonnée, la surveillante qui tricotait des bas de laine, assise dans sa chaise, blanche, sous sa coiffe blanche surmontée du long voile noir, et qui, de temps à autre, doucement, tentait de ramener dans ce troupeau en désordre, un peu de calme :
— Silence, mes filles !!
Une cantinière du dépôt passa devant elle, agitant sa claquette, annonçant sa marchandise : » Saucisses de Francfort I Cervelas de Lorraine... Sardines et beurre... »
Elle n'y fit pas attention... Elle dormait éveillée... Ses ejrands yeux, clairs, ouverts, étaient emplis de ténèbres...
Soudain, tout près de son oreille, une voix enrouée, mais qui se fait très basse pour ne pas être surprise par la curiOBité des aut^res, une voix murmure :
— Je n'ai pas le rond... Payez-moi des sardines...
Deux fois revient à son oreille la prière mendiante... Deux fois Modeste l'entend, sans savoir. C'est après la seconde fois que son esprit s'ouvre à ce qu'on vient de lui demander... et qu'elle se réveille... et qu'elle se retourne...
La mendiante est une grande fille maigre, aux yeux énormes; aux yeux de flamme, et tout près de lu mort, car elle a des toux qui la suffoquent et son mouchoir qu'elle tient constammeat sur ses lèvres est rouge du sang qu'elle crache...
Elles s© regardent... L'autre retient un cri de surpnsè... secoue le bras de Modeste.
— Mais je vous ai vue... Je vous connais... Vous nie remettez pas?... Hôtel du Volga?
— -C'est vous? dit lentement, tristement Modeste... Oui... c'est vous qui nous avea sauvées...
— Que venez-vous faire ici ? fait la fille avec une sourde colère.
— Je ne sais pas... On m'a prise... Et je voudrais bien mourir... Je suis innocente de tout...
Puis, elle lire de sa poche quelque argent, le remet à la malade, insiste, sur son refus.
"■ — Prenez 1 Prene;E f Achetez ce qui vous plaira...
— Merci... Je m'appelle Hélène Rigaud. Je vous ai sauvée une fois... Je vous sauverai encore. Mais, dites-moi... Vous avez donc des ennemis qui s'acharnent après vous ?
— Non. Pourquoi aurais-je des ennemis ?
— Alors... personne ?... Vous ne connaissez pas un certain Coribasse, si redoutable ?
— Je vous le jure.
— Tant mieux pour vous...
Elle avait acheté des sardines, du beurre, du pain. Elle dévorait, s'interrompait pour tousser et recommençait à manger, sans cesser de contempler Modeste de son regard étrange. Quand elle eut fini, eUe alla causer longuement avec la surveilla,nte. Celle-ci eut tout à coup les yeux apitoyés, posa son bas de laine, retira ses lunette».
On l'entendit qui murmurait :
— Sainte Vierge du Bon Dieu ?
Si ce simple mot rétablit le silence, soudain, comme s'il avait eu la prodigieuse vertu de ces signes de croix qui, jadis, aux temps des exorcisraes, chassaient le diable des corps dont il ne voulait pas sortir...
Elle quitta la salle, revint quelques minutes aprèsw
Et aussitôt Modeste fut appelée au greffe. Elle s'y rendit, avec l'allure d'un fantôme. Là, ce fut un nouvel interrogatoire, dans les mêmes termes que le précédent : « Votre nom ? D'où venez-vous ? Votre domicile ? Vos moyens d'existence ? )» Et déjà, à la fiche, sur laquelle sétalait son nom d'emprunt, était attachée une note particulière la concernant et qui, sans doute, devait viser la misérable accusation de Matagrin et l'enguète ouverte, rue de la Bienfaisance, sur celte accusation, auprès de la vieille et suspecte demoiselle Donnaiche...
Elle fit les mêmes réponses. Ces réponses furent accueillies avec le même haussement d'épaules et la même incrédulité.
~ On saura biea ia vérité, maigre vous 1 En attendant..
Ito fttt^nd^ant, i^s lourds vébicurw ée }% p«i<«9t^Te, p'og^
>:■. lj"LNE MÈrUE 175
xiér , se dirigèrent au courant âê l'aprèa-
niid' : i' Il de Saint-Lazare... Vers Saint Lago l...
La lourd.' porte co chère roula sur ses gond?, !-> v-uture de 1,1 poi; ^ ' '^ dnns la cour de Tadministration et se rangea d< lichots du greffe... Toiûos les isamiPs défilèrfnt ; ..V >. , avec ses compagnes de la rue den Prouvai res et du dépôt, fut envoyée à la deuxième f-ection. Elle attendit qu'on lui trouvât un lit parmi les qiiotre-vingt-dix dp l'immense dortoir où elle devait coucher. Si elle avait connu les rouages de l'administration policière et judiciaire, elle eût fait la réflexion qu'on la considérait encore, non comme \me prévenue de vol, mais comme ressortant du service des mœurs. Dès lors, que devenait l'accusation de Matagrin ? L'affaire de la rue de la Bienfaisance ? Mais elle était trop accablée pour se livrer à ces obsen^ations. L'océan de démences continuait de la balloter, pauvre épave des naufrages parisiens... Le lit trouvé, Modeste fut obligée de se coucher tout de suite, avec les autres... Il nétait que cinq heures... Mais on n'avait pas le temps de leur chercher une place à l'atelier ou au réfectoire. On s'en débarrassait en les envoyant au lit. Le dortoir resta aliumé tonte la nuit, et violemment éclairé... Elles sendonnirent, ces malheureuses, d'un sommeil de fièvre plein d'agitation nerveuse, sous la surveillance d'une religieuse couchant dans une chambrette au guichet vitré, à l'une des extrémités du dortoir, et d'une fille de salle occupant un lit plus élevé que les autres, à l'extrémité opposée.
Toutes s'endormirent instantanément. Modeste, seule, ne dormJt pas. Et toute la nuit, elle entendit ies po-roles confuses qui venaient des rêves... les cris de révolte... les prières de pitié... les mots d'amour aussi... et des noms, beaucoup de noms... Ceux qui avaient rempli leur vie remplissaient leurs rêves... et des cris d'effroi aussi, rappelant, qui s2dt ? quelques-uns de ces crimes ou le revolver joue son rôle, où le cout-eau sort sanglant d'une poitrine qui râle...
Nuit sifiist.re... n«it qui semblait ne pas devoir finir...
Nutt que la. r-^^^che Inkrromjwt enfin en sonnant /e réveil à six heures.
Toutes .«e réveillèrent, se levèrent... se hâtèrent à leur toilette... On bes avait averties : nn quart d'heure, pas plus, apT'ès quoi les reHgieuses chargées du service des couloirs ouvraient les portes, chambrée par chambrée.
Modeste chercha vainement Hélène Rigaud.
Elle la demanda... On lui répondit que la fiHè, malade mourante, avait été conduite à l'hôpital...
Elle r«cut sa ration de nain, fut con<iuite à l'atciier de couture qui lui avait été attribué. Elle était maintenant r».^-:* .r « .r,,r, >,,-...„* 5^ serre-tête, sous lequel la pauvrette
paraissait plus jolie encore, mais combien triste ! d'une tristesse infinie !
Et puis, quoi ? Qu'allait-on faire d'elle, enfin ? Quand elle criait qu'elle était innocente de tout, pourquoi ne la croyait-on pas ? Pourquoi navait-on pas confiance en son honnêt; té ? Pourquoi cette défiance ? Oh ! )a défiance, /souveraine et exécrable maîtresse de l'Univers !... Est-ce qu'elle allait rester en cette prison hideuse éternellement ?
Retranchée du monde, pour n'avoir rien fait... parce que son grand crime avait été d'être malheureuse?
Le matin, il y eut trois quarts d'heure de récréation... pour le triste troupeau enfermé là... Guenilles, robes simples, robes riches se promènent par groupes... car on leur laisse le costume de ville avec lequel elles sont entrées... PJen autre, comme uniforme, que le petit bonnet noir... Et les petits bonnets noirs roulent lentement autour de la vieille fontaine, dans la cour... la vieille fontaine de l'ancien couvent des Lazaristes... transformé en prison à la fin du dix-huitième siècle... Autour de cette fontaine se promena jadis Beaumarchais, arrêté quelque temps avant la première représentation du Mariage de Figaro... Et André Chénier qui, dans sa cellule, écrivit la Jeune Captive... et des fous, auxquels on donnait le fouet pour les calmer, s'y promenèrent aussi... et des prisonniers que le comité de Salut Public destinait à la guillotine... L'eau de la fontaine fut rougie du sang des victimes qui tombèrent égorgées par les massacreurs de septembre.
Vers cinq heures du soir, on vint chercher Modeste.
Hélène Rigaud la demandait. Elle agonisait à l'hôpital.
En traversant la galerie, l'enfant se crut soudain transportée à cent lieues de la prison... Un grand calme. La pleine lumière. Je ne sais quelle infinie douceur, comme si la mort, en apportant là le repos, voulait moins faire regretter la vie. Et plus rien des damnées qui s'agitent en bas. Au milieu de cette galerie un petit autel était couvertde fleurs et surmonta d'un crucifix et d'une statue de la Vierge. Du buis bénit partout, et partout des fleurs artificielles.
Une religieuse, à genoux, priait...
Elle priait pour l'âme de celle qui allait s'envoler vers le pays où il n'y a plus ni méchancetés, ni injustices, ni inégalité, ni misères...
