LIVRE DEUXIEME. — JOSNES
la correspondance télégraphique ne fut plus possible que par Vendôme, où il fallait porter les dépêches. Le général en chef, inquiet de ce qui pouvait se passer à Blois, et n'ayant rien reçu jusqu'à quatre heures du soir, adressa au général Barry la dépêche suivante, dès son arrivée à son quartier général des Noyers :
« (Quatre heures et demie.) — Je suis sans nouvelles » de vous depuis hier au soir; faites-moi connaître de » suite par télégramme à Vendôme, d'où il me parviendra » par cavalier, les renseignements que vous avez sur » l'ennemi sur les deux rives de la Loire, votre position, » jusqu'à quand vous pensez pouvoir tenir, et vos dispo- » sitions en cas de retraite. L'armée sera demain, dans la » journée, en position devant Vendôme, et de l'autre côté » du Loir, de Vendôme à Fréteval. Je vous rappelle que » vous devez me rallier quand vous quitterez Blois , avec » les troupes de Maurandy, par les routes qui vous pa- » raîtront les plus sûres. Plus vous tiendrez longtemps à M Blois, mieux vous assurerez le mouvement difficile que » nous exécutons en ce moment. Donnez-moi des nou- » velles de Maurandy et des troupes au-dessous de vous.
» L'ennemi n'a pas inquiété notre mouvement aujour- » d'hui. D'après des renseignements, assez vagues du » reste, il exécuterait une marche rétrograde assez pressée » sur les deux rives et sur Orléans. »
Le cavalier chargé de cette dépêche pour Vendôme emportait en même temps la suivante, adressée au ministre de la guerre à Bordeaux et au général Bourbaki à Bourges :
« L'ennemi, qui a canonné un instant notre aile droite » hier au soir, paraît s'être arrêté à Josnes, où il est entré. » Aujourd'hui, sauf quelques coups de canon, il n'a pas » cherché à inquiéter notre mouvement de retraite. L'ar- » mée, après une marche pénible par le dégel et la pluie,
» est arrivée en bon ordre sur ses positions de Viévy-le- » Rayé, Oucques, Pontijoux, Boisseau, Gonan et Rhodon. » Je compte demain couvrir Vendôme avec le 16* corps » et avoir les deux autres au delà du Loir. Je n'ai pas eu » aujourd'hui de nouvelles de Blois; j'en attends cette » nuit. J'ai prescrit au général Barry de tenir jusqu'à la » dernière extrémité, pour éviter d'être tourné pendant » mon mouvement de retraite. Il se repliera ensuite avec » la division Maurandy, qui est à Amboise , de façon à me » rejoindre dans la direction de Saint-Galais.
» On signale un grand mouvement de l'ennemi, qui » semble rétrograder vers Orléans, sur la rive gauche. Sur » la rive droite, il a l'air de renoncer à poursuivre l'armée : » les quatre derniers jours de combat l'ont fatigué et ont » épuisé ses munitions. Des renseignements certains con- » statent qu'il a subi des pertes considérables, surtout en » officiers. »
Ces dépêches expédiées, le général en chef donna les instructions ci-après pour la journée du 13;
« Château des Noyers, 12 décembre 1870.
« L'armée continuera demain son mouvement de re- » traite, en prenant pour la marche les mêmes dispositions » qu'aujourd'hui.
» Dans le cas où l'ennemi viendrait à se présenter, il » est de la plus haute importance que les convois, les » parcs, les ambulances et tout le matériel roulant, soient » engagés sur les routes à suivre, deux heures au moins » avant le départ des divisions.
» Les troupes aux ordres du vice-amiral Jauréguiberry, » commandant l'aile droite, marcheront sur les deux di- » rections de Gonan, llhodon, Selommes, et de Vilberfol, » Villegrinaut, Villemardy et Plérigny, pour se redresser » ensuite sur Vendôme et venir occuper en ayant de cette