Pour l'âme chancelante et vacillante d'Hélène Rigaud...
Elle disait, son chapelet à la main :
— « Je vous salue, Marie, pleine de grâces, le Seigneur. est avec vous... »
Et les filles, oh ! les plus jeunos; celles qui n'avaient pas eu le temps d'oublier, répétaient, troublées un instant, )a douce prière de leur virginité :
LA BÉTRESSE n'UNE MÈRE 177
•r Vous êtes bénie entre tous les femineB... »
Des pigeons roucoulaient contre les gros barreaux des fenêtres et se becquetaient avec tendresse, car c'était, de nouveau, la saison des amours...
On fit entrer Modeste et on l'amena près du lit de l'agonisante...
Hélène Rigaud se dressa. Elle souriait. Déjà la mort était sur ce visage osseux tout rempli par deux yeux énormes d'où la lumière lentement disparaissait.
Elle lui tendit une lettre.
— Voici... un mot... qui vous fera trouver du travail... Vous irez le porter à M. Le Barroy, couturier, rue Royale... C'est tout... Bonne chance... Moi, c'est un bon débarras...
Elle retomba. On eût dit qu'elle venait de passer.
La religieuse -se pencha et fit le signe de la croix.
Mais Hélène Rigaud n'était pas morte. Elle entrait en agonie.
Modeste comprit que la malade voulait encore lui murmurer quelque chose.
Elle prêta î'oreille, troublée par le sentiment profond de vraie et humaine pitié qui relevait, à l'heure suprême et terrible, cette femme tombée au plus bas de la dégradation sociale... Hélène fit effort... et mourut en râlant :
— Prenez garde à Coribasse I...
Ce fut tout. Elle resta immobile. La religieuse ramena le drap sur la morte.
Modeste s'éloigna, après avoir un instant prié auprès de ce lit. Elle emportait la lettre. Personne n'avait voulu s'opposer au désir de la mourante.
Au moment où elle rentrait à l'atelier, un gardien lui frappa sur l'épaule :
— Venez... Le directeur vous demande...
Quoi encore ? Etait-ce pour un nouveau supplice ? Non, le directeur lui apprenait que l'enquête rue de la Bienfaisance n'avait donné aucun résultat, puisque la vieille Donnaiche avait déménagé sans laisser d'adresse. D'autre part, on n'avait trouvé contre elle, pas plus que contre Valentine, aucune inculpation de vagabondage et de mauvaises mœurs... Elle était libre... Elle eut un sanglot nerveux, joie et douleur mêlées.
— Et Valentine ! Valentine !
Mais on ne sut que lui dire. Le directeur était un brave homme. ^îl devina cette détresse, l'obligea d'accepter quelque argent pour subvenir aux premiers besoins, durant deuif ou trois jours. Après quoi, elle se retrouva sur le pavé d^î Paris.
Il était sept heures du soir, quand elle mit le pied dans )e faubourg Saint-Denis.
Eiio s^âta de s'éloigner de la façade triste et sombre,
porte de CH enfer et Paris la reprit, et de nouveau elle Fut dans la foule, errante et éplorée.
Or, tl n'y avait pas un quart d'IVeure qu'elle était sortie H !a prison, lorsqu'une antomol^ile s'arrêtait devant cette orte que Modeste venait de franchir. ^ -
Un homme en descendait, exhibait un permis de la préfecture, entrait, se ruait pour ainsi dire dans l'intérieur, et cet homme, c'était Renaud...
Ce cri déchirant entendu sur îe quai du Châtelet : « Re- ' aud ! Renaud ! » pendant que son auto filait à grande Jlure, il n'yavait pas prêté attention tout de suite... Ce ne fut que la nuit, et comme par suite d'une action réflexe, qu'il y repensa, qu'il s'en inquiéta,. Il crut, à la longue, y reconnaître la voix de Valentine... Il chercha... Toute la journée se passa en vains efforts. Le surlendemain, un article de journal qui racontait la rafle du boulevard de Sébastopo! lui donnait l'affreux soupçon que Modeste et Valentine avaient pu être surprises... Il recommençait ses recherche?... Elles venaient d'aboutir...
Trop tard... Paris avait reconquis sa proie... Un seul indice eût été possible... le renseignement fourni par Hélène Rigaud... Hélène Rigaud était morte...
Mais les deux jeunes f.lles étaient séparées... Et par ce qu'il venait d'apprendre, Renaud, ému, angbissé, pouvait juger de ce qui attendait les deux jeunes filles, aux prises avec toutes les détresses, les rancœurs et les noires pensées.
Voilà pourquoi il venait de rentrer rue de Lisbonne, avec ce cri de sa douleur : ♦
— Pauvres! Pa'uvrcs enfants I Elles sont perdues!...
Modeste descendait lentement le faubourg Saint-Denis.
Elle se souvint tout à coup de la lettre -qui lui avait été remise par la fille agonisante et des paroles qui la réconfortaient : » Un mot qui vous fera trouver du travail... » Comment ceiie fille pouvait-elle faire trouver du travail aux
•îtres, et paraissait-elle si certaine de r^^^^^r- ">
Elle ©^î\'nt la lettre.
EKe était d'une simplicité tragique...
EHe centenait, en quelques îign^, un de C66 drames si fréquence de la débauche parisienrie, de son début à son dén«m£iïient...
Et, Teneadraxt, entre le éébut f-tJe dénouement, quelle odlî:'Vie vie !
î< Monsieur, je vais mourir à Saint-Lago, de mîf?ères et ; de ma vie malpropre. C'est à vous nue jf* dois de m'en
aller ainsi. Le médecin disait tout à l'heure dfvant mon ■'■ lit, «Q parlant à^-me'i ? « Mals-elia a cinqua>p,e aai f n
La lAETREiJSE D UNE JVIERjs; i{'3
(( Je n'en ai pa.? vinçt-cinq i... Vous le savez, puisque j'avais « treize ans quand je vous ai connu...
u Est-Gô un titre, de mourir ainsi — tuée par vous, mon- ( sieur — pour vous prier d'avoir pitié d'une enfant inno- < cente et chaste — cluiste et innocente, comme je Tétais —
'd de lui donner un emploi cliez vous?.,. Nejaites paa ^ d'elle ce que vous aves fait d'
« HÉLÈNS RiGAUO ».
Elle remit la lettre sous enveloppe et, le cœur oppressé, continua son cherain. Où allait-elle ? où pouvait-elle aller si ce n'était pas à la recherche de Valentine ? Elle courut rue Guy-Patin, heulevard de Vaugirard, même rue de Lancry, partout où elle avait chante de rencontrer la jeune fille. Elle apprit que la veille — c'est-à-dire la nuit qui avait suivi l'arrestation — Valentine était venue coucher à l'asile. Ensuite on ne l'avait plus revue. Rua dô Lancry et rue Guy-P^Jin, aucune nouvelle. Ce qu'slle ne savait pas, cest que Valentine, informée de ce qui s'était passé boulevard Séhastopol, était venue rôder aux alentours du poste de la rue des Prouvaires, puis sur le quai de l'Horloge, puis devant Saint-Lazare... Elle s'était lassée d'attendre, sans doute... Et comme des gardiens de la paix la voyaient ainsi faire les cent pas, fiévreuse, agitée, les larmes aux yeux, elle eut peur d'être interrogé© et ne revint plus... Personne ne put donner à Modeste dd rensiaigaements sur son amie...
La séparation était complète.
Le lendemain, vers dix heures^ elle aWa porter sa lettre rue Royale, à la maison Le Barroy, quarante fenêtres sur la rue, vingt salons, dix ateliers, cinq ou six cents employés des deux sexes, en temps ordinaire, un millier dans les moments de presse. On lui dit de revenir le patron, haut et puissant personnage, n'était pas là. Elle revint. Elle revint huit jours de suite et dé>é, elle entrevoyait l'heure où elle serait pour la seconde fois réduite à la dernière misère, lorsqu'on la fit monter dans les ateliers. Elle traversa toute sorte de pièces, suivit des corridors et finit par être introduite dans le bureau du gérant, un gros homme à l'air paternel. Là, on l'examina, cor le gros homme n'était pas seul. On la fit marcher, comme quelque animal sur la valeur duquel on désire s« renseigner. Let hommes échangèrent des i^éflexions desquelles Mode&te entendit :
— Quand ell« sera "nippée, ça mai-cndpa I
Des détails sur sa vie, on ne lui en demanda aucun. Son nom, simplement. La lettre d'Hélène Rigaud avait produit son effet Le Bnrroy s'était souvenu du petit trottin dautrofoiâe M avait éprouvé un refiiordj^.. Une note <Xq &%
IbO
d'une élé-
main au gérant avait préparé l'entrée de Modeste dans i& maison.
Son sort fut fixé.
Modeste, jeune, souple, admirablement faite, gance achevée, Modeste serait mannequin...
Deux cer. frane* par mois ! La liberté !
— Voui^ -'rendrez votre service demain, fit le gros homme avee «a ; ourire... Et restez sage 1
Deux c francs par mois ! La liberté I La fortune I La
vie, enfiL ^ vie 1
Elle se ci, de sortir...
Et dans -:fi, cohut de la rue Royale, elle éclata en sanglots.
Car elle usait à Valentine.
xiir
Boutort, V. v.villat et Marchenoir ne quittaient plus guère
les alentotîv-, de la rue des Peupliers. Et lorsque quelque indice les î^ ; eiait autre part, c'était Mirador, sous quelque dégui£»e;.-=cnt, qui prenait leur place.
L'instinc : ar disait que c'était là, ou non loin de là, que devait ^ trouver le repaire de la bande Coribasse.
Mais la .-m-veillanee n'y était pas chose commode, à cause même de la s^tude des lieux. Tout passant, en ces parages, aliirait forcément l'attention et l'insistance à y revenir avec régularité et à s'y attarder eût fait naître les soupçon».
Si les apaches avaient, d&Bs les environs, leur quartier général, ou si l'Ingénieur, seul, venait y chercher le calme et le semmeil, après quelque crime accom>pli, ils devaient, tous, se garder en perfertiea et prendre les précautions les plus minutieuses pour ne pas donner l'éveil aux agents de la préfecture, aux flics, à la rousse et aux indicateurs. En outre, il était certain que les affiliés à la bande devaient se tenir étroitement sous la main de ce chef, et qu'il ne fallait pas espérer une indiscrétion venant de là ! Si les compliees de Coriba&se n'étaient que des instruments vulgaires de brutalité, de vols ou de meurtre, l'Ingénieur devait quand môme leur communiquer un peu de son intelligence, le^ animer du souffle de son éducation supérieure, leur inspirer du respect, de la crainte, de la confiance.
A plusieurs reprises, elles se crurent sur le point de réussir.
Parfois, cachés dans l'ombre des rues mal éclairées, courloi^ au long des éciuLfaudages, rampant derrière les palis^
LA DÉ'fneS2L D'UNE MÈK£ 181
ftades qui encioseiit les terrains à bâtir, ils virent se rapprocher d'eux, tantôt Brûleur, guéri de sa blesaure et récemment sorti de l'hôpital... tantôt la mère Lucas, ou le patron du masvroi]uet à la devanture bleue et rouge...
Mais ces gens flairaient le danger, comme de bons chiens flairent le gibier...
Ces jours-là, ils prenaient une allure débonnaire, et les rendez-vous, chez le bistro, se terminaient par des parties de manille.
La surveillance du débit de vins avait été confiée plus particulièrement à Chevillât et à Marchenoir, tandis que Boutort se réservait la fameuse cabane où il lui était arrivée la singulière aventure.
Il y était entré une fois. Rien de plus facile. Elle était ouverte à tout venant. Il y trouva un amas de décombres de toute sorte, d'énormes morceaux de plâtras, débris de plafond abattus, des poutrelles et des planches pourries, des pierres, de tout. Il y avait eu jadis une fenêtre : tout en avait disparu, vitres et châssis. Il y avait eu une porte. Elle n'existait plus depuis longtemps. Il était difficile de supposer que cela pût servir de retraite assurée et régulière à des bandits dangereux, mais seulement à quelques mendiants sans logis, à quelques vagabonds de rencontre.
Ce dont on pouvait être certain, par exemple, c'est que la cabane possédait des locataires, ou recevait des visiteurs. Les plâtras gardaient des traces de pas. Les pluies qui tombaient sur le sol par les ouvertures du toit ramollisaient périodiquement la terre blanche de chaux, et les traces y étaient visibles, comme imprimées et durcie» par les derniers soleils. En examinant, en mesurant et comparant ces traces, Boutort acquit la conviction qu'elles appartenaient à trois ou quatre individus, toujours les mêmes. Quelques-unes étaient anciennes, d'autres récentes.
Puis, tout à coup, Dingue-Dingue fit deux observations qui le stupéfièrent.
Il vit entrer Brûleur et la mère Lucas dans la cabane...
Il attendit, au risque de se faire reconnaître...; il attendit assis sur le trottoir, paisiblement occupé à réparer de la vaisselle cassée... qu'il avait sans doute récoltée dans le voisinage, travail auquel il était assez inhabile, sans doute, et qui le retint jusqu'à la nuit tombante...
A la nuit, fatigué d'attendre, il pénétra dans la mystérieuse cabane.
— Qu'est-ce qu'ils peuvent bien fricoter là dedans, parmi les décombres ?
Or, là dedans, parmi les décombres, il n'y avait personne !.,.
Ou bien les autres s'étaient envolas, ou bien Boutort avait jcru voir et.n'avait rien vu. Alors, c'est qu'il avait la berlue...
ItZ tA DETIL:
Quaad U ressortit, il s'arrêta ijouciie ouverte, yeux écafq aillés.
Un homme et une femme passaienr snc le
regarder, et s'éloignaient rapidenient.
Il eut le temps de reconnaître Brùîeaf ei sa coi.
— Sûrement, il y a de Tlngénieur là-dessous
quoi ?,.. Estrce qu'ils cacheraient quelque part un dii:^-;ti.ible ?... Sont^ils partisans ou adversaires du plus lourd\iu8 Tair ?...
Il abandonna sa vaisselle dans la cabane. Elle pourrait servir une autre fois ! Il suivit le couple qui descendait vers Paris. La course fut longue. Ils avaient Târne en paix, ca.r ils ne se cachaient pas. Ils s'arrêtèrent rue des Gravilliei-s, vers la rue du Temple, et entrèrent au bai musette où ils s'attablèrent On dansait à la corde, au son d'un piano.
Bientôt, on entendit une voix avinée qui lançait :
— Cassez ! Brisez î les ménagères... Voilà le rrr^^-'^rr modeur de porrrcelaines l
Et Dinguô-Dingue entra à son tour dans le bou;: -iement.
En apercevant les deux acolytes attablés, il eut un geste Je joyeiise surprise et s'approcha :
— Ça va, les aminches !...
— Te v'ià donc dans la porcelaine ? fit Brûleur avec tu4fiance...
— Un coup que je mijote, vieux, motus I dit Dingue-Dingua, paisible et clignant l'œii.
Brûleur se pencha à l'oreille de sa coiiipagne :
— C'est le fameux... de la bande à Raoul... un poteau... tu le rebouises ?
Deux heures après, ils étaient abominablement gris tous les trois, et on dut les jeter à Ja porte du bal, parce qu'ils faisaient trop de tapage. Déjà la Lucas avait cassé des saladiers de vin chaud, ce qui faisait rigoler ce farceur «le Dingue-Dingue. « Casse, ma vieille, casse, c'est moi ci raccommode ! » et Brûleur avait tiré son couteau.
Ils déambulèrent par des rues sinistres.
Brûleur jetait de mauvais regards aux passants attardés :ai rentrëdent seuls.
— Diable, pensait Boutoit, pourvu qu'il ne fatsô pas un mauvais coup i
Il les entraîna au Caveau des Innocenta, à la Bai ^ale. Là^ du moins, ils auraient le temps de cuver le. ■ ress6... ou de s'enivrer davantage... et alors, qui sait ;
Le Caveau a été pris dans les souterrains d'un ancien couvent. Et on y descend comme dans une cave .par un escalier de pierres. A certaines heures de la nuit, c'est le rendez-vous de bandits audacieux, en quête d*\in crime ou
iJKTUESSE D'UM: MiRE le î
revolver au - r.. , % i lient sur ce monde danj?fftreux, pendant qvi'un piano inlas^î.ible joue des valses pins ou moins lentes, que de? voix hurlent, que circulent devant les tables certains cfimelots, habitués du Caveau, ou que des ivrognes en peiri? d'amour écrivent Ou gravent au couteau sur les
i-ailles les inscriptions chères à leur cœur.
- Lili crarnnur à son Lolo... A toi pour la vie... Coco du Séitasto
Deux -.1 geste d'appel, à l'apparition de
Brûleur : iHn gros, jouinu, mis avec une certaine élégance et qui portfLit une casquette de chauffeur avec des lunette?, relevées sur la visière ; l'autre, blême, petit, maigre, l'œU insolent et hardi...
Le sang de Boutort ne fit qu*un tour. Et il eut un léger frisson.
— Je veux être saigné à blanc, pensa-t-il, si je ne me trouve pas en présence des deux assassins de notre capi- ^'''ne : le chauffeur de l'auto et l'ouvreur de portières...
'uis, une autre réflexion lui amena le sang aux joues : - La bande à Coribasse, j'en jurerais U!...
Et il ï)rit place auprès d'eux en titubant... pendant que Brûleur glissait aux autres :
^ — Craignez p:i '. un poteau, un fame^.:x... de la
bande à Raoul...
Présenté par Brûleur, Dingue-Dingue ne fut pas suspect. Du reste, il régalait. Il avait dû réussir quelque bon coup. Son porte-monnaie était inépuisable.
A une table voisine, seul devant un verre vide, un homme d'une trentaine d'^innées se tenait assis. A l'arrivée de Boutort, il .s'entretenait avec le chaiifTeur et le titi. Il échangea un signe avec Brûleur et la mère Lucas, mais ne leur adi'essa pas la parole. Boutort le remarqua à peine. Il n'en tut pas de même de l'homme qui se mit à l'examâner avec une singulière attention et ne le perdit pas de vue. En même temps, et sans se mô-er à la conversation, il écoutait tout ce qui se disait. Brûleur et les autres connaissaient assurément ce solitaire, et ils avaient com.pris qu'il avait des raisons pour sMjioler. Ils respectèrent son silence et sa sauvagerie.
Boutoi-t pensait de nouveau :
— Je suis en plein dans la bande, j'en jurerais. Attention à profiter de Taubaine I .
11 y avait rà peine vingt minutes qu'ils étaient réunis ; il n'y av.qit ^-rii^re que sept ou huit bouteilles de vin vides et un nn.-orï d'eati-dp-vie fortement endommagé, lorsquun incjr]..r,j ' wr. <,p pro4uisit qui .plongea Boutort dans la StUf,"'- ■ • ' ■ ' ■ -
Un !) lient descendait l'escalier, entrait dans I9.
rave, et s ;/js demander de consommation se mettait à ap-
prêter sur une table une boîte de fusains avec ses estompes, ses fixatifs et un carton renfermant un paquet de papiers^ préparés. C'était — ou ce devait être — un des habitués, nocturnes de l'endroit, pauvre vieil artiste essayant ne gagner quelques sous en faisant le portrait de Lili pour Loîo ou de Coco du Sébasto pour sa ménagère... De taille inoyenne, portant une grande barbe grise flottant sur sa poitrine, de longs cheveux gris battant le col crasseux d'un v'eston de velours, un large pantalon, également de velours, tire-bouchonnant sur ses bottines éculées, c'était un artiste doublé d'un mendigo, ou un mendigo doublé d'un artiste.
Quand il eut achevé ses préparatifs, il se retourna, promena un regard noir et vif sur l'assistance — un regard de jeune homme — et ce regard s'arrêta une seconde sur Boutort... en même temips que la main gauche, sans doute en signe convenu, arrangeait une cravate liée en corde autour d'un col d'une propreté douteuse.
Dingue-Dingue eut un frisson de surprise.
— Eh ! bon Dieu 1 c'est le capitaine ! mui-mura-t-il. Que vient-il faire ici ?
Il n'était pas au bout de ses surprises î Un ronflement sonore attirait son attention à une table voisine, celle occupée par le client solitaire. Le client venait de s'endormir brusquement. Si Boutort n'avait pas eu son attention retenue par l'arrivée de Mirador, il eût entendu l'exclamation échappée à cet homme... L'éclair parti de ses yeux noirs, qui flamboyèrent, l'eût épouvanté... Et d'un seul coup, tombant le' front sur un bras, le bras contre la table, l'homnie avait paru céder à un sommeil irrésistible, d'autant plus étrange qu'il n'avait paru, la minute d'auparavant, en présenter aucun symptôme.
D'autre part, il se manifestait une émofion non moins grande, et non moins brusque, chez ses nouveaux amis, chez Brûleur comme chez la mère Lucas, comme chez Julot et Dédé — c'étaient les noms des voyous et du chauffeur. Brûleur les avait ainsi présentés.
L'œil fixé sur le dormeur, ils avaient l'air d'en attendre quelque chose...
Une explication sans doute — un ordre peut-être...
Boutort offrit une nouvelle tournée de trois litres, d'un coup. ^.
Julot "répliqua, la voix enrouée :
— Assez bu comme ça, ce soir... On pintera une autre fois, vieux...
Et ils attendirent, un peu pâles, ram-assés sur eux-rnê-| mes, comme des bêtes prêtes à bondir, des bêtes fauve3,| qui flairent un danger rnais qui ne le voient pas encore.
— Est-ce qu'ils se défieraient de moi ? se disait Boutort... Alors, brûlons nos vaisseaux...
LA DÉTRLbSE b LNE MjLUE 185
Tout son plan de campagiio était préparé depuis longtemps pour capter leur confiance.
11 baissa le ton, se caressa la moustache et souffla en dessous, en confidence :
— Je connais un coup... Je le nourris depuis longtemps... facile... pas d'imprévu... Ça va-t-ii ?
— Ça va, dit Julot sans cesser de regarder le dormeur... Dégoise le morceau... clair et vite...
— C'est à Montmartre, rue Houdon, 14 bis, un toqué qui collectionne de vieilles pièces d'argenterie... Il en a plein des armoires, et aussi des médailles en or et de toutes les catégories, sans compter qu'il va toucher des coupons tous les mois au Crédit Lyonnais... et qu'il doit avoir un magot... Un coup qui nous donnerait des fafiots... en mille et en mille... et commode, que je répète... rien à craindre... comme dans un fauteuil...
— Explique, vieux... Si c'est clair, on te croira...
— C'est bien ce que je pensais, murmura Boutort. Ils se défient.
Mais il était prêt. Le coup était amorcé depuis longtemps. Il reprit :
— Au fait, j'ai mon amour-propre comme tout le monde... J'ai pas besoin de vous...
— Te fâche pas... t'es un frère...
— Point de domestique, rien qu'une femme de ménage qui ne couche pas dans le logis. Facile de monter sans être vu, la loge du concierge est en retrait... Puis, tous les locataires ont une clef... la voilà, la clef... hein ? nourri, le poupard ?... Une lanterne sourde pour ne point se cogner dans l'escalier... un outil pour la porte qui est si branlante qu'elle céderait à un coup de pouce... Hein ? J'ai relevé le point ?... Et le vieux est parti ce matin pour aller voir un de ses neveux dans le Berry... J'étais derrière lui au quai d'Orsay quand il a pris un aller et retour, valable cinq jours.
— En son absence, personne ne garde la cambriole ?
— Personne I Mais comprenez ? s'il y avait du monde ! Et l'honnête Boutort esquissa tin geste de meurtre, en
roulant des yeux féroces.
— Comment as-tu connu l'affaire ?
— Tu ne sais donc pas que je suis Raoul ? Raoul, l'écumeur d'églises ? Eh bien, le toqué, sans savoir, a racheté trois fois des vases précieux qui venaient de moi...
— Fameux ! Fameux !... On les lui reprendra et on les lui revendra... Tope !
— C'est dit ?
— C'est dit I... Je préviendrai Brûleur et Dédé... Rendezvous demain rue des Gravilliers... Motus...
Boutort était tout joyeux. L'affaire était dans le sac.
ibt> LA iîLlli.:
Après ce coup de cambriole, la tands ne douterait pîu3. A|vxcir>c.% et contre-apaclie.-i soraient mêlés et fraterniseraient dans une ÏDiiinité abiohie, car Boutort amènerait Marchenoir et Chevillât en reiifort. Or, c'était au détrinient de Marcbenoir que le vol allait se commettre et chez Marchenoir...
— Voilà, vieux, lui avait dit Boutort lorsque l'idée lui était venue, tu te voleras toi-même, avec toutes les herbes de la Saint-Jean... Ça ncst pa^s commun...
Ils avaient réuni, rue Houdon, des pièces d'argenterie fausse, tout un arsenal de bric-à-brac, ne valant pas quatre sous... mais poname il fallait, aux yeux des bandits, jeter quand même de la poudre aux yeux, dans un tiroir que Boutort ne manquerait pas de forcer un portefeuille contiendrait un ou deux billets de mille francs... des vrais. De cette manière, les bandits n'auraient aucun soupçon Mir îa comédie de ce vol... Tout était prêt.
— Motus ! avait dit Julot, de sa voix enrouée et brutale... Le dormeur ronflait de plus en plus. Pourtant, Boutort,
presque malgré lui, avait fini par remarquer chez rnomme, d'imperceptibles m^ouvements, lents et continus, de sa main restée libre et qui ne quittait pas le dessous de la table. Que s'y nas?ait-il ? A quel travail s'y livraît-on ?
Juiot, Dédé et les autres retombèrent dans un farouche silence...
Et Dingue-uinguc observa que les couteaux avaient été tirés,- qu'ils étaient ouverts, le manche dans la main et la lame cachée dans le vêtement.
Le vieux mendigo, Mirador, seul, devait faire naître une pareille émotion... mais, nous le répétons, ce n'était pas une émotion directe, ce n'était, chez les bandits, qui ne reconnaissaient pas l'officier, que la répercussion du trouble soudain qui s'était manifesté chez le dormeur... Mirador parcourait les tables, otïrant ses services, se mettant à la disposition des clients pour faire leur portrait en ci^q minutes et très ressemblant, pour quelques sous. Deux ou trois acceptèrent. On se récria d'admiration devant le résultat.
Et le vieillard aux longs cheveux s'arrêta devant les bandits.
Dédé, Julot et Brûleur n'étaient pas dans un jour de bonne humeur. Aux offres gracieuses de l'artiste ambulant, un sourd grognement répondit. Humble, il salua, s'excusa., avec politesse. Il avait un doux accent italien, musical e* chantant.
— C'est à n'y pas croire pensa Boutort.
Le portraiU^te avisa le dormeur et vint s'asseoir à sa table, en sou liant. Il lui frappa sur l'épaule. L'autre ne bougea pas. Le vieillard lui secoua le bras. Un juron ré-
pondit. Mais l'firtjste ne se décourageait y II fiair; it sans doute une bonne aubaine. Les ivrognes ra calculent guère. i.>^]'-]rS p.- vernit 1.0 fusoin trois fois ie prix demandé.
Enfii- rôdrei>sa le frojit et se montra tOto
haute...
Kt Dingue-Dingue, étouffant un cri de surprise faillit choir à la renverse.
L'homme qu'il avait vu, tout à l'heure, s'endormir était un beau gars;, au visage brun, aux yeux brillants, énergiques, aux traits durs.
L'homme qu'il voyait se réveiller et relever le front n'accusait aucun âge. C'était un charbonnier en goguette, à la figure noire comme celle d'un nègre, aux yeux qui clignotaient à la luniière, abrr.tis par l'ivresse, et qui, lorsqu'ils se grandissaient pour regarder, ne montraient que deux globes blancs... La bouche saignante s'ouvrait, lèvres pendantes sous le coup de cet abrutissement... Et le rep^a rd se promena vitreux, idiot, sur les clients, sur les apaches silencieux et craintifs, sur Boutort, sur le vieil artiste à. la boîte de fusain...
Une voix crapuleuse tomba des lèvres lourdes.
— Tu veux ma tête ?... Ma tête chauve pour une thune ?... Fais le portrait, lua vieille...
Et il s'accouda, face à Mirador...
Les deux hommes se regardèrent longuement. On eût dit qu'ils engageaient le fer, prêts à se battre jusqu'à la mort. L'œil ardent du vieil artiste dévisageait cet homme, et cet œil disait clairement :
— Est-ce lui ?... Lui que je cherche ? Pierre Sambut... et Coribasse peut-être ?... L'Ingénieur !!
Puis sa main experte glissa sur le papier. Des traits apparurent. Les traits s'accentuèrent. Il semblait tra,vail]er de mémoire. On eût dit qu'il lui avait suffi d'un seul regard pour détailler cette hideuse physionomie et qu'il ne se souciait plus de la voir. Ou bien, était-ce ce \dpage, en réalité, dont il tentait la ressemblance ?... On pouvait en douter, à voir cha-cun des traits qui se formaient.
homme que Mirador représentait n'avait rien de commun
oc l'être abject qui posfiit devant lui. C'était cette figure qui naissait sous chaque ombre du fusain, c'était celle d'un garçon énergique, non pas beau dans le sens absolu du mot, mais attirant l'attention par Tintelligence et aussi par la cruauté. Ces yeux noirs, qui fulguraient, devaient dicter, d'un seul signe, des arrêts de mort. Et cette bouche, taillée dans le marbre, devait être immobile comme ie rnarbre et '■" inrv...is sourire. Aucune trace d'ivresse. .v Às^une trace de 'cette couche de charbon pous laquelle
se di t les traits véritable* du donneur...
Boi.>tort suivait le travail «vec ure attention Inquiète.
Tous se taisaient. Tous étaient inquiets comme lui.
Or, Dingue-Dingue reconnaissait, au fur et à mesure que le portrait s'avançait, non point le charbonnier ivrogne, à la métamorphose duquel il avait assisté, mais le client 'iu caveau qu'il avait aperçu à la table, lorsque lui-même était entré... le client au visage brun, au ton chaud, et frais rasé... appuyé nonchalamment contre le mur, et tenant entre deux doigts une cigarette qu'il avait roulée, d'une main.
Mirador ne se trompait pas.
Le portrait qu'il faisait de mémoire — était bien celui qu'il voulait faire.
Celui de Pierre Sambut !
Mirador avait parfaitement reconnu, en entrant au Caveau, Julot et, avec moins de certitude, Dédé ; Juîot, le titi au coup de couteau de la rue de Lisbonne ; Julot, le chauffeur de l'auto qui l'avait déposé certain soir devant la porte... Et Brûleur, le complice du Boucher dans le guetapens de la rue des Peupliers...
Mais lui-même avait sans doute été reconnu par le client à la cigarette, car il eu à peine le temps de l'entrevoir... l'homme s'était abattu sur la table, ivre-mort tout à coup...
Si rapide, si imprécis qu'eût été ce coup d'oeil. Mirador avait cru reconnaître Pierre Sambut, dans le voisinage des bandits auxquels était mêlé Boutort... Sambut, n'était-ce pas le chef de la bande ?... Et ce Boucher, sûr de tuer Mirador, n'avait-il pas avoué que le chef 'de la bande c'était Coribasse ?...
— Je le saurai.
Et voilà pourquoi, devant ce visage de charbonnier au travail, Mirador avait portraituré le visage de l'autre, avec son souvenir de la Chalade, le visage de son ancien contremaître.
Car il se disait :
— Il se trahira ! Il aura un geste, un rien, qui le livrera.
Le portrait était terminé. L'artiste le signa modestement de deux initiales, dans un coin, et après un dernier coup d'œil de comparaison entre le modèle et le tableau, il le tendit à l'ivrogne qui ricanait en lui avançant une (c thune » d'une main que l'ivresse et l'alcoolisme rendaient tremblante !
Puis penché sur cet homme, Mirador guetta une défaillance, il guetta l'éclair d'une surprise, et le rayon d'un accès de colère aussitôt réprimé...
Il ne vit rien...
Il ne \at qu'un visage d'idiot, sans pensée et sans vie...
Il n'entendit qu'un rire de brute...
LA DÉTRESSE D'LNE .\rÈRE 185)
— Ça, c'est bibl ?... Ce mec-là, c'est moi ?... Ah 1 de la blague 1...
11 rengaina sa pièce blanche, montra le portrait à la table voisine...
— Ça, c'est moi ? Dites donc, les amincbes ?... Ribouisez un peu ?
Les aminches regardèrent, et se mirent à rire. L'iiomme qui était là, en toute évidence, n'avait rien de commun avec le portrait sur le papier.
— Tu sais pas ton métier, vieux... Allons ouste I Décanille d'ici !... On t'a trop vu I
Mirador eut un moment d'angoisse. S'était-il donc mépris ? Ou bien, s'il avait vu réellement, il fallait que cet homme possédât un étrange sang-froid pour n'avoir laissé échapper aucune manifestation de surprise !... Où était la vérité ?
Le vieil artiste baissa la tête et murmura avec son doux accent :
— Je serai plus heureux une autre fois.
Cinq minutes après, ayant rangé sa boîte à fusain et ses cartons, il remontait l'escalier. Au moment de sortir, il entendit un bruit retentissant dans le caveau : celui d'un verre que l'ivrogne venait de casser...
Et Boutort se rappela que, rue des Peupliers, on avait cassé un verre également.
C'était un signal...
L'ivrogne, en titubant, se levait, 8*en allait en zigzaguant. Aussitôt, les apaches suiviient.
Boutort voulut les accompagner, mais Julot dit, brutalement :
— Chacun à ses amours, vieux... A demain nous deux, pour la rue Houdon.
Ils disparurent...
En haut, le faux ivrogne les ^•^^«ndait.
Il y eut un court entretien.
— Etes-vous sûrs de l'homme ^v.. Juvait avec vous ?
— Un fameux, dit Brûleur... de la bande des églises... c'est Raoul lui-même.
— A moins qu'il ne soit de la police, fit le dormeur avec dédain.
Julot intervint :
— Pas possible, demain nous avons un coup ensemble, rue Houdon... c'est un vrai.
Cette affirmation parut faire impression sur l'esprit de livrogne...
Pourtant, il dit encore :
— Je ne serai sûr que lorsque j'aurai vu... Quant à l'autre...
— Quel autre ?
<— L'homme aux portraits... Je l'ai reconBu du premier
Î90 "là DETRESSE D'UNE l.ii.vL
coup... Cest Mirador... Et cel^JÎ-îà, tous le savez, je lui
en veux... Entre nous deux, c'est un duel à ciort... Lui
ou moi... De nous deux, U y en a un qui restera sur le
^-^carreau, à mcàns que ce neaoit tous les deux. Je n'aim-ï
''^pas les gens qui s'occupent de mes affaires... Il me gêne. .
J'ai décidé que derriain serait son dernier jour...
— C'est un rude homme, fit Brûleur avec un frisson an ouvenir de la terrible scène de la rue des Peupliers...
— Tu as peur ?
— Mets-moi de nouveau en far*» -^^ -^v ^- ^-erra, dit le colosse.
— Attends à demain. J'aurai mit-..^ v^. -^ v:,.lôi. à l'offrir... Adieu... filez... je tiens à rester seul... Mirador, je parie îr.a tête, est dans la rue qui me guette... Il va me filer... C'est là que je l'attends. On ne prend jamais Coribasse au dépourvu.
Cinq minutes après, Coribasse — c'était le mystérieux bandit — sortait du careau lentement, avec les allures d'un homme ivre. Avant de sortir, il avait écrit au crayon quelques mots sur une feuilje d'un carnet.
Il se hasarda dans la rue Montmartre.
Au tournant de la pointe Saint-Eu>rtache, il aperçut — sans donner le moindre signe de surprise — une ombre qui se détachait du mur et glissait derrière lui.
Il sourit. Il avait reconnu^ le vieil artiste aux longs cheveux, à la longue barbe.
Coi-ibasôe remonta la rue sans se presser, sans tourner une seule fois la têle II semblait ne rien craindre, avoir la conscience en r-=^pos... Il était deux heures apr^s minuit, mais les passants n'étaient pas rares, ni les charrettes des maraîchers d?ns La rue populeuse, une des principales artères qui conduisent aux Halles... L'oreille exercée du bandit essayait de découvTir, derrière lui, le bruit assourdi des espadrilles de l'aniste frôlant le trottoir. Et de temps en temps, il y parvenait.
— Il me suit, pensait-il avec un frémissement de joie... Il vient de lui-même au piège...
Il ne se trompait pas. T^firador le suivaft, ns perdait de vue aucun de ses gestes.
Boulevard Montmartre, l'ivro, - ; ;v;,
'épaule contre un he^ de gaz, tira de sa pociie un chiffon
> papier, parut le lire ave-c difficulté, car le chiffon vacil-
lit dans .ses mains, et; après on avoir 4)ris connaissance,
.. le déchira en cinq ou six morecaux qu'il lança sur la
chaussée dé'^.crte. Après quoi, il r prît sa marche.
Un sourire de joie cruelle crispait ses lèvres.
— Mirador varamaseer les niorceaux et les lira,.. Ne nou,= pressons pas...
Bfl erCet, l'officier n'avait pu reconnaître Pierre Sannbnt rm,^ le Caveau. Le doute restait en lui. Il aoupcormait
A Di,ïl\i:b6;;; U UNE MERK i
.Mdl» un ^ni;jj(;ijJi u'eSt paS 11116 CfirtitudC. îi ViMifHÎ, i;» icjp-
tîtude. Et voilà pourquoi il s'était mi» à suivre l'ivrogne '1 sr.rtii* du Cdveau.
^Arrivé devaut le passage des Princes, cfiiui-ci tourna ^rusque;neiit autour d'un kiosque, comme s'il iiv.iïi été indécis sur le chemin quil voulait prendre, après quoi il traN eroa la chaussée, sans hâter le pas.
Mais le mouvement lui avait permis — sans en avoir l'air — de jeter un regard du c6té de Mirador.
Et il eut un rire silencieux.
Mirador — il le prévoyait — se prenait au piège tendu.
Il venait de ramasser les morceaux de la lettre, les réunissait, essayait de les lire, à la lueur de ce même bec Cid gaz où tcat à l'heure Coribasse s'était arrêté.
Ce fut chose facile.
La papier, quand il fut complet, disait brièvement :
« DeiJîain, à sis heures, aux Salons, route d'Asmères, si l'a if aire a réussi. »
Tout de suite, Mirador se fit les réflexions suivantes : les Salons, dont il était parlé, étaient le coupe-gorge le plus dangereux du quartier de la Révolta ; donc, l'homme qui venait d'y recevoir un rendez-vous, ne pouvait être qu'un bandit... Dix heures? Etait-ce du matin ou de la nuit ? L>e la nuit, sans aucun doute. La nuit est propice aux règlements de comptes entre les malfaiteurs... Et ce jour-là — denaaiu — était aujourd'hui, puisque sa montre marquait près de trois heures.
Il était donc inutile de continuer la poursuite de l'ivrogne.
U le retrouverait au courant de la nuit prochaine. Et cette fois, sans doute, il n'aurait pas le temps de faire disparaître ses traits sous une couche de charbon.
— A dix heures, j'y serai ! murmura-t-il.
Un fîacre rôdait au pas d'une vieille rosse le long du trottoir. ?vîirador le héla, monta et donna l'adresse de la rue de Lisbonne,
Rue du Huider, la voiture faillit renverser l'ivrogne au moment où il travcrsiiit Ip. chausbée, au coin ûu t)ou- L.vard... titubant de plus en p'ius...
A ce moment, de la haine plein les yeux, l'horeone se disait :
— Il viendra... Et si! vient, son compte est bon... Il saura ce que vaut l'Inj^énieur I
Dans le courant de. la journée, il y eut un coup de c-^imbriûiage exécuté rue Houdou avec une audace inouïe. On en pl2in jaur et.sana que k concierge a'en aperçût — l'argciiitrij, C'jujjia6>jat une précieuse collection appartenant à un lx>niiomji:e qui habitait là depuis peu de temps-; en outre d^ l'argenterie, iaquelie, disait-on, i^yré-
sentait une valeur inestimable, ui.^ ^^....x^l^c ^^..^^^^lOU de pièces et de médailles anciennes que leur propriétaire destinait à l'Etat ; et enfin, une somme d'environ deux miie francs en billets de banque, renfermés dans un portefeuille que les malfaiteurs découvrirent après avoir forcé les tiroirs d'un secrétaire.
Il n'y avait pas eu meurtre, mais peu s'en était fallu.
Les apaclies avaient profité de l'absence du locataire, appelé Marchenoir. Ils semblaient très renseignés sur ses habitudes, de même que sur la maison de la rue Houdon. Deux homm.es — on le sut par l'enquête qui sui\it — avaient été vus faisant le guet en bas, dans la rue... Deux autres étaient montés en profitant de l'inattention du concierge ou de son absence momentanée de la loge. On avait ouvert la porte avec de fausses clefs.
Mais, au plus fort de leur travail criminel, les apaches avaient été surpris par le retour subit du locataire...
On avait retrouvé Marchenoir Ugoté, bâillonné, à moitié étranglé, mais heureusement sans blessures...
Après quoi, les bandits s'étaient retirés paisiblement.
Nous pouvons compléter ces renseignements en disant que les deux apaches chargés de faire le guet étaient Julot et Dédé, et que les deux autres, qui venaient de réussir leur cambriolage avec un si incroyable bonheur, n'étaient autres que nos amis Boutort et Chevillât.
Interrompus dans leur besogne par l'arrivée — prévue — de Marchenoir, ils avaient commencé, tous trois, par boire un verre de fine, après quoi Boutort et Chevillât, arrachant les vêtements de leur ami pour simuler une lutte violente, le ficelèrent proprement et en douceur...
Marchenoir attendit que les contre-apaches se fussent mis à l'abri, hors de toute atteinte, et, se coulant jusqu'à la fenêtre, brisa des vitres pour donner l'éveil.
Des voisins accoururent. On le soigna, le délivra, on eut beaucoup de peine à le tirer de son « évanouissement ». Marchenoir ne re\i-nt à lui que lorsqu'il entendit qu'il était question d'aller chercher un médecin.
Instantanément, il fut debout !...
Mirador ne dormit guère cette nuit-là.
Il se disait qu'il touchait peut-être à une heure décisive de sa vie. Allait-il percer le mystère dont les Sambut s'enveloppaient avec uae astuce qui était presque géniale ? Allait-il apprendre que Coribasse et Peirre Sambut étaient un seul et même homna« ? Cela eût éclairé bien des choses, non point toutes les choses, car le meurtre de Richard resterait encore inexpliqué...
Mais il connaîtrait, du moins, les meurtriers.. •
LA DÉTRESSE D'uNE MÈRE 193
Tous les indices assemblés depuis le début indiquaient les frères Sarnbut comme étant le=j auteurs du crime... en. dépit du péniblo et étrange aveu de Renaud qui prétendait revendiquer, pour lui seul, l'horreur de ce crime...
Donc, si l'on prouvait que Coribasse n'était autre que Pierre Sambut, le reste découlerait facilement de cette révélation. Les fils épars et encore ténus que Jean manœuvrait un peu à l'aventure, se resserreraient soudain, se 'rassembleraient dans sa main robuste en un seul fais- 'ceau, tous ces fils entoureraient le cou des deux frères... et ii faudrait dès lors peu do choses, sans doute, pour les ac- .culer à la vérité.
A six heures du matin, Mirador était debout, sortait. Il désirait prendre un plan des lieux avant de s'y aven* jturer. Mais ce ne fut point notre ami, Jean Mirador, d'alllure élégante et distinguée, l'officier au regard franc et -droit, aimé de Giselle Montauzé, ce ne fut point l'ami de] [Renaud et de Simon, celui qui avait juré, au prix même! ide sa vie, d'écarter de la noble tête de Chenavat le reten-' 'tissant scandale qui menaçait son nom glorieux et vénéré,! Cd ne fut point lui que les passa^nts de la route de lai ; Révolte et de la route d'Asnières aperçurent. Vers le ponti idu chemin de fer de l'Ouest, rôd^^^nt gous la voûte jamais' éclairée, ni la nuit, ni le jour, qui a plus ne trois cents ■ .;H.ètres de long, et qui, construite en plusieurs fois, présente des recoins, des angles, des nids à surprises, d'où l'onpeut s'élancer sur un homme sans être vu et le suriner à; rimproviste, sous l'énorme voûte, aveugle, sourde et sinis-' tre, allant de-ci, de-là, on remarqua, en cette journée — : en vérité, personne n'en fit la remarque — d'abord un homme-sandwich promenant sur son dos la réclame d'un caboulot des environs... Cheveux rares, l'air triste, maigre, barbe de quinze jours... yeux fatigués de misères, vêtu de rouge fripé... Ensuite, l'homme-sandwich disparut pour faire place à un mendiant à lunettes, longue barbe sale, dépenaillé, bégayant d'une voix d'absinthe et de vitriol : (( La sûreté des clefs, un sou I » et offrant ses anneaux à tout venant... Quelques heures plus tard, c'était un mendiant demi-aveugle, torturant des opéras sur un orgue de Barbarie poussif... où, parD;ii les airs de bravoure, des silences impressionnants trahissaient tout à coup la vétusté de l'instrument de supplice..» Et le joueur de Torç^ue, à la musique intermittente, vendait aussi des cartes postales et des vues des « principaux monuments de Paris », sans compter « la i-ègle du bridge ».
Mirador en général prudent, étudiait le champ de bataille du soir prochain.
Ce champ de bataille a vu des crimes célèbres... La route le la Révolte va de Neuilly à Saint-Denis, commence au
roca-point <le ta parte Mâili':.,, paieiile, à ga naissance, un peu h. toutes les - a.vefiiies du périînèife parision. Elle traversa Neiiilly, entre dans l'encsifilc 05 Paris, où eîîe devient 19 bouîèvEurd Gouvlon-Saint-Cy;,* cfi1eiire'?â viiî^ et ressort près de Levallois-Perret, par la porte de la Révolte, traverse la rue de Courcelies, arrive à la route d'Asnières. A Clîchy, la route change encore de nom et S'appelle le boulevard de la Révolte. Elle s'ennoblit. Presque chaque coin de rue rappelle quelque crime, et dans chaque terrain vague s'opèrent des raSes quotidiennes, qui ne nuisent en rien aux rafles du lendemain, car la populo tion de ces terrains se renouvelle sans cesse... Continuez votre promenade et vous passerez devant la raaisôn qu'habitait Georgel, qui, le 17 mars 1877, écrasait la tôte de sa mère à coups de taJons de bottes... Continuez toujours et dans le Champ des Fèves, de sinistre mémoire, un nommé Dubois assomma sa fille, âgée de dis-huit ans, et lui scia le cou avec un vieux couteau ébréché... Continuez encore... Icî^ le souvenir de l'affaire Lovigny, de l'affaire Bardin, de l'affaire Rhera... C'est là, plus loin, que fut arrêtée la bande Képi^ de laquelle faisait partie une enfant de treize ans, l'une de principales inculpées... Et, plus loin encore, un petit garçon de quinze ans, Enaiio- Paixe, fut saigné comme un m.outun, xrtrtx-îiearsâ du soir, sans que personne accourût aux cris affreux qu'il poussait et qui, pourtant, furent entendus. -Des crimes par centaines... Des rixes, toutes les nuits... Tel était le champ do bataille.
Or, parmi toutes les cités, parmi tous les débits de vr et petits restaurants, parmi tous les noms fameux, noté à la Préfecture de police, la route de la Révolte s'enorgueillissait d'un étrange établissement, élevé depuis peu, et qui devait déjà sa célébrité à plusieurs affaires où le sang avait coulé.
Il s'appelait d'un titre étrange, s'était fabriqué une enseigne qui avait Taîr d'un défi insolent, d'une bravade C3fT3iquc :
«( Aux Salons de Paris. »
Il s'élevait non loin de ia voûte du chen 3
l'Ouest et n'était, en réalité, malgré sa comique préieiuiun, qu'un bouge infâme, auprès duquel les fpjneux coupegorge décrits par d'illustres devanciers n'eussent paru que des boudoirs de petites-maîtresses. Eugène Sue s'y fût trouvé à l'aise, en ce milieu formidable, pour y dépeindre les modernes Chourineurs et les Maîtres d'Ecole des temps r : ' s, dont la cruauti ne le cède en rien à ceux d'au-
C ttait une vaste bicoque en planches et tôrchîs, à s^ul étaere, derrière laquelle un hangar clos servait
.ru^ ^ -•— ^ger et à f'---— -' ;..^*;A..:^ r..,.. .:...,. ^e Sait
par l'adjuvant d^s Noces et Banquets, qui pa^ffcis venaient se réfugier îà. Qnelle.ii noces t '^^ -^ ''la i-T^-n c-<« \ u y a%'oif bal, du resto, ionr^ les diman^ '^ se donnait
rendez-vous le higa life des L.., ,., .^ ,- -'in des cités
des alentours : Deiigny, Boute- Vent, Gilet, du.>Sol('i!. des Epinettes;. Touzé, Auboin, auxquels s'adjoignaient, aux soirs de gala, l'impasse Joséphine, les Qyatre-ïoijnea'jx, les Doks, le Château et la cité des Femrnes-en-Cuîottes. Un jour, on avait vti la bicoq^iie sortie de terre brusquement, sans que personne eût ^cri^é gare. Elle était bâtie sur un terrain qui appartenait à vingt' propriôtaiixî3, et l'hôtelier des Salons de Paris avait jugé inutile de rien louer à personne. A quoi bon ? Il en possédait îui-înême un morceau, grand comme la main. Ce qu'on pouvait lui reprocher, c'était d'avoir fait déborder la construction sur les terrains voisins. Voilà tout I La belle affaire ! Depuis lors, et tout naturellement, H était en procès, mais iî continuait de vivre pendant que ces procès se plaidaient... G était l'êBsentiei... Et comme, d'autre part, les vingt propriétaires ne s'accordaient guère entre eux, l'hôteiier courait ie risque qu'ii avait prévu — celui de rester là, tranquille, et même d'avoir le teiiips d'y faire fortune avant quv? les tribunaux se fussent prononcés en dernier ressort Une petite courette renfemiait des bosquets étiques où Jamais ne poussait aucune verdure — réunion de baliveaux en cerceaux sous lesquels des tables en zinc et des bancs de bois étaient maculés par tous le:? moineaux de ce coin de banlieue.
Sinistre-s, certes, il^ l'étaient, ces Salons de Paris. Car, en semaine, on n'y voyait — et la nuit seulement — que de rares clients d'allure louche et hésitante, au regard inquiet, en éveil. Et des histoires imprécises, dont on ne démêlait pas la vérité, représentaient ie redoutable bouge comme ayant été le théâtre de plusieurs crimes où la police avait été dépistée, où ses plus fins agents n'avalent rien pu découvrir.,.
Mirador en fit le tour.
Il se rendit compte qu'il n'exi... ,. ., . ...... . ule issue.
La porte sur la route. Le débit de vins donnait sur la courette, fermée de murs, celle-ci sur la salle de bal et de banquets... Et la salle de bal n'avait d'autre sortie que celle de la courette... Oh ! l'architecte qui avait bâti ce coupe-gorge ne s'était pas rendu malade à force d'inventions... Il fallait entrer dans la salle commune, étroite et basse, et ressortir par la môme salle...
Après' une inspection ext.érieure m.inutieuse, Mirador — il en était à Bon trcisièine avatar — rejeta son orgue sur son do3, rabattit, sur son front, la visière de sa casquette, gt s'assura q\f'^' ~,. ■i '--^ ^.« — i.^ ^-r-. -cvolver et soa
196 ' LA DÉTRES^ D'imE MERS i
couteau... Il était neuf heures du soir... Depuis longtempa la route était déserte. Désert était le bouge. Par une éraillure faite dans une vitre blanchie à la chaux, Jean vit aller et venir Thôtelier des Salons, en tenue de cuisinier. C'était un uniforme adopté par lui pour donner du relief à ^ron établissement : veston blanc, tablier blanc, calot de toile blanche, at sous le calot la figure d'un Tartufe aux yeux bridés et clignotants, au poil roux. Calot, tablier et veston étaient sales de taches de graisse accumulées, dont le3 plus récentes devaient remonter à quinze jours.
Mirador entra.
Il déposa son orgue dans un coin et s'assit en poussant le soupir de satisfaction d'un homme harassé par une journée lourde, et qui va se reposer enfin.
Puis, comme ses campagnes d'Afrique lui avaient fait un estomac à toute épreuve, il se commanda à dîner, — sans efiroi I...
C'était à dix heures que les bons compagnons qui avaient cambriolé, ligoté et à demi étranglé ^Tarchenoir s'étaient fixé rendez-vous aux Salons de Paris. Le coup avait réussi trop brillamment pour qu'il restât chez les apaches îo moindre doute sur Boutort et Chevillai
Et comme il y eut chez eux un peu d'admiration lorsque Chevillât raconta de quelle façon et avec quelle sauvagerie Boutor avait sauté à la gorge du pauvre Marchenoir, l'avait renversé en un tour de main.
Si Chevillât n'avait pas arrêté le bras de Boutort — le fameux de la bande à Raoul allait fouiller avec son eustache la poitrine du malencontreux collectionneur.
Chevillât abonda en détaibs.
Boutort les écouta modestement, conscient de son mérite.
Et tout à coup, il gronda, en roulant des yeux féroces :
— Oui, mon poteau, sans toi, son affaire était faite.
A dix heures, la petite salle des Salons de Paris était à peu près remplie. Outre Boutort, Chevillât, Dédé et Julot, qui avaient participé au coup de la rue Houdon, on vit arriver successivement Brûleur, Le Boucher et la mère Lucas.
Boutort poussa Chevillât du coude :
— Hé, vieux, la bande est au complet II y a du nouveau sous roche...
— Il manque le chef...
— Il viendra. Cette fois, nous allons le connaître. Tenons-nous bien... S'agit de lui donner confiance dans notre monière de faire...
Or, -i dix heures du soir, quand ils s'installèrent aux Salons, le débit était vide...
Mirador ne s'y trouvait plus !.«,
LA DÉTRESSE ôl^NE MÈRE 191
lïs ignoraient que rofficier se fût engagé dans cette aventure... S'ils l'avaient su, ils eussent été épouvantés 'Je cette disparition...
L'orgue de Barbarie était toujours là ofl Mirador l'avait rangé.
Le jeune homme était-il donc aux environs ? Allait-il surgir à nouveau? Qui attendait-il? Coribasse peut-être? L'ndversairo ? L'ennemi ?
Ce fut vers dix heures cinq minutes que celui-ci fit son entrée...
Il était exact, à peu près comme un roi...
Il entendit avec nonchalance, et comme une chose qui lui était indifférente, le récit du cambriolage de la rue Houdon. Son regard dur, plein de flammes d'une cruauté inouïe, un regard presque insoutenable, ne cessa de scruter l'âme de Boutort et de Chevillât, pendant qu'ils parlaient, à tour de rôte.
Quand ils eurent fini, il se contenta de dire :
— C'est bien... Mais fhomme vous reconnaîtra... Je n'aime pas le travail à demi complet... Vous auriez dû l'achever... pour deux raisons...
lî s'exprimait posément, avec un accent gras et légèrement traînard, appuyant sur certaines syllabes... en somme une voix qui restait dans l'oreille et dont il devait être assez facile de se souvenir...
— La première raison, c'est que les morts ne sont plus à craindre... et la seconde, c'est que... je ne me fie qu'à ceux qui sont vraiment mes amis...
Boutort mit la main sur son cœur :
— Mettez-nous à l'épreuve I
Il n'eut pas plus tôt prononcé le mot qu'il s'en repentit.
Coribasçe venait d'avoir un sourire qui lui donna froid au cœur...
Comme épreuve, le bandit ne pouvait-il exiger le plus effroyable attentat ?
— C'est ce que je songe à faire, reprit-il... Ensuite, nous serons bons amis... Et mes amis n'ont jamais eu à se plaindre de moi... Vous ne sortirez pas d'ici avant que je sois sur de vous... Je veux qu'il y ait du sang... Le sarig vous Uera à moi... Vous en savez déjà trop... Il faut que vous sachiez tout... Mais c'est un secret qui se paye... et peut vo^us coûter la vie si je me défie... Je m'appelle Coribasse../'''Vos couteaux ont-ils déjà été rouges?
— Jamais, dit Chevillât, q^ui sentit de la glace couler dans se3 veines.
-^ THh bien, mes garçons, je vais leur donner de la besogne.-r. "t 3i je remarque en vous la moindre hésitation... la maison eZ* isoléa.. sourde... la route est déserte... On retrouvera voî <i^^^ corps la cervelle trouée, demain, sous
19^ î-A DLTar:^î£ ]ji:::l iiÈRp
îa voûte du cnenDn de fer... Vous m'i'-.^ v..^ ; :..?...
— A îa bonne heure î cria Boutort. Voilà commeut i 'aime LTi'.enùve parler...
/] avait l'air enchanté^ l'honnête Boiîtort. Au fond, il partageait l'angoisse de Chevillât. L'Ingénieur reprit, d'une voix blanche, d'une voix sans émotion :
— Le coup que je vous propose, je l'ai tenté deux fois et il n'a pas réussi... Juiot et le Boucher ont la main plus heureuse, d'habitude, et quand ils frappent, ils frappent Juste... C'est ce coup qu'il faut recommencer... et <;'est vous deux, les nouveaux venus, que j'en charge... AccepU zvous ?... Si vous refusez... c'est la mort...
Chevillât avait eu le temps de se remettre.
— Alors, patron, puisque nous n'avons pas i'embarras du choix...
— C'est dit ?
^ C'est dit, firent/-ils à t£>ut hasard.
— Je ne crains qu'un homme au monde...
— Il est donc bien redoutable, patron ?
— Oui... Demandez à Julot... et à Brûleur... Sî redoutable que sa vie est pour moi, pour nous, un danger permanent... Il faut qu"il y ait un de nous deux gui meure... Je ra,i dit... Je le répète. Je le veux et cela sera... cette nuit même...
Chevillât et Boutort avaient eu la m^me pensée, échangée dans un regard. Et leur première angoisse renaissait, centuplée, devenait lancinante, insupportable.
L'homme que ce bandit avait tenté d'assassiner deux fois... qui?
L'homme qui avait eu maille à partir avec Julot, Boucher, avec Brûleur... qui ?
Qui ? Et le nom leur venait aux lèvres.
L'Ingénieur coupa court à leurs ré.flcxiohs.lntim nom qu'il prononça éclata à leurs oreilles comi de tonnerre.
— Mirador, rue de Lisbonne.
Pendant quelques secondes, ils ne respirèrent p] eux, la vie fut suspendue.
S'ils n'avaient été grimés, maquillés avec art, Corib»?^^ eût remarqué leur pâleur profonde et l'altération brusque de leurs traits.
Puis, ce fut une bouffés de sang qui leur monta aux joues, aux yeux.
Ils sentaient qu'il leur fallait parler, qu'il fallait répondre, dire un mot, n'importe quoi,, et Ils sentaient aussi que s'ils l'essayaient, l'émotion inouïe qui les paralysait allait les trahir... Il y eut un Filence plein de terreurs.
Les yeui cruels de Coribas&e s'appesantirent sur eux.
\lors, quelque chose sortit des lèvres de Chevillât, un son
)que, inaracuîé :
• Celui-là, son compte est bon I dit-il.
: ;t une grosse sueur coula sous la visière de sa casquette.
juant à Boutort, cette fols, pour se donner une conte- .-.Liice, il avala coup sur coup, trois verres d'eau-de-vie... Après quoi, il éclata do rire... nerveusement... tira son eustache, l'ouvrit et le planta profondément dans le bois de la table.
— Voilà comme je suis l
— Bien ! dit ring&nieur dont la méfiance s'évanouissait peu à peu.
Déjà les deux complices avait repris leur sang-froid. Ils venaient de réfléchir qu'en somme ce qui arrivait était fort heureux. Mirador ne courait aucun danger. Le tout était de savoir comment ils l'avertiraient, comment ils échapperaient, pour l'avertir, à l'étroite surveillance dont ils allaient être l'objet.
Boutort, plus loquace, prit la parole :
— Mirador, rue de Lisbonne... Ben... Avez-voug un plan, patron, pour pénétrer chez le bourgeois? Si vous n'en avez pas... nous en trouverons un... Et faut-il Testourbir tout de suite ?... Tout de suiUv, bon, entendu. Non ? Non, vous n'avez pas de plan ? Ça ne fait rien... Le particulier doit sortir comme tout le monde... On le pincera à la rentrée... On prendra son signulement, pour pas se tromper... ou bien, comjiie on est à la coule, on lui tendra un piège en lui donnant un rendez-vous...
De la môme voix blanche, l'Ingénieur les interrompit :
— Si je m'en remets à vous pour l'exécution de ma 'vengeance, je ne me confie jamais à personne pour la préparer...
— Ce qui veut dire, patron ? dit Boutort inquiet de nouveau.
— Ce qui veut dire que Mirador vous sera livré sans défense...
— Sans défense !
-— Pieds et poings liés... C'est plus sûr pour vous, car il est fort... Et vous n'aurez qu'à frapper... au cou, si vous ynulez l'égorgei-... au cœur si vous aimez mieux...
De rhorreur passa dans les veux de Boutort et de Chevillât.
Chevillât eut le courage de dire :
— L'çoté comme un saucisson ?... J'aime pas beaucoup
iites ? reprit la voix blanche, où revenait le
— Je dis que c*est un peu l'office d'un bourreau ffue vous
— Vous ou ïui, faites votre choix...
Coribasse tira un revolver de sa poche, Tarma ei le posa
(levant lui.
— Je vous donne une minute.
Et il regarda sa roontre.
Mais Boutort et Chevillât n'en étalent plus à s'émouvoir. Ils avaient réfléchi qu'ils délieraient Mirador et se rangeraient à ses côtés, contre les apaches, voilà tout. Puis, Coribasse se vantait ; Mirador n'était pas en son pouvoir, ou alors, c'est que l'officier avait été victime de quelque trahison.,. Enfin, entre l'heure présente et le moment où ils seraient en face de Mirador pour l'assassiner lâchement, ils trouveraient peut-être un moyen de tout sauver... de sauver Mirador des mains de l'Ingénieur... sans éveiller ses soupçons...
Boutort répliqua donc, paisiblement :
— Coribasse, à force de vous défier de nous, vous finissez par nous échauffer les oreilles... Je suis Raoul, moi, le fameux de la bande à Raoul, et je vous vaux bien... si je ne vaux pas mieux que vous... Je vous engage à rengainer votre revolver qui ne me fait pas peur... Vous allez voir pourquoi, l'Ingénieur...
Il avait, en parlant, enveloppé de sa main robuste le col d'une bouteille viûe. La bouteille partit avec la rapidité d'une flèche et alla frapper Coribasse au poignet. Le revolver sauta au plafond et quand il retomba, il y eut une détonation... Une balle se perdit dans le pied de la table... Coribasse, blême, était debout... Les autres, croyant à une attaque, s'étaient levés... et Chevillât faisant cause commune avec son camarade, se curait les ongles avec un soin méticuleux, de la pointe d'un eustache démesuré.
^ Mais Boutort se mit à rire.
' — Asseyez-vous... Si je l'avais voulu, l'Ingénieur, t'aurais mon couteau .dans la poitrine. Je t'ai dit que j'étais Raoul... le fameux... "T'as tort de te défier... Je suis costaud... Coribasse tendit la main.
— C'est bon. Je ne me défie plus. Etes-voas prêts pour ce que j'ai dit ?
— Nous sommes prêts... puisque c'est une condition pour entrer dans la bande...
— Où est le pante ? dit le bon Chevillât, en roulant des yeux terribles...
Coribasse eut l'air de prendre un temps comme au théâtre, lorsqu'on veut faire de l'effet sur un mot, et, après ce léger 'silence, il laissa tomber négligemment :
— Mirador est ici, venez, je vais vous conduire à lui... Vous marcherez devant.. Nous veillerons derrière vous... Si vous le manquez, nous ne vous manquerons pas...
— Ici ? Ici ?... bégayèrent les deux camarades.